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Grande Bretagne -

De la culpabilité à la responsabilité

Par

Conférence prononcée à Stockholm le 18 mars 2007

L’impossibilité d’être un ex-Israélien qui soit néanmoins un être humain aux tendances éthiques entraîne nécessairement un grave complexe de culpabilité.
Je fais allusion, ici, au cas évident de quelqu’un d’incapable de se sentir coupable des crimes commis en son nom par un de ses frères.

De la culpabilité à la responsabilité

Pourtant, force m’est bien de reconnaître que, si le remords peut parfois être charmant, tout au moins pendant un certain temps, c’est très loin d’être un état d’esprit productif, sur le long terme. Le remords est une entreprise autocentrée ; elle ne vise aucun changement.

Ce n’est que dans la seule culpabilité qu’il y ait quelque espoir d’un avenir meilleur. De fait, la seule manière de traduire la culpabilité en productivité, c’est de transformer le remords en responsabilité.

Tout du moins en ce qui me concerne, ma responsabilité est fondée, avant tout, sur la profonde reconnaissance du fait que, bien qu’entièrement à l’encontre de ma volonté, les actes étant posés par l’Etat juif, toute atrocité perpétrée par Israël est en réalité commise en mon propre nom et en mes lieu et place. Autrement dit, mon engagement envers la cause palestinienne découle de mon acceptation de ma propre responsabilité.

Même si le fait de crier "Pas en mon nom !" aurait pu contribuer à me racheter, moi, en tant qu’individu, cela ne changerait rien au sinistre fait que tout crime de guerre israélien est, de fait, perpétré au nom du peuple juif.

Ainsi, je n’ai jamais été partisan de l’appel "Pas en mon nom !".
A l’évidence, ce que je cherche, ce n’est pas mon propre salut, mais bien plutôt un saut qualitatif métaphysique dans la conscience. Par conséquent, la responsabilité, pour moi, c’est une forme d’intervention qui comble le gap inévitable entre l’acceptation silencieuse et l’engagement éthique. Ma responsabilité, c’est mon engagement à faire tout ce qu’il m’est possible de faire pour mettre un terme immédiat à la souffrance des Palestiniens.

A l’évidence, c’est un énorme défi que je me lance, ici, à moi-même. Sachant que mes armes sont mon saxophone et mon stylo, cela peut même sembler légèrement pathétique. Il est loisible de se demander s’il est possible d’abattre une superpuissance régionale dotée de l’arme atomique avec un saxophone soprano, ou même avec un stylo ?

Bien que je n’aie pas encore de réponse définitive à cette question, je suis prêt à admettre qu’au cours des sept années écoulées j’ai essayé de tenter le coup.


Pour moi, être responsable, cela signifie regarder en face les atrocités israéliennes, tout en me considérant moi-même au cœur du problème. Alors que, par le passé, je tendais peu ou prou à m’exclure du conflit, adoptant la position d’un scout détaché, je me surprends aujourd’hui à rechercher les réponses en moi-même, dans mon propre esprit, dans ma propre expérience ésotérique.

A la suite d’Otto Weininger, j’ai tendance à penser que les révélations de l’artiste sur le monde sont le résultat direct d’une certaine introspection. Toutefois, en procédant à cette introspection, j’ai manifestement constaté que, si je suis capable de dire certaines choses sur le conflit israélo-palestinien, je suis probablement incapable de dire grand-chose sur ses aspects politiques.

De manière générale, discuter du conflit israélo-palestinien est loin d’être quelque chose de facile. De plus, depuis quelque temps, cette tâche a tendance à devenir de moins en moins aisée.

En raison d’une intense pression imposée aux Palestiniens par Israël (avec l’entier soutien d’un Occident complice et obéissant), les Palestiniens sont poussés vers un état proche d’une guerre civile.

Conséquence : l’animosité en train d’émerger au sein de la société palestinienne (tant en Palestine que dans la diaspora palestinienne) rend très difficile de suggérer une quelconque contribution intellectuelle ou idéologique susceptible de faire référence à une résolution du conflit.

Désormais, la société palestinienne est officiellement divisée dans pratiquement tous les domaines.

S’ajoute, à cela, le fait que les Palestiniens peuvent même éprouver de la difficulté à se dire d’accord sur la notion de cause palestinienne.

Apparemment, beaucoup parmi nous, en Occident, se trouvent soutenir la cause palestinienne sans être effectivement capables de suggérer ce que peut bien représenter cette cause, encore aujourd’hui. Très souvent, nous nous surprenons à classifier des militants, sur la base de leur vision de la résolution du conflit.

Nous avons tendance à dire : "Celui-ci est O.K. : il est pour une solution à ‘Un seul Etat’ ; en revanche, celle-là, laisse tomber : c’est une sionarde, elle est partisane d’une "solution" à ‘deux Etats’ !" Autrement dit, nous identifions des affiliations politiques avec ce qui nous semble, à nous, la ‘véritable’ cause palestinienne.

Mais, en réalité, l’image que nous nous formons de la cause palestinienne dépend, en elle-même, de notre culture politique propre, de nos propres combats politiques, de nos affiliations et de notre style de vie personnels. Voilà qui a très peu à voir avec la Palestine et les Palestiniens, ni avec leurs besoins, tant présents que futurs.

Cette prise de conscience risque de mettre au défi la notion de solidarité, et elle implique la possibilité d’une certaine forme de critique concernant l’ensemble de la question de la responsabilité.

Par conséquent, je me suis, depuis peu, fait à l’idée que je dois être très prudent en matière de toute rhétorique ayant quelque chose à voir avec la Palestine. Par voie de conséquence, j’évite de parler au nom des Palestiniens.

De plus, étant un ex-Israélien, je ne me permets pas d’interférer dans le discours palestinien concernant une résolution du conflit.

Je suis entièrement convaincu que l’avenir de la Palestine est une affaire palestinienne intérieure. Le futur de la Palestine doit être déterminé par le peuple palestinien et par les Palestiniens eux-mêmes, et par personne d’autre.
Pourtant, je me sens plus que fondé à parler des atrocités en train d’être perpétrées en mon nom. C’est ici, en effet, que ma responsabilité entre en jeu.


Ma tâche n’est vraiment pas difficile à définir. J’aurais tendance à dire que si les crimes contre les Palestiniens sont bien commis par l’"Etat juif" au nom du peuple "juif", avant qu’une quelconque avancée soit possible, nous devons tout d’abord comprendre ce que signifie le mot "juif".

Autrement dit, ce que je tente de comprendre, c’est la judéité. Je m’efforce d’en étudier la métaphysique, le substrat historique et culturel, de comprendre de quelle manière les lobbies juifs sont en train d’opérer au sein de diverses organisations, institutions et systèmes d’hégémonie.

J’avance que, dès lors que c’est l’Etat juif qui est en train de terroriser les Palestiniens, nous devons absolument comprendre, une bonne fois pour toutes, ce qui se cache derrière cette notion de Judéité. Néanmoins, j’estime nécessaire de développer les différences existant entre les différentes catégories relatives au mot en « J ».


Résolument, j’opère un distinguo entre le judaïsme (la religion), les juifs (le peuple) et la judéité (l’idéologie). Je me refuse catégoriquement à faire référence aux juifs tout en esquivant la critique du judaïsme. Pour des raisons évidentes.

Tout d’abord, bien qu’Israël se considère comme l’"Etat juif", Israël est loin d’être l’Etat des Juifs. Beaucoup de juifs vivent en dehors d’Israël, et n’ont rien à voir avec Israël, ni avec les crimes israéliens.

Ensuite, ce n’est pas le judaïsme qui inflige cette douleur indicible aux Palestiniens, mais bien des gens qui adhèrent à une vision particulière, moderne et laïque, qualifiée de sionisme par d’aucuns.

Ainsi, c’est la judéité qui m’intéresse, en tant que tournure d’esprit, du point de vue idéologique, et en tant que cadre culturel. Ce qui m’intéresse, c’est le lien collectif qui confère au sionisme un bouclier humain non-négligeable. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui fait du sionisme mondial une vision du monde contemporaine de premier plan, et victorieuse.

Mais c’est précisément là où les réelles difficultés commencent. Bien que je me refuse fermement à faire référence à des catégories raciales ou ethniques, voilà qu’une énergie énorme est en train d’être mobilisée afin de m’empêcher – moi, et bien d’autres avec moi – de dire ce que nous nous sentons fondés à affirmer.

Des groupes de pression (politique) juifs, tant de gauche que de droite, tant sionistes qu’antisionistes, tant du côté des marxistes sectaires que de celui des colons fascistes livrent bataille afin de conserver la différenciation entre judaïsme, judéité et les juifs aussi floue que possible.

Puis-je suggérer l’idée qu’ils savent parfaitement ce qu’ils font : c’est en effet cette tactique qui leur permet de rejeter toute critique d’Israël et de ses lobbies, en la qualifiant d’agression raciste. Aussi longtemps que la démarcation entre judaïsme, juifs et judéité demeurera obscure, Israël sera à l’abri de toute critique.

En perpétuant cette tactique, les associations juives, tant de gauche que de droite, ont réussi à bloquer tout débat faisant réellement sens au sujet d’Israël, de l’Etat juif, de la Palestine, de la juiverie mondiale, du lobby israélien aux Etats-Unis, etc..

Toute discussion sérieuse est immédiatement exclue, au motif qu’il s’agirait d’une forme de racisme ou d’antisémitisme pur et simple. Il est, dès lors, de ma responsabilité de tenir bon et de résister.
Mon devoir, c’est de démontrer que la judéité est une idéologie ou, au minimum, un état d’esprit.

C’est une idée qui a rendu la Nakba possible, c’est une idéologie qui pérennise une politique d’épuration ethnique depuis soixante ans, c’est une intuition sui generis qui est capable de coexister sans problème avec un taux de sous-nutrition atteignant 80 % de la population dans la bande de Gaza.

Ce ne sont ni les juifs, ni le judaïsme, qui sont ici en cause, mais ce n’est pas non plus le sionisme. La judéité est, en réalité, un concept plus profond que ne l’est le simple sionisme. Comment sais-je qu’elle est plus profonde que le sionisme ?

Je le sais parce que je m’examine moi-même, et parce que je fais retour sur mon propre passé.
Je le sais parce que j’ai grandi en Israël, et parce que je peux dire qu’à l’époque où j’étais un jeune garçon, le mot sionisme était totalement étranger à mes oreilles. Mes potes et moi, nous étions des Israéliens, nous étions le peuple juif, nous n’étions pas des sionistes.

Le sionisme, c’était une expression étrangère et abstraite ; le sionisme, cela sentait la Galut (la diaspora). Nous étions juifs, et nos ennemis, c’étaient "les autres", qui que ces autres eussent bien pu être, à une époque déterminée : les Allemands, les Goyim, les antisémites, les Arabes en général et les Palestiniens en particulier, etc., etc..

Il est par conséquent de ma responsabilité de dénoncer la signification réelle de l’idée juive, dans toute son ampleur. Ma mission, c’est de comprendre l’essence de cette peur toute-puissante qui se love confortablement dans le giron de la psyché collective juive. Ma responsabilité, c’est de révéler les fourriers et les protagonistes de cette idéologie.

En tant qu’artiste, j’ai le devoir de m’examiner moi-même, et d’en retrouver l’origine en mon âme propre.

Si, effectivement, j’ai raison – si la judéité est donc bien une idéologie –, alors la judéité ne saurait tout simplement se situer, comme elle le fait, au-delà de toute critique.

Si je suis effectivement la bonne piste, mon devoir, en tant qu’intellectuel et en tant qu’artiste croyant en la liberté de l’esprit, consiste à faire observer que le discours palestinien est formaté vicieusement par une forme absurde de politiquement correct bloquant tout discours sensé et fertile.

Je saisirai cette opportunité unique pour mentionner, également, que j’en ai par-dessus la tête de m’entendre dire : "Gilad, toi, tu peux tout dire – n’es-tu pas juif ?".

C’est justement là quelque chose que je n’accepte pas. Rien, dans mon appartenance ethnique ou biologique ne devrait me valoir une quelconque autorisation spéciale.

Je dois tout aussi bien reconnaître que je ne me suis jamais entendu dire à un ami musulman, ou arabe : "Tu peux le dire ; n’es-tu pas musulman ?" ou : "Tu peux bien le dire ; n’es-tu pas Arabe ?"

Je ne me souviens pas non plus avoir jamais entendu quiconque suggérer à quelqu’un d’autre : "Tu peux le dire, tu es protestant, Irlandais, Noir, etc.".

Il est notable que l’Etat juif et ses fans aient réussi à positionner leur pays chouchou dans une position éminemment privilégiée et précieuse, car très au-delà de toute critique. Ma responsabilité, c’est de dénoncer le caractère totalement fallacieux de cette tactique.

Je pense que nous ne pourrons former le moindre espoir pour la Palestine tant que nous n’aurons pas appris à parler librement, tant que nous ne nous serons pas autorisés à ouvrir le débat. Je me permets même d’ajouter que je suis sincèrement persuadé qu’une telle initiative sera bénéfique pour les sionistes et les Israéliens eux-mêmes

Les Israéliens et ceux qui les soutiennent se placent eux-mêmes dans une sorte d’abri artificiel et coupé de toute réalité. Ils se sont entourés de murs de sécurité et ils ont réussi à bloquer tous les canaux de la critique.

Etant dans un état de cécité totale, les Israéliens n’ont pas remarqué qu’ils sont devenus l’incarnation du mal contemporain.
Plus que quiconque d’autre, ce sont l’Etat d’Israël et les Israéliens, qui ont besoin qu’on les réveille. Immédiatement.

Source : http://peacepalestine.blogspot.com/

Traduction : Marcel Charbonnier

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