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France -

Aucune « désolidarisation » ne nous mettra à l’abri de l’islamophobie

Par

Une attaque meurtrière au siège de Charlie Hebdo à Paris vient de faire une douzaine de victimes, parmi lesquelles un agent d’accueil, l’économiste Bernard Maris, deux policiers, et les journalistes Cabu, Charb, Tignous et Wolinsky.
L’identité des victimes n’était pas encore connue que déjà les « représentants » médiatiques de l’ « Islam de France » étaient sur place pour condamner la tuerie et se « désolidariser » d’un tel acte.

Aucune « désolidarisation » ne nous mettra à l’abri de l’islamophobie

Dès la diffusion de vidéos montrant les assaillants quitter les lieux aux cris de « Allahu Akbar » et de « On a vengé notre Prophète », certain-e-s musulman-e-s ont aussitôt émis l’idée d’organiser des actions symboliques.
 
Des actions pour montrer la tristesse de la communauté musulmane, son attachement à la « liberté d’expression », et son rejet du terrorisme. Un « sursaut » d’humanité destiné aussi à prévenir tout amalgame qui serait fait entre la tuerie et la communauté musulmane.
 
Pourquoi une telle réaction, qui part sans doute d’une bonne intention, nous parait-elle dangereuse et contraire à l’objectif qu’elle s’assigne ?
 
1) D’abord parce que cela donne raison à toutes celles et tous ceux qui somment les musulman-e-s de se « désolidariser ». Une sommation raciste, qui implique l’« ethnicisation » de l’ensemble des populations musulmanes à travers la planète (1.300.000.000 personnes), et l’existence d’une responsabilité collective des musulman-e-s.
 
Se « désolidariser » explicitement en tant que musulman-e-s signifie qu’il existerait une « solidarité » implicite. Qu’il existerait de bons et de mauvais musulmans. Celles et ceux qui se « désolidarisent » d’un côté, et celles et ceux qui garderaient un silence complice et criminel de l’autre.
 
Médias et politiques acceptent que les musulmans se disent musulmans que dans de telles circonstances. De plus, celles et ceux à qui on a refusé le droit de manifester pour condamner les tueries perpétrées à Gaza cet été sont priés de sortir dans la rue pour condamner la tuerie à Charlie Hebdo. L’hypocrisie est totale.
 
2) Ensuite, parce que chaque événement mettant en cause des musulman-e-s est soigneusement utilisé pour alimenter les mesures répressives à l’encontre de l’ensemble des musulman-e-s.
 
La tuerie qui vient d’être perpétrée ce 07 janvier 2015 va à coup sûr être utilisée pour un énième tour de vis répressif. L’injonction à nous « désolidariser » nous conduirait à signer un chèque en blanc à toutes les mesures qui seront prises à coup sûr contre nous.
 
Sans compter qu’à côté de ces mesures « légales », vont s’ajouter des mesures punitives. Le battage islamophobe est tel que des personnes vont se sentir habilitées à se venger en agressant par exemple des musulmanes (cible la plus facile pour eux), en attaquant des mosquées ou en profanant des cimetières musulmans.
 
3) Enfin, et cet élément nous préoccupe tout particulièrement au sein de la campagne ALI, le drame qui vient d’avoir lieu va être soigneusement utilisé pour « criminaliser » ou marquer comme suspecte toute lutte contre l’islamophobie.
 
Les promoteurs de l’islamophobie vont feindre de voir derrière toute dénonciation par des musulman-e-s de ce racisme, une atteinte à la « liberté d’expression », une menace pour la démocratie, voire un « appel au meurtre ».
 
« On sait à quoi peut conduire la dénonciation de l’islamophobie » s’entendront dire les militant-e-s musulman-e-s qui luttent contre ce fléau et dont les voix seront ainsi réduites au silence par cet imparable argument d’autorité.
 
Aussi, si nous comprenons l’émotion qu’un acte aussi violent peut produire, nous ne comprenons pas pourquoi des musulman-e-s mettent dans ce cas précis en avant leur « islamité » pour se « désolidariser ».
 
Nous savons par expérience qu’aucune « désolidarisation » ne nous mettra à l’abri du tsunami islamophobe qui déferle déjà. La libération de l’être musulman ne se fera pas en ralliant la cause de l’ « unité nationale », mais en nous organisant collectivement sur la base d’un agenda qui nous soit propre.
 
Dans un contexte où toute nuance est proscrite, et où tout est fait pour nous empêcher de réfléchir par nous-mêmes, c’est pourtant la seule solution qui s’offre à nous pour desserrer l’étreinte de l’oppression islamophobe.
 
Campagne pour l’Abrogation des Lois Islamophobes (ALI)
Mercredi 07 janvier 2015

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