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Israël -

C’est le Sionisme le problème

Par

Ben Ehrenreich est l'auteur du roman "The Suitors”. Cet article a d’abord été publié dans le LA Times.

C’est difficile à imaginer aujourd'hui, mais en 1944, six ans après la Nuit de Cristal, Lessing J. Rosenwald, président du Conseil américain pour le Judaïsme, n’avait pas de problèmes à assimiler l’idéal sioniste de l'État juif à «la notion d’un Etat racial - le concept hitlérien».
Pendant une grande partie du siècle dernier, une opposition de principe au sionisme était une position dominante dans le judaïsme américain.

C’est le Sionisme le problème


Photo AFP : Ben Gourion déclarant l'indépendance d'Israël en 1948

Même après la création d'Israël, l'antisionisme n'était pas une attitude particulièrement hérétique. Les juifs assimilés à la Réforme comme Rosenwald pensaient que le judaïsme devait rester une question d'allégeance religieuse plutôt que politique; les ultra-orthodoxes considéraient l'État juif comme une tentative impie de “repousser la main de Dieu"; et les Juifs marxistes - dont mes grands-parents – avaient tendance à considérer le sionisme et tous les nationalismes comme une diversion de la lutte des classes, beaucoup plus importante selon eux.

En tant que Juif, j'ai été élevé dans la croyance que j'appartenais à une tribu qui a été pourchassée, maltraitée, massacrée. Des millénaires d'oppression qui l’ont précédé ne nous ont pas donné le droit à une patrie ou à un droit à l'auto-défense qui remplacerait celui de quelqu’un d’autre. Si elles nous ont donné quelque chose d'exceptionnel, c'était un point de vue sur l'oppression et l'obligation née de la tradition prophétique: agir au nom des opprimés et protester face à l'oppresseur.

Cependant, au cours des dernières décennies, il a été pratiquement impossible de protester contre l'État d'Israël sans être accusé d'être antisémite, ou pire. Remettre en question, non seulement les actions d'Israël, mais les principes sionistes fondateurs de l'Etat, a été trop longtemps considéré comme un blasphème épouvantable.

Pourtant, il n'est plus possible de croire, avec une conscience tranquille, que les conditions déplorables dans lesquelles vivent et meurent les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie sont le résultat de politiques, de dirigeants ou de partis particuliers des deux côtés. Le problème est fondamental: La création d'un Etat moderne sur une seule identité ethnique ou religieuse dans un territoire qui est marqué par la diversité ethnique et religieuse, conduit inexorablement soit à une politique d'exclusion (pensez à la prison à ciel ouvert de 360 Km2 qu'est devenue la bande de Gaza), soit à un nettoyage ethnique de masse. En deux mots, le problème c’est le sionisme.

On a affirmé que le sionisme est un anachronisme, une survivance idéologique des nationalismes de l'époque romantique du 19e siècle conservée inconfortablement dans la géopolitique du 21e siècle. Mais le Sionisme n'est pas seulement obsolète. Même avant 1948, l'une de ses oublis fondamentaux est facilement évident: c'est la présence des Palestiniens en Palestine. Cela a conduit quelques-uns des plus éminents penseurs juifs du siècle dernier, dont de nombreux sionistes, à reculer devant l'idée d'un État juif. Le mouvement Brit Shalom – fondé en 1925 et soutenu à divers moments par Martin Buber, Hannah Arendt et Gershom Scholem – prônait un Etat laïc, binational en Palestine où Juifs et Arabes, auraient eu un statut égal. Ses préoccupations étaient à la fois morales et pragmatiques.

La création d'un Etat juif, craignait Buber, signifierait “un suicide national prémédité”
Le destin que Buber prévoyait est devant nous: une nation qui a vécu dans un état de guerre pendant des décennies, un quart de million de citoyens arabes avec un statut de seconde zone et plus de 5 millions de Palestiniens privés des droits de l’homme et politiques les plus élémentaires.

Si, il y a deux décennies, la comparaison avec le système d'apartheid de l'Afrique du Sud était ressentie comme une hyperbole, elle semble maintenant charitable. Le régime blanc sud-africain, avec tous ses crimes, n'a jamais attaqué les Bantoustans avec la puissance destructrice qu'Israël a utilisée dans la bande de Gaza en Décembre et Janvier, où près de 1300 Palestiniens ont été tués, dont un tiers d'enfants.

Les politiques israéliennes ont rendu de moins en moins réalisable la solution à deux Etats qui semblait autrefois apparemment inévitable. Des années de construction de colonies de peuplement israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ont méthodiquement réduit la
viabilité d'un Etat palestinien. Le nouveau Premier ministre d'Israël, Benjamin Netanyahu, a même refusé d’adhérer à l'idée d'un État palestinien indépendant, ce qui suggère un avenir immédiat plus ou moins le même : plus de colonies, plus d'attaques punitives.

Tout cela a conduit à la réapparition de l'idée de Brit Shalom d'un seul Etat laïc binational dans lequel Juifs et Arabes auraient les mêmes droits politiques. Bien sûr, les obstacles sont énormes.

Ils comprennent non seulement le fort attachement des Israéliens à l'idée d'un Etat exclusivement juif, mais aussi son homologue côté palestinien: l'idéal du pouvoir islamique du Hamas. Les deux parties devront trouver l'assurance que leur sécurité est garantie.

La forme précise qu’un tel Etat pourrait prendre - une démocratie stricte, un vote, une voix ou un système fédéral plus complexe - impliquerait des années de négociations douloureuses, des dirigeants plus sages que ceux qui existent actuellement et un engagement ferme de la part du reste du monde, en particulier des États Unis.

Tandis que la représentation de l'antisionisme comme étant une «épidémie» plus dangereuse que l'antisémitisme ne fait que révéler la position non viable dans laquelle les apologistes d'Israël ont été acculés. Face à une condamnation internationale, ils cherchent à limiter les discours, à ériger des murs qui délimitent ce qui peut être dit et ce qui ne le peut pas. Ca ne marche pas.

S'opposer au sionisme n'est ni antisémite, ni particulièrement radical. Cela exige seulement que nous prenions nos propres valeurs au sérieux, et plus, comme le livre d'Amos l'a fait, "transformer la justice en amertume et jeter à terre la droiture."

L'établissement d'un gouvernement laïc, pluraliste, démocratique en Israël et Palestine, signifie bien entendu, l'abandon du rêve sioniste. Cela pourrait également signifier le seul salut pour les idéaux juifs de justice qui remontent à Jérémie.

Source : http://www.imemc.org/article/59441

Traduction : MG pour ISM

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