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Jérusalem -

Cri perçant en lettres minuscules

Par

> mailto:nshragai@haaretz.co.il

Extraits du compte-rendu de la réunion du gouvernement en date du 26 juin 1967 qui approuvait la carte de la juridiction municipale de Jérusalem au Sud, au Nord et à l’Est des anciennes limites municipales et qui annexait 71 000 dunams supplémentaires à la ville.

Yaakov Salman qui était Député-Gouverneur militaire de Jérusalem lors des premiers jours suivant la Guerre des Six Jours de 1967, a écrit dans un compte-rendu de séminaire qu’il avait présenté sur le processus d’annexion de Jérusalem-Est par l’Etat d’Israël, que la décision « avait été prise sur des bases émotionnelles et sans étude réfléchie ».

“C'était une réaction politique” écrit Salman, “une politique qui a été élaborée sous la pression du milieu politique, de l'atmosphère positive dans l’opinion publique et de l'état d’esprit enthousiaste des médias. Les conséquences à long terme n’ont pas été prises en compte. Cela a jailli de l’impulsion du Sionisme entretenu depuis 2000 ans par la Diaspora ». Salman pensait qu’Israël avait trop annexé, trop vite et sans aucune réflexion profonde.

Rehavam Ze'evi dont la proposition d’une annexion plus importante avait été rejetée par le Comité ministeriel qui a déterminé les limites de la juridiction municipale de Jérusalem, pensait que le gouvernement avait fait trop peu et avait raté les opportunités de l’Histoire.

Ze'evi, le représentant des Forces de Défense Israélienne aux discussions sur l’expansion de la juridiction municipale de la ville, avait proposé l’annexion par Israël de près des deux tiers de la Judée et Samarie (la Cisjordanie ) : de Hérodion et la Tombe de Rachel au sud jusqu’aux environs de Ramallah au Nord en prenant au passage Abadiya, et de Ma'aleh Adumim à Wadi Kelt.

A la veille de l’inauguration officielle de l'Accord de Genève qui aura lieu le 20 de ce mois, - un accord dans lequel la Gauche Israélienne (bien que virtuelle) abandonne en effet la plupart des Territoires qu’Israël a annexés à Jérusalem-Est, accepte la division de la Vieille Ville et abandonne la souveraineté sur le Mont du Temple – Haaretz publie pour la première fois des extraits du compte-rendu de la réunion du gouvernement en date du 26 juin 1967 qui approuvait la carte de la juridiction municipale de Jérusalem au Sud, au Nord et à l’Est des anciennes limites municipales et qui annexait 71 000 dunams supplémentaires à la ville.



Il y a eu deux choses saisissantes qui ont eu lieu lors de cette réunion : d’abord, l’accent que le Premier Ministre, Levi Eshkol, a mis sur la possibilité que la terre puisse être achetée par des résidents arabes de la ville – ceci en contraste avec la procédure de confiscations qu’Israël a poursuivi toutes ces années – et la tentative quelque peu pathétique des Ministres et d’Eshkol pour empêcher toute forme médiatique de faire trop de bruit sur la décision d’annexer.

Cette réunion avait été convoquée à la fin d'une série de dicussions auxquelles avaient participé des hauts fonctionnaires, des professionnels et un groupe de ministres, agissant en tant que Comité ministériel spécial, et il a été demandé à la session plénière du gouvernement d’approuver les recommandations du Comité ministériel.


"Est-ce que les Arabes voudront vendre ?"

Le Ministre de la Juctice, Yaakov Shimshon Shapira : « La nuit dernière, il y a eu une réunion du Comité qui a approuvé à l’unanimité la carte qui est devant vous (Shapira a commenté la carte). La seule différence par rapport à l’ancienne carte est la partie qui inclut Qalandia (où est situé l’aéroport Atarot) et quelques petits secteurs dans Neve Yaakov." Le Ministre du Développement et du Tourisme, Moshe Kol, a demandé combien d’habitants y avait-il dans les territoires qui seraient annexés. Shapira l’estima à entre 60 et 70 000 personnes.

Le Premier Ministre Levi Eshkol : “Supposons qu’il y ait une immigration et que nous voulions installer des colons Juifs dans les environs de Jérusalem et aussi à l’extérieur du quartier Juif de la Vieille Ville. Je ne pense pas qu’il soit possible d’y coloniser des dizaines de milliers de dunams parce qu’il y a là des terres privées Arabes qui devront être achetées si nous voulons ici installer des colons Juifs. »

Le Ministre de l’Agriculture, Haim Gvati : « Elles pourraient l’être si c’est la terre du gouvernement. »

Le Ministre Moshe Kol : “Le Fonds National Juif n’aura qu’à le faire. »

Levi Eshkol : « Le Fonds national Juif peut tout à fait accomplir beaucoup de choses si le gouvernement lui donne l'argent. Il est nécessaire de se dépêcher pour acheter ces terres avant qu’il y ait beaucoup de changement dans ce secteur. La question est : est-ce que les Arabes accepteront de vendre ? »

Le Ministre des postes, Y. Yeshaiyahu : « J’ai lu dans le journal aujourd’hui que les habitants arabes qui vivaient dans des quartiers Juifs ont été réinstallés dans le village de Shiloah. Cet endroit a quelques souvenirs historiques. Le village de Shiloah est le premier endroit que les Yemenites (les Juifs) ont colonisé dans ce pays…. En 1934, les derniers habitants venus du Yemen l’ont quitté suite à des problèmes….. J’aimerais effectuer une demande à ce sujet si cela est possible …. »

Eshkol : “Il me semble qu’il est possible de trouver une solution à la demande du Ministre Yeshaiyahu… Nous formerons un petit comité de 3 personnes …. Si le village de Shiloah possède quelque importance historique, comme d'habitude pour les colonies Juives, nous devrons étudier s'il y aura une colonie Juive. »

Le Ministre-adjoint Y.S. Ben Meir : “Le secteur du village de Shiloah est entièrement habité par des Arabes.”

Le Ministre du Travail Yigal Allon : “Pourrait-on vérifier la possibilité d’inclure Betar dans les limites de la municipalité ? Parce que la limite le long de la ligne de chemin de fer est proche de Bétar. »

Le Ministre Yaakov Shimshon Shapira : “Je ne suis pas familier avec ce genre d’affaires. Il est possible d’en discuter. »

Sur cette partie du compte-rendu de la discussion, il apparait qu’au moins le Premier Ministre Eshkol voulait éviter la confiscation des terres et préférait que l’Etat d’Israël achète les terres aux Arabes de Jérusalem-Est. Après la Guerre des Six Jours, un groupe secret appelé Igum a été créé dans le cadre de l’Administration des terres d’Israël.

Eshkol a ordonné la mise en place de ce groupe pour tenter d'éviter les confiscations de terres à grande échelle à la population arabe. L’Igum a acheté des milliers de dunams de terres dans Jérusalem-Est et ailleurs et il est seulement possible de supposer que, sans les activités de ce groupe, encore plus de terres auraient été confisquées à la population arabe que les milliers de dunams confisqués après la Guerre des Six Jours.

L’Igum s’est concentré sur l’achat des terres dans les secteurs pas très peuplés par les Arabes et s’est engagé à encourager la migration des Arabes de la Vieille Ville vers l’extérieur des murs. Dans les directives du groupe, il a été exposé explicitement que : « il est nécessaire de casser le noyau des résidents Musulmans de la Vieille ville, » qui à l’époque représentaient un tiers de la population de Jérusalem-Est. Quelques années plus tard, l’Igum a cessé ses activités, apparemment pour des raisons budgétaires.

*` Le censeur doit s'en occuper '*

Le Ministre Moshe Kol : « A l’époque, un Comité de Ministres a été choisi qui était supposé rencontrer les éditeurs des journaux pour s’assurer que les Lois que nous soumettons à la Knesset et l’ordre de résultat qui lui est donné n’obtiendra pas trop de publicité et de commentaires. Qu’a-t’il été fait à ce sujet ? »

Yaakov Shimshon Shapira : “Vendredi, j’ai rencontré les journalistes et comme d’habitude dans ce cas, tous les journalistes étaient très sympathiques à part un éditeur qui pense qu’il est plus important que ses lecteurs sachent ce qui se passe que de garder le secret. C’est anti-démocratique. Je leur ai demandé et ils ont tous promis de ne pas créer de problèmes à ce sujet. Tous ont promis. Je pense qu’il est superflu de les convoquer une nouvelle fois.

Le Ministre de l’Intérieur Moshe Haim Shapira : “On devrait peut-être leur rappeler. »

Le Ministre de la Justice Yaakov Shimshon Shapira : « Je pense qu'il serait plus efficace si le censeur s'en occupait et nous avons effectué tous les arrangements techniques pour qu’il ne soit rien publié avant la reunion à la Knesset et le premier communiqué aura lieu après la réunion. »

Levi Eshkol : “Je déclare donc cette réunion comme une réunion du Comité ministeriel sur des questions de sécurité dont rien ne devra être diffusé. »

Le Ministre de la Justice Y.S. Shapira : “Je demande que le censeur soit informé qu’aucune dépêche concernant l’unification de Jérusalem ne soit autorisée à être publiée ou télégraphiée à l’étranger avant demain après-midi. »

Le Ministre Moshe Kol : “Cela vaut la peine de travailler dans le but de s’en assurer. »

Le Ministre du Travail Yigal Allon: “Cela vaut peut-être la peine de téléphoner à chaque journaliste dans le but de s’en assurer. »

Le Ministre Yigal Galili :”J’ai rencontré les éditeurs samedi soir et nous leur avons parlé de cette question parmi d’autres. Nous avons clairement expliqué la situation et certains d’entre eux ont hoché la tête d’un air désolé mais avec un sourire. Certains d’entre eux ont dit que cette réunion avait une telle grande importance et un engagement historique et international, que même s’ils le signalaient en lettres minuscules en dernière page, ce serait criant. A cela, je leur ai répondu : Eh bien, criez-le en lettres minuscules au lieu de lettres énormes. Dans quelles mesures ils le feront ou pas, cela reste à voir. A part cela, je me suis mis en contact avec le censeur… »

Eshkol : “Après-demain, tout journaliste pourra l’écrire en lettres énormes. Aujourd’hui, Jérusalem est uni.”

Le Ministre Menachem Begin : “Je ne pense pas qu’il soit possible de s’en assurer. Les Communistes parleront. »

Le Ministre de la Santé Yisrael Barzilai : « Donc, que voulons-nous des journalistes ? »

Le Ministre Y.S. Shapira : “La demande n'était pas qu’il n’y ait pas de débat, mais qu’il soit modéré….Le maximum qui peut être fait est de demander aux membres du gouvernement de parler aux porte-parole de leurs factions et de leur demander de ne pas faire de discours très excessifs mais d’essayer de parler de façon détendue. Faire plus est impossible. C’est une illusion de penser que les journalistes internationaux ne sauront pas qu'une chose énorme a été faite ici… »

Le Ministre Yosef Sapi r: « J’espère juste qu’aucun membre de la Knesset ne se lèvera et chantera Hatikva. »

Cette discussion fut le dernier accord après une série de débats qui s’étaient tenue dans le très petit forum de la Commission ministérielle dirigée par Y.S. Shapira et auxquels ont participé le Ministre de la Défense Moshe Dayan, les Ministre des Affairs Etrangères Abba Eban, le Ministre sans portefeuille Menachem Begin, le Ministre des Religions Zerach Wahrhaftig, le Ministre de l’Intérieur Moshe Haim Shapira et le Ministre Mordechai Bentov de Mapam. La décision de principe d’annexer Jérusalem-Est avait été prise lors d’une discussion qui s’était tenue deux semaines auparavant.

Seuls quatre Ministres s’y étaient opposés : Yisrael Barzilai, Mordechai Bentov, Zalman Aran et Eliyahu Sasson. La plus grande partie des débats a été négocié avec la carte. Lors des discussions, Dayan s’est élevé contre le grand projet de Rehavam Ze'evi. « Je connais le gros appétit des Juifs…. Nous n’aurons pas d’aéroport à Jérusalem. Tout pendant que le territoire est entre nos mains, il est possible de venir en avion jusqu’ici. Mais seulement en raison de l'aéroport, je ne suis pas en faveur de Qalindia et je ne suis pas en faveur des 10 villages de plus avec 20 000 habitants….. »

Yigal Allon voulait plus de temps pour étudier la question. Il pensait qu’il y avait une possibilité que, dans le futur, les limites de Jérusalem pourraient devenir la frontière de l’Etat d’Israël, et il a proposé de l'étendre au-delà de la ligne ce qui a finalement été accepté. Menachem Begin avait tenté un compromis entre Dayan et Allon et il avait tiré une ligne entre les deux propositions.

Deux jours après le débat devant le gouvernement au complet, la Knesset a approuvé l’annexion de 71 000 dunams sous juridiction israélienne de Jérusalem. Seuls 6 000 de ces dunams de terres se trouvaient sous la juridiction jordanienne de Jérusalem. Le reste du territoire a été pris sur les juridictions de 28 autres villages et la surface de la ville a été triplée.
24 500 dunams de terre auraient été confisqués dans Jérusalem-Est.
Aujourd’hui, environ 180 000 Juifs vivent dans ces secteurs.




Note de l’ISM :

Cette décision du gouvernement israélien a été sanctionnée par les résolutions 2253 (ES-V) et 2254 (ES-V) de l’Assemblée Générale des Nations-Unies en date des 4 et 14 juillet 1967.
Cette condamnation a été rappelée à de nombreuses reprises lors de différentes résolutions du Conseil de Sécurité des Nations-Unies dont :

• La résolution "252" (1968) du Conseil de Sécurité des Nations-Unies du 21 mai 1968


La résolution "267" (1969) du Conseil de Sécurité des Nations-Unies du 3 juillet 1969

• La résolution "271" (1969) du Conseil de Sécurité des Nations-Unies du 15 septembre 1971


La résolution "298" (1971) du Conseil de Sécurité des Nations-Unies du 25 septembre 1971

• La résolution "446" (1979) du Conseil de Sécurité des Nations-Unies du 22 mars 1979

• La résolution "452" (1979) du Conseil de Sécurité des Nations-Unies du 20 juillet 1979

• La résolution "465" (1980) du Conseil de Sécurité des Nations-Unies du 1er mars 1980

Source : Haaretz

Traduction : MG

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