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Palestine - ISM France

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Gaza -

Comment se fait-il que nous ayons quitté Gaza ?

Par

in Yediot Ahronot, 18.08.2005 - traduit de l’hébreu en anglais par Edeet Ravel

Nous ne saurons jamais avec certitude ce qui a traversé l’esprit d’Ariel Sharon, en février 2004, lorsqu’il a déclaré pour la première fois, sans consulter personne, qu’il était prêt à évacuer les colonies juives de Gaza.
Mais si nous nous efforçons de replacer les pièces du puzzle du désengagement, le scénario le plus plausible est sans doute que Sharon a pensé que, cette fois encore, comme à son accoutumée, il trouverait un biais pour ne pas appliquer son propre plan.

Ceci expliquerait, par exemple, pourquoi les colons de Gaza n’ont toujours pas reçu de compensation financière et aussi pourquoi (comme l’a révélé le supplément du samedi du quotidien israélien Yediot Ahronot le 5 courant) pratiquement aucune mesure n’a été prise afin de préparer leur absorption en Israël. [1]


Sharon a de bonnes raisons de croire que sa tactique d’évitement sera couronnée de succès. Au cours du premier round, confronté à la feuille de route de l’administration Bush, il s’est engagé à un cessez-le-feu durant lequel Israël aurait dû revenir au statu quo d’avant septembre 2000, geler les constructions de colonies et démanteler les avant-postes.

Rien de tout cela n’a été fait. Sharon et l’armée ont prétendu (au cours du round précédent) que Mahmud Abbas n’était pas fiable et qu’il avait échoué à contrêler le Hamas.

L’armée poursuivit se assassinats ciblés et réussit à porter les territoires occupés à un degré d’ébullition encore jamais vu, ce à quoi firent suite d’inévitables attentats terroristes palestiniens qui firent voler le cessez-le-feu en éclats.

Tout au long, l’administration du premier mandat Bush se tint au cêté de Sharon et se fit dûment l’écho de toutes ses plaintes à l’encontre d’Abbas.



Malgré l’actuelle période de calme, l’armée israélienne a poursuivi ses incursions dans les villes palestiniennes, ses arrestations et ses assassinats ciblés.

L’impression prévalait que le prochain attentat terroriste, au lendemain duquel le calme volerait en éclats, était imminent, et la presse israélienne regorgeait de détails sur l’opération "Poing d’Acier", attendue pour cet été, à Gaza.

Mais l’administration Bush a soudain fait volte-face.

Tandis qu’Israël continuait à déclarer qu’Abbas ne faisait pas ce qu’on attendait de lui, l’administration Bush répétait avec insistance qu’il fallait lui donner une chance.
Alors : qu’est-ce qui a changé ?



Jusqu’à ce virage à cent quatre-vingt degrés, il y avait en Israël un consensus général sur le fait que jamais les Etats-Unis n’avaient été dirigés par un président aussi amical pour Israël que George W. Bush.

Bien sûr, personne ne pensait que c’était son amour des juifs qui motivait ce soutien inconditionnel chez l’évangéliste Bush.

Mais il y avait le sentiment, en Israël, que grâce à sa supériorité aérienne, Israël représentait une carte maîtresse dans la guerre que Bush avait déclarée au Moyen-Orient.

Avec l’euphorie de puissance qui était palpable alors, on aurait dit que l’Afghanistan et l’Irak étaient d’ores et déjà "entre nos mains" et que nous allions désormais nous "occuper" ensemble de l’Iran, et peut-être même de la Syrie.


Mais, au début de l’année, les roues se mirent à tourner dans l’autre sens. Les Etats-Unis s’enfonçaient dans le bourbier irakien, enregistrant défaites et pertes.

L’Iran, qui après sa guerre avec l’Irak était prêt pour une reddition à n’importe quel prix, retira des encouragements de la résistance irakienne et de ses liens avec les milices chiites.

Les accords pétroliers conclus avec la Chine donnèrent un coup de fouet à son économie et à son statut international.

Soudain, la possibilité d’une attaque contre l’Iran devenait moins certaine. Il s’avéra que même les armes les plus sophistiquées risquaient fort de ne pas suffire à mettre à genoux des régions entières sur lesquelles les Etats-Unis lorgnaient.

Dans l’intervalle, la popularité de Bush s’était effondrée, passant au-dessous des 40 % et, après chaque attentat terroriste dans le monde, on entendit ces mots, appariés : Irak et Palestine. Bush ne lèvera pas le pouce, en Irak, de sitêt.

Mais le casse-tête de la Palestine, c’est vraiment la dernière chose dont il ait besoin.


Depuis le début de cette année, le rouleau compresseur américain avance, inexorablement. Tout d’abord, le tout-puissant lobby israélien aux Etats-Unis fut neutralisé, sans tapage.

Deux ex-responsables de l’American Public Affairs Committee [Aipac] ont été mis en examen pour transfert d’information sensible à un diplomate israélien.

Au cas où sa culpabilité serait prouvée, cela pourrait s’avérer fatal pour l’Aipac et la totalité du lobby pro-israélien aux Etats-Unis. Dans l’attente, ils devront se tenir à carreau, quoi que fasse Bush vis-à-vis d’Israël.


La mesure suivante consista à geler l’assistance militaire à Israël, en se prévalant de la crise née de la vente par Israël d’armes (américaines) à la Chine.

Il aurait été possible de traiter ce problème embarrassant d’une simple pirouette, comme par le passé.

Mais, cette fois-ci, les Etats-Unis ont imposé de véritables sanctions. Les contacts en vue de l’achat de nouvelles armes ont été gelés, et les Etats-Unis ont suspendu la coopération dans divers projets de recherche et développement.

A Washington, on a claqué les portes au nez des officiers israéliens.


C’est dans ces circonstances que la date prévue pour le désengagement a fini par arriver.

A la lumière des préparatifs, au vu et au su de tout le monde, d’une opération militaire, des soupçons se firent jour au sein de l’administration américaine que Sharon ne mettrait pas son plan de désengagement en application.

D’après le New York Times du 7 août, l’administration Bush a exercé des pressions afin qu’il n’en soit pas ainsi et d’éviter tout déclenchement d’une opération militaire.

Le 21 juillet, la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice était venue à Jérusalem, afin d’y effectuer une visite inamicale, très ric-rac.

Le New York Times a fait état d’observations du Coordinateur pour la Sécurité au Moyen-Orient, le général William Ward : « Le général Ward, homme pourtant prudent, a confirmé que, voici quinze jours, des pressions américaines ont imposé à l’armée israélienne de rester dans ses casernes, alors qu’elle allait se lancer dans une incursion à l’intérieur de la bande de Gaza… Il a prédit des pressions analogues, à l’avenir, si nécessaire.

"Mais c’est là un scénario que personne n’aimerait voir se dérouler", a-t-il dit. "Il y a une profonde prise de conscience, de la part du leadership israélien, armée comprise, des conséquences possibles de ce genre de scénario."" [2]



Au fil des années, nous avions été habitués à l’idée que l’expression "pressions américaines" désignait des déclarations qui ne mangent pas de pain. Mais, soudain, les mots ont acquis une nouvelle signification.

Quand les Etats-Unis exercent effectivement des pressions, aucun dirigeant israélien n’oserait mettre leurs injonctions au défi (et certainement pas Netanyahu).

Aussi nous sommes-nous retirés de Gaza.

Si les Etats-Unis continuent à perdre du terrain en Irak, peut-être serons-nous contraints à nous retirer aussi de Cisjordanie ?

[Souhaitons-le…]


[1] D’après cet article, dès le début, dès 2004, « le Premier ministre a opposé une rebuffade à la recommandation du major général Giora Eiland [conseiller ès sécurité nationale auprès de la présidence de la section de planification du désengagement de l’armée israélienne], et il a décidé que le gouvernement ne ferait pas construire de logements provisoires. »

[2] Steven Erlanger, in The New York Times, 7 août 2005

Source : http://www.let.uu.nl/

Traduction : Marcel Charbonnier

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