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Palestine - ISM France

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Jénine -

Baarta Sharkuyya : Une seule infirmère pour 4 700 personnes et le médecin bloqué au barrage

Par

Le petit village Umm a-Rihan, qui abrite 360 habitants, s'est trouvé pris dans l’ enclave fermée qui délimite la principale "ville district" de Baarta Sharkuyya ,dont la population est de 3 500 personnes.
Le centre de soin du Ministère de la Santé de l'Autorité Palestinienne à Bartaa peut desservir les habitants de Umm a-Rihan ; mais il n'y a pas de route carrossable entre ces deux localités.

Avant la construction du mur, quand les habitants de Umm a-Rihan avaient besoin de soins médicaux d'urgence, ou lorsqu'il voulaient consulter un médecin, ils allaient dans un centre médical différent, au nord de leur village, qu'on peut atteindre par une route praticable.

Actuellement, le mur empêche l'accès à ce second centre ; aussi les habitants de Umm a-Rihan se déplacent-ils en empruntant des routes difficiles et boueuses jusqu’à Bartaa.

En ce qui concerne les femmes enceintes, les personnes âgées invalides, les accidentés, et autres patients cette route est presque une bonne solution, en termes médicaux ; mais il se trouve aussi qu’il n’y a pas d’autre chemin. D'un autre côté, le mur sépare maintenant les habitants des villages comme Dhaher al Aabed et Akkab du centre médical de Baarta ; avant la construction du mur, ils recevaient des soins médicaux dans les installations de Bartaa.

Le Centre médical de Bartaa est ouvert de 8h du matin à 14h de l'après-midi . Une infirmière du village et un médecin qui vient d’une autre enclave créée par le mur dans la région de Tulkarem, s’occupent du personnel du centre. Le médecin doit négocier avec les soldats israélien à l'entrée nord-est de son village, Nazlat Issa ; ensuite il doit prendre une route hérissée de barrages armés provisoires.

Finalement il doit négocier avec un autre groupe de soldat pour franchir l’entrée et arriver dans l’enclave de Bartaa.
Il est impossible de dire comment les retards, la frustration et la colère accumulés après ces voyages quotidiens pèsent sur son travail.

Tout compris, 4 700 personnes vivent dans la région de Bartaa. Le Centre Médical du gouvernement (le seul de cette catégorie dans la région) a une pharmacie et offre aussi des conseil en matière de prévention santé.

Mais les spécialistes médicaux ne viennent pas dans ce centre ; il n'a pas de laboratoire d'analyses pas non plus de planning familial. Les patients qui ont été envoyés pour analyses ou pour des traitements ordinaires doivent traverser le mur de Séparation, et aller à l'est, à Jénine ou Tulkarem. Quand les patients y parviennent, c'est seulement après d'interminables, et d'insoutenables délais.

Ce qui est vrai pour les villages à l'intérieur de l'enclave de Bartaa ou adjacents, est aussi vrai pour les habitants des autres enclaves créées, ou qui vont l'être, par la construction du mur de séparation;

The Health, Development, Information and Policy Institute (HIP) un organisme non gouvernemental, a passé en revue les retombées présentes et futures du mur de séparation, en termes de santé et d'accès aux soins médicaux.

La semaine dernière, l’institut a publié ces résultats.. Résumant ces conclusionsn le directeur de l’HDIP, Mustafa Barghouti a dit que « le mur de l’Apartheid » (ses propres termes) a détruit la « cohérence normale » du système de santé palestinien ; ce système avait été développé en fonction des modèles conçus par l’Organisation mondiale de la Santé : des centres médicaux pour les soins de base sont répartis autour d’un certain nombre de localités avec le soutient d’un système de référence soigneusement établi – les patients peuvent être dirigés vers des centres plus importants qui fournissent des services de médecine spécialisée et vers des hôpitaux.

La plupart des centres locaux sont dirigés par le gouvernement, certains sont dirigés par l’Agence des Nations Unies pour l’aide et le développement : d’autres le sont par des réseaux de santé non-gouvernementaux.


Sérieuse cassure

Ce système de référence a échoué. Il a été brutalement cassé par les checkpoints et les barrages établis par les Forces israéliennes de Défense au cours des trois dernières année en Cisjordanie : ces barrages coupent les communautés palestiniennes locales des villes importantes de Cisjordanie .

Selon les données examinées en décembre 2003 par l’OCHA, le bureau des Nations Unies pour la coordination des Affaires Humanitaires, il y a eu 734 barrages de différents types : 63 sont contrôlés par des hommes, 456 autres empêchent le passage des véhicules avec des obstacles , des murs de béton et autres entraves.

Actuellement, les dommages préalablement causés au système de santé palestinien s’aggravent depuis la création du mur de séparation :

• Quand la première étape du mur sera terminée 26 centres médicaux se trouveront, dans des enclaves coupées par le mur.
• Les habitants qui sont maintenant coupés des centre médicaux offrant des soins spécialisés, sont encore plus dépendants des centres de soins locaux.
• A l’inverse, cette dépendance aux installations locales aggrave l’absence de médecins spécialisés et de services médicaux spécialisés.
• Quand le mur sera terminé, le nombre de ces centres médicaux isolés atteindra 71, ainsi que le démontrent les chiffres du HDIP

Et le problème va tripler.

La plupart de ces centres médicaux manquent de laboratoires. Comme la plupart disposent de pharmacies, ces centres sont généralement ouverts le matin.. Tous ces centres ne vaccinent pas les enfants.

Beaucoup de petites localités dans lesquelles les centres sont installés ne sont pas raccordés au réseau électrique.
L’électricité est fournie à ces villages par des groupes électrogènes qui ne fonctionnent qu’une partie de la journée. Il arrive que le carburant qui fait tourner les générateurs ne parvienne pas aux centres à cause des barrages et du Mur.

Ainsi les Centres ne peuvent pas stocker le sérum nécessaire aux vaccinations. Les barrages et les issues fermées du mur empêchent fréquemment de vacciner les bébés dans les temps.

Les Centres Médicaux des zones nord de Cisjordanie n’ont pas d’équipement pour traiter les diabétiques. Et pédiatres, gynécologues, et autres spécialistes sont introuvables dans la région de Qalqilyah.
Au sud de Ramallah et à Jérusalem-Est, le mur de séparation empêchera l’accès de 17510 handicapés aux soins spécialisés, selon le rapport du HDIP.


Les travailleurs agricoles de l’Agence pour le soutien et le travail des Nations Unies indiquent qu’en raison des entraves à l’accès aux services de maternité et aux hôpitaux de Jénine et de Naplouse, il y a eu à Bartaa (au grand dépit des femmes de la région) une tendance à se reposer de nouveau sur les sage-femmes ; il n’y a pas de perspective de soins médicaux spécialisés en cas d’urgence pour les femmes enceintes ou autres patients.

Dans la plupart des centres médicaux isolés, le rapport du HDIP montre qu’il n’y a ni planning familial, ni moyens contraceptifs. En d’autres termes, le mur met à mal et continuera de mettre à mal, les efforts faits par les organisations sociales et de santé palestiniennes pour encourager hommes et femmes à réfléchir soigneusement sur le nombre d’enfants qu’ils désirent avoir.


Dans une enquête faite parmi 890 foyers en octobre 2003 par le Bureau Central Palestinien des Statistiques, les personnes interrogées évaluaient les principaux obstacles qui les privent d’accès au services médicaux :

• 41,6 pour cent des personnes interrogées (73,7 % à l’ouest du mur ; 38,6 % à l’est) citaient la distance qui les sépare des Centres Médicaux importants ;
• 42,6 % (dont 76,4 % à l’ouest du mur contre 39,4 % à l’est) évoquaient les problèmes rencontrés par les équipes médicales pour atteindre les Centres médicaux ; et
• 59,6 % (69,3 % à l’ouest ; 58,8 pour cent à l’est) ont évoqué l’impossibilité dans laquelle ils sont de payer les soins médicaux ;


Les barrages de la peur

La mise en place de centaine de checkpoints et de clôtures en Cisjordanie a rallongé pour tout le monde la distance qui les sépare des centres médicaux ou principaux .

La rencontre permanente avec les soldats (qui conduisent sur les routes, jeeps, tanks et transports blindés) a créé une nouvelle sorte de barrage : les barrages de la peur.

La fermeture interne renforcée par l’IDF a détérioré les capacités de gagner de l’argent d’un grand nombre de communautés et de toutes les familles ; il est devenu encore plus difficile pour les individus et les familles de faire face aux prix en augmentation constante des transports pour se rendre dans les centres médicaux et accéder aux traitements.

Les gens négligents leurs problèmes de santé et ne se soignent qu’à partir du moment où leur maladie s’aggrave.

Cette dynamique est encore pire pour ceux qui vivent près du mur de séparation – ainsi que l’affirment les travailleurs médicaux y compris les membres du Medical Relief Committee, un réseau de centres médicaux (dont certains sont des unités mobiles) qui travaillent 24h/24 en Cisjordanie et à Gaza ; le Dr Mustafa Barghouti est l’un des directeurs du Comité.


Barghouti propose que les centres locaux dans les « localités du mur » soient rénovés voulant dire que leurs équipements médicaux existant soient modernisés, que leurs équipements de santé soient remis à neuf, que leurs horaires de travail soient élargis etc.

Dans la proposition de Barghouti, plus de place doit être donnée à la formation des professionnels de santé, pour qu’ils soient moins dépendants des médecins. Rénover les centres médicaux isolés est une question logique, urgente d’un point de vue autant humanitaire que médical.

Pourtant, économiquement, une telle rénovation ne serait pas raisonnable.
L’Autorité Palestinienne en pleine désintégration, ne peut endosser une telle charge économique.
En toute probabilité, ce coût sera une fois de plus relégué aux nations donatrices ; la plupart d’entre elles ont exprimé oralement leur critique à l’égard du mur de séparation, cependant leur opposition n’a, à cette date, apporté aucun changement quant au tracé du mur.

On peut raisonnablement penser que les nations donatrices et leurs organisation humanitaires, se sentiront responsables et comprendront qu’il faut intervenir pour empêcher la catastrophe sanitaire provoquée par le mur.

Evidemment, les nations donatrices pourraient agir selon les recommandations du Dr. Barghouti. Cependant, la proposition de modernisation formulée par Barghouti représente une forme d’adaptation internationale et palestinienne aux nouvelles réalités issues du mur – comme si Israël construisait un mur de destruction et que les communautés internationales et palestiniennes essayaient de faire ce qu’elles peuvent pour en limiter les dommages.


Barghouti est conscient de ce piège.

C’est aussi un militant politique : il a été le chef du People Party (Parti populaire), ancien Communist Party) et il aide aujourd’hui à diriger la « National Initiative » une coalition de forces politico-sociales pour créer un troisième pouvoir dans la société palestinienne, entre l’Autorité Palstinienne et le Hamas.

En présentant les conclusions de l’étude du HDIP la semaine dernière aux journalistes et aux diplomates, il a appelé la communauté internationale à intensifier la lutte contre le mur.

Mais quand il a rencontré les délégués de la communauté internationale, il était déjà informé que l’Union Européenne, comme les Etats-Unis, s’était opposés à ce que la question du mur vienne devant la Cour de Justice de la Haye.

Source : www.haaretz.com

Traduction : CS

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