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Palestine - ISM France

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Palestine -

"Il n’y a rien qui puisse résister au langage de la vérité"

Par

Robert Fisk, grand reporter du quotidien The Independent, est l’auteur de l’ouvrage Pity the Nation. Il a contribué également à l’ouvrage The Politics of Antisemitism, composé d’une recension d’articles publiés sur le site CounterPunch. Son dernier ouvrage a pour titre La Conquête du Moyen-Orient (The Conquest of the Middle East)

Il y a quelques jours, rue Monsieur le Prince, à Paris, à un étal de livres d’occasion, je suis tombé sur le deuxième volume des mémoires de Victor Klemperer.
Le premier volume, qui raconte sa descente aux enfers horrifiante, sa dégradation due à son identité de juif allemand durant les huit premières années du régime hitlérien – de 1933 à 1941 –, je l’avais acheté au Pakistan, juste avant les bombardements américains sur l’Afghanistan, en 1981…

Etrange expérience – tout en sirotant un thé parmi les vestiges de Raj, avec des rosiers tentant de lutter contre l’herbe de la pelouse à côté de moi (d’un ancien cimetière britannique, au bout d’une route qui n’aboutit que là) – que de découvrir les efforts déployés par Klemperer pour survivre, à Dresde, avec Eva, son épouse, tandis que les nazis cernaient de plus en plus près ses voisins juifs. Plus intriguant encore, le constat que l’infiniment héroïque Klemperer (un cousin du célèbre chef d’orchestre) faisait preuve d’une grande compassion pour les Arabes palestiniens qui, déjà dans les années 1930, redoutaient de perdre leur patrie, sacrifiée sur l’autel d’un « Etat juif ».

« Je ne peux m’empêcher », écrit Klemperer le 2 novembre 1933, neuf mois après l’accession d’Hitler à la responsabilité de Chancelier d’Allemagne, "de sympathiser avec les Arabes qui se révoltent (en Palestine), ces Arabes dont la terre est en train d’être "achetée".
"Leur sort est celui des Peaux-Rouges », dit Eva."


Plus dévastatrice encore, la critique que Klemperer fait du sionisme – qu’il n’édulcore en rien, même après que l’Holocauste des juifs européens ait été mis en route par Hitler.

'Pour moi", écrit-il en juin 1934, "les sionistes, qui veulent revenir à l’Etat juif de l’an 70 après Jésus-Christ… sont tout aussi déments que les nazis. Avec leur manière de flairer la piste du sang, avec leurs antiques « racines culturelles », avec leurs attitudes manœuvrières à la fois obtuses et hypocrites, ce sont là de dangereux concurrents, pour les nationaux-socialistes…"

Néanmoins, le récit au jour le jour de l’Holocauste, la cruauté de la gestapo locale, à Dresde, le suicide de nombreux juifs ayant reçu l’ordre de rejoindre les convois vers l’est, sa connaissance précoce de l’existence d’Auschwitz – Klemperer a été mis au courant de ce camp d’extermination particulièrement horrible dès mars 1942, même s’il n’a pu prendre conscience de l’étendue des massacres de masse qui y ont été perpétrés qu’aux tous derniers mois de la guerre – vous remplissent de colère à l’idée qu’il puisse y avoir encore quelqu’un, quelque part, pour nier la réalité du génocide dont ont été victimes les juifs.

Alors que je lisais ces mémoires, tandis que le RER m’emmenait à l’aéroport Charles de Gaulle – en passant par la gare de Drancy à l’architecture art déco des années 1930, où des juifs français furent emmenés par la police de leur propre pays avant leur déportation à Auschwitz – j’aurais souhaité quel le président iranien Ahmadinejad fût assis à côté de moi.

Car Ahmadinejad, c’est quelqu’un qui a qualifié de "mythe" l’holocauste juif, qui a ostensiblement convoqué une conférence – à Téhéran, ben tiens – afin de « découvrir la vérité » sur le génocide de six millions de juifs, dont tout historien normal et digne de ce nom reconnaît qu’il s’agit de l’une des terribles réalités du vingtième siècle, avec, bien sûr, l’holocauste, aussi, d’un million et demi d’Arméniens, en 1915.

La meilleure réponse au délire infantile d’Ahmadinejad est venue de l’ex-président iranien, Khatami, le seul dirigeant honorable, à l’heure actuelle, au Moyen-Orient, que son le refus d’entrer en confrontation avec la violence de ses propres partisans a inévitablement et regrettablement conduit à remettre sa « société civile » entre les mains d’opposants cléricaux beaucoup plus impitoyables que lui.
"La mort ne serait-ce que d’un seul juif est un crime", a-t-il dit, détruisant ainsi d’une seule phrase le mensonge que son successeur essayait de propager.


De fait, les mots de Khatami symbolisèrent quelque chose d’encore plus important, à savoir que l’importance et le caractère monstrueux de l’holocauste ne dépend en rien de l’identité juive de ceux qui en ont été les victimes.

La monstruosité terrible de l’holocauste réside dans le fait que les victimes étaient des êtres humains – exactement comme vous et moi.


Comment, alors, persuader les musulmans du Moyen-Orient de cette vérité toute simple ?

Je pense que la lettre que le responsable du Comité des juifs iraniens, Haroun Yashayaie, a écrit à Ahmadinejad fournit pour partie une telle réponse.

"L’holocauste n’est pas plus un mythe que n’est un mythe le génocide perpétré par Saddam (Hussein) contre la population de Halabja, ou que le massacre perpétré par (Ariel) Sharon contre des Palestiniens et des Libanais dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila", a dit M. Yashayaie, qui représente les 25 000 juifs iraniens.

Vous avez remarqué que, dans son propos, il n’y a pas la moindre tentative de procéder à une quelconque comparaison ?

Six millions de juifs massacrés, numériquement, cela représente [pourtant] un crime bien plus important que les milliers de Kurdes gazés à Halabja ou que les 1 700 Palestiniens assassinés par les alliés d’Israël, les phalangistes libanais, à Sabra et Chatila, en 1982. [Non. De sa part : nulle arithmétique macabre].

La lettre de M. Yashayaie établit un parallèle d’une autre nature : [ce parallèle, il le fait avec] la douleur causée aux survivants par le déni de l’Histoire.

J’ai [personnellement] entendu des Israéliens nier l’implication de leur armée dans les massacres de Sabra et Chatila – en dépit de l’enquête officielle diligentée par leur propre gouvernement, qui a établi qu’Ariel Sharon a envoyé les assassins dans les camps – et je me souviens aussi que, dans un premier temps, la CIA pressa les ambassades américaines dans le monde entier de faire retomber la responsabilité des gazages d’Halabja sur l’Iran.

De fait, il est très facile de trouver des exemples des mensonges ahurissants proférés à l’encontre des 750 000 Palestiniens qui ont dû fuir leur pays, en 1948 : on a été jusqu’à raconter que des radios arabes leur auraient donné la consigne de s’éloigner de chez eux, en attendant que les juifs aient été "jetés à la mer" - après quoi, ils seraient retournés dans leurs maisons et dans leurs fermes.

Des chercheurs israéliens ont eux-mêmes prouvé que ces consignes radiodiffusées n’ont jamais existé et que ces Palestiniens ont fui – victimes de ce qu’on appellerait, de nos jours, une épuration ethnique – après une série de massacres perpétrés par les forces sionistes [R. Fisk écrit "Israëli Forces", ndt], en particulier dans le village de Deir Yassine, dans les faubourgs immédiats de Jérusalem.

Alors ? Que retenir, du deuxième volume des mémoires de Klemperer ?

Juste après que la gestapo l’eut informé qu’Eva et lui-même allaient être déportés vers l’est, vers la mort, la RAF [il s’agit de l’aviation britannique : Royal Air Force, ndt] bombarda Dresde et, parmi les dizaines de milliers de victimes civiles consumées par ce déluge de feu apocalyptique, en février 1945, les archives de la gestapo, elles aussi, furent la proie des flammes.

Tout souvenir de l’existence du couple Klemperer fut réduit en cendres, comme les juifs qui les avaient précédés à Auschwitz. Alors, ils arrachèrent leur étoile de David et ils errèrent, en Allemagne, réfugiés sans papiers, jusqu’à ce qu’ils soient sauvés par la reddition des nazis.

Juste avant d’être sauvés, ils montrèrent leur compassion pour trois soldats allemands en déshérence, perdus dans les forêts de leur cher pays.

Et même aux pires moments de leur calvaire, tandis qu’ils attendaient, à Dresde, le coup de sonnette à leur porte, signalant que la Gestapo allait débarquer chez eux, pour fouiller leur appartement et leur signifier leur sort, Klemperer a quand même eu la force de noter, dans son journal personnel, une phrase que tout journaliste et tout historien devrait apprendre par cœur :

"Il n’y a rien qui puisse résister au langage de la vérité".


*Traduit de l'anglais en français par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.

Source : http://www.counterpunch.com/

Traduction : Marcel Charbonnier

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