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Gaza -

Comment les gens peuvent-ils vivre ? Je me le demande.

Par

Il y a des nouveaux couples qui se marient et n'ont pas les moyens d'acheter une alliance donc, ils la louent au magasin pour trois semaines.
Personne ne prend désormais plus de taxi.
Les gens ne vont pas aux restaurants. C'est le résultat du blocus.
Nous ne voulons pas de l'aide. Nous avons l'impression d'être des mendiants.
Le monde veut que nous dépendions de l'occupation et de l'aide. Comment les gens peuvent-ils vivre, je me le demande ?


Mousa al-Sawarka vivait dans une petite maison délabrée, à surveiller ses chameaux et ses récoltes dans la périphérie de Beit Lahia, au Nord de la Bande de Gaza, jusqu'à ce que la pluie de bombes de l'artillerie israélienne soit trop importante.

Donc le fermier Bédouin de 68 ans est allé s'installer en ville avec son fils.
Deux jours plus tard, une bombe détruisait la maison de Mousa. Trois semaines après, une autre bombe l'a tué pendant qu'il essayait d'emmener ses chameaux loin des tirs d'artillerie. "Il a été touché à la tête", dit son neveu, Fares al-Sawarka.

"Nous n'avons pas pû venir à son secours en raison des bombardements. Il nous a fallu 10 minutes pour arriver jusqu'à lui. C'était vraiment difficile de regarder son visage. Quand nous avons récupéré le corps à l'hêpital, nous avons tout fait pour que sa femme ne le voit pas."

Le lendemain, la famille a installé la tente de deuil traditionnelle à portée de vue de la maison détruite du vieil homme. Des amis et des voisins sont venus présenter leurs condoléances et prendre le café.
"Alors les bombes ont commencé encore à tomber." dit un autre neveu, Adel al-Sawarka.

"Nous avons entendu des cris et des hurlements et c'était Hassan al-Shafei. Un éclat d'obus l'a frappé dans le dos et l'a presque coupé en deux. Il y avait tellement de bombes que nous avons dû ramper sur le sol pour nous échapper."

Hassan al-Shafei, un producteur de fruits et légumes de 55 ans, est décédé à l'hêpital.

Son cousin, Ahmed al-Shafei, a apporté dans la tente de deuil cinq gros morceaux d'obus qu'il avait récupéré dans le champ. Ils faisaient chacun plus de 16 cm de long, ils étaient lourds et dentelés.
"Imaginez cette chose, si chaude et rapide. Un seul morceau déchiquetterait le corps d'une personne. C'est horrible." dit-il.

Après cela, les deux familles ont installé les tentes de deuil de l'autre cêté de la ville, là où il y a peu de bombardements bien que suffisamment pour qu'en janvier dernier, l'Ecole Américaine voisine ferme ses portes et se déplace dans la ville de Gaza.

Depuis le début du mois dernier, Israël a tiré plus de 5.100 bombes sur la Bande de Gaza avec son artillerie positionnée juste de l'autre cêté de la frontière et depuis des bateaux croisant au large des cêtes.

Les militaires disent que les bombardements ont pour but de décourager les attaques de roquettes palestiniennes sur Israël, mais les tirs d'artillerie ont tué six civils palestiniens, dont deux enfants, Hadeel Ghaen, 8 ans, et Mamdouh Obaid, 15 ans, et ont blessé 60 autres Palestiniens dont 21 enfants.

L'armée israélienne a changé ses propres règles pour s'autoriser à faire tomber des bombes à moins de 100 mètres des agglomérations.

L'après-midi où la famille Sawarka pleurait la perte de Mousa, plus de 300 bombes sont tombées dans et autour de Beit Lahia, dont certaines sont tombées tellement près que les explosions ont ébranlé les maisons fragiles.

"Nous sommes des Bédouins et nous vivons dans des maisons avec des toits en zinc qui ne nous protègent pas." dit Fares al-Sawarka.

"Les Israéliens font tomber des bombes de plus en plus près. Ils peuvent voir que depuis 10 ans, nous faisons toujours les mêmes choses, déplacer les chameaux à des moments particuliers. Ils savent même nos noms. Ils savent qui ils tuent. Avant, ils tiraient sur les combattants. Maintenant, ils tirent sur nous tous. Les Bédouins n'ont aucun lien avec les combattants. C'est de la punition collective."

Les deux hommes font partie des environ 110 Palestiniens qui ont été tués par Israël depuis le début de l'année, dont la moitié d'entre eux sont des civils.

En fin de semaine, un tir de missile israélien sur une voiture transportant un commandant du Jihad Islamique a également tué trois générations d'une famille qui circulait à proximité. La plus jeune des victimes, Muhannad Mohamed Aamen, avait quatre ans.

Ce n'est pas comme ça que les Palestiniens avaient imaginé la vie, huit mois après avoir dansé sur les ruines des colonies Juives pendant qu'Israël se retirait de la Bande de Gaza occupée.

Les scènes de soldats évacuant les colons, qui déclaraient qu'ils étaient forcés d'abandonner la terre que Dieu leur avait donnée, en pleurant leurs maisons, ont été saluées comme une libération par les Palestiniens; 38 ans après que les troupes israéliennes l'ait envahie.

La destruction au bulldozer des colonies israéliennes disséminées dans la Bande de Gaza, et le démantèlement de ses postes militaires fortifiés autour des villes et des camps de réfugiés palestiniens offraient une perspective d'un nouveau début avec une liberté de circulation, une prospérité économique et, tout simplement, la paix.

Les Gazéens en ont obtenu une partie. La ville de Rafah, au Sud de Gaza, la ville la plus ensanglantée et la plus détruite de la Bande, est finalement libérée de la terreur quotidienne des balles israéliennes et de la misère des démolitions de maison par les bulldozers de l'armée.

Elle était régulièrement coupée de la majeure partie du reste du territoire par les checkpoints de l'armée qui séparaient les gens de leur travail, de leurs écoles et même forçaient certains à quitter leurs maisons.

Les colonies israéliennes coupaient la principale route traversant le territoire, et l'armée avait imposé le notoire checkpoint d'Abu Houli aux Palestiniens.

Abu Houli portait le nom du Palestinien dont la terre avait été utilisée pour construire un pont permettant aux colons juifs d'accéder à leurs maisons, et c'est là où les Arabes attendaient des heures, même des jours, pour passer.

Il est devenu le symbole pour de nombreux Palestiniens de l'oppression accablante de l'occupation, et maintenant tout ce qui reste, ce sont les fondations en béton.

Aujourd'hui, les Gazéens sont plus ou moins libres de se déplacer à l'intérieur de la bande et de partir vers l'Egypte et au-delà. Les colonies elles-mêmes sont maintenant en grande partie des blocs de gravats, bien que l'école religieuse Juive de Gush Katif, construite en forme d'Etoile de David, soit maintenant utilisée comme salle de classe pour l'université d'Al-Aqsa, et une entreprise Egyptienne nettoie la colonie de Netzarim pour y construire un parc d'attractions pour enfants, qui s'appelera Lunar Park.

Mais les Gazéens s'attaquent à de nouveaux problèmes imposés de l'extérieur et de l'intérieur. La victoire du Hamas aux élections parlementaires de janvier a entrainé des sanctions internationales - comprenant le gel de près d'1 milliard de dollars par an en aides provenant des Etats-Unis et de l'Union Européenne - et une lutte de pouvoir qui s'est répandue dans les rues alors que les Islamiste victorieux essayent d'affirmer leur contrêle sur l'Autorité Palestinienne face à la résistance du Fatah, battu et amer.


Le Hamas a installé un premier ministre, Ismail Haniyeh, et un gouvernement, mais il est toujours loin d'exercer son autorité sur la bande de Gaza où se trouve le cÅ“ur de son soutien, et encore moins sur la Cisjordanie .

Les combats armés entre le Hamas et les forces de sécurité contrêlées par le Fatah n'ont jamais été aussi fréquentes et ont pris la vie de huit personnes depuis le début du mois, car les groupes rivaux essayent d'affirmer leur contrêle sur la rue.

Lundi, un diplomate jordanien a été tué alors qu'il circulait en voiture près du parlement palestinien au moment où des militants du Hamas et du Fatah se lançaient des grenades et s'échangeaient des tirs.

Le Hamas a tenté d'imposer son autorité en déployant une force de sécurité forte de 3.000 hommes dans les rues pour garder les ministères de gouvernement, les banques et les bâtiments publics, mais cela n'a fait qu'aggraver les tensions.

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a répondu en déclarant que ses forces prenaient le contrêle des frontières de Gaza et que seuls ses policiers étaient autorisés à porter des armes dans les rues.

Il y avait une maxime dans la politique palestinienne que personne ne voudrait jamais une guerre civile, ce qui ferait le jeu des Israéliens. Mais beaucoup d'habitants ordinaires de Gaza se demandent si c'est encore vrai, d'autant plus que deux tentatives d'assassinat ont eu lieu en fin de semaine.

L'une d'entre elles a presque êté la vie au responsable des renseignements palestiniens de Gaza, un homme du Fatah, après qu'une bombe ait éclatée pendant qu'il entrait dans un ascenseur à l'intérieur de son propre quartier général. On ne sait pas exactement qui était responsable de l'attaque, mais si elle avait réussi, beaucoup aurait blâmé le Hamas.


Mais aussi dramatiques que soient les scènes de combat, la grande majorité des Gazéens vous diront que leurs réels problèmes sont économiques.

Quand Israël s'est retiré en septembre, il a déclaré qu'il voulait que Gaza soit libre et prospère. Mais ce qu'ont obtenu les Palestiniens, ce sont des tas de fruits en décomposition destinés aux tables européennes avec le blocus israélien qui a annulé les tentatives de construction d'un commerce agricole florissant et a mené les entreprises à la faillite.

Avec cela, est arrivé le gel d'environ 1 milliard de dollars en aide annuelle de l'Union Européenne et des Etats-Unis jusqu'à ce que le Hamas satisfasse leurs demandes de reconnaître Israël et de renoncer à la violence.

Le retrait de l'aide a rendu l'Autorité Palestinienne incapable de payer ses 160.000 employés, le fonctionnement dangereux des hêpitaux avec peu de médicaments et le plongeon de l'économie vers la récession.

L'ONU estime que les salaires versés par l'Autorité Palestinienne aux infirmières, aux professeurs et aux policiers font vivre sept personnes – soit plus d'un million au total, ou un quart des habitants des territoires occupés.

Les Palestiniens avaient espéré commencer à se débrouiller par eux-mêmes. Après le retrait israélien, ils ont pris le contrêle des serres des colons avec la promesse d'un commerce florissant des fruits et légumes à l'exportation, ce qui créerait des milliers d'emplois et leur apporterait des dizaines de millions de dollars en revenus.

Ils ont planté des tomates et des poivres, des melons et des fraises, pour la récolte de janvier.

Cette semaine, les serres ont finalement été fermées, chassées des affaires par un blocus économique israélien serré suite à la victoire électorale du Hamas.

Le conseiller le plus proche du Premier Ministret israélien, Dov Weisglass, a révélé que ce qu'avait à l'esprit Israël pour Gaza n'était pas la prospérité mais la poursuite du soutien : "Nous devons inciter les Palestiniens à perdre du poids, mais ne pas les faire mourir de faim." a-t'il déclaré.

Dans la tente de deuil à Beit Lahia, j'ai rencontré Ahmed al-Shafei, le Président de la Coopérative de Gaza pour la Production et la Vente des Fruits et Légumes. "Deux mille familles dans cette ville dépendent des fraises." dit-il.

"Nous avions l'habitude de les vendre à l'exportation 12 shekels le kilo. Maintenant nous les vendons un ou deux shekels sur le marché ici, lorsque nous les vendons. Cela nous coûte 1.5 millions de dollars en ventes perdues de fraises."

Salim Abu Safiya; responsable des frontières de Gaza pour l'Autorité Palestinienne travaille dans un bureau près du principal passage de cargaison à Karni, avec les bombes qui tombent périodiquement à proximité.

"Si vous faites le compte des heures que Karni a été ouvert depuis le début de l'année, cela représente seulement trois semaines" dit-il.

"C'est trois ou quatre heures par jour et parfois il est fermé pendant des semaines. Karni a la capacité de traiter environ 700 camions par jour. Maintenant, quand il est ouvert, il n'en traite qu'environ 50 par jour."

Le jour où nous avons parlé, Karni a été ouvert un peu plus de trois heures pour des importations. Aucune exportation n'a été autorisée depuis des mois.

"Israël nous envoie ce qu'il veut bien nous envoyer, pas ce dont que nous avons besoin." dt-il.

"Ils envoient des fruits, des matériaux de construction, des produits surgelés, ainsi Israël peut garder la face et ne nous laisse pas mourir de faim". Ce dont nous avons besoin, ce sont des médicaments, des tampons, de la lessive, du lait et du lait maternisé pour bébé.

L'impact sur certaines industries palestiniennes a été dévastateur. Les usines de textile ont licencié 75.000 personnes parce qu'elles peuvent plus sortir leurs vêtements de Gaza.
Safiya estime qu'il y a l'équivalent de 700 camions de meubles qui attend d'être envoyé en Israël.
"Depuis le début du deuxième Intifada, Israël a utilisé les frontières comme moyen de pression sur les Palestiniens." dit-il.

"Le reste de l'économie a été détruit en raison de la fermeture des frontières. Un tiers des industriels palestiniens sont partis à l'étranger. Vingt-deux des grandes usines palestiniennes ont demandé une autorisation pour aller s'installer en Egypte ou au Soudan. Dix-neuf usines de vêtements ont été fermées ces deux derniers mois."

Le taux de chêmage dans Gaza est de 44%, bien qu'il augmente parfois quand Israël empêche les ouvriers palestiniens d'entrer en Israël. Le revenu par habitant a baissé de 40% en trois ans. Environ 70% de la population est défini comme vivant sous le seuil de pauvreté.

Le gouvernement israélien a justifié la fermeture persistante de Karni avec ce qu'il a indiqué comme étant des renseignements sur des attaques imminentes. D'autres sont sceptiques.

James Wolfensohn, l'envoyé spécial nommé par les Etats-Unis en Israël et dans les Territoires Occupés, qui critiquait les deux camps avant de démissionner le mois dernier, s'est déclaré déçu, en particulier, par ce qu'il a caractérisé comme le "trainement des pieds' des Israéliens au sujet du passage des frontières.

Il a accusé le gouvernement israélien d'être "peu disposé à abandonner le contrêle, en agissant presque comme s'il n'y avait pas eu de retrait" de Gaza.

A la fin de l'année dernière, Wolfensohn avait menacé de partir sauf si Israël acceptait d'atténuer le blocus.

Le secrétaire d'Etat américain, Condoleezza Rice, est intervenue et a obtenu un engagement d'Israël d'ouvrir Karni 24 heures sur 24 d'ici fin 2005 et de permettre aux convois réguliers de bus et de camions de transporter les gens et les marchandises entre Gaza et la Cisjordanie .

Israël avait également promis d'aborder la réouverture de l'aéroport de Gaza, fermé au début de l'Intifada quand les bulldozers de l'armée ont détruit la piste d'atterrissage, et la construction d'un port maritime pour permettre au territoire de commercer directement sans passer par Israël.

A cette époque, Wolfensohn a déclaré à la chaine de télévision PBS aux Etats-Unis qui, sans circulation relativement libre à travers ses frontières, la Bande de Gaza sera "comme une prison".
Il a indiqué que l'ouverture des frontières était "cruciale" pour le futur de la population de Gaza, parce qu'elle fournirait "un sentiment d'espoir, un sentiment qu'elle peut gagner de l'argent, qu'elle peut commercer". "L'équilibre est toujours entre la sécurité des Israéliens et la liberté et l'espoir pour les Palestiniens."

Israël a renoncé à presque tous les accords, excepté le passage vers l'Egypte, et a enterré la question sous le prétexte de la victoire aux élections du Hamas.

"Fermer les frontières n'est pas une décision de sécurité, c'est une décision politique." dit Safiya.
"Cela ne signifie pas qu'il n'existe pas des tentatives d'attaques contre Israël. Je ne nie pas que cela arrive, mais ce n'est pas la véritable raison pour la fermeture de la frontière."

Le nouveau Ministre de la Défense israélien, Amir Peretz, a déclaré la semaine dernière qu'il permettrait la reprise des exportations de Gaza, mais les militaires ont alors annoncé un autre alerte de sécurité et rien n'a changé. Safiya est soupçonneux.

"La ruse des Israéliens est d'obliger les Palestiniens à abandonner leurs revendications nationales et qu'ils s'inquiètent de la petite chose qu'est la survie."dit-il.

"Nous avons eu le grand espoir que la situation s'améliorerait après le retrait, mais l'espoir n'est pas la réalité. Notre petite chance est que nous sommes très près d'Israël donc, ils ne peuvent pas nous laisser mourir de faim. Leur malheur est que nous sommes tellement proches qu'ils ne peuvent pas se débarasser de nous."

Le Hamas offre peu d'espoir au delà de la gestion d'une économie de siège. "Nous avons l'intention de gérer la situation actuelle et le siège donc, oui, nous prévoyons une économie de siège." dit Yahir Mousa, un fondateur du Hamas et membre du parlement palestinien.

"Un exemple. Nous avons 8.000 voitures de gouvernement, la plupart d'entre elles sont entre les mains d'individus. Chaque voiture nous coûte 20.000 dollars par an. Au lieu de ça, je pourrais donner à ces individus de l'argent pour qu'ils prennent les transports en commun, ce qui nous couterait moins de 1.000 dollars par an. Nous pouvons arrêter la consommation de l'argent pour rien."

Beaucoup de ceux qui ont voté pour le parti Islamiste l'ont fait parce qu'ils voulaient mettre un terme à la corruption et à la mauvaise gestion. Ce qu'ils ont gagné, c'est plus de misère économique, et le Hamas lutte pour trouver des réponses.

"L'Europe ne devrait pas se comporter avec un deux poids, deux mesures, en réclamant la démocratie et puis en allant à l'encontre la décision du peuple." dit Mousa.

"Les Palestiniens se rendent compte de ce qui se passe. Leur réaction est de soutenir le gouvernement et leur choix face à ces pressions d'Amérique, d'Europe et, en tout premier lieu d'Israël."

Le peu de personnes qui en tirent bénéfice, ce sont les marchands d'or au coeur de la ville de Gaza.

Les Palestiniens ont traditionnellement mis leur argent dans à la terre et dans l'or, et les bijoux de famille sont vendus seulement en dernier recours.

"Je vous assure qu'il n'y a aucune femme dans Gaza qui n'est pas venue dans mon magasin pour faire estimer la valeur de ses bijoux ou pour les vendre." dit Wael al-Sa'idi, qui est dans le commerce de l'or depuis 22 ans.

"Cela a commencé il y a deux mois mais ça a augmenté considérablement le mois dernier. Il y a deux facteurs, la situation économique difficile et le prix de l'or très élevé. »

Sa'idi prend une bague de mariage qu'on lui a vendue ce matin. C'est un fragile anneau d'or tellement fin qu'il s'est tordu sous la traction lorsqu'il a été retiré du doigt de la femme. Sa'idi l'a payé 45 shekels (7,81 Euros).

"Je ne vous dis pas qu'elle pleurait quand je l'ai acheté mais quand je l'ai regardée dans les yeux, il y avait une trace de larme." dit-il.

"Ce qui est triste, c'est qu'ils n'entrent pas avec beaucoup d'or. Ce matin, une femme est entrée avec une boucle d'oreille d'une valeur de 40 shekels (6;95 Euros) et je lui ai donné ses 50 shekels (8;68 Euros). J'étais désolé pour elle parce qu'elle n'a plus rien.
Il y a des nouveaux couples qui se marient et n'ont pas les moyens d'acheter une alliance donc, ils la louent au magasin pour trois semaines.

"Tout Gaza passe par mon magasin. Personne ne prend désormais plus de taxi. Les gens ne vont pas aux restaurants. C'est le résultat du blocus. Nous ne voulons pas de l'aide. Nous avons l'impression d'être des mendiants.
Le monde veut que nous dépendions de l'occupation et de l'aide. Comment les gens peuvent-ils vivre, je me le demande ?"



Rateeba Shihada, une veuve de 59 ans, gagne sa vie en passant des cigarettes en contrebande dans Gaza depuis l'Egypte.

Elle dépense 150 dollars en achetant autant de cartouches qu'elle peut porter à la frontière et les revend pour le double. Les cigarettes égyptiennes sont populaires parce qu'elles sont plus fortes et meilleur marché que les Israéliennes, même avec la marge des contrebandiers.

"Je ramène aussi de la lessive et du fromage. C'est difficile d'en obtenir. Un bon nombre de gens le font". dit-elle.

Mais ce jour-là, Shihada vend le bracelet en or que son défunt mari lui a offert le jour de leur mariage. Elle en obtient 1.500 dollars, qu'elle met dans un sac rose pendu autour de son cou qui contient le dernier de ses bijoux.

"J'ai vendu mon or pour acheter de la farine à mes enfants et pour payer la fin des études de mon fils parce que c'est son futur. Mon fils est en dernière année à l'université. Mon rêve est mon fils. Il doit obtenir un diplême quel qu'en soit le prix. Il est un ingénieur." dit elle.

"Mon bracelet était ma dot. C'est un jour très triste que de le vendre mais j'espère que ce sera mon dernier jour sombre."

Les marchands d'or achètent en abondance mais ne vendent presque rien. 'Nous avons tout cet or." dit Sa'idi.

"Il n'y a qu'une chose à faire avec. Nous le passons en contrebande hors du pays. Nous utilisons le marché noir et l'envoyons en Egypte ou à Dubaï pour gagner une certaine somme d'argent. Tout l'or de Gaza disparaît."

En début de mois, un courrier transportant de l'or vers Dubaï a disparu avec l'argent.

Plus de 2.700 Palestiniens ont été tués dans le conflit avec Israël au cours des cinq dernières années. Près d'un quart des morts sont des enfants âgés de 16 ans ou moins.

Certains des enfants jouaient au football dans la rue, sous les yeux d'un soldat qui a appuyé sur la gachette, d'autres étaient assis sur les bancs de leurs écoles quand une balle perdue tirée d'un poste de l'armée a fini sa course dans la salle de classe.

Environ la moitié de ces enfants qui ont été tués dans la bande de Gaza, vivaient dans l'un des deux camps de réfugiés du Sud : Rafah et Khan Yunis.

Les meurtres ne sont qu'un élément. Israël a rasé au bulldozer les maisons de milliers de Palestiniens le long de la frontière égyptienne et autour des colonies. Israël a chassé de nombreux autres avec le barrage du feu quotidien, et souvent nocturne, dans Rafah et Khan Yunis. Personne n'a autant souffert qu'ici de l'occupation.

Et c'est ici, dans le Sud de la bande de Gaza que les bénéfices du retrait sont ressentis.

L'histoire de Zachia Abu Armana montre à quel point la vie s'est améliorée à Rafah depuis que l'armée israélienne est partie.

Il n'y a pas une pièce de sa maison sans impacts de balles ou d'éclat d'obus.
Le mur entier de la cuisine est couvert de trous. Alors qu'elle était allongée dans son lit, elle a été touchée par trois morceaux volants de métal chaud. La famille a muré les fenêtres et s'est installée dans la partie arrière de la maison.

Quand la cuvette des toilettes été cassée par une balle, ils ont cessé de l'utiliser.

Quand l'armée a dit que toute personne qui serait à l'étage serait abattue, ils se sont tous installés au rez-de-chaussée.

Ils sont restés dans leur maison après que le fils d'Armana âgé de 15 ans, Bashir, ait été tué complètement par un soldat alors qu'il jouait au football en février 2004.

Et ils sont encore restés quand l'armée a tué trois des quatre chevaux de la famille qui étaient utilisés pour tirer les petits carioles en bois avec lesquels la famille gagnait sa vie en transportant des marchandises.

Mais au milieu de l'année 2004, un autre fils, Wael, 20 ans, a été touché au bras et la famille est finalement partie.

Armana et ses neuf enfants ont trouvé des chambres au coeur de Rafah, où les loyers étaient montés en flèche puisque les familles cherchaient à échapper aux postes de l'armée.

"Ma crainte était que la maison soit détruite si nous l'abandonnions." dit Armana. "Elle représentait pour nous le travail de toute une vie."

La famille est maintenant de retour dans la maison. "Ce n'est pas une maison, c'est une ruine." dit-elle, mais elle est soulagée.

"A chaque heure, je remercie Dieu qu'ils soient partis. Je me sens en sécurité maintenant. Mes enfants se sentent en sécurité. Je n'ai pas à écouter les tirs de l'armée à chaque fois qu'un de mes enfants est frappé. En sécurité mais sans travail. En sécurité mais sans argent. Vous vous débarassez d'un problème mais il en arrive d'autres."


Source : The Guardian

Traduction : MG pour ISM

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