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Israël -

Amazon, Israël et l’occupation de la Palestine

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02.10.2019 - Le 22 septembre, Amazon a discrètement lancé ses opérations en Israël, proposant des livraisons de plusieurs marques israéliennes, avec une version en hébreu de sa prochaine plateforme israélienne. Les consommateurs en Israël ont maintenant un accès plus rapide et plus large au plus grand marché du commerce électronique au monde, mais des questions subsistent quant aux liens qui unissent Amazon aux entreprises militaires, financières et technologiques israéliennes impliquées dans l'occupation de la Palestine, ainsi qu'aux accusations de partialité anti-palestinienne à l'encontre de la plate-forme et de son fondateur Jeff Bezos.

Amazon, Israël et l’occupation de la Palestine

Capture d’écran du t-shirt “Make Israël Palestine Again” [Faire qu’Israël redevienne la Palestine], retiré par Amazon.
Bien qu'Amazon-Israël ait été lancé il y a à peine deux semaines, les opérations commerciales d'Amazon avec Israël remontent beaucoup plus loin. Dès 2015, Israël Aerospace Industries (IAI) a commencé à desservir la flotte d'avions cargo d'Amazon et dessert désormais 80% de ses avions. IAI est un fabricant d’armes et d’aéronefs appartenant en totalité à l’État israélien qui fournit à l’armée israélienne des avions, des drones, des missiles, des véhicules blindés, des satellites espions et bien plus encore. Ses armes ont été utilisées lors d'assassinats et d'invasions militaires à Gaza.

Dans les années 1970, l'IAI a vendu des armes au Shah d'Iran et, plus récemment, un rapport de l'ONU publié en août dernier a révélé que l'IAI avait vendu des armes à l'armée du Myanmar après le début de son génocide et de son nettoyage ethnique de la minorité Rohingya. La filiale de l'IAI, Elta North America, a récemment été chargée de construire un prototype du mur de Donald Trump à la frontière américano-mexicaine. Amazon travaille également avec la société de technologie israélienne NSLComm, qui reçoit un financement du gouvernement israélien, et construit des satellites de réseau « qui seront utilisés pour (…) des applications militaires », selon Haaretz.

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Immeuble à Gaza après le bombardement par un avion israélien. IAI, qui dessert 80% des avions cargo d'Amazon, fournit également des avions, des missiles et d'autres armes au gouvernement israélien. Crédit: MOHAMMED SALEM / REUTERS


Bien que les liens entre Amazon, IAI et NSLComm soient rarement évoqués dans les médias, ses contrats de plusieurs millions de dollars avec une autre entreprise de sécurité ont été largement condamnés et protestés. Amazon gagne des millions en fournissant des serveurs Web et un stockage de base de données à Palantir, une société privée américaine d'analyse de données qui aide Immigration and Customs Enforcement (ICE) à identifier et à expulser les migrants. Cet été, une pétition demandant à Amazon de rompre ses liens avec Palantir et ICE a recueilli plus de 270.000 signatures. Palantir fournit également au gouvernement israélien des « systèmes prédictifs » qui analysent les publications sur les réseaux sociaux pour identifier les Palestiniens considérés comme une « menace »… Grâce aux systèmes d’analyse à profil racial de Palantir, des Palestiniens sont arrêtés et condamnés à de longues peines de prison pour avoir simplement publié des photos de membres de leur famille tués par les forces israéliennes ou en prison, cité des versets coraniques ou appelé à des manifestations.

Dans le secteur financier, Amazon a signé cette année des accords avec les banques Hapoalim et Leumi, deux grandes institutions bancaires israéliennes, qui prévoient des réductions aux clients d'Amazon utilisant les comptes bancaires de Leumi et de Hapoalim. Un rapport 2018 par Human Rights Watch a déclaré les deux banques coupables de financer la construction et l'expansion des colonies illégales en Cisjordanie , tandis que la Banque Leumi finance également des établissements d'enseignement dans les colonies illégales et des programmes pour les recrues de Tsahal [l’armée du régime sioniste, ndt], et même de parrainer des paquets cadeaux et des jours de vacances supplémentaires pour des soldats lors de l'invasion de Gaza en 2014, au cours de laquelle plus de 2.200 Palestiniens, dont plus de 550 enfants, ont été tués. Des fonds de pension et des banques en Norvège, au Danemark, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni se sont retirés des banques Leumi et Hapoalim en raison de violations des droits de l'homme, tandis qu'Amazon a signé de nouveaux accords de coopération avec elles.

A part les relations d'Amazon avec les entreprises israéliennes soutenant l'occupation et en tirant profit, de nombreuses autres questions demeurent. La plus troublante de ces questions concerne la manière dont Amazon-Israël fera face aux réalités sur le terrain de ses opérations. Amazon livrera-t-il aux clients des colonies illégales ? Amazon vendra-t-il des produits fabriqués ou cultivés sur des terres palestiniennes volées par des colons armés, colonies considérées comme illégales par l'ONU et la communauté internationale ? Amazon va-t-il donner aux vendeurs palestiniens et israéliens un accès égal à sa plateforme ?

Un coup d’œil rapide sur les politiques d’Amazon sur son site mondial, amazon.com, donne quelques indications sur la manière dont il pourrait gérer son site israélien. L'année dernière, Amazon a retiré le t-shirt le plus vendu, intitulé « Make Israël Palestine Again » [Faire qu’Israël redevienne la Palestine], (voir photo ci-dessus) au motif qu'il ne respectait pas sa politique de contenu. La politique de contenu d'Amazon interdit la vente de « produits qui promeuvent ou glorifient la haine, la violence, l'intolérance raciale, sexuelle ou religieuse, ou promeuvent des organisations qui défendent de telles opinions ». Cependant, Amazon ne semble pas avoir de problème avec la vente de marchandises « IDF » (Israëli Defense Forces) ; au moment de la rédaction de cet article, des t-shirts, des robes, des costumes d'Halloween et même des vêtements de bébé ‘IDF’ sont disponibles sur son site mondial. L’armée d’occupation a été accusée de racisme, de sexisme, d’intolérance religieuse et d’innombrables actes de violence, de torture et de violations des droits humains, non seulement par des Palestiniens, mais également par des soldats israéliens.

Le président d'Amazon, PDG et principal actionnaire, Jeff Bezos, l'homme le plus riche du monde depuis 2017 (et selon Forbes, l'homme le plus riche de l'histoire) n'a pas encore parlé publiquement de la Palestine ou d'Israël. il fait rarement des commentaires officiels sur des questions politiques. Mais on peut voir des indications sur ses positions dans le Washington Post puisqu’il a acheté le journal américain au prix de 250 millions de dollars US et qu’il en est l'unique propriétaire depuis octobre 2013.

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Pour le Washington Post, le 6 mai 2019, les Israéliens sont ‘tués’ mais les Palestiniens ne font que ‘mourir’.


Le Washington Post a publié un grand nombre d'articles sur Israël et la Palestine, et un rapide coup d'œil aux articles et éditoriaux depuis la prise de contrôle de Bezos en octobre 2013 montre la position du personnel éditorial et des dirigeants. Il décrit la fusillade de manifestants palestiniens non armés à Gaza par des tireurs d'élite israéliens comme des « affrontements » et Netanyahu comme un « homme d'État prudent, voire précautionneux » qui « a discrètement restreint la construction de colonies de peuplement juives », alors que pendant ses dix dernières années au pouvoir, plus de 20.000 logements ont été construits en Cisjordanie occupée. Un article du Washington Post intitulé « Des Palestiniens tuent trois Israéliens alors que la violence monte en ce Jour de colère », reconnaît seulement dans le 6ème paragraphe que « 28 Palestiniens ont été tués par des Israéliens ». Les Israéliens sont couramment décrits comme « tués », mais les Palestiniens ne font que « mourir ». Un autre article sur les coupures d’électricité à Gaza a pour objectif d’informer les lecteurs que « ce n’est pas la faute d’Israël ». L'année dernière, le Washington Post a publié une pleine page de publicité dans laquelle il était dit que l'artiste néo-zélandaise Lorde était « une fanatique » pour avoir annulé un concert en Israël.

Jennifer Rubin, journaliste au Washington Post, a une fois re-tweeté un article décrivant les Palestiniens comme des « sauvages vénérant, adorant la mort, sacrifiant des enfants », « des rejetons du diable » et des « bêtes fauves » qui doivent être jetés « à la mer pour nourrir les requins ». Son article paru dans le Washington Post déclarait que le soutien de la solution d'un État « équivalait à un appel au génocide » et qualifiait alors le secrétaire d'État John Kerry d’ « intentionnellement obtus » - ou de menteur - pour ne pas avoir dénoncé le droit de retour des Palestiniens. Le Washington Post a rejeté les demandes de licenciement de Rubin pour ses encouragements du racisme et de l'islamophobie.

Compte tenu des activités passées d'Amazon auprès de sociétés profondément enracinées dans l'occupation israélienne de la Palestine, il est fort probable qu'Amazon-Israël ne se conforme pas au droit international et aux droits de l'homme dans le cadre de ses opérations israéliennes. S’il ne respecte pas le droit international et s’engage directement dans des opérations de normalisation, de soutien et de profit des violations des droits des Palestiniens, Amazon pourrait être confronté à des appels au boycott semblables à ceux lancés par BDS contre des sociétés telles que HSBC, SodaStream, Airbnb, Caterpillar et Hewlett Packard. Il reste à voir quel type de valeurs d'entreprise Amazon-Israël livrera.


Voir la version originale en anglais pour les nombreux liens.



Source : Palsolidarity

Traduction : MR pour ISM

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