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Palestine - ISM France

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Palestine occupée -

Des accords d’Oslo au régime d’Oslo, aux Marches du Retour en Palestine – 1ère partie

Par

W. Atallah est membre de l’association des Palestiniens en France Al Jalyia

08.01.2020 - Quand l’administration américaine prend la décision stratégique d’imposer Jérusalem–Al Qods capitale de l’entité coloniale Israël, il est important de comprendre le processus qui a conduit à cette dernière. Il s’agit en l’occurrence des accords d’Oslo signés en septembre 1993 entre les représentants de l’Etat d’Israël et les représentants de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et de ses conséquences sur le peuple palestinien.

Des accords d’Oslo au régime d’Oslo, aux Marches du Retour en Palestine – 1ère partie

Aujourd’hui, 27 ans après leurs signatures, beaucoup déclarent que ces accords sont dépassés et qu’ils ne sont plus d’actualité. Le fait est qu’ils sont toujours appliqués à tous les niveaux dont la continuité des institutions mises en place ainsi que la collaboration sécuritaire avec l’occupant ainsi que la collaboration économique, et ce sont les Palestiniens qui les subissent au jour le jour. Ces accords sont le cœur du régime d’occupation.

Il est important de revenir sur ces accords car ils ont conduit à la mise en place d’un régime et de comprendre aussi la suite qu’Israël est ses alliés veulent mettre en place.

Ces accords arrivent à la fin de la résistance armée palestinienne au Liban en 1989 (accords de Taëf), à la fin de la première Intifada (décembre 1987 à fin 1992) et de l’après guerre contre L’Irak en 1991 qui a vu la victoire des Américains et de leurs alliés dont la France. L’OLP est alors affaiblie militairement et financièrement et isolée politiquement sur la scène régionale et internationale parce qu’elle avait soutenue l’Irak.

La volonté de l’impérialisme américain est de contrôler encore plus le Moyen Orient, imposer un nouvel ordre mondial et leur solution au conflit entre leur allié Israélien d’un côté et les Palestiniens de l’autre et en instituant une normalisation entre l’Etat d’Israël et les pays arabes. La volonté américaine et israélienne d’arriver à un accord avec les Palestiniens fait directement suite à la 1ère Intifada (soulèvement) des Palestiniens dans les territoires occupés en 1967 (Gaza, CisJordanie et Jérusalem-Est), qui a mobilisé pendant 5 ans l’armée d’occupation sioniste. L’intifada qui était pacifique au début, entrait dans une phase de résistance armée.

Depuis l’occupation d’une partie de la Palestine en 1947/1948, la résistance armée en Jordanie dans les années 1960 et ensuite au Liban, l’entité sioniste et son allié principal se rendent à l’évidence qu’il faut trouver un accord avec les Palestiniens. L’Intifada et la résistance palestinienne ont rendu incontournables les revendications nationales palestiniennes.

Si le cadre politique d’une solution négociée n’a jamais varié pour les Américains et les sionistes, ces derniers sont partagés sur la méthode. Le Likoud avec Begin, Shamir et Sharon à sa tête, sont partisans de continuer l’occupation avec la manière forte. Les Travaillistes s’inscrivent dans la continuité du plan de colonisation Allon, qui, partant de l’implantation de colonies de peuplement de la vallée du Jourdain, veulent encercler les villes et localités palestiniennes afin de les asphyxier au niveau sécuritaire, économique et social pour contraindre les Palestiniens à partir.

Sur le plan politique, le fondement de toute solution négociée pour les USA et leur allié est basé sur la négation des droits des Palestiniens en tant que peuple et donc nier leur droit à une quelconque souveraineté sur une partie, si minime soit elle du territoire de la Palestine historique de la mer au Jourdain. Une autonomie est tout juste tolérée. C’est la vision que propose William B. Quandt, professeur émérite en science politique de l’université de Virginie. Il fut membre du Conseil de Sécurité Nationale des Etats-Unis sous les administrations Nixon et Carter, il prit une part active aux accords de Camp David et au traité de paix israélo-égyptien.

Les Palestiniens dans leur ensemble avec l’OLP, nous dit Quandt, avaient des positions considérées comme “ irrédentiques (1)” dans un rapport, Building for peace (construire la paix), servant de base intellectuelle à l’administration Bush. Ceci, parce qu’ils n’avaient pas modéré leur revendication relative à l’établissement d’un Etat démocratique, sur l’ensemble de la Palestine. Pour les Administrations américaines, cette position était inacceptable, parce que cela veut dire le démantèlement de l’Etat d’Israël, qui est leur plus sûr allié dans la région. Le paragraphe qui suit (extrait de la charte nationale palestinienne de 1968), est celui dont l’abrogation sera demandée par Israël et les Etats-Unis, Yasser Arafat déclarera la charte “caduque” en 1989 lors d’une visite historique en France.

Article 22 : Le sionisme est un mouvement politique lié de façon organique à un impérialisme international et antagoniste à toute action pour la libération et à tout mouvement progressiste dans le monde.
Le sionisme est raciste et fanatique dans sa nature, agressif, expansionniste, colonial dans ses buts, et fasciste dans ses méthodes.
Israël est l'instrument du mouvement sioniste, et la base géographique de l'impérialisme mondial placée stratégiquement au sein du foyer arabe pour combattre les espoirs de libération, d'unité, et de progrès de la nation arabe. Israël est une source constante de menaces vis-à-vis de la paix au Moyen Orient et dans le monde entier.
Puisque la libération de la Palestine détruira le sionisme et la présence impérialiste et contribuera à l'établissement de la paix dans le Moyen Orient, le peuple palestinien demande l'aide de toutes les forces progressistes et tournées vers la paix et les enjoint, hors de toute affiliation et croyances, à offrir leur aide et leur soutien au peuple palestinien dans sa lutte pour la libération de sa patrie.


William Quandt nous explique pourquoi à l’époque, l’administration Bush avait retenue “l’option de l’intérieur”, après “l’option jordanienne”, qui devait rattacher les Territoires occupés à la Jordanie (sans demander l’avis des Palestiniens). Le 31 juillet 1988, le roi Hussein de Jordanie déclare que ces mêmes Territoires ne dépendent plus de sa juridiction administrative. A ce moment, l’OLP prend le relais et convoque son Conseil National au mois de novembre 1988 à Alger et déclare l’indépendance le 15 du même mois. Aussi, c’est lors de ce dernier que les organisations membres reconnaissent toutes les résolutions de l’ONU concernant le conflit, dont la n°181 (du 29 novembre 1947) sur le partage de la Palestine en deux Etats, ce qui de fait donne reconnaissance à Israël. L’OLP reconnaît aussi les résolutions 242 et 338 et implicitement les territoires de 67 comme étant ses frontières.

L’option de l’intérieur, ce sont des élections à Gaza et en Cisjordanie , avec la participation de personnalités palestiniennes “très modérés”. Les USA et Israël voulaient supplanter l’OLP, qui était jugée trop près de sa base.

Lors de la conférence de Madrid en 1991, les E-U et Israël ont écarté dès le début l’OLP, l’Europe, l’ONU et la Russie. Mais ils ont très vite compris que la délégation palestinienne, qui devait être composée seulement de leurs fameuses “personnalités de l’intérieur”, prenait ses instructions chez Arafat. L’OLP et Arafat étaient incontournables.

L’entrée de l’Etat d’Israël dans les négociations

Dan Segre (2) (universitaire israélien), en 1990, analysait le contexte politique israélien dans ses rapports avec les Palestiniens. Il se disait : mais pourquoi Israël qui bénéficie toujours de l’appui stratégique américain (les arabes ont perdu le soutien soviétique), alors que des pays africains et Est européen renouent diplomatiquement avec Israël (sans rien demander en échange), alors qu’Israël écrase l’Intifada et que l’immigration massive des juifs soviétiques commence à renverser la balance démographique entre les Palestiniens et les Israéliens, dans ces conditions pourquoi Israël changerait-elle sa politique de dinosaure ? Il nous dit : “ Seule une stupidité institutionnelle peut faire croire … que, en cette fin du XXème siècle, une nation peut contrôler de manière permanente une nation qui refuse ce contrôle, ceci malgré une armée surpuissante ” et il poursuit : “Plus l’intifada dure, plus les blessures infligées au tissu démocratique de l’Etat israélien seront profondes, plus le fossé entre la diaspora juive et la communauté internationale sera large”. De plus, disait-il : “Israël recherche une légitimité auprès des pays arabes, pour en finir avec son statut d’exclu (au niveau politique, économique etc...).

Il déclare aussi : “L’actuelle tendance à l’hostilité grandissante de la communauté européenne à l’égard d’Israël, en raison du traitement des Palestiniens dans les zones occupées, représente un danger très sérieux pour la sécurité de l’Etat hébreu, et ce, pour deux raisons principales. La première est qu’Israël vend 40% de ses exportations aux pays de la CEE ; en conséquence, des sanctions économiques européennes seraient sévères et politiquement efficaces ”. La deuxième raison est la pression religieuse internationale concernant la question de Jérusalem, qui n’est pas de bon augure pour Israël. Mais les Israéliens avaient besoin de Yasser Arafat comme symbole afin de faire accepter aux Palestiniens un éventuel accord qui deviendra « les accords d’Oslo ».

Aussi, cet accord devait permettre une future normalisation des relations entre l’Etat d’Israël et les Etats arabes, thèse défendue par Shimon Pérès, l’un des artisans de l’accord d’Oslo. Il souhaitait créer un « marché commun entre les pays arabes voisins et Israël » au profit de ce dernier sur le modèle de l’Union Européenne.

Le cheminement politique de l’OLP et son entrée dans les négociations

Sa puissance militaire étant amoindrie au Liban en 1982 après l’invasion du Liban par Israël puis en 1990 après l’accord de Taëf et la première guerre du Golfe en 1991, il fallait reprendre l’initiative. Pour Arafat, il fallait donc s’imposer de nouveau sur la scène politique internationale.

Mais la fin de la guerre du Liban et la première guerre du Golfe n’explique pas et n’excuse certainement pas, comme l’affirment certains, l’aboutissement des accords d’Oslo. L’acceptation de ces derniers par la direction de l’OLP n’est pas un jeu de dupes, comme le prétendent certains, ou le fruit d’un rapport de force en faveur des sionistes. Les mouvements de libération en Algérie ou au Vietnam ont résisté malgré un rapport de force beaucoup plus important.

L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) est créée le 28 mai 1964, à l'initiative de la Ligue des Etats arabes, à la suite du premier Sommet arabe organisé par Nasser au Caire du 13 au 17 janvier 1964.

La ligue des Etats arabes veut canaliser la colère et les revendications des Palestiniens. L’OLP apparaît donc 16 ans après la création de l’Etat colonial en 1948, après la Nakba (catastrophe) qui a vu la spoliation du peuple palestinien de sa terre et son expulsion.

Suite à la débâcle des armées arabes en 1967, les diverses organisations de fedayin (ceux qui se sacrifient), dont le Fatah créé en 1959, puis le Front populaire de Libération de la Palestine créé en 1967, font leur entrée au sein de l’OLP en juillet 1968. Le Front Démocratique de Libération de la Palestine et d’autres suivront en 1969…

Le mouvement de libération de la Palestine au sein de l’OLP se transforme en guérilla. Yasser Arafat la dirigera de 1969 jusqu’à sa mort, le 11 novembre 2004.

Après la Nakba de 1948, les combattants palestiniens ou fedayin luttaient pour la libération de la partie de la Palestine occupée par l’Etat colonial en 1948. La Cisjordanie , Gaza et Jérusalem-Est ne seront occupées qu’en juin 1967 pendant la guerre des « six jours » qui verra aussi l’occupation de la péninsule du Sinaï (Egypte) et le plateau du Golan (Syrie).

Dans les années 60, le mouvement de résistance palestinien se développe en Palestine puis en Jordanie où en 1968, la bataille de Karameh renforce les rangs de la résistance qui mènera des milliers d’opérations contre l’Etat d’Israël. A tel point que son allié les USA mènera une offensive diplomatique par l’intermédiaire de son secrétaire d’Etat aux affaires étrangères – William Rogers – afin d’imposer l’accord du même nom en décembre 1969 aux pays limitrophes de la Palestine occupée pour empêcher les actions (cessez-le-feu) de ces mêmes Etats (surtout l’Egypte) ou des fédayins palestiniens contre l’Etat d’Israël.

L’Egypte et Israël signent un cessez-le-feu en juin 1970 ; le roi Hussein de Jordanie accepte immédiatement l’accord et demande aux organisations palestiniennes d’arrêter leurs opérations contre Israël. Ces dernières refusent et le FPLP détourne des avions de la compagnie PANAM afin de protester contre l’accord américain Rogers.

Le roi Hussein, allié des USA et d’Israël, entreprend alors la liquidation de la résistance palestinienne en Jordanie en septembre 1970, qui fut appelé en raison de l’ampleur des massacres des fédayins et de la population civile palestinienne « Septembre Noir ».

Septembre Noir a été la première tentative de liquidation de la résistance palestinienne après la Nakba de 1948.

Suite à cet épisode tragique, la résistance palestinienne se replie au Liban.

Sur le plan politique, dès 1973, le Front Démocratique pour la libération de la Palestine fait de nouvelles propositions. le secrétaire général du FDLP, Nayef Hawatmeh, dans un discours tenu à l’université arabe de Beyrouth le 6 décembre 1973, déclare : « Dans la lutte sous toutes ses formes, et les armes à la main, pour affirmer la présence indépendante de notre peuple sur toute la partie de sa terre dont les forces israéliennes se retireraient, que ce soit par la force, la menace de la force ou par un règlement imposé par les forces agissantes dans la région » (…) « Nous ne permettrons le retour d’aucune terre palestinienne au roi Hussein, ni l’annexion par Israël ; il faut édifier un pouvoir national palestinien indépendant ».

Implicitement, Hawatmeh désigne la Cisjordanie et Gaza et précise qu’il n’est pas question de reconnaître Israël et que l’objectif stratégique reste l’État démocratique.

Mais, lors du 12e Conseil National Palestinien (Le Caire, juin 1974), le courant (entre autre Fatah et FDLP) souhaitant un règlement permettant l’édification d’un pouvoir national en Cisjordanie -Gaza l’emporte sur celui (entre autre FPLP) qui s’en tient à la Charte.

Le Conseil National Palestinien adopte un programme en 10 points. Le texte refuse la résolution 242 de l’ONU « qui ignore les droits nationaux de notre peuple ». « L’OLP emploiera tous les moyens, et en premier lieu la lutte armée, pour libérer le territoire palestinien et établir l’Autorité indépendante, nationale et combattante pour notre peuple sur toute partie du territoire palestinien qui sera libéré ».

Pour la première fois, l’OLP se fixe un objectif transitoire qui ouvre la porte à une future reconnaissance de l’Etat d’Israël.

Cette évolution ouvre peu de temps après à la reconnaissance par le sommet arabe de Rabat (octobre 1974) de l’OLP comme « seul et légitime représentant du peuple palestinien », affirmant aussi que le peuple palestinien a le droit d’établir « un pouvoir national indépendant sous la direction de l’OLP [...] sur tout territoire palestinien libéré ».

En novembre 1974, l’Assemblée générale de l’ONU adopte la résolution 3236 reconnaissant les « droits inaliénables du peuple palestinien, y compris le droit à l’autodétermination sans ingérence extérieure et le droit à l’indépendance et à la souveraineté nationale ».

La reconnaissance par l’OLP de l’Etat d’Israël est implicitement renouvelée lors du 16ème CNP (Alger, février 1983), en acceptant le plan arabe de Fès de 1982 qui stipule dans son article 7 : « le Conseil de sécurité garantit la paix entre tous les États de la région, y compris l’État palestinien indépendant ».

La reconnaissance indirecte de l’Etat d’Israël interviendra le 15 novembre 1988 lors du 19ème CNP (Alger) où est déclarée l’indépendance de la Palestine : « Terre des messages divins révélés à l’humanité, la Palestine est le pays natal du Peuple arabe palestinien. C’est là qu’il a grandi, qu’il s’est développé et s’est épanoui. Son existence nationale et humaine s’y est affirmée dans une relation organique ininterrompue et inaltérée entre le peuple, la terre et son histoire. Continuellement enraciné dans son espace, le peuple arabe palestinien a forgé son identité nationale [...] » (…) « le CNP, au nom de Dieu et du peuple arabe palestinien, proclame l’établissement de l’État de Palestine sur notre terre palestinienne, avec pour capitale Jérusalem » (…) « l’État de Palestine est un État arabe, indissociable de la nation arabe ».

Puis l’OLP, reconnaît que la résolution n°181 sur le partage de la Palestine 1947 « assure aujourd’hui encore les conditions de légitimité internationale qui garantissent également le droit du peuple arabe palestinien à la souveraineté et à l’indépendance ». Il faut préciser que les organisations palestiniennes de gauche dont le FPLP, le FDLP et le parti communiste palestinien approuvent aussi ces décisions.

L’OLP ne reconnaît pas encore officiellement l’Etat d’Israël, mais le droit à l’existence de ce dernier est juridiquement reconnu tandis que « l’État de Palestine affirme également qu’il croit au règlement des conflits régionaux et internationaux par des moyens pacifiques, conformément à la Charte et aux résolutions des Nations-Unies. Il condamne la menace de l’usage de la force, de la violence et du terrorisme, de même qu’il rejette leur utilisation contre son intégrité territoriale ou celle d’autres États ».

Lors du même CNP, l’OLP affirme qu’elle participera à une éventuelle conférence internationale « qui doit être convoquée sur la base des résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité, et des droits nationaux inaliénables du peuple palestinien [...] et en accord avec les résolutions de l’ONU relatives à la question de Palestine ».

Puis « réaffirme la nécessité d’assurer le retrait d’Israël de tous les territoires palestiniens et arabes occupés depuis 1967, y compris la partie arabe de Jérusalem ».
(Source : Jean-François Legrain, La Palestine : de la terre perdue à la reconquête du territoire - texte intégral).

Mais à la demande des États-Unis, Yasser Arafat précise dans une conférence de presse tenue le 14 décembre 1988, qu’il reconnaît à Israël le droit à exister, réitère la reconnaissance de la résolution 242 et le renoncement au terrorisme.

Dorénavant, l’OLP met en avant « la terre contre la paix » dans le cadre du partage de 1947.

Ainsi c’est par une lente évolution que l’OLP abandonnera les principes de sa charte nationale et reconnaîtra finalement l’Etat d’Israël en 1993 en préambule de l’accord d’Oslo-1 puis Oslo-2 en 1995.

L’Olp est passée de la légitimité de ses principes révolutionnaires et de sa résistance armée à la légitimation de la spoliation de sa terre et de ses droits par le droit international et finalement à servir de bouclier collaborateur en défense de l’Etat colonial Israël contre la résistance populaire de son peuple.

Pourquoi l’OLP a finalement abandonné sa charte et donné des concessions à son ennemi malgré sa présence armée au Liban et au moment où la première Intifada (soulèvement populaire) était en cours en Palestine occupée, ce qui constituait un rapport de force évident sur la scène régionale et international ?

Quels sont les mécanismes qui ont conduit à ces concessions ?

Plusieurs facteurs ont conduits à cette situation :

* Soutiens et pressions des Etats Arabes et au niveau International :
Depuis le partage de la Palestine en novembre 1947 et l’apparition de la résistance palestinienne, cette dernière est sujette aux courants de pensées dans le monde arabe et au niveau international. Elle est tour à tour influencée ou dominée par ces derniers par l’intermédiaire de tel ou tel Etat qui finance telle ou telle organisation.

Dans les années 1950 et 1960, c’est le courant du nationalisme arabe qui domine et qui sous l’impulsion de Jamal Abdel Nasser (président de l’Egypte) et de la ligue des Etats arabes, va créer l’Organisation de Libération de la Palestine.

Dès ce moment, l’OLP et les organisations palestiniennes qui la composeront dès 1968 seront sujettes aux tentatives d’influence, de contrôle et de corruption d’Etats arabes qui pour certains prétendent à commander le monde arabo musulman et qui de fait sont en concurrence sur le plan régional. Les organisations palestiniennes payeront souvent cette concurrence ou seront parfois actrices de cette confrontation. Le peuple palestinien payera souvent le prix du sang de cette situation.

Ainsi, l’Egypte, la Syrie, l’Arabie Saoudite, l’Irak ou la Lybie sont en concurrence sur le plan régional et chacun essaye de gagner et contrôler la carte palestinienne.

Au niveau international, l’URSS, l’un des premiers à avoir reconnu Israël lors du partage de 1947, veut aussi par le financement et l’armement, contrôler le mouvement palestinien afin de peser dans sa concurrence avec les USA et l’Europe et donc de pouvoir organiser une conférence internationale pour le règlement du conflit sur la base du plan de partage en faveur de la solution à deux Etats. La Chine de Mao soutiendra aussi les organisations afin d’avoir une influence internationale et son mot à dire.

Mais la constante au Moyen Orient et qu’Israël avec l’aide de ses alliés (USA, Europe), mènera constamment ses attaques contre l’OLP et les organisations palestiniennes afin de les affaiblir et la Jordanie, le « garde-frontière » d’Israël qui a perpétré les massacres de Septembre Noir, est toujours l’un des alliés indéfectibles de l’Etat colonial et est tout à fait opposé à la résistance palestinienne.

Aujourd’hui, pratiquement les mêmes Etats continuent ce même jeu avec plus ou moins d’influence comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte, le Koweït, l’Algérie, le Soudan, le Liban…

Mais aussi avec de nouveaux acteurs qui ont pris de l’importance comme le Qatar, la Turquie ou l’Iran, chacun avec des orientations politiques différentes parfois antagonistes.

Il faut préciser que globalement les Etats cités plus haut sont pour une solution à deux Etats et certains d’influencer les acteurs palestiniens plus que d’autres surtout en termes de corruption en vue d’une normalisation politique, sécuritaire et économique avec Israël. On le constate aujourd’hui clairement avec la Jordanie, l’Egypte, l’Arabie Saoudite, le Qatar, les Emirats Arabes Unis, Oman. La Turquie ayant reconnue Israël depuis 1949, a tissé des liens politiques, sécuritaires et économiques depuis des dizaines d’années et est membre de l’OTAN avec Israël qui y est rattaché.

Il est clair que ce jeu politique et la corruption ont indéniablement, et irrémédiablement modifié les principes de l’OLP ou ceux des organisations palestiniennes qui en sont membres et ont donc donné par un certain jeu d’alliance avec les alliés d’Israël ou avec celui-ci directement, les garanties nécessaires pour sa reconnaissance, sa pérennité et pour l’écrasement définitif de la résistance palestinienne dans la région.

Les assassinats ciblés et l’emprisonnement des leaders palestiniens ont fait le reste.

* Le rôle de la bourgeoisie palestinienne :

Historiquement en Palestine il y a au sein de la société palestinienne les féodaux, la grande bourgeoisie marchande (ports de Jaffa – Haïfa, Aka, Gaza), la petite bourgeoisie commerçante et les petits paysans.

Ces différents groupes sociaux se sont plus ou moins engagés dans le mouvement de libération depuis le début de l’implication des forces impérialistes France et Angleterre dans le partage de la région – Accords Sykes Picot 1916 – Déclaration Balfour et occupation de la Palestine en 1917 par la Grande Bretagne.

Sbeih Sbeih, chercheur palestinien, explique dans sa thèse « La professionnalisation des ONG en Palestine : Entre pression des bailleurs de fonds et logique d’engagement » que les Britanniques encouragent la création d’institutions non représentatives du peuple palestinien (avec des représentants des familles féodales palestiniennes) comme le poste de Grand mufti de Palestine ou du Conseil supérieur islamique qui servent à diviser la classe dirigeante palestinienne et à fournir un contrepoint au mouvement national palestinien mais sans leur accorder de véritables pouvoirs d’Etat.

L’après Nakba de 1948, verra la faillite d’une partie de cette bourgeoisie à cause de la spoliation par l’entité sioniste de ses biens ou l’éparpillement d’une autre partie au sein du monde arabe et au niveau international. Cette dernière partie se recomposera et se renforcera et verra l’apparition d’une grande bourgeoisie palestinienne au Moyen Orient et ailleurs.

Aussi, la création de l’OLP en 1964 verra l’apparition d’une classe d’opportunistes palestiniens qui tirera ses profits des revenus de l’OLP ou de ses organisations, ce qui là aussi ouvrira la porte à la corruption politique.

Tarik Dana, autre chercheur palestinien, nous éclaire aussi sur le rôle de la bourgeoisie palestinienne dans son article « Les capitalistes palestiniens qui sont allés trop loin ».

«Aperçu du capital palestinien

La présence des hommes d’affaires palestiniens dans la sphère politique est antérieure à la création de l’Organisation de libération de la Palestine. Après la fondation de celle-ci, les capitalistes palestiniens ont joué une variété de rôles dans le mouvement de libération nationale. Certaines factions de l’OLP, et particulièrement le Fatah, ont considéré la classe capitaliste palestinienne comme une « bourgeoisie nationale » et à ce titre, comme une partie indispensable au combat anticolonial, et elles ont en conséquence fonctionné avec elle.

À l’époque, l’engagement des capitalistes palestiniens avec l’OLP consistait à financer, tenir des postes de direction à l’OLP, et assurer une médiation politique. Par exemple, les hommes d’affaires palestiniens ont arbitré entre la direction de l’OLP et le régime jordanien au moment de Septembre Noir, et entre la direction de l’OLP et l’administration américaine dans les années quatre-vingt. Beaucoup étaient aussi des philanthropes qui soutenaient des projets caritatifs, éducatifs et socio-économiques.

Depuis Oslo, et particulièrement dans ces dernières années, l’influence des capitalistes palestiniens dans le territoire occupé s’est renforcée d’une façon sans précédent. Ils peuvent être divisés en trois groupes principaux :

- les capitalistes « rapatriés », composés de la bourgeoisie palestinienne qui a émergé dans les pays arabes, spécialement dans les États du Golfe, de même qu’en Amérique du Nord et en Europe. Beaucoup de ces hommes d’affaires ont eu des liens très étroits avec l’Autorité palestinienne naissante ;
- les capitalistes locaux, composés de deux grands sous-groupes : les grands propriétaires terriens qui, historiquement, jouissaient d’une influence politique et sociale considérable sur les structures sociales ; et les intermédiaires locaux qui accumulaient les profits en se faisant sous-traitants des sociétés israéliennes après l’occupation de 1967 ;
- les nouveaux riches, qui ont acquis une fortune dans une époque plus récente et qui en particulier ont profité du processus d’Oslo de diverses façons, comme on le verra ci-après.
»

Il est évident que cette nouvelle classe bourgeoise allait globalement tenir un rôle de plus en plus important dans le processus de décision politique et conduire à une normalisation des relations avec l’économie de l’occupant israélien ou avec celle de ses alliés au niveau régional et international.

C’est ainsi que le processus conduisant aux accords d’Oslo avec « l’occupant israélien » était engagé avec la vision de certains dirigeants israéliens comme Shimon Pérès voulant la création d’un nouveau « marché commun pour le Moyen Orient »

* Les accords d’Oslo 1 et 2 (dits de Taba)

Les accords d’Oslo sont dans la continuité du plan pour l’autonomie restreinte « élections des conseils des villes et villages palestiniens » en 1976. De 1967 à 1977, les Travaillistes Israéliens ont érigé 86 colonies dans le cadre du fameux plan Allon cité plus haut. Ils avaient imaginés à l’époque un cadre minimum d’administration « autonome » des territoires occupés en 1967. En 1976, ils organisent des élections afin d’élire des maires à leurs ordres. L’OLP refuse ces élections, appelle au boycott de ces dernières et soutient des maires approuvant l’OLP comme Bassam el-Shaka’a (il aura les jambes amputés) seront victimes d’attentats perpétrés par une organisation de colons israéliens refusant tout accord avec les Palestiniens.

De 1977 à 1984, le Likoud et Sharon à leur tête ont créé 115 colonies en Cisjordanie , Gaza et autour de Jérusalem. Durant la première Intifada, de 1987 à 1993, le rythme de la colonisation s'est accru.

En 1984, le nombre de colons est de 44.000. En juin 1992, quand les travaillistes reviennent au pouvoir, (…) le nombre de colons en Cisjordanie passe de 112.000 en 1992 à 150.000 en 1995, tandis que les colonies de Jérusalem-Est comptent 170.000 habitants juifs.
(Source : https://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/israel-comprendre-la-colonisation-des-territoires-occupes_921945.html)

C’est dans ce contexte que sont signés les accords dits « d’Oslo » le 13 septembre 1993 à Washington.

Suite à des discussions secrètes tenues à Oslo, Israël et l’OLP déclarent leur reconnaissance réciproque et leurs engagements dans des lettres datées du 9 septembre 1993, signées et échangées entre le premier ministre israélien et le président de l’OLP.

La lettre de Yasser Arafat
9 septembre 1993
Monsieur le Premier ministre,
La signature de la déclaration de principe marque une nouvelle ère dans l’histoire du Proche-Orient. Avec cette ferme conviction. Je voudrais confirmer les engagements suivants de l’OLP :
— L’OLP reconnaît le droit de l’Etat d’Israël à vivre en paix et dans la sécurité.
— L’OLP accepte les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité des Nations unies.
— L’OLP est engagée par le processus de paix au Proche-Orient et par une solution pacifique du conflit entre les deux parties et déclare que toutes les questions en suspens liées au statut permanent seront résolues par des négociations.
— L’OLP considère que la signature de la déclaration de principe constitue un événement historique, inaugurant une ère nouvelle de coexistence pacifique, sans violence ni actions qui mettraient en danger la paix et la stabilité. En conséquence, I’OLP renonce à l’usage du terrorisme et de tout acte de violence et exercera ses responsabilités sur tous les membres et personnels de l’OLP afin de garantir leur acceptation, de prévenir les violations et de sanctionner les contrevenants.
— Dans la perspective d’une ère nouvelle et de la signature de la déclaration de principe, et du fait de l’acceptation par les Palestiniens des résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité, l’OLP affirme que les articles de la Charte palestinienne qui nient à Israël le droit à l’existence et les dispositions de la Charte qui contredisent les engagements de cette lettre sont désormais inopérants et sans validité. En conséquence, I’OLP soumettra à l’approbation formelle du Conseil national palestinien les modifications qui doivent être apportées à la Charte palestinienne.
Sincèrement,
Yasser Arafat, président de l’Organisation de libération de la Palestine.

La lettre de Yitzhak Rabin
9 septembre 1993
Monsieur le Président,
En réponse à votre lettre du 9 septembre 1993, je souhaite vous confirmer qu’à la lumière des engagements de l’OLP qui y figurent, le gouvernement d’Israël a décidé de reconnaître l’OLP comme le représentant du peuple palestinien et d’ouvrir des négociations avec l’OLP dans le cadre du processus de paix au Proche-Orient.
Yitzhak Rabin, Premier ministre d’Israël.


Puis vint la « déclaration de principes sur des arrangements intérimaires d’autonomie », signée à Washington le 13 septembre 1993 qui précise le cadre général des négociations et pose les bases d’un régime d’autonomie palestinienne en Cisjordanie et à Gaza. Elle sera complétée le 4 mai 1994 par « l’accord de Jéricho-Gaza » - dit « accord du Caire » ou « accord Oslo I » qui investit l’autorité palestinienne de pouvoirs limités.

Un dernier accord (Oslo II) est négocié à Taba en Egypte, puis signé au Caire le 27 août 1995 puis de nouveau le 28 septembre 1995 à Washington. Il s’agit de « l’accord intérimaire israélo-palestinien sur la Cisjordanie et la bande de Gaza » qui remplace tous les précédents textes, implique un découpage négocié des territoires palestiniens en trois zones où les contrôles israélien et palestinien s’appliquent de façon différente. Cet article prend comme référence cet accord. Source : Les clés du Moyen Orient - Un cahier spécial sur le Proche-Orient (Version française du service d’information de l’ambassade d’Israël à Paris)

La population palestinienne dans la Palestine historique ou dans la diaspora n’a pas été consultée afin de donner son avis sur cet accord.

Les Palestiniens des territoires occupés en 1948 et ceux en exil (la moitié du peuple palestinien - environ 5 millions à l’époque), ne sont pas concernés par l’application de l’accord.

* L’administration des territoires occupés en 1967 avant les accords d’Oslo :

De la domination ottomane à l'occupation britannique, de l'occupation jordanienne à la tutelle exercée par l'Egypte, et enfin avec l’occupation israélienne, "les Palestiniens ont toujours été considérés comme une simple annexe d'un pôle économique situé ailleurs". Les ressources naturelles sont maigres. La principale richesse des Territoires occupés demeure l'agriculture et la possibilité, dans la vallée du Jourdain, de pratiquer des cultures de contre-saison.

A la veille de la guerre de 1967 et après 19 ans de rupture de la société palestinienne globale, la Cisjordanie se caractérisait par une infrastructure économique très faible. Cette situation était le résultat d'une politique imposée par le régime hachémite de Jordanie qui occupait la Cisjordanie à l'époque. Ce régime avait toujours favorisé l'implantation des entreprises en Jordanie, ce qui y a attiré les mains d'œuvres et les capitaux des Palestiniens de la Cisjordanie .

A l'issue de la guerre de 1967, Israël a œuvré à l'isolement total de la Cisjordanie du reste des pays arabes et a imposé un ensemble de lois et d’ordonnances militaires visant à assurer son hégémonie politico-économique sur la région (il y en eut 1.300 pour la Cisjordanie et 1.000 pour la bande de Gaza). La domination économique a pris une double forme : la destruction et l'intégration. La destruction peut être observée dans l'expropriation des terres, l'installation des colonies de peuplement et le contrôle des ressources en eau. L’intégration s’est faite par la récupération des marchés existants et par l’utilisation d’une main d’œuvre palestinienne sous payée. Enfin notons que la force militaire israélienne a toujours été l'instrument principal pour l'application de cette politique économique.
(Voir annexe « Ordonnances Militaires » ci-dessous)

Les termes de l’accord :

L’autorité palestinienne : structures et compétences


Tout d’abord, les accords (article III) mettent en place un conseil qui aura un pouvoir législatif et exécutif avec pour référant une loi fondamentale palestinienne « sur l’Autorité intérimaire palestinienne autonome » mais dont les règles « ne seront pas contraires aux dispositions du présent accord ». Le cadre général étant rappelé dans le préambule : « Réaffirmant leur engagement mutuel à agir, conformément au présent Accord, immédiatement, efficacement et utilement contre les actes ou menaces de terrorisme, de violence ou d’incitation à la violence, qu’ils soient perpétrés par des Palestiniens ou par des Israéliens ; »

Comme il est rappelé dans l’article 1 – premier paragraphe 1, c’est Israël qui transfère certains pouvoirs : « 1. Israël transférera les pouvoirs et responsabilités, comme spécifié dans le présent Accord, du Gouvernement militaire israélien et de son Administration civile au Conseil, conformément au présent Accord. Israël continuera à exercer les pouvoirs et responsabilités qui n’auront pas été transférés. »


2ème partie de ce document : http://www.ism-france.org/analyses/Des-accords-d-Oslo-au-regime-d-Oslo-aux-Marches-du-Retour-en-Palestine-2eme-partie--article-21034

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