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Jérusalem -

Elevés pour se révolter

Par

Budour Youssef Hassan est une écrivaine palestinienne basée à Jérusalem. On peut retrouver son blog à budourhassan.wordpress.com.

13.11.2017 - Le quartier Issawiyeh, à Jérusalem Est occupée, est depuis longtemps un haut lieu des confrontations entre ses habitants palestiniens et les soldats israéliens. Même selon les normes répressives d’Israël, la répression à laquelle la ville a été soumise au cours des trois dernières années a été extrême.

Elevés pour se révolter

Tareq et Layla Issawi montrent une photo des années 1990 quand Samer, Rafat et Mehat étaient détenus à la prison israélienne Beersheba (photo Jaclynn Ashly/MEE)
En juillet 2014, et comme dans beaucoup de secteurs de Jérusalem, la population de la ville – connue pour la ténacité de la résistance de ses jeunes aux incursions et aux provocations israéliennes – s’est dressée pour protester contre la mort, brulé vif, de l’adolescent palestinien Muhammad Abu Khudair. Des centaines de jeunes du village ont afflué à Shuafat, le quartier de naissance de Muhammad, pour participer à ses funérailles et aux manifestations qui ont suivi.

Des affrontements entre les jeunes et les soldats israéliens ont alors continué à Issawiyeh pour protester contre l’attaque israélienne sur Gaza cet été-là. En octobre 2014, les forces israéliennes ont imposé à la ville une semaine de bouclage, fermant toutes ses entrées sauf une avec des blocs de béton.

Une série d’attaques individuelles menées par des Palestiniens en octobre 2015 a entrainé une nouvelle campagne israélienne de répression et de punition collective, comprenant des arrestations de masse, des démolitions punitives de logements, de menaces de révocation de résidence, de rétention de corps des martyrs, de raids et de fermetures de plusieurs secteurs palestiniens de la cité.

Les principales entrées d’Issawiyeh ont été à nouveau bouclées. Les barrages routiers et les contrôles stricts des voitures entrant et sortant de la ville ont rendu insupportable la vie des 20.000 habitants d’Issawiyeh.

Les jeunes ont également été à l’avant-garde du mouvement de désobéissance civile qui a balayé la Vieille Ville de Jérusalem occupée en juillet 2017, en réponse à la décision d’installer des détecteurs de métaux à l’entrée de l’Esplanade des Mosquées.

« Les jeunes d’Issawiyeh ont rejoint le sit-in à Bab al-Asbat [la Porte des Lions] avant la prière de l’aube et rien n’a pu les intimider, » a déclaré à The Electronic Intifada Zahra Qous, infirmière qui vit dans la communauté afro-palestinienne de la Vieille Ville, juste à côté de l’Esplanade des Mosquées.

« Mais il n’y eut pas que les jeunes. Pendant les deux semaines de sit-in, les gens d’Issawiyeh ont préparé des repas pour les milliers de manifestants rassemblés dans la Vieille Ville et ont envoyé des dons, » a-t-elle ajouté.

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Bouclage de la rue principale d’Issawiyeh par les forces d’occupation


« La solidarité manifestée par les autres parties de Jérusalem, en particulier Issawiyeh, a été essentielle pour soutenir le mouvement et vaincre les mesures de sécurité draconienne d’Israël dans la mosquée. »

Une autre manière de résister

La famille Issawi est aussi profondément impliquée dans la résistance populaire que n’importe quelle autre à Issawiyeh.

Tareq, 77 ans, et Layla Issawi, 70 ans, ont une grande famille. Six de leurs enfants – Rafaat, Medhat, Samer, Firas, Shireen et Shadi – ont été emprisonnés par Israël à différents moments.

Un autre, Fadi, a été tué par des soldats israéliens lorsqu’il avait 16 ans, pendant les manifestations qui ont eu lieu à Jérusalem en réponse au massacre de la Mosquée Ibrahimi à Hébron en 1994.

Tandis que Tareq racontait le rôle de sa ville pendant ces deux semaines de protestations à Jérusalem, sa fille Shireen, 38 ans, avocate, l’écoutait avec admiration. Elle était en prison lorsque les manifestations pour récupérer la mosquée Al-Aqsa ont éclaté, en juillet 2017. Elle était également en prison pendant le bouclage de 2014 et le soulèvement de Jérusalem, en octobre 2015.

Shireen a été détenue et incarcérée en même temps que son frère Medhat, avocat lui aussi, en mars 2014. Elle a été condamnée à quatre ans de prison, Medhat à huit après avoir été reconnu coupable d’avoir fait passer de l’argent à des prisonniers politiques palestiniens et d’avoir communiqué avec des organisations interdites.

En fait, ils ont été condamnés pour avoir fait leur travail.

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Tareq et Layla Issawi en mai 2013 (photo Oren ZivActiveStills)


« Quand les Palestiniens résistaient aux restrictions israéliennes à al-Aqsa, je n’étais pas au courant. J’aurais aimé être dans les rues de la Vieille Ville alors, mais je menais une autre forme de résistance, » dit Shireen, qui a été libérée le 17 octobre.

« J’étais en isolement. Les prisonniers en isolement sont privés de visites de leur famille ou de leur avocat et ne sont même pas autorisés à avoir la radio, j’étais donc totalement coupée du monde extérieur. »

Pendant les trois ans et demi qu’elle a finalement passés en prison, Shireen a dit qu’elle a été mise en isolement à 15 reprises.

« Chaque période d’isolement durait généralement deux mois, donc vous pouvez faire le calcul. Et c’était toujours pour des raisons punitives, » explique-t-elle. « J’ai été accusée à plusieurs reprises d’incitation contre les services pénitentiaires et de causer des problèmes. Chaque fois que les filles en prison avec moi renvoyaient les repas, j’était punie et mise en isolement pour les avoir incitées à le faire. »

Est-ce un crime d’avoir chaud ?

Etre étiquetée fauteur de trouble par les autorités pénitentiaires est clairement un insigne d’honneur pour elle. Elle a admis avec joie qu’elle encourageait ses codétenus à revendiquer leurs droits et à affronter les gardiens israéliens pendant les raids dans les cellules, tant à la prison Hasharon qu’à Damon, où elle a été incarcérée.

« La majorité des filles [palestiniennes] arrêtées au cours des deux dernières années ont été accusées d’attaque à l’arme blanche ou de tentative et n’ont pas d’antécédent politique, » dit-elle.

« Beaucoup des filles que j’ai rencontrées savaient peu de choses sur la cause nationale. Ce sont des enfants et elles sont généralement condamnées à de longues peines, alors j’ai essayé de les soutenir et de les autonomiser, d’élever leur conscience nationale et politique et de les éduquer. »

Tout comme Shireen a soutenu ses compagnes prisonnières, elle a également tiré sa force de la détermination d’autres.

L’une d’entre elles était sa compagne de cellule à la prison Hasharon, Isra Jaabis. Le 10 octobre 2015, Jaabis, habitante du quartier Jabal al-Mukabbir de Jérusalem Est, a été gravement brûlée au visage et au corps dans ce qu’elle et sa famille affirment avoir été l’explosion accidentelle d’une bouteille de gaz dans sa voiture. La police israélienne a toutefois prétendu qu’elle avait essayé de faire exploser une bombe près d’un checkpoint, et elle a été condamnée à 11 ans de prison et privée de voir son fils Mutasim.

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Shireen Issawi pendant une manifestation en solidarité avec son frère Samer alors en grève de la faim, devant la prison Ramle, en février 2013 (photo Oren ZivActiveStills)


« Elle a pratiquement tout perdu mais elle tient pour son fils de 9 ans, » dit Shireen. « C’est l’une des femmes les plus fortes que j’ai jamais vues, une vraie combattante. »

Shireen était conscience que ses antécédents, ainsi que son rôle de mentor et de leader en prison, l’exposaient à une répression accrue. Les gardiens l’ont battue, dit-elle, et l’ont laissée avec le cou et un bras tuméfiés lors d’un raid dans sa cellule, dans la prison Damon.

Elle ne pouvait pas recevoir de lettres de solidarité ni envoyer de lettres à ses frères emprisonnés, Medhat et Samer, dit-elle. Parmi les objets qui lui étaient interdits, il y avait les couvertures et les vêtements en laine pendant l’hiver.

« Pourquoi limiter le nombre de couvertures que j’étais autorisée à avoir ou m’empêcher d’avoir des vêtements en laine ? » dit-elle. « Peut-être est-ce un crime pour les prisonniers d’avoir chaud ? »

Ivres de joie

Tareq Issawi, le père de Shireen, est soulagée qu’avec sa libération, la famille ait une prison de moins à visiter.

« Chacun de mes enfants était détenu dans un établissement différent, » dit Tareq. « Samer est détenu à Gilboa, Medhat à Ketziot, dans le Naqab, et Shireen était soit à Hasharon, soit à Damon. »

« Les longs voyages sont épuisants pour nous, émotionnellement et physiquement, » dit-il.

Medhat n’avait que 14 ans quand il a été arrêté pour la première fois. Maintenant, à 43 ans, il a passé plus de la moitié de sa vie – près de 23 ans – dans les geôles israéliennes.

« Sa fille de 5 ans le réclame, » dit Layla. « Elle veut qu’il lui achète une glace, qu’il l’emmène à la piscine et qu’il soit là pour son premier jour d’école. »

Layla se souvient de son fils comme d’un étudiant « incroyablement brillant », rêvant de devenir un scientifique nucléaire. Sa vie, dit-elle, a été « gaspillée derrière des barreaux. »

Photo
Tareq Issawi tient une photo de Layla rendant visite leur fils Samer dans une prison israélienne, en octobre 2012 (photo Ryan Rodrick BeilerActiveStills)


Et puis il y a Samer Issawi.

« Maintenant cela semble être un lointain souvenir, mais ce fut le jour le plus heureux de notre vie, » a déclaré Shireen à propos de la libération de Samer, en décembre 2013. « Notre famille, notre peuple, notre Jérusalem étaient ivres de joie et la libération de Samer, après une longue bataille, fut l’un de ces moments rares. »

Emprisonné en 2002 et condamné à 30 ans de prison pour s’être engagé dans la résistance armée, Samer a été libéré dans un échange de prisonniers entre le Hamas et Israël en 2011. Sa ré-arrestation, l’année suivante, l’a décidé à entamer une grève de la faim.

Pendant la grève de la faim de son frère, Shireen – presque en solitaire au début – a lutté pour sa cause. Elle a fait campagne pour sa libération, organisé des manifestations et mobilisé les Palestiniens pour soutenir la quête de liberté de son frère. Et la grève de la faim de Samer et les efforts de Shireen ont porté leurs fruits : en décembre 2013, il a été libéré pour la deuxième fois.

Trois mois après l’arrestation de Shireen et de Medhat, cependant, en juin 2014, Samer a été à nouveau arrêté. En mai 2015, un tribunal militaire israélien a alors réimposé sa sentence initiale de 30 ans.

Pas de pitié pour les enfants

Les plus jeunes membres de la famille Issawi n’ont pas été épargnés eux non plus. Le 24 juillet 2016, Fadi, le neveu de Shireen, qui avait alors 15 ans, a été détenu par la fameuse police israélienne infiltrée. La rencontre l’a laissé avec un bras cassé.

Le 21 juillet 2017, un autre neveu et fils de Medhat, Tareq, a perdu l’œil droit après avoir été blessé par une balle caoutchouc-acier israélienne.

Tareq et Fadi faisaient partie des 27 mineurs palestiniens raflés pendant un raid de 12 heures de la police israélienne le 23 octobre, un nombre d’arrestations sans précédent, en une seule nuit, même à Issawiyeh.

« Israël a lancé cette vague d’arrestations de masse probablement en représailles du rôle des jeunes d’Issawiyeh dans les manifestations d’al-Aqsa de juillet, » dit Amjad Abu Asab, chef du Comité des familles de prisonniers de Jérusalem. « Ca s’est produit après un mois d’attaques contre les écoliers qui se rendaient à l’école et en revenaient, ce qui a forcé le comité local d’Issawiyeh à déclarer une grève de l’école.

Selon Abu Asab, 41 enfants et jeunes hommes ont été arrêtés pendant le raid du 23 octobre à Issawiyeh. La plupart d’entre eux ont été libérés le lendemain, dont Fadi et Tareq Issawi.

Le jeune Tareq devait subir une intervention chirurgicale pour son œil droit ce jour là, et l’opération a dû être reportée.

Tareq Issawiyeh n’est pas peu fier d’accuser sa femme pour le comportement de leurs enfants.

« C’est elle qui a élevé ses enfants et ses petits-enfants pour qu’ils se révoltent et continuent de résister, » déclare-t-il. « Et c’est elle qui nous maintient forts malgré les arrestations, malgré l’ordre de démolition de notre maison et malgré la souffrance. »

Layla Issawi est une femme qui en impose. Elle a déjà giflé un gardien de prison israélien pendant l’audience d’un de ses enfants emprisonnés.

« Je l’ai frappé parce qu’il a traîné Medhat et l’a fait trébucher, et il m’a accusé d’apprendre à mes enfants à haïr les Israéliens, » se souvient Layla.

« Mes enfants n’ont eu besoin de personne pour apprendre à détester leur occupant. Leur frère a été tué quand il était enfant. Leurs vies ont été broyées en détention, et leurs terres ont été volées, il est donc naturel qu’ils résistent. »

Et Shireen porte l’esprit de sa mère.

« Je n’ai jamais pensé, même pendant une fraction de seconde, que notre résistance et nos sacrifices étaient vains, » déclare Shireen. « Le chemin vers la liberté est long et notre lutte ouvre la voie à la réussite des générations futures. »


Source : The Electronic Intifada

Traduction : MR pour ISM

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