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Palestine - ISM France

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Palestine -

Des roquettes inutiles ?

Par

Hasan Abu Nimah est l'ancien représentant permanent de la Jordanie aux Nations Unies. Première parution de cet article dans The Jordan Times.

Si les Palestiniens cessaient les tirs parce que leurs roquettes manquent de précision et d'efficacité, seraient-ils légitimés à s'en servir si, ou quand, ils arriveront à surmonter ces imperfections ? Et est-ce donc l'efficacité impeccable de l'armement israélien qui justifie la poursuite de son utilisation contre les civils palestiniens ? Est-ce là le nouvel étalonnage de la légalité et de la justice ?

Le massacre israélien sur Gaza doit cesser. Et si ce sont les "roquettes inutiles" palestiniennes qui ont provoqué, ou continuent de provoquer, les représailles "défensives" israéliennes, alors les tirs des roquettes sur Israël doivent cesser eux aussi.

Dans cette dernière phase de la guerre, les Palestiniens ont, comme d'habitude, énormément souffert, avec près de 50 morts et des centaines de blessés, pour la plupart des civils. Les dommages aux biens ont été, eux aussi, terribles.

Du côté israélien, cependant, seule une femme a été tuée à Sdérot, après plus de 200 attaques par roquettes. Ceci témoigne à l'évidence de l'inefficacité des roquettes artisanales, souvent tournées en ridicule par quelques factions palestiniennes qui les appellent les "pétards", et que le président de l'Autorité Palestinienne qualifie régulièrement, lorsqu'il y fait référence, de "roquettes inutiles".

Il est évident que "la quatrième plus importante armée du monde" a de meilleurs missiles guidés au laser, de meilleurs systèmes de tir de haute précision, et des avions de combat F-16 pour attaquer, bien à l'abri dans les cieux, des Palestiniens sans défense dans leurs voitures ou dans leurs maisons pendant leur sommeil. Et ceci explique en partie la disparité de l'efficacité de l'outil et du résultat.

Mais, avec cette équation si clairement évidente, pourquoi les Palestiniens choisissent-ils des provocations qui conduisent à de tels désastres ? Pourquoi continuent-ils à se conduire d'une manière qui ne fait que renforcer la conviction générale que tout ce qu'Israël leur fait est la réponse légitime à leur harcèlement ?

Voilà une bonne question, et on peut compter un nombre infini d'autres questions tout aussi valides. Pourtant, cette ligne de logique est défectueuse du début à la fin. Rien n'est plus éloigné de la vérité que cette perception.

Les roquettes palestiniennes sont peut-être inutiles, comparées aux capacités militaires israéliennes tellement supérieures, mais elles causent toujours des dommages et de la panique, comme les pierres avant elles. Elles peuvent aussi être améliorées et devenir mortelles, sinon pourquoi les représailles israéliennes seraient-elles aussi intenses et violentes ? La vie de même une seule victime des 200 attaques par roquettes, d'un autre côté, a également de la valeur, bien que la violence continue et le meurtre de masse sur tellement de scènes de guerre dans la région ont fini par ébranler le sens et la valeur de la vie humaine.

Mais ceci non plus n'est pas le point essentiel : si les Palestiniens cessaient les tirs parce que leurs roquettes manquent de précision et d'efficacité, seraient-ils légitimés à s'en servir si, ou quand, ils arriveront à surmonter ces imperfections ? Et est-ce donc l'efficacité impeccable de l'armement israélien qui justifie la poursuite de son utilisation contre les civils palestiniens ? Est-ce là le nouvel étalonnage de la légalité et de la justice ?

Cette emphase sur les roquettes palestiniennes comme étant la seule raison de la violence est fausse et trompeuse, et elle peut en particulier tromper lorsqu'elle est si souvent répétée par le président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas.

Lorsqu'Abbas a été élu en janvier 2005, il s'est arrangé pour obtenir l'accord de toutes les factions palestiniennes, y compris du Hamas, pour une trêve totale. Israël n'a jamais reconnu cette décision unilatérale des Palestiniens de cessez-le-feu. Y faisant référence comme à un arrangement inter-palestinien, Israël a continué ses propres provocations selon les formes variées quotidiennes d'arrestations, assassinats, démolitions de maisons et incursions, en plus du siège et de l'occupation. La rupture de cette trêve, que le Hamas a continué d'observer après les élections, n'était pas dû aux roquettes palestiniennes, ce fut le résultat direct de l'agression quotidienne israélienne sans fin.

Lorsque récemment une trêve est survenue à Gaza, cette fois entre les Palestiniens et les Israéliens, les attaques israéliennes ont continué en Cisjordanie , comme si la Cisjordanie était une planète différente, et comme si les Palestiniens de Cisjordane étaient d'une espèce différente. Les quelques tentatives très hésitantes et molles pour convaincre Israël qu'il était bizarre d'espérer dans un arrangement selon lequel la violence cesserait contre un Palestinien pendant qu'elle continuerait contre un autre ont toutes échoué. Israël n'a jamais voulu s'engager dans une quelconque trêve. Il se cramponne à son droit absolu de pourchasser les ennemis "terroristes" dans n'importe quelles circonstances, et il décide qui est terroriste et qui ne l'est pas.

Il y a à peine deux semaines, les Palestiniens ont offert de cesser tous actes de violence contre Israël, y compris bien sûr les attaques à la roquette, si ce dernier était d'accord pour la réciprocité. Ce qu'il a aussi rejeté instantanément.

Les efforts actuels pour une fin de la violence israélo-palestinienne à Gaza vont se poursuivre et s'intensifier. La situation à Gaza est désastreuse et on se dirige à toute vitesse vers un effondrement et un chaos complets. L'Egypte, et probablement d'autres, joue un rôle important dans ce sens. Abbas, qui a oublié sa position de dirigeant, utilise ses bons offices pour essayer d'agir comme médiateur plutôt que décideur. Le problème reste pourtant conceptuel et réside dans l'approche du problème global, une approche qui est fausse, évasive et qui ignore les deux facteurs principaux.

. L'un est que la violence a été causée et perpétuée à cause des actions et des attaques israéliennes, pas par les roquettes palestiniennes.

. L'autre est que les Palestiniens ont toujours été prêts à mettre fin à la violence si les Israéliens acceptaient de faire de même, offre qu'Israël n'a jamais acceptée.

Le manque de courage de tous les médiateurs de paix, y compris malheureusement le président de l'Autorité Palestinienne et son parti, à se confronter aux Israéliens à partir de tels faits indiscutables a toujours abouti par des reproches contre la victime, qui est le côté le plus faible. On oublie tout le reste et on concentre l'attention sur une seule chose : les roquettes palestiniennes, exactement comme quand chacun croyait, et continue à croire, que c'est la terreur palestinienne, pas l'obstructionnisme patent israélien, qui a bloqué toute avancée vers un règlement pacifique depuis Madrid.

On peut comprendre que de telles idées fausses, de telles tromperies, soient propagées par les Israéliens et leurs partisans, mais il est dur d'admettre que ce soit le président palestinien qui blâme énergiquement son propre peuple pour le désastre qui l'accable. Il est dur de croire qu'Abbas ignore totalement que son peuple ne fait que répondre à l'agression israélienne continue avec des armes primaires dont lui et ses soutiens se moquent, comme il est dur de croire qu'il ignore que les Palestiniens ne sont pas à l'origine des provocations et des attaques.

Est-ce qu'il n'est pas grand temps de dire, avec précision et équité, comment ont démarré les événements en chaîne, et déterminer en conséquence qui riposte à quoi ? Ne doit-on pas commencer par dénoncer l'occupation ? Est-ce que 40 ans d'occupation continue, sévère, dure, oppressive et humiliante ne sont pas de l'agression ? Qui a donné à Israël le droit d'occuper les Palestiniens et de régir leurs vies aussi longtemps, en totale contravention des lois internationales et des principes les plus fondamentaux des Droits de l'Homme ? Qui a donné à Israël l'ordre de quitter Gaza mais d'y maintenir le siège en contrôlant tous les mouvements des gens et des marchandises qui entrent ou qui sortent, et en recherchant l'aide européenne pour participer au contrôle de ce siège ?

Lorsque des Palestiniens affamés creusent des tunnels pour briser leur isolement, ils sont condamnés et punis par le monde entier. Qui a donné à Israël le droit d'imposer aux Palestiniens un boycott total, financier et politique, comme punition collective pour avoir exercé leur droit démocratique et élu un gouvernement qu'Israël n'aime pas, et le monde entier à accompagner cette injustice supplémentaire en resserrant indéfiniment le boycott ?

N'importe quelle société qui serait soumise à une once de ce que les Palestiniens ont subi depuis la Catastrophe qui leur est tombée dessus il y a 60 ans réagirait bien plus violemment, et continuerait à être respectée, soutenue et comprise. Il n'y a pas besoin d'aller loin pour en trouver la preuve.

Quand l'Etat d'Israël a détruit l'essentiel des pauvres infrastructures de Gaza, en juin 2006, y compris l'approvisionnement en électricité, en eau et les ponts, en plus de renforcer le siège et de terrifier la population, c'était de l' "auto-défense" et il n'a donc fait l'objet d'aucun reproche de la part du monde hypocrite qui condamne régulièrement la violence palestinienne. Israël à l'époque agissait en représailles à la capture du soldat israélien Gilad Shalit, à qui aucun mal n'avait été fait. Bien peu ont fait cas des déclarations des Palestiniens, à savoir qu'en capturant le soldat, eux aussi agissaient en représailles à la détention de près de 12.000 palestiniens dans les prisons israéliennes, parmi lesquels plus de 1.500 femmes et enfants.

Seul Israël a, semble-t-il, le droit de riposter.

Tout ceci étant posé, l'idée n'est pourtant pas d'encourager la violence palestinienne ni de la justifier, même si les lois internationales sont entièrement du côté des Palestiniens s'ils choisissent de lutter pour se libérer, eux et leur terre, de l'occupation illégale.

Je souhaite simplement que les faits soient vus pour ce qu'ils sont, et que le monde cesse de blâmer les Palestiniens pour les tirs de roquettes alors qu'il ne force pas Israël à mettre fin aux attaques incessantes de ses F-16 ultramodernes et de ses missiles sophistiqués qui jamais, dans l'histoire, n'ont été utilisés contre des cibles civiles et humaines ; sans parler de l'occupation elle-même.

Les Palestiniens se sont peut-être comportés de façon irrationnelle, et ils continueront peut-être de le faire, mais c'est la conséquence inévitable de l'injustice et de l'occupation révoltantes.

Source : Electronic Intifada

Traduction : MR pour ISM

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