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Jérusalem -

Comment Israël occupe l’enseignement à Jérusalem-Est

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09.12.2017 – Les murs du jardin d’enfants et de l’école primaire Zahwat al-Quds sont décorés de dessins colorés tandis que les écoliers portent des uniformes rayés gris et rouge. Les rires des enfants résonnent dans les couloirs, contredisant leur anxiété persistante après une récente descente israélienne dans l’école.

Comment Israël occupe l’enseignement à Jérusalem-Est

L’école Zahwat al-Quds harcelée parce que le personnel refuse d’enseigner le programme israélien [Jaclynn Ashly/Al Jazeera]
Au début de l’année scolaire, Israël a commencé à harceler Zahwat al-Quds – qui accueille quelques 90 écoliers entre 3 et 9 ans dans le quartier de Beit Hanina – parce que l’équipe a refusé d’enseigner le programme israélien, ont dit les parents et l’équipe de l’école.

« Israël veut tout contrôler, » a dit Muna Ateeq, co-fondatrice de l’école à Al-Jazeera, parlant sous anonymat de peur des répercussions. « Ils veulent vraiment influencer l’enseignement pour mieux contrôler la prochaine génération de Palestiniens. »

Permis révoqué

Il y a 3 types d’écoles à Jérusalem-Est occupée : écoles publiques, écoles privées et écoles du gouvernement palestinien. Toutes ont des expériences et des relations différentes avec l’Etat israélien.

Zahwat al-Quds est une école privée qui a eu une licence et des fonds de la municipalité de Jérusalem jusqu’en juillet, quand Israël a brutalement révoqué son autorisation. L’école a depuis obtenu une licence du Waqf islamique, qui est lié au gouvernement palestinien.

L’autorisation a été révoquée dans le cadre du projet d’Israël de fermer les écoles privées palestiniennes de Jérusalem-Est occupée qui enseignent le programme palestinien, pour obliger les écoliers à être scolarisés dans les écoles publiques qui sont directement contrôlées par Israël, a dit Ateeq.

En septembre, 3 fonctionnaires israéliens sont venus informer l’équipe que l’école Zahwat al-Quds allait être fermée. Ils sont revenus le mois dernier, ils ont fouillé les salles de classe, détenu 3 enseignants et le principal adjoint, et photographié certains des enfants. L’un d’entre eux s’est uriné dessus et un autre s’est évanoui pendant l’incident, a dit Ateeq.

Ziad al-Shamali, qui dirige une association de parents de Jérusalem-Est, a dit à Al Jazeera que plusieurs enfants ont commencé à faire des cauchemars et à faire pipi au lit après le raid, invoquant un « impact psychologique durable ».

« Ils ne peuvent pas nous fermer légalement, alors ils font pression sur nous d’un point de vue social pour nous obliger à fermer, » a dit Ateeq.

Selon des Palestiniens de Jérusalem-Est, les raids contre Zahwat al-Quds surviennent dans le contexte de l’objectif d’Israël de dépolitiser systématiquement les jeunes palestiniens en les poussant dans des écoles publiques où Israël peut plus facilement contrôler ce qu’ils apprennent.

« Israël ne veut pas que les enfants apprennent ce qui s’est passé ici, » a dit Ateeq. « Il espère que dans le futur, tout le monde finira par oublier. »

Pages vierges

Le fait qu’Israël tente d’imposer son programme d’enseignement aux écoles palestiniennes ne date pas d’hier. D’après Samira Alayan, chercheur et chargée de cours à l’Université hébraïque, qui étudie cette question depuis une décennie, Israël essaie de contrôler l’enseignement palestinien à Jérusalem-Est depuis 1967, quand Israël a occupé et annexé ensuite le territoire.

Dans les écoles publiques de Jérusalem-Est, une version censurée du programme palestinien est enseignée. « Lorsque les livres arrivent à Jérusalem, les autorités israéliennes les consultent et suppriment des phrases et des paragraphes qui vont contre l’idéologie israélienne, » a dit Alayan à Al Jazeera.

Elle fait remarquer qu’Israël « traque tout contenu offensant pour Israël, y compris les expressions anti-israéliennes et toute mention à l’Autorité palestinienne. »

Le résultat, ce sont des livres de classe où des paragraphes et des phrases manquent, et quelquefois des pages entières sont vierges. Israël voit cette censure comme un instrument de prévention contre l’ « incitation » palestinienne, notait Alayan dans un article de 2017 sur le sujet.

Toutefois, « un autre objectif pourrait être d’empêcher les écoliers de développer un sentiment positif d’identité fondé sur le récit palestinien, » a écrit Alayan.

« Ce but implicite de censure est un exemple supplémentaire de la volonté du régime colonial de peuplement d’effacer ou d’éliminer l’histoire palestinienne. »

Cette censure fut un compromis pour l’Etat israélien, après que les Palestiniens aient refusé catégoriquement le programme israélien pendant les premières années d’occupation. Le but d’Israël est d’enseigner aux Palestiniens que la terre de la Palestine historique était en fait vide de présence humaine quand l’Etat d’Israël a été créé en 1948 et que Arthur Balfour a donné cette terre inhabitée aux juifs.

« Il n’enseigne rien de ce qu’est être Palestinien, » dit Alayan.

Sawsan Safadi (photo ci-dessous), directeur des relations publiques et internationales au département de l’enseigement du Waqf, a dit à Al Jazeera qu’Israël veut « créer une nouvelle génération de Palestiniens qui pensent que l’occupation est normale, ce qui les conduira à se reconnaître comme Israéliens, pas comme Palestiniens. »

Photo
Sawsan Safadi [Jaclynn Ashly/Al Jazeera]


Un programme imposé

Israël tente d’imposer ses allégations que Jérusalem fait partie d’Israël plutôt que partie intégrante d’un futur Etat palestinien en changeant les faits sur le terrain, a noté Shamali.

« Ils veulent montrer au monde que c’est une ville israélienne avec des écoles israéliennes qui jouent même l’hymne national israélien, » a dit Shamali, ajoutant qu’Israël a même changé les noms des rues et des lieux en noms israéliens sur le GPS et sur Facebook, sachant que les jeunes générations se fient massivement à ces technologies.

Les efforts d’Israël ont été fructueux puisque plus de 20 écoles palestiniennes à Jérusalem-Est occupée ont introduit une option pour étudier une version en arabe du programme israélien. Les identités des Palestiniens de Jérusalem-Est ont été érodées à cause de leur manque de statut et de leur séparation physique du reste du territoire occupé à cause du mur de séparation d’Israël, a dit Alayan.

Le financement et la gestion des écoles sont complètement contrôlés par Israël, qui accorde une augmentation de budget à celles qui acceptent le programme israélien, précise Alayan.

« Le contrôle qu’Israël a sur les écoles a créé une culture du silence, où les gens acceptent des choses même s’ils ne sont pas d’accord avec elles, » a-t-elle dit.

Des raids quotidiens

Depuis le deuxième étage du collège pour garçons Dar al-Aytam dans la Vieille Ville, on voit clairement le Dôme du Rocher mais les raids israéliens interrompent quotidiennement ce paysage paisible.

La police, les soldats et les forces spéciales israéliennes attaquent régulièrement l’école, soi-disant à la recherche d’écoliers qui ont jeté des pierres sur des responsables israéliens près de l’école.

Safadi affirme ces allégations sont souvent fausses ; elle montre les endroits d’où les garçons auraient jeté les pierres, et les hautes grilles métalliques rendent la chose impossible.

Selon le principal de l’école, Fadi Khalil, Dar al-Aytam a été attaquée plus de 10 fois au cours de l’année dernière. Pendant l’une de ces descentes, l’ancien principal a été détenu et expulsé de la Vieille Ville pendant 45 jours.

Photo
Un membre du personnel de Dar al-Aytam montre une photo prise lors d’un récent raid israélien dans l’école [Jaclynn Ashly/Al Jazeera]


« Cette école est le deuxième plus grand complexe de la Vieille Ville après Al-Aqsa, » dit Khalil. « Les Israéliens la surveillent depuis longtemps. Ils s’efforcent de la déraciner de la ville. »

Un porte-parole de la police israélienne n’a pas répondu à la demande de commentaires d’Al-Jazeera.

Comme à Zahwat al-Quds, les raids ont eu des conséquences : sur les 250 écoliers inscrits Dar al-Aytam l’année dernière, 58 ont abandonné.

Mumen al-Taweel, 18 ans, n’avait que 14 ans quand il a été envoyé à la prison israélienne HaSharon pour de soi-disant jets de pierre. Il y a passé un an et demi. « Nous voulons tous étudier mais Israël ne veut pas que nous poursuivions nos études, » dit-il.

Un autre collégien, Amir al-Rishid, 16 ans, a été arrêté pour la première fois à l’âge de 10 ans parce qu’il était en possession d’un coupe-ongles lors d’une fouille par les forces israéliennes. Rishid dit qu’il ne sait plus combien de fois il a été arrêté par Israël.

« Israël veut que nous ayons des casiers judiciaires très jeune pour qu’à l’avenir, nous ayons des difficultés à continuer nos études ou à avoir de bons emplois. C’est une politique intentionnelle, » dit-il.

Tahseen Elayyan, chef du département de surveillance et de documentation de l’ONG palestinienne al-Haq, a déclaré à Al Jazeera que les raids et les efforts pour imposer le programme israélien aux écoles palestiniennes sont liés à l’objectif ultime d’Israël d’expulser les Palestiniens de leur terre.

« Israël veut la terre, mais pas la population, » dit-il. « Les Palestiniens qui restent à Jérusalem – si le plan visant à chasser les Palestiniens de la ville réussit – doivent accepter l’histoire d’Israël. »



Source : Al Jazeera

Traduction : MR pour ISM

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