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Israël -

Amir Peretz, Ariel Sharon : le grand chambardement

Par

Editorial du Mensuel de l'Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB) - daté de décembre 2005

Shimon Peres doit se mordre les doigts.
Car c'est bien lui qui a fait revenir Amir Peretz au bercail travailliste au lendemain des élections législatives de janvier 2003. Un bercail qu'il avait quitté avec fracas pour fonder son propre parti, ouvriériste, Am Ehad (Un seul peuple).
Et voilà que l'ingrat vient, à la surprise générale, de lui dérober le siège qu'il estimait lui revenir de droit, celui de candidat travailliste au poste de premier ministre lors des prochaines élections.

Tous les sondages donnaient en effet Peres largement favori aux élections internes du parti. Mais chacun sait, selon la désormais célèbre formule de Yossi Sarid, dirigeant du Meretz, que Peres n'a jamais raté une occasion de perdre une élection. Dans ce cas-ci, on ne s'en plaindra pas.

Mais la victoire d'Amir Peretz constitue-t-elle pour autant une révolution, ainsi que l'ont affirmé tous les politologues et les médias ? Jugez-en. Jusqu'ici le parti travailliste, que ce soit sous la dénomination de Mapai, de Ma'Arakh ou d'Avoda, a toujours (mise à part la brève parenthèse Ben Eliezer 2001-2002) été dirigé par un ou une (Golda Meir) Ashkénaze issu(e) de l'Establishment ou de l'armée.

C'est en raison de cette mainmise ashkénaze sur le parti, de sa politique élitiste et de son indifférence à l'égard des problèmes sociaux et économiques vécus par son électorat séfarade que celui-ci a fini par s'en détourner et a ainsi permis la victoire du Likoud de Menahem Begin en 1977.

Et voilà qu'aujourd'hui ce vieux et sclérosé parti travailliste se choisit comme porte-drapeau un Séfarade de 53 ans, né au Maroc, secrétaire général de la centrale syndicale Histadrout et ancien maire de Sdérot, modeste ville de développement au sud du pays, à un jet de pierre (excusez l'expression) de la bande de Gaza. C'est donc bien d'une révolution qu'il s'agit.

Mais qu'apporterait-elle au cas où Amir Peretz mènerait son parti à la victoire le 28 mars prochain ? Contrairement aux vieux caciques du parti, Peretz a bel et bien un projet socio-économique. Il a d'emblée affirmé son intention de porter le salaire mensuel minimum de 615 à 850 euros, de ramener le taux de chêmage sous la barre des 10% et de réduire les inégalités criantes dans un pays où un habitant sur quatre et un enfant sur trois vivent désormais au-dessous du seuil de pauvreté.

Bref, de prendre résolument le contre-pied de la politique menée par Benyamin Nethanyahou jusqu'à sa démission récente du gouvernement Sharon pour cause d'opposition au désengagement de la bande de Gaza. Voilà un programme qui pourrait bien ramener au parti une frange non négligeable des électeurs les plus précarisés par les mesures néo-libérales de l'ex-ministre des Finances.


Reste la question Israël-Palestine. Et là, on éprouve quelque difficulté à s'enthousiasmer. Il est vrai que Peretz a marqué son intention, au cas où il accéderait au poste de premier ministre, de s'asseoir à table avec Mahmoud Abbas pour négocier le statut final des Territoires occupés. Mais il a aussi déclaré que "Oslo" n'était pas mort, ce qui est en totale contradiction avec l'affirmation précédente.

Et il y a aussi ce qu'il n'a pas dit. Pas un mot sur le gel de la colonisation et sur le sort des colonies existantes à part ceci, qui n'a vraiment rien de révolutionnaire, sur la 2e chaîne TV israélienne : "Si (Sharon) veut rendre des parties de la Judée et de la Samarie, - ce qui est exactement ce que Sharon affirme vouloir faire - il recevra mon soutien" ; pas un mot non plus sur le sort du mur de séparation.

Et ceci encore qui est de nature à alimenter nos craintes. Le journal Ha'Aretz daté du 22 novembre nous apprend en effet que le ministre travailliste du Logement et de la Construction, Yitzhak Herzog, vient d'autoriser la construction de 350 unités de logement à Ma'aleh Adumim, une des plus importantes colonies juives de Cisjordanie , et ceci avec l'approbation d'Amir Peretz lui-même.Voilà qui n'augure rien de vraiment bon.

Mais pour en avoir le cour net sur les intentions réelles de Peretz, il faudra attendre le lancement officiel de la campagne électorale et, surtout, l'après-élections.

Car il y a une seconde révolution qui agite aujourd'hui le Landerneau politique israélien. C'est la rupture d'Ariel Sharon avec le Likoud et sa décision de créer un nouveau parti "centriste" Kadima (En avant), nouveau parti que tous les sondages donnent aujourd'hui gagnant des prochaines élections, promesse d'un troisième mandat de premier ministre pour Sharon.


Pour gouverner avec qui ? On vous le donne en mille. Ecoutons en effet Yossi Beilin, leader du Meretz-Yahad - auquel les sondages prédisent une perte de deux sièges sur les six qu'il compte - et "père" de l'Initiative de Genève.

"La décision de Sharon (de quitter le Likoud et de créer un nouveau parti) est une grande victoire pour les tenants d'un partage de la terre, une réelle opportunité pour une coalition menée par le camp de la paix et incluant des anciens membres du Likoud qui ont compris que durant 38 ans ils ont trompé la Nation et se sont trompés eux-mêmes" !


On se demande ce qu'il fait des années, parmi ces 38, au cours desquelles la gauche a été au pouvoir, pouvoir auquel il a activement participé. Mais soit. Voici donc Sharon adoubé par la gauche de la gauche institutionnelle. Un peu comme de Gaulle, adulé après avoir lâché les siens, partisans de l'Algérie française.

Mais il y a un hic, et de taille. Sharon n'est pas de Gaulle. Comme l'écrit très justement Ouri Avnery (sur le site www.gush.shalom.org - 19 novembre) : La triste réalité, c'est que la majorité des Israéliens, y compris la plupart des soi-disant hommes et femmes de gauche, n'ont aucune idée de ce qui se passe réellement aujourd'hui en Cisjordanie .

On pourrait ajouter qu'ils n'ont malheureusement pas envie de savoir, car s'ils y allaient voir ils ne pourraient pas prétendre que Sharon est l'homme qui conduira à une paix juste entre Israéliens et Palestiniens comme de Gaulle l'avait fait entre la France et l'Algérie, allant jusqu'à faire sortir Ahmed Ben Bella de prison pour l'amener à la table des négociations.



Si Sharon a rompu avec le Likoud, c'est pour une raison bien simple. Il sait pertinemment qu'il devra encore évacuer un certain nombre de colonies indéfendables, celles qui sont isolées et situées à l'est du Mur, soit 80.000 colons sur les 400.000 installés en Cisjordanie et sur le pourtour de Jérusalem.

Et pour cela il veut avoir les mains libres, sans subir le harcèlement des durs du Likoud adversaires de la moindre concession à l'Autorité palestinienne. Contrairement à Amir Peretz, Sharon ne fait plus référence à Oslo qu'il sait être bel et bien mort.

C'est la Feuille de route qui est devenue son livre de chevet, mais une feuille de route où figure en page de garde la déclaration de George W. Bush selon laquelle, compte tenu des modifications démographiques (entendez la colonisation), il n'est pas question pour Israël de devoir revenir aux frontières d'avant le 5 juin 1967, une déclaration dont ne se sont jamais vraiment démarqués les autres membres du Quartette.


Et c'est avec cet homme comme premier ministre - puisque tous les sondages lui promettent la victoire électorale - bien décidé à annexer près de la moitié de la Cisjordanie avant de concéder leur "indépendance" aux Palestiniens, qu'une certaine gauche se réjouit de prochainement gouverner !

Gardez-nous de nos "amis" doivent-ils se dire, nos ennemis nous nous en chargerons.



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