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Palestine - ISM France

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Palestine -

Débattre de la Palestine : Représentation, Résistance et Libération

Par

Le docteur Rabab Ibrahim Abdulhadi est conseillère politique à Al-Shabaka, Le Réseau de politique palestinienne. Elle est professeur agrégé d'études ethniques à la San Francisco State University. Elle est également chercheur en Ethnicités arabes et musulmanes et Initiative des diasporas à la faculté d'études ethniques de l'Université.


Les Palestiniens débattent de multiples questions reliées entre elles, dont celles de la représentation, de la stratégie ou des stratégies à adopter pour la libération, de la nature du futur Etat et de notre relation avec les révolutions arabes, entre autres. Certaines de ces questions sont débattues dans les articles politiques de Al-Shabaka, comme ceux de Noura Erakat (1), Jamil Hilal (2) et Haidar Eid (3) et j'aimerais poursuivre la discussion à travers un examen critique de notre propre histoire récente.

Débattre de la Palestine : Représentation, Résistance et Libération

Pour commencer, aucun groupe n'a jamais représenté l'entièreté du peuple palestinien. Cependant, les groupes qui constituent l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), avec le Hamas et le Jihad Islamique, sont très proches d'une représentation de la majorité des Palestiniens. S'il est vrai que le nombre de Palestiniens non affiliés aux groupes originaux de l'OLP a augmenté après l'effondrement de l'URSS (pour la gauche palestinienne) et après les Accords d'Oslo (pour le Fatah et ses alliés), nous pouvons encore détecter leur affinité pour certaines écoles de pensée dans la société palestinienne.

Qui parle alors pour les Palestiniens ? Et devons-nous abandonner l'OLP ? La réponse, courte, est : non. Parce que l'OLP et l'Autorité palestinienne (AP) ne sont pas une seule et même entité, en dépit des efforts de l'AP de brouiller les lignes entre les deux - une recherche compréhensible étant donné que la crédibilité de l'OLP persiste, même à son point le plus faible, et l'emporte, et de loin, sur celle de l'AP.

Nous devons exiger, comme le dit Noura Erekat (1), que "la direction politique du peuple palestinien reste au sein de la structure de l'OLP." Ceci ne signifie pas que nous acceptions le statu quo d'une OLP rabougrie, un tampon en caoutchouc édenté qui légitime les structures coloniales, ce à quoi les architectes d'Oslo l'ont réduite. Nous devons plutôt lutter pour restaurer l'esprit originel de la résistance anticolonialiste que ce mouvement de libération a porté pendant tant de décennies et qui en a fait le "seul représentant légitime" de notre peuple à travers les sacrifices des Palestiniens, en particulier ceux qui vivent sous le régime colonial israélien et dans les camps de réfugiés dans les pays arabes. Ce fut une réussite capitale à laquelle nous ne devons pas renoncer aussi facilement.

Pas plus que nous ne devons exclure les efforts pour forger un gouvernement d'unité nationale après une réconciliation entre le Fatah et le Hamas. Plus important, nous devons soutenir les tentatives visant à réunir toutes les factions palestiniennes sur deux bases :
1) le respect de la multiplicité de la pensée idéologique et politique (c'est-à-dire que personne n'a le monopole de la vérité),
2) le principe de la représentation proportionnelle tant au Conseil législatif palestinien (CLP) qu'au Conseil national palestinien (CNP).

Je ne suggère pas que c'est une tâche facile. Toutefois, il me semble que l'enregistrement des Palestiniens et la tenue des élections du CNP, lui-même institution de l'OLP, peut ne pas garantir la représentation des Palestiniens marginalisés dans les camps de réfugiés du Liban, de Syrie et de Jordanie, et encore moins les Palestiniens de Cisjordanie , de Gaza ou des territoires de 1948, c'est-à-dire ceux qui sont restés dans ce qui est devenu Israël. Lorsque nous pensons à la totalité du peuple palestinien, nous ne pouvons plus nous permettre d'imaginer des solutions ou des stratégies bricolées pour un segment et ignorer les autres. Je ne m'attends pas à ce que l'actuelle direction palestinienne accepte une telle proposition car elle réduirait considérablement son champ d'influence et saperait sérieusement le cadre d'Oslo d'où elle tire son pouvoir actuel. Cependant, si nous voulons sérieusement une stratégie de libération, nous devons penser à des initiatives créatives. Nous avons besoin d'une formule qui fasse la distinction entre l'OLP en tant que mouvement de libération et l'AP, gouvernement d'une zone minuscule entravé par le cadre colonial d'Oslo. Une stratégie palestinienne de résistance fut conçue à la fin des années 1960, lorsque les groupes de la guérilla palestinienne se sont emparés de l'OLP. Cette stratégie n'a jamais été complètement mise en œuvre, en particulier à cause de l'impact négatif des pétrodollars sur le mouvement palestinien qui a conduit certains groupes, le plus grand en particulier, le Fatah, à se présenter comme la "Suisse" du monde arabe en adoptant une position de neutralité envers les mouvements arabes de libération ainsi qu'envers les régimes qui les ont écrasés. Comme nous l'a enseigné notre propre expérience, une position neutre ne fait que reproduire le statu quo et revient à être complice avec les régimes oppresseurs.

Je ne dis pas que la vieille stratégie est parfaite. Loin s'en faut : la lutte armée n'est pas la seule manière de libérer la Palestine ni aucun autre pays/peuple. La résistance au colonialisme de peuplement est légitime (y compris selon les normes des Nations Unies) et est à certains moments le seul recours des impuissants sur qui les conditions de la bataille sont souvent imposées. Cependant, il existe aujourd'hui de nombreuses autres stratégies de résistance anticolonialiste, allant de la plus essentielle, qui consiste simplement à ne pas bouger et à refuser de quitter sa terre, sa maison ou sa tente, pour transformer chaque démarche israélienne visant à éradiquer la présence palestinienne en Palestine en une entreprise coûteuse d'un point de vue matériel et immatériel, y compris le coût croissant d'une défaite de relations publiques.

L'appel de 2005 de la société civile à la communauté internationale d'adopter le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) comme stratégie non violente de résistance est souvent interprétée à tort comme une condamnation de la résistance palestinienne armée, ou un désaveu de ceux qui ont sacrifié leurs vies dans la lutte. Ce dont nous avons besoin, c'est d'une vision globale qui ne tombe pas dans les pièges sionistes en classant les méthodes de résistance et les modes de désengagement vis-à-vis des colonisateurs de notre terre et de notre peuple.

La combinaison de plusieurs stratégies de résistance, au lieu de les poser en termes dichotomiques, fut un facteur majeur qui a contribué à la victoire du mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud. C'est une leçon importante que nous pouvons tirer des luttes de libération, sud-africaine et autres.

Je voudrais aussi noter qu'une stratégie de résistance est liée mais n'est pas identique à une stratégie de libération. Ici encore, je reviens à notre histoire et aux façons dont le mouvement palestinien dans les années 1960 a été imaginé à l'époque par les Palestiniens et leurs alliés comme une révolution contre toutes les formes d'oppression qui ne privilégiait pas la libération de la terre sur celle du peuple, et qui ne se présentait pas comme exceptionnelle, plus opprimée ou plus digne de la liberté et de la justice que d'autres mouvements/peuples. Je reconnais qu'il y a des souvenirs différents du mouvement. Néanmoins, la communauté imaginée (pour emprunter le concept d'Anderson) à l'époque était un mouvement d'inclusion basé sur un sens indivisible de justice pour tous. Nous devons restaurer ce sens de l'indivisibilité de la justice et combattre les tendances qui présentent la Palestine comme un cas exceptionnel de souffrance et de libération. Cela implique de s'engager dans des débats sérieux sur la manière d'élargir l'espace pour une multiplicité de points de vue et d'idéologies, ce qui ne sera pas facile à réaliser à cause des intérêts et des relations dans lesquels les gens sont soit intégrés soit impliqués (sur l'axe d'inégalités structurelles fondées sur la classe, la race, le genre, la sexualité, l'âge, la capacité, etc.). Ceci n'est évidemment pas une liste exhaustive ou inclusive des questions à discuter et à débattre.

Il nous faudra réviser la charte palestinienne, non pas pour en réduire son contenu révolutionnaire historique et sa position anticolonialiste (comme cela est arrivé à la charte post-Oslo) mais pour modifier la définition de qui vivra sur ces terres et quelle sorte d'Etat sera la Palestine. La charte originelle prônait un "Etat démocratique et laïque en Palestine" et définissait le Palestinien comme étant celui dont le père (ou la mère) est palestinien. Ceci soulève deux questions, le contenu de ce que signifie "être Palestinien" et la nature de la future Palestine. Que signifie être palestinien aujourd'hui ? Etre palestinien inclut-il ou non les juifs palestiniens arabes ? Ceci s'applique aux juifs antisionistes qui se considèrent comme Palestiniens et ne s'identifient pas avec Israël ou à son colonialisme de peuplement - des gens comme Uri Davis, qui est maintenant membre du Conseil révolutionnaire du Fatah et qui m'a posé cette question au milieu des années 1980 : "Je suis né en 1943 mais ma sœur est née après 1948. Cela voudrait-il dire que je peux rester mais qu'elle doit partir ?" En remontant à nouveau au modèle sud-africain, la Charte vieille de 100 ans du Congrès National Africain, a basé la citoyenneté sur "une personne, une voix" et non pas "une personne noire, un vote." En d'autres termes, la politique identitaire n'est pas la ligne de conduite de la citoyenneté mais l'engagement au principe de l'indivisibilité de la justice.

Insister sur le fait que la future Palestine serait un "Etat démocratique et laïque" n'impliquait pas le soutien au fondamentalisme laïque qu'on peut faire remonter à l'Europe des Lumières. Au contraire, une Palestine libérée était plutôt envisagée comme une alternative d'inclusion à la stratégie d'exclusion du sionisme. Aujourd'hui, nous devons investir le travail intellectuel nécessaire pour trouver comment ne pas reproduire l'Etat sioniste dans notre propre vision, mais de le rendre accueillant à toutes les diversités religieuses et spirituelles, y compris celles qui ont des systèmes de croyance matérialiste non religieuse.

Enfin, une question qui a été longuement débattue à l'époque a une grande résonance aujourd'hui : la relation entre la libération de la Palestine et la libération arabe. La gauche palestinienne avait l'habitude d'affirmer que le chemin vers la libération de la Palestine devait passer par les capitales (libérées). Le Front populaire de libération de la Palestine, qui avait initialement inventé ce concept, l'a grandement sous-estimé plus tard, en particulier pendant l'Intifada de 1987. Aujourd'hui, compte tenu des révolutions arabes et de la place centrale qu'occupe la Palestine dans les programmes des groupes qui ont la vision la plus radicale pour une transformation sociale, la question n'est pas seulement opportune, elle est pertinente et nécessaire. Quelles relations devrait avoir la stratégie de libération de la Palestine avec les directions et les bases populaires des révolutions arabes ? Considérons-nous les révolutions comme des groupes d'affinité dont les victoires sont nôtres et qui doivent être soutenus sur la base de l'indivisibilité de la justice, et pas seulement sur la base de ce qu'ils peuvent faire pour nous ?


(1) "Au-delà des négociations stériles : à la recherche de dirigeants porteurs d'une stratégie", Noura Erekat, ISM-France, 05.02.2012
(2) "Achieving a Palestinian spring", Ali Abunimah, Rana Barakat, Beshara Doumani, Toufic Haddad, Jamil Hilal, Hani al-Masri, Mezna Qato, Will Youmans, Al-Shabaka, 01.08.2011 (en anglais)
(3) "Déclarer l'indépendance d'un bantoustan", Haidar Eid, ISM-France, 01.05.2011

Source : Al Shabaka

Traduction : MR pour ISM

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