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Canada -

Et maintenant : que faire ?

Par

Michael Neumann est professeur de philosophie à l'Université de Trent, Ontario, Canada. Son livre "What's Left : Radical Politics and the Radical Psyche" vient d'être republié par Broadview Press.

Au point où nous en sommes, à quoi peut bien encore servir le mouvement anti-guerre ?
Dès lors que le mouvement anti-guerre n'a pas pu empêcher la guerre, il a échoué. Les penseurs et les porte-parole de ce mouvement, bien entendu, vont nier cela.
Comme le Conseil d'administration d'une entreprise en déficit chronique, la défaite les incite à recycler en permanence les mêmes bons voux pieux.

Ils vont nous dire que la lutte ne fait que commencer, et que vous, oui, vous, là, vous avez réussi à mettre sur pied un mouvement incroyable.

Ils vont nous dire comment ils ont assisté personnellement à telle ou telle scène particulièrement inspiratrice ou réconfortante. Très vraisemblablement, ils vont nous sortir de nouvelles blagues sur Dubya, G. W. Bush.

Des plans très sérieux vont être échafaudés afin d'arrêter cette guerre, et encore une fois nous allons entendre parler du réseau des lobbies, des trusts pétroliers et des chrétiens fondamentalistes qui gouvernent l'Amérique. Encore une fois, on va nous dire que ces gens sont très méchants, sous un nombre incroyablement élevé de rapports. Et bla, bla, bla.

Mais nous ne sommes pas, là, en train d'assister à la fête d'anniversaire d'un enfant : nous ne sommes pas obligés de croire que nous sommes tous, toujours gagnants.

Si j'essaie d'éviter un crime, et que le crime se produit quand même, rien ne m'oblige à m'auto-féliciter d'avoir fait ce que je pouvais, comme un bon collégien. Il en va de même pour les crimes à grande échelle perpétrés par les Etats nations.

La culpabilité et la honte, et non pas la fierté d' « avoir fait ce que j'ai pu », voilà qui serait une réaction plus appropriée. Toutefois, à gauche, ce genre de réponse, et même la simple notion que vous devez atteindre vos objectifs, voilà qui est un article que nous n'avons pratiquement plus en rayon.

Comme bien des gens, j'ai toujours eu quelque doute sur le fait que les protestations puissent effectivement renverser la vapeur. Aujourd'hui, à la réflexion, je me demande si le mouvement de protestation contre la guerre a jamais réellement envisagé de réussir. Il a essayé - il a essayé très fort - de faire obstacle à la guerre, mais « essayer », ce n'est pas la même chose qu'atteindre son objectif.

Je ne suis pas en train de couper les cheveux en quatre. Pour leurs organisateurs et ceux qui y ont participé, les manifestations contre la guerre n'ont jamais constitué un enchaînement prévisible d'événements pouvant conduire à un changement radical de la politique américaine. On n'a pratiquement jamais imaginé qu'un tel enchaînement puisse jamais exister.

Les manifestations, tout aussi enthousiasmantes aient-elles pu être, sont toujours apparues plus comme une simple opposition à la guerre – "nous disons : non !" - que comme des phases faisant parties intégrantes d'une stratégie visant à l'éviter. Bush était déterminé, personne ne pouvait s'attendre à ce que le Congrès ou le Parti républicain se rebelle, et on était très loin d'une situation où la gauche pouvait paralyser l'Amérique.


Personne n'a seulement entrevu un chemin vers la victoire. Personne n'a eu à l'esprit un quelconque enchaînement d'actions commençant par les manifestations et aboutissant à l'ordre donné aux troupes américaines de rentrer à la maison.


Aujourd'hui, alors que les troupes américaines font réellement la guerre, la gauche est confrontée à des problèmes qu'elle n'identifie même pas. Elle doit tenir compte du patriotisme, dans l'opinion publique. Nous ne sommes plus dans les années 1960.

Durant la guerre au Vietnam, des milliers de gens de gauche espéraient ouvertement une victoire communiste et la défaite des Américains. L'idée qui voudrait que nous soyons tous peu ou prou de bons citoyens américains, simplement entraînés par des passions aigres douces dans une sorte de drame collectif. cette idée est relativement récente.

Même s'il existait, à l'époque, une certaine sympathie, à gauche, pour la chair à canon des conscrits américains, cette sympathie ne s'étendait certainement pas aux volontaires des forces spéciales, ni à ces pilotes de chasse envers lesquels les Nord Vietnamiens étaient inexplicablement si méchants. La gauche, franchement, considérait ces types comme des assassins répugnants.


Ces sentiments, si tant est qu'ils existent, aujourd'hui, sont quasiment inaudibles. Nous sommes aussi très loin des années soixante, dans un autre domaine. Nous pouvons bien être des gens de gauche plus gentils, plus courtois, aujourd'hui, qu'à l'époque, mais nous sommes aussi passablement domestiqués : il faut le dire. A l'époque, nous parlions beaucoup de "trahison".

Aujourd'hui, nous oserions à peine prononcer ce mot. C'est que nous ne nous attendons pas à bénéficier d'une certaine indulgence, comme les collégiens que nous étions hier encore ; ce à quoi nous nous attendons, c'est à être mis en cabane.
La gauche répond à cet environnement modifié en affichant un patriotisme peu convainquant. On dit que nous soutenons nos soldats ; nous voulons les ramener à la maison. Et nous sommes prudents.

Nous poussons des cocoricos devant les '"revers" ou les "méprises", mais nous évitons soigneusement de le faire devant les pertes américaines. Nous y allons de notre larmichette pour nos soldats professionnels tués ou faits prisonniers ; nous tremblons pour les portés disparus.


Est-ce sincère ? Le problème n'est pas seulement que nous devons agir dans un climat incommensurablement plus répressif ; c'est aussi que, les combats ayant débuté, un fossé s'est creusé entre nous et le reste de l'Amérique.

Et ce gap, nous refusons de l'admettre. Oui, nous voulons ramener les soldats à la maison ; c'est aussi ce que voulaient les manifestants contre la guerre au Vietnam. Mais c'est là un objectif fallacieux.

Nous savons pertinemment que seules une ou deux des choses suivantes mettra(ont) fin à la guerre : la victoire ou/et des pertes américaines importantes. En dépit de tout le bruit et de toute la fureur des années 1960, ce sont les Vietnamiens qui ont "ramené" "nos" troupes à la maison, en en tuant 50 000 individus.

Si quelqu'un doit un jour "ramener les troupes à la maison" avant que le gouvernement américain ait décidé lui-même de le faire, ce sera bien les Irakiens, et non les manifestants en Amérique et ailleurs.


Non content d'avoir un objectif fallacieux, nous avons des attitudes fallacieuses. Supposons que nous préférions effectivement (comme la plupart des Américains) que tous les soldats américains rentrent d'Irak sans un seul bobo.

Cela signifie-t-il que nous "soutenons" les troupes ? Voyons un peu : que préférez-vous : la mort de cent civils irakiens, ou la mort de dix soldats américains ?

Si vous dites que « vous ne pouvez peser une mort contre une autre », cela signifie que vous ne préférez aucune de ces deux possibilités à l'autre, et réciproquement. Mais cela correspond exactement à la définition classique de l'indifférence face à une alternative.

Peu importe que vous refusiez de peser entre des vies, le fait est que vous ne préférez en aucun cas épargner les vies américaines ?

Et les questions ne font que commencer. Et s'il s'agissait de cinquante civils irakiens ? Ou de cinquante soldats irakiens ? Ou de dix ? Ou de cinq ? Ou d'un seul ?

Questions difficiles, n'est-ce pas ?

Elles sont difficiles parce que nous croyons (n'est-ce pas vrai ?) que des troupes d'invasion n'ont aucun droit à être là-bas (en Irak), qu'elles violent les conventions internationales et les règles de justice. Parce qu'elles servent une mauvaise cause. Nous pouvons toujours nous bercer de l'illusion que nous serions sur la même longueur d'onde que le peuple américain : c'est faux.


Quelles sont les implications stratégiques de ce tout ceci ?

Il semble que nous ayons le choix entre la malhonnêteté et une franchise suicidaire. Mais notre malhonnêteté est trop évidente pour représenter une option valable : nous serons vite démasqués. Ce dont la gauche a besoin, c'est d'avoir quelque chose à offrir.

Etant donné que nous ne pouvons, en réalité, réussir à ramener les soldats à la maison, nous n'avons rien à offrir, à moins que vous ne soyez capables de garder votre sérieux lorsque vous entendez que nous allons bâtir une société juste.

Désolé, moi, je ne pense pas que nous allons le faire. Dites-moi un peu : nous, qui avons été infoutus ne serait-ce que d'arrêter une course vers une guerre extrêmement impopulaire, comment diable allons-nous accomplir cette tâche autrement difficile : bâtir une société juste ? ? ?
Bien. Alors ; où en est-on ?

Nous n'avions pas de stratégie concrète pour éviter la guerre, et aujourd'hui, nous sommes à sa merci. Le mouvement anti-guerre va continuer à grossir et à se ratatiner suivant les victoires et les défaites irakiennes ; nous sommes devenus un simple effet ballotté au gré des événements, et certainement pas une cause leur donnant leur direction. Nombreux sont ceux qui vont se contenter de ce statut.

En effet, il satisfait à cet ethos de gauche, tellement populaire, selon lequel notre tâche dans la vie se résume à discourir et à gesticuler.

Nous protestons, nous proclamons notre opposition, nous témoignons, nous nous élevons et nous nous comptons, nous dénonçons, nous élevons la voix, nous envoyons un message, nous exprimons notre solidarité, notre soutien, nous disons non, mais nous n'essayons en aucun cas de faire réellement quelque chose.

Mais, vraiment : cela ne suffit pas : avoir une conscience, ce n'est pas se contenter de dire au monde entier qu'on en a une. Qu'éviter la guerre ait été, ou non, l'objectif véritable ; évitée - il aurait fallu qu'elle l'ait été.

Et même si arrêter la guerre n'est pas un objectif authentique, nous avons mieux à faire que vendre des visions idylliques de paix universelle et de justice sociale. Il est encore possible de retourner la politique étrangère américaine, comme c'était d'ailleurs déjà le cas avant même que la guerre ne soit déclenchée.


Cet objectif ambitieux nécessite une stratégie ambitieuse. J'entends déjà les sarcasmes monter à l'horizon : qu'allons-nous faire, bloquer des échangeurs d'autoroutes, des aéroports et des stations service ?

Allons-nous procéder à des attentats suicides à la mode américaine ? Ecraser l'Etat, au moyen d'une révolution prolétarienne ?

Mais la gauche n'a nul besoin de tactiques dramatiquement démonstratives ; elle a besoin d'une alternative drastique. La gauche doit proposer à l'Amérique un moyen lui permettant de remplir ses objectifs fondamentaux sans encourir la haine du monde entier.
Afin d'être en mesure de proposer quelque chose, la gauche doit dépasser son obsession moralisatrice.
Aucun changement réel, et par tant, aucun bien, ne peut résulter de l'appel à la rédemption morale.

Les Américains n'aspirent pas à être moralement bon : ils veulent simplement vivre en sécurité. Pour eux, une gauche qui s'illustre par d'incessants sermons et des élucubrations en matière de jurisprudence internationale ne semble pas être tout à fait la réponse qu'ils attendent.
Les Américains, qui sont rationnels, même s'ils ne sont pas très moraux, aimeraient plutôt entendre quelque chose qui réponde à leurs préoccupations.


Aujourd'hui, ce dont il est question ne saurait être plus évident. Avant la guerre, on pouvait avoir l'impression que les pressions internationales seraient en mesure de dissuader les Etats-Unis de mettre en pratique une politique qui ne pouvait conduire qu'à un surcroît d'insécurité. Cela s'est avéré un espoir illusoire.

Seul, un changement drastique de la politique américaine peut à la fois pallier aux dommages en train d'être causé et apporter une solution rapide aux préoccupations des Américains en matière de sécurité.

Proposer ce tournant radical est la seule façon, pour la gauche, d'offrir une solution possible aux problèmes réels qui sont posés aux Américains. La gauche doit demander - c'est d'ailleurs ce qu'elle aurait dû et devrait faire depuis longtemps - que les Etats-Unis procèdent à un renversement d'alliances dans le conflit israélo-palestinien.

Cela signifie que les Etats-Unis doivent s'allier aux Palestiniens et au monde musulman contre Israël, afin d'obtenir un retrait immédiat, inconditionnel et total d'Israël des territoires occupés.


"Contre", cela signifie "contre", et non pas seulement "pas avec".
Cela implique un engagement à répondre à l'intransigeance israélienne par des mesures de plus en plus sévères, aussi sévères que les Nations unies puissent en imposer. Une posture de neutralité bienveillante ne pourrait certainement pas "tout changer", dans le sens pris par cette expression après les attentats du 11 septembre 2001, mais un renversement d'alliances serait sans aucun doute en mesure de le faire. Personne n'aurait besoin de crier « pas de guerre pour le pétrole !".

Le renversement d'alliance apporterait : "aucune guerre plus (+) le pétrole". Il réconcilierait également instantanément les Etats-Unis avec l'Onu et avec les alliés européens que leur politique leur a aliénés.

La guerre contre le terrorisme serait gagnée d'avance : l'antiaméricanisme passerait très vite de mode dans le monde musulman. Les droits civiques des Arabes et des musulmans américains ne poseraient plus problème.

Le fait que les Etats-Unis aient une position irrecevable en matière d'armes de destruction massive non plus. Même sans intentions pures, même sans élévation du niveau de conscience, les Etats-Unis récupéreraient tout ce qu'ils ont perdu depuis le 11 septembre.

De plus et enfin, le choc des civilisations serait remis au placard : il deviendrait immédiatement très clair que les musulmans ne sont pas plus bouleversés que la moitié de la population américaine, contrairement à ce qu 'on veut bien prétendre, par quelques centimètres carrés de peau dénudée sur MTV.

Non que le conflit israélo-palestinien soit le seul problème qui compte sur la scène mondiale ; mais il s'agit du conflit le plus crucial qui soit.

Tant que les Etats-Unis ne se seront pas réconciliés avec le monde musulman au sujet de la Palestine, ils resteront dans l'incapacité de faire preuve d'un quelconque engagement vis-à-vis des conventions internationales, ou de changer la teneur de leur guerre autodestructrice contre le terrorisme, ou de dépasser leur amertume jubilatoire qui empoisonne toutes leurs tentatives de développer une politique étrangère fructueuse.

S'ils décident de changer de côté, dans ce conflit, en passant du bon côté, les Etats-Unis auront encore fort à faire, mais la voie s'ouvrira devant eux qui leur permettra de le faire.


Comment cette proposition serait-elle reçue par l'opinion publique américaine ? Nous n'en savons rien ; cela n'a jamais été tenté. Mais y a-t-il quelque chose qui puisse l'interdire ?
Cela n'exige aucun sacrifice.
Aucun de ceux qui veulent que l'Amérique soit puissante, aucun de ceux qui veulent que l'Amérique soit à l'abri du terrorisme, aucun de ceux qui veulent de l'essence à bon marché pour leur 4 x 4 n'y trouvera rien de rédhibitoire.

Certes, il y a l'obstacle des préjugés anti-arabes et anti-musulmans, mais ces préjugés sont superficiels. Ils n'ont aucunement empêché les Etats-Unis de s'allier avec les pays du Golfe, le Pakistan et l'Indonésie : pourquoi empêcheraient-ils les Etats-Unis de conclure des alliances nouvelles et de renforcer les alliances existantes avec d'autres sociétés musulmanes ?
Les Américains ont l'habitude de voir en Israël leur cher ami, mais ils sont aussi accoutumés à voir dans la Syrie leur ennemi mortel.

Cela a-t-il empêché les Etats-Unis et la Syrie de former une alliance militaire, voici un peu plus de dix ans ?

Bien sûr, il y aurait une levée de boucliers incroyable de la part des organisations juives, des néoconservateurs et d'autres encore. Mais il s'agirait d'une lutte véritable, pour un objectif véritable, avec une chance de victoire véritable. Au pire, cela accroîtrait de manière significative la pression dans le sens de la paix au Moyen-Orient.


Toutefois, le plus grand obstacle dressé devant cette proposition, serait la gauche elle-même. Nombreux sont les gens de gauche qui ont effectivement, avec beaucoup de courage moral, placé la question palestinienne au centre et au-devant de leur intérêt.

Mais à quelles fins ?
Ne s'agissait-il pas là, encore, que d'une de ces interminables campagnes de charité ?
S'agissait-il d'autre chose que d'illustrer par un énième exemple la perfidie des Etats-Unis ?

Le problème, en l'occurrence, ce n'est pas un manque d'intérêt pour cette cause mais, encore une fois, un manque d'ambition, une inaptitude à concevoir une quelconque stratégie susceptible de mettre réellement un terme au conflit israélo-palestinien.

Au nom du réalisme politique, la gauche pro-palestinienne promeut la pire des illusions : celle qui voudrait que les Etats-Unis seraient capables d'arrêter le massacre simplement en tournant le robinet de l'aide américaine à Israël.

Même arrêter totalement cette aide ne servirait à rien : Israël est déterminé à ne pas bouger. Il fera occasionnellement entendre ses bougonnements au sujet de l'Etat palestinien et des négociations, mais nous savons parfaitement bien que ses "offres généreuses" excluent constamment des parties vitales de la Cisjordanie et la plupart des colonies.

Nous savons également que la notion de sécurité requise prévalant actuellement en Israël implique le maintien par Israël de son contrôle sur toutes les parties des territoires occupés jugés stratégiquement importants, dont les frontières, les principales routes et les aéroports.

Nous savons que même cette soi-disant "générosité" serait, c'est une quasi certitude, rejetée par l'électorat israélien.

Autrement dit, Israël n'a pas la moindre intention de faire la paix ni de donner son assentiment à l'instauration d'un Etat palestinien. Israël ne cèdera pas, même si l'on évoque la suppression des aides militaires et économiques. Israël n'a pas besoin de cette aide : d'ores déjà l'un des premiers pays exportateurs d'armement au monde, ce pays compenserait tout manque à gagner résultant de la suppression partielle ou totale des aides qu'il reçoit en incluant à son commerce mortel des articles actuellement interdits internationalement.

Les Etats-Unis s'aviseraient-ils de laisser courir le bruit de timides réductions de leurs aides à Israël que celui-ci menacerait de vendre des armes ultra sophistiquées à des ennemis des Etats-Unis et ferait cliqueter son sabre nucléaire : continuez à nous armer, sinon les Arabes vont nous attaquer, et nous serons obligés de les vitrifier.

Israël ne pourrait être isolé et contré que par ce qui ne manquerait pas de se constituer instantanément dès lors que les Etats-Unis décideraient de changer de côté : une coalition du monde entier, déterminée à en finir avec le chantage d'Israël. Et, est-ce un hasard, une coalition du monde entier, c'est exactement ce dont les Etats-Unis ont le plus urgent des besoins.

En attendant, comme la gauche ne le sait que trop bien, le massacre continue. Tandis que les gens de gauche se torturent les méninges à ce sujet, ils ne parviennent apparemment pas à trouver la solution.

Comme les Etats-Unis, ils ne peuvent se résoudre à changer de côté, à un renversement d'alliances, afin de faire leur le seul, l'unique objectif qui résoudrait, de surcroît, les problèmes de sécurité de l'Amérique.

Ils ne peuvent se résoudre à dire : "Je veux que les Etats-Unis s'allient aux Palestiniens et au monde musulman. Je veux que les Etats-Unis voient en Israël non plus le vilain garçon qui doit être privé de dessert militaire, mais un ennemi.
Comme la majorité des gens, dans le monde musulman, et sans doute dans le monde entier, j'applaudis, sans réserve, la résistance du peuple palestinien."

Quelles que soient les causes de cette réticence à choisir son camp, ses effets sont désastreux. C'est jouer du violon pendant que les Palestiniens, eux, sont massacrés, c'est abandonner la meilleure chance d'éviter de nouveaux Irak à venir, c'est enfin un refus de combler le fossé entre la gauche et le peuple américain.
Moralité mise de côté, la gauche a un choix devant elle. Elle peut continuer à manifester, dans une ambiance de plus en plus hostile à toute dissension. Cela reviendrait ni plus ni moins à attendre jusqu'à ce que le nombre croissant de victimes américaines ou la montée de l'indignation de par le monde fasse notre travail à notre place.

L'autre solution consiste à donner aux Américains une alternative réelle à la politique actuelle, ce qui signifie ouvrer à retourner les Etats-Unis contre Israël.

Pour y contribuer, nul besoin de criailler ni de faire la morale. De plus, cela permettrait d'offrir un espoir authentique d'un réel changement dans le monde post 11 septembre.

S'opposer à Israël n'est plus simplement une obligation morale ; c'est la seule manière réaliste de détourner l'Amérique de sa route dévastatrice et autodestructrice.

Cela n'était pas jugé digne de considération avant l'échec de la lutte contre la guerre. Peut-être cet échec ouvrira-t-il les esprits à des idées nouvelles.

Source : www.counterpunch.org

Traduction : Marcel Charbonnier

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