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Palestine - ISM France

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Palestine occupée -

« Accord du siècle » : la dernière partie du piège Oslo fait pour les élites politiques palestiniennes

Par

16 juillet 2019 – L’« accord du siècle » du Président des États-Unis Donald Trump nous dit que seuls les hommes d’affaires et les policiers palestiniens peuvent libérer la Palestine et les Palestiniens de leur tragédie actuelle. Comment une lutte palestinienne vieille d’un siècle pour se libérer du colonialisme sioniste s'est-elle transformée en une lutte visant à renforcer le pouvoir des hommes d'affaires palestiniens et de la police palestinienne qui les protège et qui protège également l'occupation israélienne ?

« Accord du siècle » : la dernière partie du piège Oslo fait pour les élites politiques palestiniennes

Ramallah, 15 juin 2019. Lors d'une manifestation contre l'atelier économique organisé à Bahreïn, des Palestiniens tiennent une pancarte sur laquelle on peut lire : « Le plan Trump est mort-né » (Reuters)
La victoire d’Israël à Oslo

L'histoire commence à Oslo. La victoire la plus importante d’Israël lors de la signature des accords d’Oslo avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1993 a été d’engager l’OLP à transférer toutes les relations futures avec Israël à une nouvelle entité appelée Autorité nationale palestinienne (AP).

Ce faisant, l'OLP – qui représentait jusque-là tous les Palestiniens du monde, y compris ceux d'Israël, ceux vivant en exil et ceux dans les Territoires occupés de 1967 – a été limitée à l'Autorité palestinienne, qui affirme ne représenter que les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. (Israël a même refusé de l’autoriser à inclure les Palestiniens de Jérusalem-Est).

L'OLP a effectivement été dissoute et les Palestiniens ont été réduits des deux tiers. En retour, l'OLP a reconnu le « droit d'Israël à exister dans la paix et la sécurité », un droit qui, selon Israël, en fait l’État de tous les Juifs du monde.

Israël a triplé sa population juive en affirmant que tous les Juifs qui vivent en dehors d'Israël sont en réalité des Israéliens. Ainsi, alors que les Palestiniens vivant sous une seule autorité étaient réduits à une minorité, les Juifs vivant dans un seul État ont été multipliés par trois.

Cooptation et répression

En outre, les accords d'Oslo prévoyaient d'associer un grand nombre de Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza au processus d'Oslo à tous les niveaux, en créant un certain nombre de classes sociales dont les liens financiers étaient inextricablement liés au « processus de paix » inauguré par Oslo.

De cette manière, cela leur garantissait qu'ils n'auraient d'autre choix que de le soutenir. Un des principaux objectifs d’Oslo fut de démobiliser la population palestinienne fortement mobilisée au cours de la première Intifada en mettant fin à la révolte, en partie par la répression et en partie en cooptant ses principaux militants et intellectuels dans certaines de ces classes sociales.

Ces classent sociales comprennent :
- Une élite politique au sein de l’Autorité palestinienne composée en majorité de membres de l’OLP en Palestine et à l’extérieur.
- Une bureaucratie chargée d'administrer la population pour l'Autorité palestinienne, composée de personnel local et de rapatriés.
- Une force de sécurité chargée de réprimer la résistance palestinienne à Israël et à Oslo, composée d'anciens guérilleros devenus mercenaires pour Israël, qui sera principalement financée et entraînée par les Américains et les Européens.
- Des employés d’organisations non gouvernementales (ONG) créées par les Américains et les Européens, composés d’anciens militants et d’intellectuels ayant participé à la première Intifada.
- Et une classe d’hommes d’affaires – à la fois ceux qui sont revenus d'exil pour profiter de leur peuple et du processus d'Oslo, et ceux qui vivent déjà en Cisjordanie et à Gaza et qui profitaient déjà de l'occupation avant Oslo.

Alors que les accords d'Oslo ont été signés au plus fort de l'hégémonie de l'ordre néolibéral international, l'objectif de permettre aux hommes d'affaires palestiniens de réaliser des profits (plusieurs programmes veulent également « habiliter » les femmes palestiniennes à devenir entrepreneurs) et de lier l'intelligentsia palestinienne aux ONG devait assurer un personnel administratif relativement restreint au sein de l'Autorité palestinienne et un appareil sécuritaire imposant pour réprimer toute résistance à cet ordre.

Le sous-traitant de l'occupation

Comme les Israéliens à Oslo n’ont promis que de reconnaître l'OLP en tant que représentant des Palestiniens, mais n’ont jamais promis de permettre aux Palestiniens d'établir un État qui leur soit propre, ni de se retirer des territoires occupés, ni de cesser de construire de nouvelles colonies, et encore moins de démanteler celles qui existaient déjà, ni de garantir aux Palestiniens l'autodétermination, le rôle de l'Autorité palestinienne n’était que celui d'un sous-traitant de l'occupation chargé de mettre fin à l'intifada et de réprimer toute manifestation future de résistance aux Israéliens.

Bien que la classe politique ait continué de nourrir l’illusion qu’on lui attribuerait au moins un État bantoustan dont ils pourraient prétendre que c’est un vrai État et conserver l’autorité qu’Israël leur permettrait de conserver, les Israéliens n’avaient pas l’intention de leur accorder une telle entité.

Après avoir rempli son rôle d'autorité de transition visant à aider Israël à réprimer le peuple palestinien par le biais de sa coordination en matière de sécurité – fonction centrale de l'Autorité palestinienne que Mahmoud Abbas a qualifiée de « sacrée » – Israël et Trump ont maintenant le sentiment que l'Autorité palestinienne a épuisé son rôle et est devenue superflue.

Arrive « l'accord du siècle ». L'accord ne joue qu'un seul rôle pour l'AP ; c'est le même rôle dont Oslo a doté l'OLP, à savoir que l'Autorité palestinienne accepte « l'accord » et cède son autorité à des hommes d’affaires palestiniens (et d’autres Arabes et internationaux) (moins de femmes), dissolve sa classe politique et remette toutes les autorités locales entre les mains de son appareil sécuritaire.

Le but de l'accord, à l'instar des accords d'Oslo dont il constitue la phase finale, est que tous les Palestiniens dont ils ont besoin partout soient des hommes d'affaires et des policiers et non la fin de la colonisation de peuplement et de l'occupation israéliens.

Coordination sécuritaire

L'appareil sécuritaire de l'Autorité palestinienne, qui tue et emprisonne des Palestiniens depuis 1994, est hautement entraîné et loué par les Américains. En novembre 1994, peu après son entrée à Gaza, la police d'Arafat a tué au moins 13 Palestiniens non armés et en a blessé 200 à Gaza pour avoir osé manifester contre les accords d'Oslo.

Lors de sa visite à Gaza au début de 1995, le vice-président américain Al Gore a félicité Arafat d'avoir mis en place des tribunaux militaires pour juger les Palestiniens opposés à Oslo.

Tandis que la CIA avait initialement aidé à entraîner les forces de sécurité de l'AP à des opérations secrètes, les États-Unis se sont ensuite révélés chargés officiellement de les entraîner.

Le lieutenant-général Keith Dayton, qui fut coordonnateur de la sécurité des États-Unis pour l'AP de décembre 2005 à octobre 2010, a supervisé leur formation ainsi que le coup d’État organisé contre le Hamas démocratiquement élu en 2007 – un coup d’État qui a échoué à Gaza et qui a réussi à Cisjordanie .

Avant de se rendre en Cisjordanie , Dayton était occupé à mener la guerre de l'Amérique contre le peuple irakien en 2003. Il fut remplacé par le lieutenant-général Michael Moeller, qui est resté en fonction jusqu'en 2012. Il fut suivi par le superviseur actuel, le vice-amiral Paul Bushong.

À son tour, l’Union européenne finance et forme la police de l’Autorité palestinienne pour les mêmes tâches par le biais de son Office de coordination de la police de l’UE pour le soutien de la police palestinienne ou EUPOL COPPS depuis 2006.

La police de sécurité de l’Autorité palestinienne est un succès majeur pour Israël. Les Israéliens lui imputent tout le crédit d’empêcher de manière continue la majorité des opérations de résistance palestiniennes contre l’armée de l’occupation.

“Business as usual”

Quant à la classe des hommes affaires, qui a été décisive en 1993 pour convaincre Arafat de signer Oslo, elle continue de coordonner ses activités commerciales avec les Israéliens.

Alors que des hommes d’affaires et des intellectuels favorables au monde des affaires ont promis au peuple palestinien que le processus de paix transformerait les territoires occupés en Singapour, c’est maintenant Jared Kushner qui fait des promesses similaires avec son « accord ».

En effet, au milieu des préparatifs de la conférence de Bahreïn sur le « deal du siècle », le journal israélien Walla a révélé la semaine dernière que le chef d’état-major de l’armée israélienne, le général Aviv Kochavi, a rencontré un millionnaire palestinien il y a deux mois à Ramallah pour discuter de la situation économique actuelle en Cisjordanie .

Un milliardaire palestinien ayant de nombreuses entreprises dans les territoires occupés a été célébré par les Israéliens comme le « Rothschild » des Palestiniens.

Aucun acte héroïque

Le refus de l'AP d'assister à la conférence de Bahreïn il y a quelques semaines ne fut pas un acte héroïque, mais plutôt un acte de préservation de soi. Sachant que l'objectif de « l'accord du siècle » est de forcer la classe politique de l'AP à se dissoudre, l'AP a choisi de ne pas y assister.

Alors que quelques hommes d'affaires palestiniens ont assisté à la conférence de Bahreïn (un seul d'entre eux, Salah Abu Mayyala, a été arrêté par les forces de sécurité de l'Autorité palestinienne après son retour en Cisjordanie mais a ensuite été relâché), les autres se sont tenus à l'écart de Bahreïn pour manifester leur solidarité avec la classe politique.

Néanmoins, l'AP sait très bien que si les Américains et les Israéliens réussissent à imposer l'accord, les hommes d'affaires palestiniens et l'appareil sécuritaire palestinien sacrifieront probablement la classe politique de l'AP et procéderont à la « libération » de la Palestine avec plus de profits dans leurs coffres et plus de répression pour le reste de la population palestinienne.


Source : Middle East Eye

Traduction : MR pour ISM - Merci à Youssef Girard pour sa relecture experte.

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