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Israël -

D’Aqaba à Sharm : Faux Festivals de Paix

Par

Le sommet de Sharm-el - Sheikh de Sharon et d'Abbas est présenté dans les médias occidentaux comme l’apparition d'une nouvelle ère. C'est l'apogée d'une vague d'optimisme générée par la mort d'Arafat. Au cours des quatre dernières années, le gouvernement israélien a désigné Arafat comme étant le principal obstacle à la paix.
Adoptant la perspective israélienne, le monde des médias pense que son départ permettra un regain du processus de paix.
Dans les médias mondiaux, cela est couplé avec la croyance qu'Israel est finalement dirigé par un homme de paix. Sharon, qui pourrait avoir eu quelques problèmes par le passé, a quelques temps plus tard changé de visage et mène maintenant Israel vers des concessions douloureuses.

La même euphorie a aussi naturellement dominé dans les médias israéliens, comme le notait Aluf Benn dans Ha'aretz le 7 décembre : "Au cours des derniers jours, l'atmosphère des médias est réminiscente de l'euphorie de l’ère Oslo ou des premiers jours du gouvernement d'Ehud Barak... Il y a de nouveau des discussions de coopération, des embrassades publiques et des conférences de paix. Les diplomates internationaux regardent de nouveau le conflit Israélo-Palestinien comme une arène pour des succès diplomatiques au lieu d'une recette garantie pour la frustration et l'échec ".(1)

A en juger par le langage optimiste des médias, la nouvelle ère existe non seulement au niveau des projets déclarés. Les éloges pour Sharon, le sentiment de progrès énorme, laisseraient presque croire que les choses ont réellement changé sur le terrain - quelques colonies évacuées, l’occupation presque terminée, la cessation de la violence israélienne.

Les élections palestiniennes, ainsi que les élections irakiennes qui ont également eu lieu en janvier, ont été présentées comme une grande victoire pour la démocratie, avec à peine une mention sur le fait que, dans les deux endroits, ces élections se déroulaient sous occupation.

Dans le reportage de CNN le jour de l'élection palestinienne, le journaliste enthousiaste a parlé des futures relations entre les deux "pays" (Israël et la Palestine), comme si l'état palestinien était déjà créé sur sa terre libérée.


Mais la réalité amère est que rien n'a changé. Les nouveaux "plans de paix" sont plus vrais que les précédents, et sur le terrain, les Palestiniens perdent de plus en plus de leurs terres et sont poussés dans des enclaves-prisons de plus en plus petites, entourées par le nouveau mur que le gouvernement de Sharon continue de construire.

Le jour du sommet de Sharm-el- Sheikh, les sources israéliennes ont annoncé que même les avant-postes illégaux qu'Israël s’était engagé à évacuer il y a bien longtemps ne seront pas évacués avant "l’achèvement du retrait de la Bande de Gaza" (2.)


Mahmoud Abbas, qui a été élu en tant que premier ministre de l'Autorité Palestinienne le 9 janvier, a déjà servi dans ce rôle une fois auparavant, depuis le 29 avril 2003. C'étaient les jours d'une autre promesse de "plan de paix" : la Feuille de Route. Tout comme maintenant, la nouvelle ère avait été célébrée, en juin 2003, dans un sommet à Aqaba en Jordanie, avec Bush, Sharon et Abbas.
Si nous voulons savoir ce qui attend Abbas cette fois-ci, il serait utile d'examiner en détail ce qui s'est produit la fois précédent.

La Feuille de Route contient tous les éléments de la politique israélienne des ces quatre dernières années, et Israël continuera de l’appliquer, s’il n’est pas dérangé par la communauté internationale.

Ci-dessous un extrait d'un chapitre actualisé de mon livre : Israël Palestine - Comment finir la guerre de 1948.




L’ère de la Feuille de Route

Le 29 Avril 2003, le Conseil Législatif Palestinien a approuvé un nouveau gouvernement de l’Autorité Palestinienne avec comme Premier Ministre Mahmoud Abbas (Abu Mazen). Cela faisait suite à une longue période de pressions américaines et israéliennes au sujet des réformes palestiniennes, et Abbas, qui est considéré comme un modéré, semblait recevoir leur soutien.

Dans son discours où il présentait ses ministres et sa vision politique, Abu Mazen a indiqué entre autres : "Nous rejetons le terrorisme de chaque partie et sous n'importe quelle forme, et ce en accord avec notre tradition et nos valeurs morales... Nous insistons sur le fait que le terrorisme et ses diverses formes n'aident pas notre juste cause, mais la détruit, et n'apportera pas la paix que nous voulons." (3)


Israël a accueilli l'occasion en perpétrant le même jour un nouvel assassinat. Un hélicoptère de combat Apache de l'Armée de l'Air israélienne a tiré plusieurs missiles sur une voiture qui circulait dans un quartier résidentiel au sud de Khan Yunis tuant un commandant local du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine), Nidal Salameh et un autre membre du FPLP, Awani Sarhan."

En réponse à la critique sur la synchronisation du meurtre de Salameh (le jour où un nouveau gouvernement avec la volonté de mettre en place des réformes était approuvé), le Chef d’Etat-Major de l’IDF, Moshe Ya'alon ,a dit que .... "L’assassinat de Salameh renforcera réellement le nouveau Premier Ministre palestinien, Mahmoud Abbas (Abu Mazen)". (4)

Du côté palestinien, le jour suivant, deux terroristes, qui s’étaient faufilés pour sortir de la Bande de Gaza, se sont fait sauter dans une explosion au Mike's Place, un pub en bord de mer de Tel Aviv, tuant trois Israéliens et blessant environ 60 personnes.(5)



C'était dans ce contexte que le document de la 'Feuille de Route' a été cérémonieusement présenté aux deux parties, le 30 avril 2003. "L'Ambassadeur américain, Daniel Kurtzer a apporté le document au bureau du Premier Ministre, Ariel Sharon, à Jérusalem.

Les représentants européens ont fourni le document destiné au Premier Ministre palestinien Mahmoud Abbas (Abu Mazen) à son Département des Négociations, un Institut de Recherche de Recherches qu'il a établi à Ramallah." (6)


Le projet de la Feuille de Route tient ses racines dans un discours du Président américain, George W. Bush, en date du 24 juin, où il décrit une vague solution de deux-états et appelle à un changement de la direction palestinienne.

Le 15 Juillet 2002, les Ministres des Affaires Etrangères du Quartet - les Etats-Unis, l'Union Européenne, les Nations Unies et la Russie – se sont rencontrés pour détailler les principes de la Feuille de Route formulée par le Département d’Etat américain sous la direction de William Burns.

En octobre 2002, la première ébauche du document a été présentée à Sharon, la veille de sa réunion avec Bush à la Maison Blanche. Sharon a désigné son conseiller personnel Dov Weisglass pour coordonner les commentaires et les corrections israéliennes à la Feuille de Route.

Le 20 Décembre 2002, la version finale du projet est achevée, mais l'équipe de Weisglass a soumis environ 100 propositions de correction depuis lors.


Le texte de la Feuille de Route annonce que, cette fois, "la destination est un règlement final et complet du conflit Israëlo-Palestinien d'ici 2005" (7), un objectif attendu pour s’achever avec la troisième phase du projet, après deux phases préparatoires.

Pour vérifier s'il offre quelque chose de concret dans cette direction, il est nécessaire d'abord de se souvenir de l’objet du conflit.
Selon le discours israélien d’alors, on pourrait avoir l'impression qu'il concerne le droit d’Israël à exister. Selon cette vision, les Palestiniens essayent de miner l’existence même de l'état d'Israël avec la demande de permettre à leurs réfugiés de revenir, et qu’ils tentent d’y parvenir par le terrorisme.

Il semble qu’on a oublié que, dans la pratique, il s’agit d’un simple conflit classique concernant les terres et les ressources palestiniennes (l'eau) qu’Israël occupe depuis 1967. Le document de la Feuille de Route est complètement vide de toute dimension territoriale.



Ce qui est demandé aux Palestiniens dans les deux premières phases est clair : établir un gouvernement qui sera défini par les États-Unis comme démocratique, former trois forces de sécurité qui seront définies par Israël comme fiables et écraser la terreur.

Une fois que ces demandes seront remplies, la troisième phase commencera et mènera à la fin miraculeuse de l’occupation.
Mais le document ne met aucune demande sur Israël dans cette troisième phase.

La plupart des Israéliens comprennent qu'il n'y a aucune façon de finir l’occupation et le conflit sans que l’armée israélienne quitte les territoires et démantèle les colonies.

Mais ces concepts de base ne sont pas même sous-entendus dans le document, qui mentionne seulement le gel des colonies et le démantèlement des nouveaux avant-postes, dès la première phase : "Le GOI [ gouvernement israélien] démantèle immédiatement les avant-postes de colonies érigés depuis mars 2001.
Conformément au rapport Mitchell, le GOI gèle toute colonisation (y compris la croissance naturelle des colonies ".


Indépendamment de cette référence à la vieille demande des Etats-Unis du gel de l'expansion des colonies, le plan est assez général quant à ses résultats dans la phase finale : " Les objectifs de la troisième phase sont la consolidation des réformes et la stabilisation des institutions palestiniennes, le fonctionnement soutenu et efficace de la sécurité palestinienne, et des négociations israélo-palestiniennes en vue de parvenir à un accord définitif en 2005…
un processus conduisant à une résolution de statut définitif et permanent d'ici à 2005, réglant le problème des frontières, de Jérusalem, des réfugiés, des colonies ; et encourageant les progrès vers une solution globale au Proche-Orient à atteindre le plus vite possible, solution réglant la situation entre Israël et le Liban, la situation entre Israël et la Syrie."


La première phase proposée est cependant plus substantielle, parce qu'elle répète le projet de cessez-le-feu proposée par George Tenet, le chef de la CIA en juin 2001. L'essence du plan de Tenet était de restaurer le calme : un cessez-le-feu devrait être déclaré, auquel les deux parties devaient contribuer. Les Palestiniens devraient cesser tout terrorisme et toute action armée, et Israël devrait retirer ses forces sur les positions qu'elles occupaient avant le soulèvement palestinien, en septembre 2000.

C'est une exigence substantielle d’Israël, parce qu'en septembre 2000, il y avait de grandes régions de Cisjordanie qui étaient sous contrôle palestinien. Mettre en application la demande pour restaurer les conditions qui existaient alors, devrait signifier enlever les nombreux barrages routiers et postes de l’armée qu'Israël a placés dans ces secteurs depuis cette époque.

La Feuille de Route indique la même chose pour la première phase: Israël "se retirera des secteurs palestiniens occupés à partir du 28 septembre 2000... (et restaurera) le statu quo qui existait alors".



Il n’y a aucun doute que l’exécution de cette demande peut contribuer considérablement à rétablir le calme, même provisoire. Mais y avait-il une base pour l'espoir que dans le round de la Feuille de Route, le Plan de Tenet soit finalement mis en application?

Le Plan Tenet de cessez-le-feu avait été à de nombreuses reprises auparavant sous les feux des projecteurs. Dans le round précédent, examiné au chapitre VII, il y avait ce qui semblait être une initiative américaine de cessez-le-feu en mars 2002, pour laquelle Zinni et Cheney avaient été envoyés dans la région.



Déjà alors, Sharon avait clarifié qu'il n'était pas d'accord avec cette demande, et qu’il était seulement d'accord sur les gestes de bonne volonté, comme faciliter les conditions de vie pour la population dans les secteurs où le calme serait préservé (d'une manière non spécifiée).(8)

Cela n'a pas empêché les Etats-Unis de présenter les Palestiniens comme étant la partie qui a refusé le cessez-le-feu.
Avec la fin de cette initiative, Israël s'est embarqué dans la fête de la destruction, l’opération "Bouclier Défensif", avec la bénédiction des États-Unis.
Y avait-il une chance, alors, que dans ce round, les choses tournent différemment ?

A première vue, les circonstances semblaient potentiellement différentes. Depuis 2001, Israël, suivi par les Etats-Unis, affirmaient que le véritable obstacle pour restaurer le calme était la direction prolongée de Yasser Arafat, qui, disaient-ils, orchestrait le terrorisme derrière un paravent. Ils ont exigé la nomination d'un premier ministre palestinien différent et ont favorisé Mahmoud Abbas (Abu Mazen) pour le rôle.

De plus, à l’époque, il y avait de nombreux rapports qu'Abbas et d'autres étaient en pourparlers avec les diverses organisations palestiniennes sur un cessez-le-feu total (Hudna) pendant lequel ils s'abstiendraient de toutes attaques contre des civils et des soldats israéliens. Qu’est qui pouvait être plus approprié pour une nouvelle initiative de paix que commencer par une période de calme – calme pour les Israéliens signifie sans terrorisme, calme pour les Palestiniens, signifie sans présence constante de l’IDF parmi eux?



Toutefois, cela n'est pas la façon dont les autorités israéliennes voyaient les choses.

Elles ont changé de ton dès qu'Abbas a été élu. Déjà le jour où Mahmoud Abbas a prêté serment, nous avons entendu que : "Les renseignements militaires ont dit aux politiques en début de semaine que le nouveau gouvernement palestinien dirigé par le Premier Ministre Mahmoud Abbas (Abu Mazen) n'avait aucune intention de déraciner l'infrastructure du terrorisme. 'Selon ce que nous savons maintenant, Abu Mazen a l’intention de parler avec les responsables du Hamas et du Jihad Iislamique, et ne veut pas aller au clash avec eux.'" (9)


Le contexte de ce mécontentement au sujet d’Abbas est une demande qu'Israël a posée comme condition pour accepter la Feuille de Route. Israël a clarifié qu'il ne serait pas suffisant de stopper le terrorisme, mais qu’une Autorité Palestinienne fiable devrait s'engager dans un clash réel avec les diverses organisations armées, dans le but de les détruire.

Cette demande a été réitérée plus tard dans la résolution du gouvernement israélien passée quand il a approuvé la Feuille de Route le 26 mai 2003 : "Dans la première phase du plan et comme condition pour progresser vers la deuxième phase, les Palestiniens effectueront le démantèlement des organisations terroristes (le Hamas, le Jihad islamique, le Front Populaire, le Front Démocratique, les Brigades Al-Aqsa et d'autres appareils) et leur infrastructure".(10)
Le démantèlement devait impliquer "des arrestations et des interrogatoires, la prévention et la mise en œuvre d’un travail préparatoire judiciaire pour des enquêtes, des mises en accusation et des sanctions."(11)

De la perspective palestinienne, réaliser les demandes israéliennes signifiait, essentiellement, une guerre civile. La liste des organisations dont Israël demande le démantèlement comporte la plupart des organisations palestiniennes.

Israël demande que non seulement leurs branches militaires soient démantelées, mais également leur "infrastructure", ce qui signifie les organisations politiques et sociales qui les soutiennent.
De plus, ce long processus de démantèlement devrait avoir lieu comme condition préalable à tout progrès vers les objectifs de la Feuille de Route, à savoir le commencement du processus pour lequel les Palestiniens n'avaient encore rien reçu.


Il n'y a aucune raison de supposer que les diverses organisations se démantèleront juste par obéissance, ou laisseront leurs membres se faire emprisonnés ou tués par les nouvelles forces palestiniennes de sécurité que l'Autorité Palestiniennedoit former selon les attentes d'Israël.

Au lieu de cela, le processus doit impliquer des conflits armés avec ces organisations. Comme il est mentionné au chapitre IX, juste au début d'Oslo, quelques organisationss Palestiniennes (notamment le Hamas) ont averti qu'Israël essayait de pousser les Palestiniens dans une guerre civile, au cours de laquelle la société se tuerait et se détruirait elle-même.

Une des réussites sous le leadership d'Arafat, en collaboration avec pratiquement tous les fragments de la société palestinienne, a été qu'ils sont parvenus à éviter une détérioration dans une guerre civile.


Le nouveau Premier Ministre, Mahmoud Abbas, n'était ni capable, ni ne voulait risquer une guerre civile. Mais il pouvait offrir la fin du terrorisme et des attaques contre Israël. Comme Khalil Shikaki, un analyste politique palestinien, l’a expliqué au Guardian : "Un cessez-le-feu et le démantèlement des groupes comme le Hamas et le Jihad islamique étaient en contradiction... Pourquoi le Hamas continuerait-il un cessez-le-feu si c'était simplement pour couvrir sa destruction? Et si Abbas avait l'infrastructure pour démanteler ces groupes, il n'aurait pas besoin en premier lieu d’un cessez-le-feu." (12)


Le gouvernement israélien voyait l’offre de la fin du terrorisme comme une menace, plutôt qu'un progrès.
Comme Aluf Benn l’a résumé dans Ha'aretz : "Alors que le vote de confiance en Abu Mazen se dessinait de plus en plus, le ton changeait à Jérusalem.

Au début, Israël a présenté son élection comme une grande fête, comme le fruit de la victoire d'Israël sur l'Intifada. Maintenant le Premier Ministre, le ministre des Affaires Etrangères et de la Défense sont prévenus d'une nouvelle ruse de ces Palestiniens adroits.

La position des Israéliens, soutenue par une analyse des déclarations d'Abu Mazen dans diverses conférences réalisée par les renseignements, est que le nouveau premier ministre essayera de pousser Israël à des concessions grâce à la hudna, un accord de fin des attaques entre les organisations palestiniennes...

Des sources à Jérusalem avertissent que la communauté internationale est sourde ... aux nuances et, dès qu'un faux calme régnera, elle exigera d'Israël des retraits et le gel des colonies.

Israël demande un 'Altalena palestinien, ' pas moins qu'une épreuve de force conflictuelle entre Abu Mazen et Mohammed Dahlan d'une part et le Hamas, le Jihad et les Brigades Al Aqsa de l'autre." (13)



Le sommet d’Aqaba

Début juin 2003, un sommet cérémonial a eu lieu à Aqaba en Jordanie, avec Bush, Sharon, et Abbas, pour marquer le début de l'ère de la Feuille de Route. A cette occasion, les leaders du Hamas ont commencé à déclarer publiquement leur bonne volonté pour établir un cessez-le-feu (hudna) avec Israël, pour la première fois depuis la création du mouvement en 1987.

"Un porte-parole du Hamas à Gaza, Abdel Aziz Rantisi, qui représente habituellement des intransigeants du mouvement, a dit vendredi : 'Le mouvement du Hamas est prêt à stopper le terrorisme contre les civils israéliens si Israël cesse de tuer les civils palestiniens... Nous avons dit à Abu Mazen (le Premier Ministre de l’Autorité Palestinienne) lors de nos réunions qu'il y a une occasion de cesser de viser les civils israéliens si les Israéliens arrêtent les assassinats et les incursions et cessent de brutaliser les civils palestiniens ". (14)



Sharon était prêt à rejeter immédiatement cette proposition. La veille du sommet d'Aqaba, le titre de Ha'aretz déclarait : "Le Premier Ministre : Un cessez-le-feu palestinien n'est pas suffisant"; et le texte continuait en expliquant que : "lors de sa réunion avec le Président américain George Bush au sommet d'Aqaba, le Premier Ministre Ariel Sharon cherchera le soutien des américains pour demander à l'Autorité Palestinienne d'utiliser des moyens (militaires) puissants contre les organisations terroristes et leur infrastructure dans les territoires, comme condition préalable à toute avancée diplomatique.

Sharon indiquera à Bush qu'il n'est pas acceptable de s'arranger seulement d'accords pour un cessez-le-feu (Hudna) entre les organisations palestiniennes. En retour Sharon promettra à Bush qu'Israël évacuera les avant-postes illégaux de Cisjordanie ".(15)

Deux semaines plus tard, le 10 juin, la réponse plus explicite de l'armée israélienne à l'offre de cessez-le-feu de Rantisi est tombée. Deux hélicoptères de combat ont tiré sept missiles qui ont enflammé sa voiture dans la ville de Gaza, tuant deux personnes et blessant environ 20 autres. Rantisi est parvenu à échapper à cette tentative d'assassinat, et a survécu une année de plus, jusqu'à ce qu'il ait été tué par l'armée israélienne le 17 avril 2004.




Encore, rien de cela n'a semblé frapper les Occidentaux, et certainement pas les Israéliens. La perception des événements a été façonnée seulement au niveau des déclarations générales et abstraites.

Le document de la Feuille de Route exige que : " L'autorité israélienne publie une déclaration sans équivoque affirmant son engagement en faveur de la solution de deux Etats, avec un Etat palestinien indépendant, viable et souverain, vivant en paix et en sécurité à côté d'Israël, comme l'a exposé le président Bush."(16)

Il s’agit, en fait, de la seule clause de la Feuille de Route à laquelle l’autoritée israélienne doit se conformer. Sharon a déclaré à plusieurs occasions qu'il "accepte la vision de deux états de Bush", et le gouvernement israélien, suite à un débat "orageux" des six heures, a approuvé la Feuille de Route le 26 mai (avec quatorze réserves qui l'ont privée du contenu, mais n'a pas attiré beaucoup d'attention parmi les médias).


Au niveau de la déclaration, Sharon était disposé à aller encore plus loin et à prononcer le mot tabou d’"occupation".
Lors d'une réunion du Likoud le 27 mai, il a dit: "Je pense que l'idée de continuer de garder sous occupation 3,5 millions de Palestiniens est possible - oui c'est une occupation, vous pouvez ne pas aimer le mot, mais ce qui se passe, c’est une occupation – c’est mauvais pour Israël, et c’est mauvais pour les Palestiniens, et c’est mauvais pour l'économie israélienne".(17)

C'était suffisant pour provoquer une tempête parmi les rangs de l’Extrème-Droite et donner à Sharon une totale crédibilité aux yeux des colombes israéliennes.
L'idée que les mots peuvent mentir, que c’est peut-être une autre duperie israélienne, n'a pas semblé traverser l’esprit de quiconque.



Le discours public israélien s’est déchainé autour "du changement d’avis révolutionnaire de Sharon".

L’immense débat sur son état mental s'est concentré sur la question de savoir s'il avait profondémment changé, ou si c'était juste dû à la pression américaine. D’une façon ou d’une autre, Sharon s'est transformé soudainement en leader chéri du "camp de la paix" israélien.

L'aile droite furieuse et le camp de paix en fête sont d’accord sur la substance de ce qu'ils ont perçu des évènements : L’Israël de Sharon a déjà fait l’avancée historique funeste, et a abandonné l’occupation. - "A Aqaba, l'état Palestinien a été créé"! - déclarait la Une du Yediot Aharonot le 5 juin.
C'est parce que, à l’instar de la tradition d'Oslo, la seule déclaration d'une bonne volonté pour donner quelque chose dans quelques temps, est en elle-même perçue en Israël comme la plus douloureuse et la plus cruciale des concessions.

Comme l’a déclaré le député travailliste, Abraham Burg, dans son discours passionnant d'appréciation de Sharon : "Même si vous regretterez cela plus tard; même si vous ne tenez pas face à la pression de votre propre parti, vous avez déjà apporté votre contribution, parce que vous avez dit occupation, vous avez dit évacuation, vous avez dit paix, vous avez commencé à croire".(18)


Dans la perception israélienne, ce n'est pas l’épreuve des actes qui importe, mais l’épreuve des mots - l'art complexe de la simulation de la paix, qui a tant soulagé la conscience libérale lors d’Oslo. Dans cette perception, Bush et Sharon sont les partisans incontestables de la paix mondiale. Qui cesserait de distinguer ce qui se passe vraiment dans le monde réel ?



A l’époque, il était possible d'apprendre des journaux israéliens que rien n’avait changé dans la réalité quotidienne de l’occupation.

L'armée israélienne continuait à arrêter, tirer, et assassiner des Palestiniens. Même pendant la semaine des sommets d'Aqaba, quand, dans le monde de la simulation, les titres annonçaient un assouplissement des bouclages, l’IDF veillait à clarifier que rien ne changerait.

Au contraire, les restrictions des déplacements des Palestiniens se renforçaient. Voici comment Arnon Regular l’a décrit dans Ha'aretz : "Les Palestiniens ont peut-être entendu parler de l’assouplissement des conditions de voyage mis en place par Israël, mais ils n'ont rien vu sur le terrain. En fait, il y a des signes que rien du tout n'a changé. ... L'image qui a émergé hier après une journée de voyage en voiture à travers la Cisjordanie est que des dizaines de milliers de personnes ont apparemment sombré à nouveau dans le Moyen-Age, quand le seul mode de transport était à pied."(19)


L'aspect diabolique de la déception de Sharon, que les Américains ont appuyé, étaient que seuls les Palestiniens seraient accusés de ce qui arriverait. Depuis le sommet d'Aqaba, la résistance palestinienne à la brutalité continue de l'armée ne pouvait pas être tolérée parce que, dans la perception des Israéliens, Israël avait déjà rempli sa partie quand Sharon a déclaré qu'il en avait assez de l’occupation, et qu’il évacuerait même un certain nombre d'avant-postes.

Maintenant c'était au tour de l'Autorité Palestinienne de remplir sa partie de l'accord généreux et de montrer qu'il est capable de contrôler le terrorisme, même sans aucun changement de la situation sur le terrain.




Il n’y a jamais eu de partenaire pour la Paix

Néanmoins, l'autorité palestinienne et les diverses organisations palestiniennes ont rempli leur partie dans le cadre de la Feuille de Route et ils ont déclaré un cessez-le-feu total pendant trois mois, lors duquel ils ont accepté de cesser les attaques en Israël et dans les territoires, comme l’exigeait la phase I de la Feuille de Route.

La première annonce qu'ils avaient conclu un accord sur ce sujet a été faite le 25 juin 2003. "Les porte-paroles du Hamas ont dit qu'il était remarquable qu'ils aient accepté une accalmie de trois mois sans recevoir aucune garantie de la part d'Israël qu'il cesserait ses actions militaires contre eux en échange du cessez-le-feu".(20)


La réaction immédiate israélienne fut claire et décisive : Quelques minutes après l’annonce du Hamas, les hélicoptères israéliens "ont tiré des missiles sur deux voitures près de la ville de Khan Yunis au sud de Gaza, tuant deux personnes, dont une femme. Les Forces de Défense israéliennes ont indiqué que les hélicoptères avaient tiré des missiles sur une cellule du Hamas qui était sur le point de tirer des obus de mortier sur une colonie israélienne".(21)

Et à Jérusalem, le "Premier Ministre Ariel Sharon et le ministre de la Défense Shaul Mofaz ont décidé... que Israël ignorera tous les accords sur une hudna, ou cessez-le-feu, accepté par les organisations palestiniennes, et insisteront à la place sur le fait que l'Autorité Palestinienne désarment les milices dans toutes les régions où elle assumera la responsabilité de la sécurité... Le ministère des Affaires Etrangères... a informé les délégations étrangères de se préparer à une offensive de propagande palestinienne qui blâmera Israël d’avoir violé le "cessez-le-feu" tout en ignorant la responsabilité de l’Autorité Palestinienne sur la poursuite des actions terroristes des cellules "locales".(22)


En parfaite coordination, la réaction américaine était assez semblable : le "Président George W. Bush a réagi avec scepticisme hier à l'accord annoncé sur l’arrêt des attaques contre les Israéliens pendant trois mois.
'Je le croirai quand je le verrai' a dit Bush. Bush a demandé que le Hamas et les groupes du même genre soient mis à l’écart des négociations...
'C'est une chose de donner un accord verbal,' a-t’il dit. 'Mais pour avoir la paix au Moyen-Orient, nous devons voir les organisations telles que le Hamas démantelées, et alors nous aurons la paix, nous aurons une chance pour la paix.'...

Bush a indiqué qu'il ne connaissait pas les détails de l’accord annoncé, mais qu’il en doutait, 'connaissant l'histoire des terroristes.'
Au cours de la réunion avec Romano Prodi, le président de la Commission Européenne, et du Premier Ministre grec Costas Simitis, le chef de l’Union Européenne sortant... Bush a encouragé l'Union Européenne à proscrire le Hamas dans les pays européens, où une distinction a été faite entre les branches militaires et politiques du mouvement."(23)


Bien qu’Israël et les Etats-Unis aient clarifié leurs intentions, il n'était pas possible de continuer à poursuivre cette ligne au niveau des déclarations publiques une fois que les Palestiniens respectaient leur cessent le feu.

Le 29 Juin, le cessez-le-feu officiel palestinien a été déclaré. Cette fois, Israël a semblé coopérer partiellement.(24)
L'armée israélienne a retiré les forces d'une ville au nord de la Bande de Gaza et a ouvert dans la bande la route principale (- la route "Tancher") au trafic palestinien.
Sharon a promis de réfléchir à la libération des prisonniers palestiniens.

Plus tard, en juillet, les forces israéliennes se sont retirées de Betlhéem en Cisjordanie , et trois checkpoints ont été enlevées dans la région de Ramallah, comme "gestes de bonne volonté envers les Palestiniens pour coïncider avec le voyage du Premier Ministre, Ariel Sharon, à Washington, où il s'attendait à affronter la pression des Etats-Unis pour soulager les conditions humanitaires dans les territoires."(25)


Mais cela épuise, plus ou moins, les mesures de "bonne volonté" d'Israël.

Pendant environ six semaines, alors que les Palestiniens ont totalement respecté leur partie de la phase I de la Feuille de Route, Israël n'a fait rien pour mettre en application sa partie.

Comme mentionné, Sharon a clarifié à l'avance qu'il n'était pas d'accord sur la condition de base du Plan Tenet, réitérée dans la phase I de la Feuille de Route, que l'armée israélienne se retire de nouveau sur les positions qu’elle occupait avant l'Intifada.
Mais on s’attendait toujours au moins au gel des actions militaires dans ces secteurs pendant le cessez-le-feu. Au lieu de cela, l'armée a maintenu et même augmenté son niveau d’actions dans tous les villes et villages palestiniens. Les arrestations, les tirs, les démolitions de maison, les bouclages et le blocage des sorties ont continué comme d'habitude.


Néanmoins, les Palestiniens ont respecté le cessez-le-feu unilatéral qu'ils avaient déclaré (à une exception, le 7 juillet). La société israélienne était optimiste et soulagée, mais apparemment c'était une cause d’inquiétude pour ces "sources de Jérusalem" qui, dès le début, "avaient averti que la communauté internationale serait sourde... aux nuances et, que dès qu'un calme faux régnera, elle demandera à Israël de se retirer et le gel de la colonisation."(26)

Après six semaines d'un cessez le feu total palestinien, Israël a repris sa politique d’assassinats, en visant principalement les chefs du Hamas.


Le jour où le cessez-le-feu palestinien a été déclaré, certaines des estimations des échelons de la sécurité ont été partagées avec le public : "Les unités des renseignements de l’IDF pensent que, des trois organisations qui ont déclaré hier une suspension des attaques, ce sont les activistes du Hamas qui adhéreront étroitement à l'accord. Le Hamas est considéré comme strictement hiérarchique et relativement discipliné, et il semble que les chefs du groupe feront tout ce qu’ils peuvent pour imposer la Hudna ".(27)

Il est difficile de ne pas interpréter les initiatives qu'Israël a prises en août 2003 pour tenter de briser cette résolution du Hamas et de le provoquer pour qu’il reprenne les armes.


Le 9 Août 2003, un peloton des commandos navals a tué deux figures dirigeantes du Hamas, Hamis Abu Salam et Faiz al-Sadar, dans le camp de réfugiés d’Aksar près de Naplouse.. Dans les émeutes qui ont éclaté dans le camp d'Askar suite à l'assassinat, deux autres Palestiniens ont été tués.

Trois jours plus tard, deux hommes, tous les deux du camp d'Askar, se sont fait exploser dans deux attaques terroristes dans la colonie d'Ariel et à Rosh Ha'ain, tuant deux Israéliens. La direction du Hamas à Gaza avait finalement fait l'erreur que la sécurité israélienne attendait.


Il a été annoncé que bien qu'ils étaient encore engagés dans le cessez-le-feu, les conditions avaient changé afin de permettre des représailles contre des attaques israéliennes.(28)

Israël a immédiatement saisi l'occasion pour inciter des cellules locales du Hamas à agir. Dans ce contexte de frustration d’une partie des organisations palestiniennes qui essayaient de respecter le cessez-le-feu, Israël a pris pour cible ensuite Mohammed Sidr, le chef de la branche militaire du Jihad islamique à Hebron, le 14 août.

Comme toujours, Israël a prétendu que les meurtres étaient nécessaires pour empêcher le terrorisme.

Amos Harel, spécialiste des affaires militaires et analyste à Ha'aretz a soulevé quelques doutes. En rapportant des revendications des sources de sécurité que : "récemment, les renseignements avaient indiqué que certains activistes des organisations islamiques étaient fatigués du cessez-le-feu et projetaient de reprendre des attaques à court terme", il déclare :
"Si c'est en effet ce qui se passe, les faits devraient être présentés entièrement. Aussi longtemps qu'Israël se contentera de rapports génériques au sujet 'des bombes à retardement » et d’'une attaque qu’un homme recherché a l’intention de faire dans un proche avenir, 'il y aura toujours des gens qui suspecteront que c’est Israël qui attise les troubles pour se libérer du joug des concessions exigées par la Feuille de Route".(29)


Déjà le jour de la « liquidation » de Sidr, les échelons de la sécurité informèrent les medias israéliens que le cessez-le-feu serait bientôt terminé.

« Nous devons envisager que tout va s’écrouler, et si c’est ça, il vaudrait mieux que ça s’écroule chez le voisin que chez nous– a déclaré une source de Jérusalem ».(30)

Il était évident que l’échec du cessez-le-feu serait aussi le coup de grâce au nouveau gouvernement de Mahmoud Abbas. Mais à ce moment-là, l’autorité israélienne ne s’intéressait ouvertement plus au respect de sa propre règle.

Abbas, dont on avait salué la nomination, moins de quatre moins plus tôt, comme une victoire d’Israël dans son infatigable poursuite de la paix, avait perdu les faveurs des décideurs et de toute évidence Israël s’était arrangé pour convaincre aussi l’administration états-unienne qu’il était temps de le remplacer.

Le même jour, on annonça que « Jérusalem avait reçu des informations selon lesquelles la Maison Blanche était très déçue d’Abbas. Les américains avaient mis beaucoup d’espoir en lui, croyant que sont poids et son autorité grandiraient avec ses fonctions, mais ils avaient appris que son gouvernement ne faisait pas les changements nécessaires et ne luttait pas contre le terrorisme… Les sources israéliennes assuraient que si les américains désespéraient d’Abbas, ils ont menacé de couper les fonds de l’Autorité Palestinienne, provoquant ainsi l’effondrement de son gouvernement et l’apparition d’un nouveau leadership».(31)


Le 19 août 2003 (au choix, évidemment mais ça peut aider à orienter au moins beaucoup de lecteurs américains ?) un kamikaze à la bombe appartenant à une cellule du Hamas d’Hébron, la ville natale de Sidr, se fit exploser dans un bus de Jérusalem, tuant vingt personnes, dont 6 enfants, et faisant une centaine de blessés.
On maintenait le cessez-le-feu sous respiration artificielle.
Pourtant on pouvait le sauver.

Abbas réagit rapidement « dans la nuit, il a obtenait l’accord de Yasser Arafat pour que de sévères mesures soient prises contre le Hamas et le Jihad islamique qui avaient violé le cessez-le-feu avec l’explosion de Jérusalem. Un plan provisoire appela à l’arrestation des militants impliqués dans l’explosion, à la fermeture des mosquées du Hamas et au gel de ses réseaux d’écoles et d’hôpitaux».(32)

Les médias étrangers rapportèrent que l’administration américaine avait été informée que des mesures sévères contre le Hamas, y compris à Gaza, allaient commencer le 21 août.(33)
Mais Israël n’attendit pas, et le même jour, il porta le dernier coup au cessez-le-feu.


Comme Ze’ev Schiff, analyste de poids du Ha’aretz, l’a raconté, on savait que l’explosion avait été décidée localement, sans coordination avec la direction du Hamas.
"Le leadership du Hamas à Gaza n’avait pas été prévenu de l’explosion du bus de Jérusalem. Les chefs du Hamas à Gaza, comme les membres du Jihad Islamique étaient sûrs que c’était une opération organisée par le Jihad Islamique".(34)

Pourtant, Israël a choisi de lancer des représailles contre les leaders du Hamas de Gaza. De plus, la frappe n’a pas été lancée contre l’aile militaire du Hamas, mais contre un des leaders politiques les plus modérés.

Voilà comment The Guardian a décrit l’événement : « Cinq missiles israéliens ont pulvérisé Ismaël Abu Shanab à Gaza hier, tuant l’une des voix les plus puissantes du Hamas en faveur de la paix et détruisant le cessez-le-feu que les leaders palestiniens pouvaient croire capable d’empêcher la guerre civile… Ariel Sharon ne pouvait pas douter que tuer Abu Shanab torpillerait le cessez-le-feu. Il était largement connu comme le plus pragmatique de tous les leaders. Il avait brisé un tabou à l’intérieur du Hamas en reconnaissant qu’il finirait par y avoir un état palestinien à côté d’Israël, et pas à sa place».(35)


La mort d’Abu Shnab a mis dans les rues de Gaza des dizaines de milliers de Palestiniens. Les militants du Hamas ont lancé des mortiers sur les colonies israéliennes de Gaza. Les leaders du Hamas et d’autres organisations ont annoncé qu’ils annulaient le cessez-le-feu.

A ce moment-là, l’armée israélienne avait déjà lancé un raid sur les villes palestiniennes de Cisjordanie et rassemblé des forces autour de Gaza pour une gigantesque opération.
Ce fut la fin de la Feuille de Route qui avait allumé tellement d’espoir pour tant d’Israéliens et de Palestiniens.


Exactement comme les autres tentatives faites par les Etats-Unis pour négocier un cessez-le-feu selon le projet du plan Tenet, l’administration américaine a pleinement soutenu le côté israélien et c’est encore pareil cette fois.

Après le sommet d’Aqaba début juin, on pensait que Colin Powell tenterait avec hésitation de dénoncer la politique continuelle des opérations de liquidation d’Israël tandis que les Palestiniens eux-mêmes travaillaient à renforcer un cessez-le-feu. Mais il est bientôt rentré dans le rang.

Après l’assassinat par Israël d’Abdullah Qaswasmeh, chef des opérations militaire du Hamas à Hébron le 22 juin, nous avons appris que le secrétaire d’état américain Colin Powell était critique sur l’opération et avait dit… qu’il était « désolé pour l’assassinat d’Abdullah Qawasmeh » qu’il considérait comme inutile et «comme un empêchement probable au progrès (de la paix) ».

L’administration Bush a mis les choses au clair pour Israël la nuit dernière en déclarant que le secrétaire d’état Colin Powell n’avait pas condamné l’assassinat de Qawasmeh par les Forces Israélienne de Défense. L’ambassadeur des Etats-Unis en Israël Dan Kurtzer appela le bureau du premier ministre et dit que Powell avait exprimé sa tristesse que la situation au Proche Orient mène à de telles mesures».(36)


Dans les mois qui ont suivi le cessez-le-feu palestinien, il n’y eut plus de lapsus. La position des Etats-Unis fut un soutien sans équivoque à la politique d’assassinat d’Israël, à laquelle se réfère l’administration des Etats-Unis quand elle parle du « droit d’Israël à se défendre ».

Même quand il fut clair que le cessez-le-feu était à deux doigts de s’écrouler « l’administration a évité de demander à Israël de se restreindre et de freiner ses forces après l’attaque de Jérusalem au lieu de cela, elle a rendu totalement responsable de la crise le côté palestinien.

Les opérations des Forces Israéliennes de Défense à Naplouse et Hébron en Cisjordanie (avant l’attaque de Jérusalem) au cours desquelles les militants du Hamas et du Jihad islamique ont été tués, ont rencontré la bienveillance des Américains. Les Etats-Unis voient ces opérations comme justifiées pour arrêter les « bombes à retardement »…(37)

C’est difficile d’éviter la conclusion que les Etats-Unis n’étaient pas plus intéressés qu’Israël dans une véritable application d’une première phase de la Feuille de Route.


Ainsi que le prévoyaient les « sources israéliennes » ci-dessus, le gouvernement de Mahmoud Abbas s’est effondré à la suite de l’échec du cessez-le-feu. Il a été remplacé par Ahmed Qureia (Abu Ala) qui, comme son prédécesseur, n’a pas eu la chance de restaurer le calme.
«Le ministre des affaires étrangères Silvan Shalom a rejeté l’offre de cessez-le-feu et l’a considéré comme une combine malhonnête. Une source gouvernementale israélienne a déclaré que… le gouvernement de Qureia qui a prêté serment tôt ce jour, n’est "qu’un long bras d’Arafat".

Selon cette source, Israël n’établira pas de liens officiels avec le gouvernement Qureia, avant qu’il ne prouve par les faits ses intentions de combattre le terrorisme et de démanteler l’infrastructure du terrorisme».(38)






Et en 2005


Si nous examinons la presse simplement de la première semaine du second gouvernement Mahmoud Abbas en janvier 2005, il est facile de remarquer que le scenario de la Feuille de Route se répète presque au mot près.

Abbas a déclaré qu’il travaille à préparer un cessez-le-feu, et le jour de son élection, le 9 janvier, le Hamas a annoncé qu’il était ouvert à l’idée d’un cessez-le-feu.(39)
Mais déjà à la veille des élections, dans une rencontre avec Jimmy Carter, Sharon a dit clairement «qu’il n’y aura pas de progrès jusqu’à… ce que les organisations terroristes soient éliminées».(40)

Les porte paroles israéliens dans leurs interviews avec les medias internationaux ont répété leur message, qu‘Abbas doit déraciner ces organisations, et pas seulement obtenir un cessez-le-feu. En fait, la même demande a été explicitement faite dans le discours de Sharon au sommet de Sharm-el-Sheik : « Nous devons tous nous engager à ne pas accepter une solution temporaire… (mais) à démanteler l’infrastructure terroriste, à désarmer et à la mater une fois pour toutes».(41)


Déjà au cours de sa première semaine au pouvoir, les services de sécurité ont été « déçus » par Abbas : « Nous sommes de plus en plus inquiets par l’apparente décision d’utiliser les mêmes mesures anti terroristes que la dernière fois (en tant que premier ministre de l’Autorité Palestinienne) c’est-à-dire persuader les terroristes pour atteindre un accord avec eux », dit une source autorisée.(42)

Amos Harel, l’analyste spécialiste des affaires militaires du Ha’aretz répète au mot près ce qu’il a dit l’an dernier, à partir de documents des services de sécurité : « Au cours des dernières semaines, Jérusalem nourrit bien des attentes à propos de Mahmoud Abbas.
Les responsables ont été impressionnés par ses déclarations explicites dénonçant le terrorisme, le bon transfert du pouvoir après la mort d’Arafat, l’enterrement pacifique de l’ancien président, et la victoire de l’élection d’Abbas. Mais la fenêtre d’opportunité n’a pas été plus qu’un étroit entrebaîllement.

A supposer qu’Abbas prévoit d’obtenir un cessez-le-feu avec les groupes palestiniens d’opposition, il veut le faire à sa manière et avec le temps – à travers des conversations convaincantes et des accords sereins, sans rien d’agressif. L’ennui c’est qu’Israël n’a pas le temps d’attendre qu’il réussisse.(43)

Au cours de la semaine du sommet, ces voix de la déception ont disparu.
Elles se referont entendre quand Israël en aura assez de ce cessez-le-feu imposé par la force.

Les organisations palestiniennes ont réclamé qu’en réponse à leur cessez-le-feu, Israël s’engage aussi par exemple à arrêter les assassinats ciblés et les démolitions de maisons. Mais sur le terrain « l’IDF a recommencé ses incursions dans le territoire de l’Autorité Palestinienne, après un temps d’arrêt qu’il avait imposé en vue des élections dans les territoires.
Lors des opérations de capture de militants depuis les élections, deux hommes armés du Hamas ont été tués près de Ramallah».(44)

Dans le discours de Sharon au sommet de Sharm-el-sheik, il était clair qu’Israël participerait aussi à l’arrêt de ses opérations. Mais l’interprétation de cette déclaration est devenue claire le jour même du sommet : Israël veut seulement continuer ces opérations ciblées contre les « bombes à retardement » ou nécessaires pour empêcher des attaques terroristes.

« Les Forces Israéliennes d’Occupation continuent à ce stade d’opérer selon les instructions donné es il y a deux semaines par le Chef d’Etat Major, Moshe Ya’alon.

A ce moment là Ya’alon a donné l’ordre d’arrêter les actions offensives à Gaza et de les limiter en Cisjordanie aux actions nécessitées par le besoin urgent d’empêcher des attaques terroristes planifiées».(45)
Ainsi, exactement comme la dernière fois, le but de l’armée israélienne est de continuer à provoquer les cellules locales du Hamas jusqu’à ce qu’une autre attaque terroriste se libère de cette «restreinte temporairement imposée par la force.


Néanmoins, exactement comme ce qui avait suivi le sommet d’Aqaba, la majorité de la société israélienne est euphorique dans l’attente du changement et du calme.

Comme toujours, il y a une amnésie collective absolue.

C’est la fonction des medias de rappeler à leurs lecteurs l’histoire récente, l’origine des évènements , comment ils ont commencé et comment ils se sont terminés dans les périodes précédant la Feuille de Route. Mais les media israéliens ne font pas ça. A

ussi à la prochaine explosion, les Israéliens en seront de nouveau convaincus, ils auront tout essayé, mais les Palestiniens auront tout fait échouer


NOTES
(1) Aluf Benn, Ha'aretz, 7 décembre, 2004.
(2) Aluf Benn, Ha'aretz, 8 Février, 2005.
(3) Arnon Regular, Gideon Alon et Aluf Benn, Ha'aretz,30 April 2003
(4) Amos Harel, Ha'aretz, 30 April 2003
(5) Les deux évènements n’ont pas été relatés. Une declaration publiée par les Brigades Al Qassam ont assume la responsabilité de l’explosion de Tel Aviv en disant qu’elle avait été perpétrée pour venger l’assassinat de Ibrahim Almakadma par Israël, un membre important, dans la Bande de Gaza, deux mois auparavant. (Roni Singer et Amos Harel, Ha'aretz', 1er Mai).
(6) Aluf Benn et Arnon Regular, Ha'aretz', 1er Mai, 2003.
(7) Le document a été publié dans Ha'aretz le 1er Mai 2003, sous le titre : 'Elements of a performance-based road map to a permanent two-state solution to the Israëli-Palestinian conflict Draft Decembre 2002'. Toules les citations proviennent de cet article.
(8) Aluf Ben, Ha'aretz, 3 Mars 2002. Voir chapitre VII
(9) Amos Harel, Ha'aretz, 30 Avril 2004
(10)'Réserves sur la Feuille de Route d’Israël, Ha'aretz, 27 Mai 2003.
(11) ibid 'Réserves sur la Feuille de Route d’Israël, Ha'aretz, 27 Mai 2003
(12)Chris McGreal, The Guardian,23 Août 2003.
(13) Aluf Benn, Ha'aretz, 2 Mai 2003
(14) Arnon Regular, Ha'aretz,25 Mai 2003.
(15) Aluf Ben, Ha’aretz edition en Hébreu, 2 Juin 2003). Dans la version anglaise d’Ha'aretz, le rejet de Sharon d’un cessez-le-feu a été supprimé, et le titre annonçait seulement la volonté de Sharon d’évacuer les avant-postes.
(16) D’après le document de la Feuille de Route paru dans Ha'aretz, 1er Mai 2003
(17) Gideon Alon, Ha'aretz, 28 Mai 2004.
(18) Avraham Burg, Yideot Aharonot, 5 Juin 2003
(19) Arnon Regular, Ha'aretz, 3 Juin 2003
(20) Arnon Regular, Aluf Benn et Nathan Guttman, Ha'aretz, 26 Juin 2003
(21) Amos Harel et AP, Ha'aretz, 26 Juin 2003
(22) ibid [Arnon Regular, Aluf Benn et Nathan Guttman, Ha'aretz, 26 Juin 2003]
(23) ibid [[Arnon Regular, Aluf Benn et Nathan Guttman, Ha'aretz, 26 Juin 2003]
(24) Le texte de la declaration du cessez-le-feu palestinien peut être trouvé dans Ha'aretz du 30 Juin 2003
(25) Amos Harel, Ha'aretz, 28 Juillet 2004
(26) Cité ci-dessus : Aluf Benn, Ha'aretz, 2 Mai 2003
(27) Daniel Sobelman et Amos Harel,Ha'aretz, 30 Juin 2003
(28) Amos Harel, Ha’aretz, 15 Août 2003; Chris McGreal , The Guardian, 23 Août 2003
(29) Amos Harel, Ha'aretz, 15 Août 2003.
(30) Aluf Benn, Ha'aretz, 15 Août 2003. Voir également Amos Harel, Ha'aretz, 21 Août 2003.
(31) Aluf Benn, Ha'aretz, 15 Août 2003.
(32) Suzanne Goldenberg, The Guardian, 22 Août 2003. Voir également Ze'ev Schiff, Ha'aretz, 26 Août 2003.
(33) E.g. Inigo Gilmore, Telegraph. co.uk, 24 Août 2003. http://www.telegraph.co.uk/news/main.jhtml?xml=/news/2003/08/24/wmid24.xml
(34) Ze'ev Schiff, Ha'aretz, 26 Août 2003. Voir également, Amos Harel, Ha'aretz, 21 Août 2003.
(35) Chris McGreal, The Guardian, 22 Août 2003.
(36) Amos Harel et Daniel Sobelman, Ha'aretz, 26 Juin 2003
(37) Aluf Benn, Ha'aretz' 24 Août 2003
(38) Arnon Regular, Ha'aretz, 8 Octobre 2003
(39) Conal Urquhart, The Observer, 9 Janvier 2005. Selon ce rapport, l'annonce du Hamas "suit une escalade importante dans la campagne de tirs de missiles du Hamas sur des cibles israéliennes dans et autour de la bande de Gaza. Selon l'armée israélienne, les militants palestiniens ont tiré plus de 100 mortiers et roquettes depuis Gaza au cours des deux dernières semaines... l'escalade peut être vue comme une stratégie de négociation pour montrer à Israël et au gagnant attendu de l'élection d'aujourd'hui, Mahmoud Abbasmieux connu comme Abu Mazen, l'importance d'un cessez-le-feu du Hamas."
(40) Roni Shaked, Itamar Eichner et al, Yediot Aharonot, 7 Janvier 2005.
(41) Discours de Sharon, Ha'aretz, 9 Février 2005.
(42) Aluf Benn, Ha'aretz, 16 Janvier 2005
(43) Amos Harel, Ha'aretz, 14 Janvier 2005.
(44) Amos Harel, Ha'aretz, 14 Janvier 2005.
(45) Amos Har'el, Ha'aretz, 9 Février 2005

Source : http://electronicintifada.net/

Traduction : MG/CS pour ISM-France

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