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Gaza -

Diviser la terre : Interview de Yonatan Bassi, chef israélien de l’Administration du Retrait

Par

Article paru dans Haaretz le 8 juillet 2005

Le concept c’est d’avancer lentement, de peser les choses avec réalisme.
Même si vous voulez qu'en fin de compte Gilead (l’Est biblique du Jourdain) soit à vous, même si vous voulez qu'en fin de compte Damas vous appartienne, vous êtes responsables de ce qui se passe ici et maintenant.
Vous êtes responsables de la réalité dans laquelle vous vivez.
Nous ne devons pas nous conduire de façon capricieuse.
Et nous devons aussi ne pas nous conduire de façon immorale.

Q : Yonatan Bassi, 40 jours avant le retrait, avez-vous une vision claire de ce que vous allez devoir affronter ?
Pouvez-vous me dire ce qui va arriver ?



Bassi : Le scénario me paraît très clair.
Dans les deux semaines précédant le retrait, il y aura un exode.
L’exode de Gush Katif ; les gens qui sont maintenant en train de partir selon un rythme très lent deviendront un flot.
Deux jours avant le jour J, le flot deviendra une marée.
Et là, le 16 août, il se fera un grand silence.
De mon point de vue, quand les Forces Israéliennes de Défense entreront, elles ne trouveront qu’à peine un tiers des colons.

Ganim et Kadim (colonies au nord de la Cisjordanie ) sont déjà à l’extérieur. Ils se préparent tous à partir (pour la ville israélienne) d’Afula. Nous avons fini de payer leur indemnisation à la grande majorité des habitants.

Homesh (dans la même région) devrait partir pour le kibboutz de Yaad Hannah. Les contrats sont déjà signés.

Dans la zone nord (de Gaza) – à Elei Sinaï, Dugit et Nisanit, il y a environ 400 familles qui, selon mes estimations partiront toutes volontairement.

Ce qui reste, c’est Gush Katif. Mon sentiment, c’est que des 1100 familles qui y sont, environ la moitié sera partie avant le jour J et les autres resteront.



Q : Cela signifie que des 8000 colons qui sont destinés à partir pour évacuation, il n’en restera que 2500 chez eux quand les IDF frapperont à la porte.


Bassi : Correct. Mais même parmi ceux qui resteront beaucoup monteront dans les bus sans résistance.
Beaucoup se trouveront dans la situation où tout le contenu de leur maison aura été déménagé. Ils prendront leur petit déjeûner, on frappera à la porte et ils partiront.
Très peu résisteront par la force …
Le seul endroit où les choses pourraient être différentes, c’est Sa-Nur (au nord de la Cisjordanie ).
Quelque chose de très moche pourrait s’y produire.



Q : Vous n’aimez pas l’idée de démolir les maisons, non plus. Vous trouvez aussi que c’est horrible ?

Bassi : Je n’aime vraiment pas l’idée de tout démolir. Je n’aime vraiment pas cette idée.
Je ne comprends pas pourquoi un drapeau du Hamas au sommet d’un tas de ruines est mieux qu’un drapeau du Hamas sur une maison debout.
Symboliquement, ça peut même être pire.
C’est une sorte de symbole de destruction. Mais de mon point de vue, cela va même au-delà.

Pour tout dire nous avons décidé que le retrait comporterait une sorte de message pour faire naître la réconciliation.
Nous n’avons pas voulu que le message soit celui de la Nakba ("Catastrophe" le terme palestinien pour ce qui est arrivé en 1948).

Mais ils vont vers la solution du bulldozer. Ils vont envoyer les bulldozers D-9 tout écraser. Je trouve cela épouvantable. Je trouve que c’est contraire à l’histoire.


Peut-être suis-je naïf. Peut-être faut-il toute une génération de rupture pour que nous puissions parler avec les Palestiniens. En tout cas, j’avais espéré qu’une solution serait trouvée.

Que les Hollandais paieraient ou que les Américains accepteraient d’acheter pour que les serres, au moins, restent en place. Que les maisons restent. Mais maintenant nous allons laisser derrière nous un monceau de ruines.

Nous allons laisser derrière nous une région qui ressemblera à un site (dévasté) par une bombe atomique. Avec l’horreur de serres démolies et transformées en amas de poutrelles entrelacées.
Avec les silhouettes dressées de maisons détruites.

Que puis-je vous dire, je pense que c’est un cauchemar terrible.
Maintenant ce n’est pas ce qui ressemble à la paix.
C’est ce qui ressemble à la guerre.



Q : le traumatisme ne sera pas seulement pour ces 8000 colons particuliers, il affectera tout le mouvement religieux sioniste.


Bassi : c’est vrai. Mais il y a aussi un aspect positif. Depuis la Guerre des Six Jours et plus encore depuis la Guerre de Kippour, le public national religieux a engagé un dangereux processus. Il a renversé l’élément rationnel vers l’irrationnel.

Au lieu de suivre le (Prof. Yeshayahu) Leibowitz et comprendre que le concept de "am sgula" (un peuple "élu", "chéri", ou "spécial", cf Deutéronome 7.6) est une demande, ils ont suivi Rabbi Kook et ont cru que "am sgula" est une promesse.
Que nous tenons le début d’une rédemption.
Que nous avons reçu la promesse que le troisième royaume ne serait pas détruit.
Que nous sommes sur la voie du Troisième Temple.


Je pense que le résultat plus important du retrait sera qu’il forcera le mouvement religieux sioniste à revenir à des considérations rationnelles. Il y aura une grande crise, un violent souffle de foi.

Il est possible que nous voyons la "Haredization" (radicalisation vers l’ultra orthodoxie) d’un cêté et l’abandon de la religion de l'‘autre. Mais à la fin, je crois que nous reviendrons à un bon équilibre entre une base rationnelle et une base irrationnelle, entre la métaphysique et la physique."



Q : Ce que vous dites c’est que selon vous, le retrait n’est pas seulement l’évacuation de 25 colonies, mais aussi une sorte de grand mouvement d’éducation, une manière d’amener le sionisme religieux vers la rationalisation.



Bassi : C’est cela. Nous prions trois fois par jour. Nous pouvons voir votre retour à Sion dans la miséricorde (de Dieu). Nous voulons retourner sur la terre d’Israël.

Mais la question de savoir s’il s’agit de toute la terre d’Israël ou de la moitié de la terre d’Israël ou du quart de la terre d’Israël n’est pas une question religieuse.

Nulle part dans nos sources, nulle part, le concept de "pas un seul centimètre" n’apparaît. Il n’y a pas d’impératif du "pas un seul centimètre".
Au contraire : le concept c’est d’avancer lentement, de peser les choses avec réalisme.

Même si vous voulez qu'en fin de compte Gilead (l’Est biblique du Jourdain) soit à vous, même si vous voulez qu'en fin de compte Damas vous appartienne, vous êtes responsables de ce qui se passe ici et maintenant.
Vous êtes responsables de la réalité dans laquelle vous vivez.

Et si après toutes les horreurs du XXè siècle, cinq millions de Juifs se sont finalement rassemblés ici, nous portons tous la responsabilité de ce qui leur arrive.

Nous ne devons pas nous conduire de façon capricieuse.
Et nous devons aussi ne pas nous conduire de façon immorale.

Source : FMEP

Traduction : CS pour ISM

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