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USA -

Définition de la démocratie

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La version originale de cet article est paru pour la première fois le 21 mai 2002 dans le San Francisco IMC

Pour certains, il semble suffire qu’Israël ait un système électoral, et que les Arabes aient le droit de voter (quoique le fait que ce droit ne soit pas protégé de manière équitable est évidemment un autre problème).
Aucune importance si voter pour un candidat qui conteste la nature spéciale de l’Etat juif est impossible, car de tels candidats ne peuvent ni se présenter ni être élus.
Cela ne suffit pas pour douter de cette démocratie.

Le dictionnaire Webster du Nouveau Monde définit la démocratie, parmi d’autres choses, comme "le principe de l’égalité des droits, des chances et du traitement , ou l’application de ce principe". Gardez cela à l’esprit, nous y reviendrons bientôt.

Imaginez maintenant que les Etats-Unis abolissent la constitution ou peut-être n’en ait jamais eu. Pas de garantie des droits de la défense. Aucune garantie des droits tels que le droit d’expression, ou de réunion.

Et imaginez que le Congrès passe une loi déclarant que, à partir de maintenant, les USA se définiraient légalement comme une nation chrétienne.
En tant que tels, les chrétiens recevraient des privilèges particuliers pour l’emploi, les prêts bancaires, et la propriété. De plus, les candidats aux élections qui épousent certaines croyances--particulièrement ceux qui clament que nous devrions être une nation avec des droits égaux pour tous, et non une "nation chrétienne" -- n’auraient plus le droit d’être élus.

Et imaginez que le mois prochain, de nouvelles lois soient passées qui interdiraient à certains groupes ethniques et religieux d’acquérir des terres dans certaines parties du pays, et empêcheraient les membres des minorités ethniques d’accéder à certains emplois, ou de vivre dans certaines localités.

Et imaginez qu’en réponse à des menaces perçues sur la sécurité intérieure de notre nation, de nouvelles lois passent aisément à l’Assemblée et au Sénat, permettant la torture à l’encontre de ceux qui sont suspects de subversion.
Cela, en plus d’autres lois permettant la détention de tels suspects pendant de longues périodes sans procès ou même de charge formelle formulée contre eux .


Dans un tel scénario, est ce que quelqu'un qui connaîtrait la langue française, avec la définition ci-dessus à l'esprit, oserait suggérer que nous aurions raison de nous appeler une démocratie ?

Bien sûr que non : et cependant ce terme est répété à l'envi pour décrire Israël--comme "la seule démocratie du Nouvel Orient".

Cela en dépit du fait que ladite nation n’a pas de constitution.

Cela en dépit du fait que ladite nation est définie comme l’État du peuple juif , accordant des droits et des privilèges spéciaux à quiconque au monde est juif et désire vivre là, devant et avant les habitants arabes qui y vivent depuis longtemps.

Cela en dépit du fait que les non-juifs subissent des restrictions en ce qui concerne la quantité de terres qu’ils peuvent acquérir , et où.

Cela en dépit du fait que même la Court Suprême Israélienne a reconnu que la torture était utilisée contre des gens suspects de « terrorisme » et d’autres « ennemis » de l’État juif .

Pour certains, il semble suffire qu’Israël ait un système électoral, et que les Arabes aient le droit de voter (quoique le fait que ce droit ne soit pas protégé de manière équitable est évidemment un autre problème).
Aucune importance si voter pour un candidat qui conteste la nature spéciale de l’Etat juif est impossible, car de tels candidats ne peuvent ni se présenter ni être élus.
Cela ne suffit pas pour douter de cette démocratie.

Mais bien sûr, l’Union Soviétique aussi avait des élections, en quelque sorte. Et dans ces élections, la plupart des gens pouvaient voter, quoique les candidats qui appelaient à la fin du système communiste étaient interdits de candidature. Les électeurs pouvaient choisir parmi des communistes.
En Israël, les électeurs peuvent choisir parmi des sionistes.
Dans le premier cas, nous appelons une telle liberté tronquée un régime autoritaire.
Dans le deuxième cas, nous appelons cela de la démocratie.

S’il n’était pas déjà évident que la langue est morte--il n’y a qu’à voir les stupidités des novlangues modernes du monde des affaires telles que "gérer son potentiel humain", ou "libérer des énergies"--cela devrait en apporter la preuve. Si ce que nous voyons en Israël est bien de la démocratie , alors, à quoi ressemble le fascisme ?

Je suis désolé, mais j’en ai fini. En tant que Juif --écoutez-moi bien--j’en ai fini. Et si mes mots semblent trop durs, c’est tant pis.
Parce que ce n’est rien à côté des choses écœurantes prononcées par des leaders israéliens au fil des ans.
Comme Menachem Begin, ancien Premier Ministre, qui a déclaré à la Knesset en 1982 que les Palestiniens étaient "des bêtes à deux jambes".
Ou l’ancien P.M.Ehud Barak, qui a offert une forme de déshumanisation plus précise quand il fit référence aux Palestiniens comme des "crocodiles".


Et à propos de Barak, et cela confirme la mort des mots, on devrait examiner son article du New-York Times du 14 avril .Il y disait avec force que la démocratie en Israël devrait être « maintenue » (hum), tant que l’Etat juif était d’accord pour construire des barrières de sécurité pour se séparer des Palestiniens, et les garder à leur place .

Appelant ce processus « désengagement unilatéral », Barak déclarait que limiter l’accès d’Israël aux Arabes était la clef pour maintenir une majorité juive, et ainsi la nature juive de l’Etat. Que toute définition du dictionnaire contredise la nature juive de l’État ne compte sans doute aucunement .

Barak est même allé jusqu’à dire qu’en l’absence d’une telle barrière de sécurité, Israël pourrait en fait devenir un pays pratiquant l’Apartheid.
Rendez-vous compte : à moins qu’ils ne mettent une séparation, ils pourraient devenir un pays pratiquant l’apartheid !

L’ironie de cette phrase est presque parfaite, et, encore une fois, démontre que les mots ne veulent plus rien dire. Ce ne sont que des sons qui émanent de notre gorge et sont accompagnés par la respiration et parfois des postillons. Ils ne veulent rien dire . Choisissez votre propre définition.

J’ai noté avec intérêt qu’au milieu des mensonges, certains éléments de l’essai de Barak étaient étonnement honnêtes : beaucoup plus honnêtes, en fait, que lorsqu’il était Premier Ministre et fit à Arafat cette soit-disant « offre généreuse » dont on entend sans cesse parler .

Vous savez, celle qui aurait permis le maintien de la plupart des colonies juives dans les territoires, et aurait restreint l’Etat palestinien aux pires terres , sans accès à l’eau, et coupé par de nombreux check points étouffoirs par la sécurité israélienne.
Oui, celle-là.
Celle qui a été décrite de manière variée (sans jamais en reconnaître l’inconsistance) comme ayant offert aux Palestiniens soit 93%, ou est-ce 95%, ou peut-être 98%, ou encore 98%, de la Cisjordanie et de Gaza.

Eh bien dans son article du NY Times, Barak fini par dire la vérité, reconnaissant qu’Israël érigerait les barrières de façon à incorporer au moins un quart des territoires dans Israël, pour y inclure les colonies. Alors non pas 93%, ou 96%, ou 98%, mais au mieux 75% , et toujours sur les pires terres .

De plus, les barrières couperaient Jérusalem en deux, et restreindraient l’accès des Arabes à leurs lieux saints, coup direct aux musulmans qui réclament un accès égal à celui accordé à leurs « frères » descendants d’Abraham.

Personne ne devrait s’étonner du fait que cette idée venait tout droit de Barak .Et le fait qu’une telle "solution" signifierait la perte définitive pour les Palestiniens de toutes leurs terres d’avant Israël, sauf 17% , ne frappera probablement que peu des membres de l’élite médiatique ou politique américaine comme étant terriblement injuste.

Nous continuerons d’entendre parler de l’intransigeance des Arabes, et de leur manque de bonne volonté pour accepter ces "offres généreuses", qui ne peuvent être considérées comme généreuses que par des gens qui sont devenus si insensibles à la souffrance humaine que leurs âmes même sont en danger .

Ou par ceux qui n’ont jamais consulté un dictionnaire. Car encore une fois, on y définit généreux comme : "prêt à donner ou partager; altruiste ; grand ; ample ; fertile". Dans un tel monde, où les mots ont perdu tout sens, nous ferions aussi bien de brûler tous les dictionnaires.

L’obscurcissement linguistique va parfois au delà des simples mots, et commence à englober des phrases entières. Un exemple classique est la déclaration souvent répétée que « les Juifs devraient pouvoir vivre n’importe où dans le monde, et dire le contraire est soutenir l’anti-sémitisme. » Ainsi, demande-t-on, pourquoi les Juifs ne pourraient-ils pas s’installer en Cisjordanie , à Gaza et à Jérusalem-Est ?

Évidemment, celui qui prononce de telles paroles doit en savoir l’absurdité auparavant. Après tout, le droit de vivre où l’on veut n’a jamais inclut le droit de vivre dans la maison de quelqu’un d’autre, après l’avoir prise par la force ou la ruse .

Cela n’inclut pas non plus le droit de s’installer dans des territoires conquis et occupés dans un conflit armé : en effet, les lois internationales interdisent expressément une telle chose .

Et de plus, ceux qui insistent sur le droit des Juifs de vivre exactement où ils le veulent, refusent par définition ce même droit aux Palestiniens, qui ne peuvent pas vivre à l’endroit où ils le désirent, ni même dans les maisons qui étaient les leurs autrefois.

Inutile de rappeler que beaucoup de Palestiniens aimeraient vivre à l’intérieur des frontières israéliennes d’avant 1948, et avoir le droit de retour pour ce faire. Mais n’attendez pas, de ceux qui exigent le droit pour des Juifs de planter leurs piquets et leurs jalons n’importe où, qu’ils offrent le même droit aux Arabes.

Et ils sont nombreux parmi ceux qui clament avec insistance que la Jordanie est « l’État palestinien », et qu’ainsi les Palestiniens seraient parfaitement heureux d’y vivre. Puisque les Palestiniens sont sémites, on pourrait logiquement appeler cette attitude "anti-sémite" --vu comment cela limite le droit des Sémites de vivre où ils le souhaitent--, mais, étant donné la métamorphose du terme « anti-sémitisme » en quelque chose qui ne peut que s’appliquer à la haine des Juifs, on pourrait penser que cet usage semblerait bizarre à beaucoup de gens.

Les bouffonneries rhétoriques s’étendent même au monde des statistiques. Pour preuve la pleine page de publicité dans le New-York Times par la Conférence des Présidents des Grandes Organisations Juives Américaines, le même jour que l’article de Barak .

Dans celle-ci, ces supposés porte-paroles du Judaïsme américain déclaraient leur soutien inconditionnel pour Israël, et prétendaient que les 450 morts israéliens causés par le terrorisme depuis le début de la seconde Intifada équivaudraient à 21 000 morts du terrorisme aux USA, en comparant les pourcentages de la population totale de chaque pays .

Jouant sur les peurs et l’indignation causés par les évènements du 11 Septembre, l’intention était très claire : rejouer encore une fois le 11 septembre dans l’esprit des américains, mais avec sept fois plus de victimes ! Une brillante idée, en vérité .

Mais bien sûr, l’honnêteté--qui semble être fort peu présente ces jours-ci, et manquant totalement de la rhétorique de la Conférence des Présidents--exigerait que l’on fasse remarquer que le nombre de Palestiniens non-combattants (c.a.d. civils), morts des mains d’Israël pendant la même période est beaucoup plus élevé (environ 2 800 à l’heure actuelle. NdT), et serait à peu près équivalant à plus de 21 000 américains, si l’on compare les populations respectives.

Pour être honnête jusqu’au bout, il faudrait remarquer que les quelques 900 Palestiniens massacrés avec le soutien israélien dans les camps de Sabra et Chatila équivaudraient à plus de 40 000 américains. Pour aller plus loin, les 17 500 arabes tués en gros par Israël pendant cette invasion seraient à peu près équivalant à plus de 800 000 américains aujourd’hui, la taille de nombreuses grandes villes.

Dans le dictionnaire de telles choses pourraient être définies comme : terrorisme. Mais, souvenez-vous, les mots n’ont plus de sens .

Rappelant étrangement Adolf Hitler, Ariel Sharon a déclaré un jour : "un mensonge doit être essayé là où il attirera l’attention du monde". Et c’est ce qui s’est passé : dans tous les médias et le monde politique américain, sur CNN à travers le personnage de Benjamin Netanyahu, et dans les pages du New-York Times.

Et aussi dans mon école hébraïque, où on nous enseignait que les Juifs devaient être "une lumière pour toutes les nations", au lieu de cette faible ampoule, de cette veilleuse vacillante, cette étincelle à peine visible, dont l’éclat suffit seulement à rendre visible l’agonie des aspects les plus nobles de la tradition juive.

A moins que nous, qui sommes Juifs, insistions pour revenir à un langage honnête et à la fin du détournement de notre culture et de notre foi par des fous, des racistes et des menteurs, je crains que cette lumière ne s’éteigne pour toujours.

Source : http://sf.indymedia.org/news/

Traduction : JLM

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