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Etats-Unis -

Des brindilles et des faisceaux

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La partition des centres urbains étasuniens de façon tranchée entre un cœur des villes noir et une périphérie blanche est relativement récente. La prolifération des maisons individuelles en série que l’on regagne après un travail effectué dans des centres urbains date de l’après-guerre, celle de 1939-1945. William Levitt a inventé la maisonnette à un étage, construite en masse, qu’il destinait, louées ou vendues, aux soldats revenus du front. Les GI’s bénéficiaient de prêts à taux d’intérêt avantageux.

Des brindilles et des faisceaux

Vue aérienne de Levittown (Hempstead Plains, Etat de New-York), novembre 1947
La politique de l’État fédéral consistait à favoriser l’accession à la propriété pour la classe moyenne et celle des cadres, exclusivement blanche à cette époque. Elle a mis en place une institution financière, la Federal Housing Administration (FHA) dont elle garantissait les engagements de crédit et qui a lancé la promotion de la maison individuelle, pièce maîtresse du « rêve américain» qui devait contraster avec la sévérité fruste des logements collectifs à la soviétique.

Depuis les années quatre-vingt dix s’est dessiné un contre-flux migratoire, les blancs aisés ont réinvesti les centres des villes quand les banlieues se sont noircies pour un tiers de leur population.

Levitt a exporté son modèle en France. Le premier quartier résidentiel "Levittown" hexagonal est sorti de terre dans les Yvelines au Mesnil-Saint-Denis au cours de la décennie 1970-1980, bien avant l’essor des lotissements Kaufman & Broad.

Les Levittown ont projeté un nouveau mode de vie dans les pays industrialisés.
D’abord, s’est construit un nouveau paysage urbain, étendu jusqu’aux campagnes. Celles–ci se sont rétractées sous l’effet de la disparition à marche forcée de la paysannerie et de leur urbanisation. Concentration de la propriété agraire en même temps que se bétonnait une surface de plus en plus importante de terre cultivable allouée aux cités dortoirs horizontales.

Les travailleurs urbains, de moins en moins ouvriers et de plus en plus dédiés au tertiaire, ont choisi un habitat individuel, leur catégorie s’est individualisée, atomisée en même temps que le temps du trajet pour se rendre à leur lieu de travail salarié s’est allongé et que leur fatigue s’accroissait. Tributaires des transports en commun et/ou de leur voiture individuelle coincée dans les bouchons d’autoroute, ils ont livré leur cerveau rendu disponible aux injonctions consuméristes délivrées par leur écran de télévision.

Pour acquérir maison et devenir « propriétaires », il se sont endettés au profit des banques et des organismes prêteurs de l’immobilier garantis par l’État. Ils y ont perdu le sentiment d’appartenir à une classe sociale qui devait abolir justement les classes pour au mieux se perdre dans la défense d’intérêts corporatistes qui a perpétué la division sociale.
Le système capitaliste y a gagné sur tous les plans.

Jusqu’à la prochaine crise.
Plus dévastatrice, plus cynique, plus destructrice de l’humain que les précédentes. Elle concentre de plus en plus le capital et essaie de majorer le profit dont la tendance baissera toujours. L’histoire des maisons à la Lewitt a conduit à un tripatouillage financier que les économistes nomment abusivement ‘ingénierie’ financière et qui a consisté à accorder des crédits très chers à des accédants à la propriété dont il était certain qu’ils seraient incapables de rembourser leur prêt. Lesquels prêts très risqués étaient empaquetés dans des actions aux cours manipulés par les banques qui en étaient par ailleurs émettrices.

La suite, tout le monde la connaît.
Jusqu’au fin fond de l’Afghanistan, chacun la connaît dans sa chair et paie de sa chair le crédit de la maison Levitt.

Photo
Maisons abandonnées à Detroit (Joshua Lott/The New York Times)


L’Unité de lutte contre le délabrement urbain de la ville de Detroit, dont la mairie s’est récemment mise en faillite pour cessation de paiement, vient de rendre son plan de travail. 20% des maisons sont en très mauvais état et la moitié de celles-ci méritent d’être détruites immédiatement. Ce sont donc 40.000 unités qui doivent être rasées. Le coût de ces démolitions est estimé à 800 millions de dollars. La crise de surproduction sous-jacente à ce cycle, car c’est bien de cela qu’il s’agit, les manigances financières sont venues se superposer de surcroît pour vendre l’invendable, conduit inévitablement à la destruction du surplus dans ce système inhumain du profit.
Ce ne sont plus des cargaisons de fruits ou de café jetés à la mer ou incinérés mais du béton mélangé à de l’amiante difficiles à éliminer.

Depuis que les Us(a) ont baissé le niveau d’intervention de leurs forces armées combattantes terrestres de par le monde, la surproduction guette un segment du secteur de l’armement. Des hélicoptères, des MRAPs (les fameux Humvee transformés par les Israéliens pour servir en Irak), du matériel de vision nocturne, des mitraillettes, des véhicules de combat légers et autre quincaillerie équipent maintenant les polices départementales.

Une petite ville de 25.000 habitants comme celle de Neenah, dans le Wisconsin, a le plus faible taux de criminalité des Us(a) et n’a pas connu d’homicide depuis plus de 5 ans. Sa police dispose néanmoins d’armement de guerre et elle se doit d’entraîner ses éléments à leur maniement.

Photo
Carte des équipements militaires en surplus qui se retrouvent entre les mains de la police locale aux Etats-Unis (source lien ci-dessus)


Un programme de transfert d’équipement militaire vers la police a été décidé par le Congrès étasunien dès les années 90. Le retrait partiel de l’Irak (provisoire ?) va enrichir de tanks, grenades et colifichets répressifs la moindre gendarmerie. Pour les besoins des banquiers et des marchands d’armes, la guerre contre les peuples n’a pas de frontières. Des drones de surveillance sont déjà en service dans plusieurs États.

Surveillance de la population par les programmes de la NSA et par les drones.
Injonctions d’obéissance à consommer et à haïr son prochain (ou à lui être indifférent) adroitement administrées universellement et si parfaitement administrées qu’elles sont respectées. Frappes et exécutions sommaires de tout opposant au système sans jugement et affirmer la légalité de cette pratique. Interventions militaires sur justification sommaire et bâclée voire sans sommation sur n’importe quel point de la planète.

Ces quelques faisceaux constituent un foyer de convergence qui est d’une nature et d’une qualité forcément différentes de toutes les formes d’exercice du pouvoir jusque-là recensées. Au-delà du fascisme de grand-papa, c’est un totalitarisme qui a réussi à englober toute la planète moins quelques archipels. Il a détruit à peu près tout ce qui le nourrissait dialectiquement et est donc en train de signer sa mort (et peut-être la nôtre en tant qu’espèce) par l’accumulation de richesses sans restrictions.

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