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Palestine - ISM France

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Palestine -

D'étranges compagnons d'alcôve

Par

Lorsque l'actuelle Présidente israélienne Dalia Itzik (Pt. Moshe Katsav a été suspendu pour délits sexuels) a rencontré le Roi Abdullah II de Jordanie la semaine dernière, le roi lui aurait dit, ainsi qu'à la délégation qui l'accompagnait, tout ce qu'elle voulait entendre.

Selon les médias israéliens, le roi a déclaré aux officiels israéliens en visite que "nous sommes dans le même bateau, nous avons les mêmes problèmes et nous avons les mêmes ennemis."

Le quotidien israélien Haaretz a rapporté que le roi a réitéré ces commentaires plusieurs fois et a indiqué que "ceux qui participaient à la réunion" ont compris que les remarques se référaient à "l'Iran, au Hezbollah et au Hamas".

Le roi aurait également dit, à un certain moment : "Voulez-vous l'Iran sur les rives du Jourdain ?"

De façon plus significative, on dit qu'Abdullazh II aurait déclaré à la délégation israélienne que dans le Plan de Paix arabe, les clauses afférentes au Droit au Retour des réfugiés palestiniens devaient être comprises comme se référant à des "compensations", pas à un "rapatriement", et que "tout sera consensuel et que le Plan de Paix arabe n'était pas réellement un projet, mais simplement une base de discussion."

Après que l'ancien porte-parole de la Knesset Reuven Rivlin, qui faisait partie de la délégation, ait rappelé au roi que le Secrétaire de la Ligue arabe Amr Moussa s'était référé au plan comme à une offre "à prendre ou à laisser", le roi lui aurait répondu à Rivlin "laissez-le moi".

Il n'est pas complètement certain que le roi ait prononcé réellement ces mots comme les médias israéliens et, bien sûr, les officiels israéliens qui étaient dans la délégation disent qu'il l'a fait.

La presse jordanienne en général a évité le sujet et a fait peu de commentaires sur la rencontre du roi avec la délégation israélienne. Même les journalistes jordaniens qui travaillent pour les médias étrangers ont contourné les questions sensibles, craignant apparemment que le gouvernement les punisse. Les autorités jordaniennes avaient auparavant confisqué les bandes vidéo d'une interview avec l'ancien Prince Hassan de Jordanie qui comportait des critiques de l'Arabie Saoudite pour financement et armement des forces anti-Hezbollah au Liban.

Toutefois, le porte-parole du gouvernement Nasser Judeh a nié que le roi ait fait ces remarques pendant la réunion, suggérant au cours d'une interview à la télévision Al-Jazeera le samedi 21 avril que la presse israélienne, qui les a rapportées, n'était pas fiable et qu'il ne fallait pas la croire.

Evidemment, lorsque il a été interrogé par le journaliste d'Al-Jazeera, Bin Jiddo, si le roi avait dit à la délégation israélienne, qui comprend un certain nombre de chefs des colons extrémistes, comme par exemple Tzvi Hendel, que "nous avons les mêmes ennemis", Nasser Judeh a répondu : "Pensez-vous réellement que sa majesté le roi aurait pu dire une chose pareille ?"

Les remarques du roi ont attiré des réactions de colère dans les territoires palestiniens occupés, et à différents niveaux.

Le Hamas a demandé au gouvernement jordanien de clarifier les déclarations attribuées au roi sur le Droit au Retour et sur le fait que le Hamas serait un ennemi de la Jordanie.

"Nous, au Hamas, affirmons que le Droit au Retour est un droit sacré que personne n'est habilité à abandonner, en particulier lorsque les résolutions internationales le ratifient, accompagné de compensations", a dit le Mouvement lors d'un communiqué du 21 avril.

La déclaration ajoutait que "l'ennemi commun de tous les Arabes et les Musulmans était l'entité sioniste usurpatrice et colonialiste qui occupe notre terre et profane nos lieux saints."

L'organisation du Jihad Islamique, à travers son porte-parole Mohamed Al-Harrazin, a dit que "le Droit au Retour est un droit de l'homme légal et inaliénable sur lequel on ne peut pas transiger." Harrazin a ajouté que "de telles déclarations ne servent pas du tout la cause palestinienne mais plutôt les buts du régime sioniste et de ses alliés."

Même le Fatah, dirigé par le président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas, a dénoncé les remarques, disant que "personne ne peut décider au nom du peuple palestinien pour ce qui concerne le Droit au Retour", qui est, dit-il, "l'essence du problème palestinien".

Une réponse plus cinglante aux déclarations royales est venue de la rue palestinienne.

Abdul-Sattar Qassem, professeur de sciences politiques à l'Université An-Najah de Naplouse et ancien candidat à la présidence, a dit que les Palestiniens accordaient plus de crédit aux rapports de la presse hébreu sur les déclarations du roi qu'aux démentis des officiels jordaniens.

"Il est vrai que les Israéliens mentent énormément, mais les dirigeants arabes mentent encore plus, ils ont l'habitude de mentir à leurs populations, de les décevoir et de les tromper.

"Nous, masses arabes et musulmanes, savons parfaitement bien, et depuis des décennies, que vous [officiels jordaniens] et l'entité sioniste faites face à un ennemi commun et cet ennemi est la Mouvement Unitaire Arabe Islamique. Nous savons aussi que vous avez coordonné des efforts des services secrets contre tous les mouvements arabes et islamiques libres.

"Nous sommes votre ennemi commun, à vous et à Israël. Mais nous continuerons notre lutte pour l'unité de la Umma. Faites donc ce que vous voulez, tuez qui vous voulez tuer, car en fin de compte, vous ne récolterez que la défaite."

La sévérité de la réaction palestinienne aux remarques rapportées du roi jordanien reflète une détermination croissante à se cramponner au Droit au retour des Réfugiés comme droit primordial avec lequel ne faire aucun compromis, en particulier alors qu'Israël continue à voler plus de terre palestinienne et à construire des colonies exclusivement juives dans les territoires occupés.

De plus, les principaux partis politiques palestiniens, spécialement le Fatah, réalisent de plus en plus que des concessions sur le Droit au Retour seraient désastreuses pour les Palestiniens lors de pré-négociations. Elles permettraient à Israël de les "mettre à poil" sans aucune carte en échange, même avant le début de toutes négociations futures sur un statut final.

Il ne fait aucun doute que la direction jordanienne, c'est-à-dire le roi Abdullah II, est très inquiet sur les possibles ramifications et turbulences qui pourraient submerger la région, en particulier ses points les plus vulnérables, comme la Jordanie, si le conflit palestino-israélien devait traîner sans solution.

Evidemment, avec la possibilité que le bourbier irakien se répande jusqu'en Jordanie, et avec la très réelle possibilité que la Jordanie devienne un autre champ de bataille entre les partenaires américano-israélien et la coalition anti-israélienne (c'est-à-dire Al-Qaeda), le roi Abdullah ressent le besoin désespéré de faire des efforts concertés pour convaincre Israël d'accepter le Plan de Paix arabe.

De plus, le roi réalise que même si les citoyens palestiniens de Jordanie sont généralement "dormant" d'un point de vue politique, actuellement la continuité de "la stabilité du pays et du régime" n'est pas garantie.

Ill doit calculer que ce n'est qu'une question de temps avant que les jeunes jordano-palestiniens frustrés aient recours à la violence s'ils arrivent à la conclusion qu'Israël oblige, à force de menaces, les Palestiniens à se rendre et que tous les pourparlers de paix ne sont que des leurres.

D'où ses tentatives désespérées de faire accepter à Israël le Plan de Paix arabe.

Source : Al-Ahram

Traduction : MR pour ISM

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