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Palestine - ISM France

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Palestine -

90ème anniversaire de la Déclaration de Balfour

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"Il devient donc particulièrement important de promouvoir et de développer un mouvement juif fortement marqué qui nous éloignera de ces fatales associations (socialistes). Et c'est là que le sionisme a une profonde signification pour le monde entier à l'heure actuelle ... La lutte qui commence désormais entre les Juifs sionistes et bolcheviques n'est rien moins qu'une lutte pour l'âme du peuple juif."
Winston Churchill, 1920.

90ème anniversaire de la Déclaration de Balfour


"Ils sont propriétaires de la terre (Sainte), seulement de la terre, et c'est tout ce qu'ils possèdent ; mais ce sont nos amis, nos juifs et nos chrétiens, qui l'ont faite sainte, et ils n'ont donc rien à y faire sauf de la profaner.
C'est une honte et nous ne devons pas le supporter une minute. Nous devrions marcher contre eux et la leur reprendre
."
Mark Twain, Tom Sawyer à l'étranger, 1894.



La Déclaration à double objectif

Il y a quelque temps, j'ai participé à un atelier sur le conflit en Palestine dans une église protestante voisine. Vous connaissez peut-être ce genre d'église : une congrégation américaine libérale avec une majorité de paroissiens blancs et vieillissants qui débarquent courageusement en groupe pour construire des centres communautaires en Amérique centrale ou se regroupent tout dépenaillés en s'accrochant à des bougies vascillantes dans des veilles anti-guerres au nombre de participants toujours en diminution.

Pour l'ouverture, les organisateurs avaient ressorti un employé d'une institution d'enseignement supérieur voisine qui a prononcé une introduction à l'histoire du conflit sur un ton funèbre. Quand il eût terminé ses vingt minutes d'érudition, le professeur a souri d'un air suffisant à l'auditoire et a donné la parole aux questions.

Une vieille dame palestinienne dans le public s'est levée avec beaucoup de dignité et a demandé pourquoi il avait insisté sur l'Accord secret Sykes-Picot qui avait divisé le Moyen-Orient impérial entre la Grande-Bretagne et la France, mais négligé de mentionner la Déclaration de Balfour, qui est considérée par les Palestiniens comme le document de base au crime perpétré à leur encontre.

Il a répondu en vagues excuses, mais le mal était fait.
La chronologie ainsi rapportée au public écartait sans aucun doute la responsabilité de Balfour en raison de l'aide subtile fournie par l'insinuation que les catholiques romains partageaient au moins en partie la responsabilité.

Hélas, le bon professeur n'est pas le seul pour qui la Déclaration de Balfour est insignifiante. La majorité des interlocuteurs connaissant bien le "problème" ont tendance à considérer la promesse de Balfour comme découlant des exigences de la Première Guerre Mondiale ou tout simplement comme la preuve d'une excentricité britannique.

Imaginez ces Britishs ridicules qui pensent pouvoir donner des terres ne leur appartenant pas : Quelle bonne blague!

Mais banaliser ou censurer Balfour sert une nouvelle fois de couverture à l'illégalité d'Israël, un service attendu impatiemment et depuis lontemps rendu à titre gratuit par une grande partie du milieu universitaire occidental.

Il est instructif de noter que la proclamation instituant le statut du Mandat Britannique en Palestine, tel que ratifié par la Société des Nations en 1922, inclut chaque syllabe de la Déclaration de Balfour et pas un seul mot de Sykes-Picot

Nous sommes maintenant dans la 91ème année depuis que Balfour a mis par écrit les intentions de vol de l'Occident. Et bien que mon représentant local de l'intelligentsia américaine ait expurgé Balfour de son récit, les Arabes étaient parfaitement conscients dès le départ que Balfour le Sanglant -- comme l'appelaient les Irlandais qui avaient connu la douleur cinglante de son fouet – n'était pas un Lord britannique charmant mais plutôt l'auteur d'un singulier document colonial aux intentions froides et pernicieuses.

Lors de la tournée de Balfour en Égypte en 1925, des manifestations en Palestine et en Syrie, des grèves et des éditoriaux dénonciateurs l'ont traqué à chaque étape de sa route et après avoir passé une seule journée à Damas, où il n'a pas osé quitter sa chambre d'hôtel, sa Seigneurie a quitté la ville à la hâte et en douce devant des citoyens furieux. [1]


Le choix de la date de sa déclaration, le 2 novembre 1917 -- aux premiers jours de la révolution russe -- indique que Balfour avait certainement une prévention rouge à l'esprit. En effet, les sionistes chrétiens et juifs vendaient depuis longtemps leur idéologie comme un remède à l'inquiétante affinité des Juifs pour le socialisme.

Alors que Herzl faisait le tour d'Europe à la recherche d'un mécène, il a non seulement adopté la ligne antisémite qui disait que les Juifs étaient "le problème" mais il a offert avec zèle le Sionisme comme la solution en expliquant à toute personne qui voulait l'entendre "que nous allions éloigner les Juifs des partis révolutionnaires ". [2]

En vendant leur idéologie comme une mini-révolution, les premiers sionistes conçurent une ingénieuse opération séduisante par ses élans messianiques/impérialistes derrière l'apparence d'un faux mouvement ouvrier laïc afin de réquisitionner et de détourner les énergies révolutionnaires juives tout en encourageant les antisémites.

En Palestine, l'impitoyable éviction de toute impulsion restante de solidarité entre les travailleurs était incarnée dans le sinistre slogan sioniste "la conquête du travail", qui complétait parfaitement l'objectif d'exclusion tout aussi violent de "rachat" de la terre.

Peu de temps après que la Déclaration de Balfour ait été promulguée, le célèbre seigneur de guerre, Winston Churchill, l'a expliqué on ne peut plus clairement dans l'article d'opinion du Sunday Herald cité plus haut, qui était accompagné d'une photo granuleuse d'un Churchill morose inspectant la 4ème Compagnie de Hussards à Aldershot. [3]

Bien que Balfour se soit précipité à imprimer la déclaration juste au moment où la révolution russe triomphait, les colonies n'étaient jamais loin de ses pensées. En plus de casser le socialisme, Balfour espérait insérer une base de colons européens fiables en Palestine en prenant au mot Herzl avec son offre de Juifs prêts à "former une partie d'un mur de défense de l'Europe en Asie, un avant-poste de la civilisation contre la barbarie." [4]

C'est ainsi que Herzl a introduit pour la première fois le motif du mur qui deviendra partie intégrante du sionisme, un motif férocement développé plus tard d'une poigne de fer par Jabotinsky et finalement transformé en réalité par la monstruosité en béton qui étrangle maintenant la Palestine.

En même temps que Churchill exprimait de l'inquiétude pour les âmes juives, il était occupée à éteindre celles des Musulmans alors qu'il présidait le tout premier bombardement aérien d'une rébellion coloniale dans son rôle de chef du tout nouvellement créé Ministère de l'Air et de la Guerre.

La résistance soumise à ce premier test de l'efficacité de la puissance aérienne était dirigée par le poète-guerrier somalien et commandant derviche Mohammed Ibn Abdallah Hassan, appelé aussi le " Mollah Fou", considéré à l'époque par les Britanniques de la même façon que les Américains considèrent aujourd'hui Hassan Nasrallah ou Muqtada Sadr.

Le mollah avait infligé une défaite humiliante aux Britanniques à Dulmadoba dans la partie orientale de la Somalie en 1913, au cours de laquelle le commandant britannique avait été tué.

Hassan avait effrontément mémorialisé l'événement dans un poème intitulé "La mort de Richard Corfield":

Oh Corfield! Tu es un voyageur qui
Ne restera pas longtemps ici, en-dessous
Tu suivras le chemin où il n'y a pas de repos
Tu es parmi les hôtes de l'Enfer


Toutefois, après vingt ans de résistance, les forces légèrement armées d'Hassan n'étaient pas de taille à faire opposition à une puissance aérienne, même dans sa forme naissante. Une combinaison meurtrière de bombardements aériens britanniques et la variole ont décimé la résistance somalienne en 1920.

Comme l'a observé laconiquement l'un des pilotes qui avait pris part au premier bombardement de l'impérialisme, l'avion était une "arme commode pour bombarder le vieux bandit et le faire sortir de sa cachette." [5]

L'expérience somalienne a été une réussite tellement meurtrière que l'enthousiaste Churchill a préconisé l'utilisation de la puissance aérienne pour mater la rébellion dans le nouvellement conquis Irak, en expliquant que cela permettrait une diminution des troupes britanniques au sol de plus de 80%.

Stimulée par l'analyse coût-efficacité de Churchill, la RAF a lancé une campagne aérienne et a largué 97 tonnes de bombes, tuant 9.000 Irakiens. [6].

L'esprit des attaques aériennes de Churchill anime aujourd'hui les vicieuses campagnes aériennes américaines et sionistes en Irak, en Palestine et au Liban. Bien que près d'un siècle plus tard, dans chaque cas, l'objectif était d'imposer à distance la destruction, la misère et la discipline à un Islam récalcitrant.


Je suis Cyrus! Je suis Cyrus!

Le double objectif impérial de Balfour visant à écraser un élan d'équité sociale et économique de l'intérieur et à matraquer la résistance autochtone dans les colonies a réussi au-delà même des rêves les plus fous de Sa Seigneurie.

La réussite spectaculaire et ininterrompue de sa déclaration est due, je pense, à l'innovation qu'elle contenait, qui a énormément amélioré la mortalité et effectivement assuré sa longévité en dépit de tous les obstacles. Et cette innovation est l'introduction de la religion de l'Ancien Testament pour justifier les crimes à l'étude.

Chaque année qui s'est écoulée depuis ce sombre jour de novembre 1917 a vu la mineure et débile idéologie du sionisme – qui n'avait que quelques millions d'adhérents officiels dans le monde -- se renforcer sans cesse, tandis que les autres idéologies ayant des millions d'autres adeptes se sont étiolées et sont mortes sans laisser de trace.

Cette persistance du sionisme, en dépit de son racisme brutal, a laissé perplexe de nombreuses personnes. En plus d'une tolérance quasi universelle envers ses crimes de la part d'une pluralité de gouvernements occidentaux, le sionisme a également bénéficié d'une immunité presque totale de la part de la Gauche.

Le silence perpétuel des progressistes occidentaux face aux guerres en Irak et au Liban, sans parler des 80 ans de guerre en Palestine, est, selon moi, directement lié au sionisme religieux basé sur l'Ancien Testament qui trouve son origine non pas avec Théodore Herzl en 1896, mais dans l'Europe protestante, il y a des siècles.

Comme le modèle balfourien, la réussite du sionisme peut être attribuée non seulement à ses capacités prouvées dans la lutte contre la laïcité et l'équité sociale/raciale/économique qu'elle a exécuté avec un dévouement acharné puisqu'elle a aidé l'Occident dans sa domination sur les Musulmans - ou dans le cas de l'Apartheid d'Afrique du Sud, sur les autres africains.

L'autre composante moins bien comprise, mais encore plus puissante, de l'endurance du sionisme découle des origines entièrement chrétiennes de l'idéologie, un sujet que j'ai développé en détail ailleurs. [7]

Quiconque a travaillé dans les mouvements progressistes et anti-guerre occidentaux a constaté le réflexe protecteur endémique de ses membres pour les crimes d'Israël. Ces réflexes presque stéréotypés découlent, je crois, directement de la longue et historique vision protestante de la Palestine comme étant un bien appartenant par contrat non seulement aux Juifs, mais aussi aux Protestants.

Et je ne parle pas ici d'une foule en extase rapidement identifiée et condamnée mais plutôt de ce qu'Hilton Oberzinger avait identifié comme étant le moins compris et donc totalement non étudié dans l'idéologie sioniste actuelle qui
…va bien au-delà du terrain limité des politiciens du Likoud et des télé-évangélistes conservateurs, mais une affiliation qui implique des tendances plus larges et plus libérales à l'intérieur du Protestantisme et du Sionisme, tout comme des courants plus laïcs à l'intérieur du discours nationaliste occidental. [8]

Bien que le zèle du Sionisme dans l'avancée des forces de réaction ne soit pas excellent, la Gauche a été incapable de le combattre précisément en raison de ces origines et de la conviction presque inconsciente et profondément ancrée, partagée par beaucoup en Occident, y compris par ceux qui se disent athées -- que la Palestine est d'une certaine manière la propriété légale des Juifs et des Chrétiens.

Martin Buber, tellement admiré à Gauche, n'a pas mâché ses mots à cet égard : "Quand un commandement et une foi sont présents, dans certaines situations historiques, une conquête n'a pas besoin d'être un vol qualifié." [9]
La vigueur du sionisme a été assurée par cette fusion de larcins et de religion. Comme le produit final d'un pays qui a produit les premiers chrétiens sionistes au monde au 17e siècle, Balfour a finalement réussi à transformer une formule religieuse en une politique impériale officielle.

Des centaines d'années d'enseignement théologique de l'Ancien Testament enveloppent presque tout le christianisme occidental et son influence, ce qui permet à Israël de poursuivre sa trajectoire de mort. Cela ne doit pas être sous-estimé.

Mark Twain avait compris cette dynamique et l'avait résumé succinctement dans "Tom Sawyer à l'étranger" quand Tom – exaspéré par l'incapacité de Huck à saisir la notion de vol de terres au nom de la religion -- déclarait superbement : "(On ne peut pas) tenter de résoudre une chose qui est pure théologie par les lois qui protègent l'immobilier "!
En effet, vous ne pouvez pas et Bill Clinton serait d'accord.

L'ex-président a passé toute la nuit du 12 septembre 1993, plongé dans le génocidaire et vengeur Livre de Joshua en préparation de son discours à l'occasion de la poignée de main "historique" Rabin-Arafat. [10]

À l'instar d'une paire de pasteurs moralisateurs, Rabin et Clinton ont cité tous les deux la Bible à Arafat dans leurs discours du lendemain, mettant en garde une fois de plus les Palestiniens que non seulement ils ne renonceraient jamais à la revendication conjointe juive/protestante de leurs intérêts de propriétaires des biens palestiniens, mais qu'en outre ils avaient en main la paperasserie biblique pour leur donner raison.

L'égoïsme et la violence engendrés par l'utilisation de l'Ancien Testament pour justifier des crimes ne doivent pas être sous-estimés. Peut-être que le plus bel exemple de ce genre de folie a été démontré par nul autre qu'Harry Truman qui, en 1953, a été présenté au Jewish Theological Seminary de New York comme étant "l'homme qui a contribué à la création de l'Etat d'Israël".

Dans une splendide démonstration d'egomania baignant dans une intoxication biblique telle que vous n'auriez jamais espéré voir, Truman indigné aurait crié : "Que voulez-vous dire par "aider à créer" ? Je suis Cyrus! Je suis Cyrus! "[11]

En tant que bénéficiaire d'une éducation dans école publique anglaise imprégnée d'histoire ancienne et biblique, Balfour a sans doute lui-même rêvé jouer le même rôle ou peut-être un rôle encore plus Exalté – puisqu'il a écrit sa déclaration qui a, conformément au surnom de son auteur, fait couler tant de sang depuis si longtemps.


Notes :

1. al-Ahram Weekly Online, A Balfour Curse, October 26 – November 1, 2000.

2. See Chapter 1 of Lenni Brenner’s excellent Zionism in the Age of Dictators, 1983

3. Illustrated Sunday Herald, February 8, 1920, p. 5


4. Theodore Herzl, L'Etat Juif, 1896. Toujours soucieux de dépeindre les "pionniers" sionistes comme étant des naïfs idéalistes, le néo-Zioniste Uri Avnery souligne que Herzl pensait seulement à un "mur métaphorique" dans "La Mère de tous les Prétextes", Counterpunch, 16 Octobre 2007


5. Said Samatar, Sarbeeb:The Art of Oblique Communication in Somali Culture, June 2005

6. Jonathan Glancey, Our Last Occupation, The Guardian, April 2003

7. J.A. Miller, Madness and Monotheism, State of Nature , Spring 2006; Home Court Advantage, Dissident Voice, August 3, 2006

8. Hilton Oberzinger, In the Shadow of “God’s Sun-Dial”: The Construction of American Christian Zionism and the Blackstone Memorial. SEHR, Vol. 5, Issue 1

9. Martin Buber, On Zion:The History of an Idea, 1974, p. 146

10. Michael Prior. The Bible and Colonialism, 1997, p.40

11. Moshe Davis, With Eyes on Zion , 1977, p. 25

Source : http://palestinechronicle.com/

Traduction : MG/MR pour ISM

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