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Israël -

Auto-apitoiement et privilèges : Etgar Keret et la "gauche libérale" israélienne

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07.08.2015 - Etgar Keret est selon certains "l'écrivain israélien le plus apprécié et le plus lu du moment." Salué comme "l'un des écrivains israéliens les plus en vue sur la scène littéraire internationale," Keret a récemment publié un livre autobiographique, le premier qui ne soit pas une œuvre de fiction après cinq recueils de nouvelles.

Auto-apitoiement et privilèges : Etgar Keret et la 'gauche libérale' israélienne

Illustration de Eran Wolkowski (Source : Ha'aretz)
Pour marquer sa sortie, Keret fait la tournée des médias, où un thème récurrent est, selon les termes du Guardian, "les difficultés rencontrées par la gauche israélienne." En fait, les réelles "difficultés" rencontrées par la soi-disant gauche israélienne sont toutes auto-infligées - comme Keret lui-même le démontre habilement.

L'avis de Keret sur le conflit est façonnée par une fausse symétrie bien trop familière. Dans un éditorial du Los Angeles Times de juillet 2014 portant sur les meurtres récents de trois jeunes israéliens en Cisjordanie occupée et celui de Mohammad Abu Khdeir à Jérusalem Est, Keret écrivait :

"En surface, la situation sécuritaire était stable, mais avec l'annulation des pourparlers de paix et le sentiment général de désespoir (...) il était clair que ce n'était qu'une question de temps avant qu'un acte meurtrier ait lieu, contré par un autre acte également meurtrier."

"La situation sécuritaire était stable", écrivait Keret. A Tel Aviv peut-être, mais dans les cinq premiers mois de 2014, les forces israéliennes ont tué 22 Palestiniens (dont 17 civils). Il n'y a pas une seule référence à l'occupation militaire en cours dans tout l'éditorial.

Le récit de Keret d'un "acte meurtrier" contré par un autre est repris dans sa correspondance d'octobre 2014 avec son ami Sayed Kashua. Là il décrit "l'histoire de ce conflit" comme l'une des "occasions manquées, manifestations de méfiance et manque de courage des deux côtés au fil des ans."

Keret aspire à "la paix" mais ne propose aucune mesure concrète sur la façon d'y parvenir, et il est vague sur la signification même du mot. Il n'y a cependant aucun doute sur son opposition au boycott, qu'il a décrit comme une forme de "punition collective arbitraire" analogue à la démolition des maisons palestiniennes par Israël.

Les comparaisons extraordinaires mises de côté, Keret est clairement ignorant de la base de l'appel pour un boycott universitaire, à savoir la complicité bien documentée des universités israéliennes avec l'occupation - des institutions qu'il défend comme "l'un des quelques bastions restants de la gauche libérale."

Pourtant Keret a également admis que personnellement, il n'est "pas prêt" même à "boycotter les colonies" en Cisjordanie . Pour Keret, "il n'y a rien de plus facile que de boycotter. Au fond, boycotter revient à dire, je vais m'asseoir sur mon cul et ne rien faire."

Allez dire ça aux artistes israéliens pour qui boycotter les colonies implique des risques financiers, professionnels et même juridiques. Des artistes internationaux aussi rejoignent le boycott au préjudice de contrats lucratifs et au risque de contre-coup de leurs amis et alliés en Israël.

Photo
Etgar Keret


Malgré cela, beaucoup rejoignent en effet le boycott culturel, une tactique que Keret critique aussi comme inefficace : "Quand des gens ne viennent pas se produire en Israël, tout le monde s'en fout." En fait, les médias israéliens couvrent les annulations et les adhésions au boycott, tandis que le gouvernement et des groupes de pression ont mobilisé des ressources importantes pour combattre la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

Les boycotts, une tactique éprouvée dont Keret est soit réticent soit incapable de comprendre l'importance stratégique, sont rejetés au motif qu'ils sont une option inefficace et paresseuse. Mais il est difficile d'identifier les démarches concrètes qui, selon lui, peuvent être envisagées pour influer sur un changement.

Dans un éditorial du New Yok Times cette semaine, Keret déplore le fait qu' "une manifestation anti-violence, anti-incitation" à Tel Aviv n'ait pas attiré une foule énorme. Il n'explique pas comment se tenir pendant quelques heures Place Rabin est plus efficace ou moins "facile" que de soutenir l'appel palestinien au boycott.

En décembre, Keret a conseillé à son voisin "de gauche" de voter à ce qu'il a décrit comme "les élections les plus importantes de l'histoire d'Israël." Mais qu'elles étaient les solutions de rechange au Likud ? Le Camp sioniste, dont le chef, Isaac Herzog, s'est vanté d'être "plus extrémiste que Netanyahu" ? Le Meretz affaibli ? Ou peut-être la Liste commune qui, pour l'ensemble de ses réalisations, restera marginalisée ?

Interrogé par Newsweek pour expliquer son optimisme, Keret révèle que le véritable espoir pour un changement dans la société israélienne est, en fait, lui-même. "J'ai l'arrogance," a-t-il répondu, "de penser que si je pouvais m'enfermer dans une pièce avec chaque individu de ce pays et lui parler pendant quelques heures, alors - je ne dis pas qu'ils penseraient comme moi, mais peut-être pourrais-je leur faire voir la réalité sous un autre angle."

A une autre occasion, expliquant pourquoi il a co-écrit un livre avec son ami, l'écrivain palestinien Sami el-Youssef, Keret a écrit les remarques instructives suivantes :

"Mais si vous pouvez prendre des gens qui considèrent la situation comme simple et leur montrer quelque chose de plus complexe - si vous pouvez les embrouiller et introduire une certaine ambiguïté dans leur point de vue - c'est le mieux que vous puissiez faire. Et si ça n'aide pas, au moins cela nous fera nous sentir mieux."

A lire les éditoriaux et les interventions politiques de Keret, nous arrivons à la conclusion que la crise réelle n'est pas celle à laquelle sont confrontés les Palestiniens colonisés, brutalisés, ou même la société israélienne juive en général, mais plutôt c'est la crise qu'il vit lui, l'écrivain tourmenté, accablé.

Prenez, par exemple, son article de juillet 2014, écrit alors que les bombes d'Israël pleuvaient sur les Palestiniens de la Bande de Gaza. Là il a courageusement déclaré : "Je suis prêt à me battre" - mais pour quoi ? Pas, en fait, pour le droit des Palestiniens à jouer sur une plage sans être déchiquetés, mais "pour mon droit à exprimer mon opinion avec la même férocité que celle que montrent en ce moment les FDI [Forces de Défense israéliennes, plus précisément Forces d'Occupation israéliennes, ndt] à Gaza."

Pour Keret, les Palestiniens sont relégués aux marges, alors que lui, l'auteur ironique auto-déprécié est au centre, un déplacement discursif qui confirme la situation coloniale à partir de laquelle il écrit. Comme Udi Aloni l'a écrit l'an dernier, "les symptômes [de Keret] sont les mêmes que ceux dont souffre la majorité de la gauche juive israélienne : ils ne considèrent pas les Palestiniens comme des sujets dans la lutte, ils ne voient qu'eux-mêmes."

Keret se plaint qu'il est "pris entre le marteau et l'enclume", et a dit au Guardian que "en Israël, les gens me boycottent en me traitant de traitre, et à l'étranger les gens me boycottent parce que je suis Israélien." En fait, comme souligné plus tard, "paraître régulièrement" en première page du deuxième journal le plus lu d'Israël ne constitue guère "un boycott".

Les livres de Keret sont très populaires en Israël, et il est lauréat du prix du Premier ministre de Littérature et d'un prix de Cinéma du Ministre de la Culture. Pas étonnant alors que cela ne le préoccupe pas particulièrement d'être jugé "controversé" par ceux, a-t-il dit jadis en plaisantant, qui doutent de "la théorie de l'évolution."

Les fictions de Keret sont peut-être brillantes, mais sa politique est fatiguée, typique de la faillite d'une gauche libérale israélienne qui n'a aucune feuille de route en dehors du cul-de-sac colonial de peuplement. Il a joué son propre rôle dans sa création. Son insistance à dire que la "solution" peut être trouvée dans le "compromis" et le "dialogue" n'est pas seulement d'une vacuité rebattue ; c'est un abandon de responsabilité à partir d'une position de privilège.

Keret est né en 1967 : un Palestinien né la même année en Cisjordanie ou à Gaza n'a jamais connu autre chose qu'un régime militaire. "Bien que je sympathise avec la lutte des Palestiniens," a dit Keret récemment, "je ne peux pas dire que je suis pro-palestinien. Je ne suis pas pro-Hamas, pro-persécution des gays, pro-attaque terroriste." C'est avec des opinions comme celles-ci que les "libéraux" d'Israël plaident en faveur d'un boycott mieux que quiconque.

Source : Middle East Monitor

Traduction : MR pour ISM

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