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Palestine - ISM France

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Chili -

Focus sur… Daniel Jadue, palestinien, chilien, communiste et bien placé pour la présidentielle au Chili

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Dans la newsletter n° 10, juillet 2021

Rien qu’hier, faisant mes courses dans le centre de Lyon, j’ai rencontré 58 amies et amis déprimées et déprimés parce que la vie politique collective à Gauche s’écroule, ce qui est un fait. Les Verts sont dans le mouvement et s’inscrivent comme jamais dans le paysage politique, mais question Gauche, tout est à reconstruire, sauf que ceux qui monopolisent l’espace pour reconstruire sont ceux qui nous envoyé dans le fossé. Opposé par principe à l’acharnement thérapeutique, qui est illégal (CSP, art. R. 4127-37), et ne négligeant pas les effets de ceux, qui de la base, veulent reconstruire, je passe…

Focus sur… Daniel Jadue, palestinien, chilien, communiste et bien placé pour la présidentielle au Chili

Donc, direction Chili, parce qu’il s’y passe des choses très intéressantes.

Daniel Jadue, un Palestinien, candidat à la présidence du Chili ? Eh oui, car le Chili accueille la plus grande colonie palestinienne, en dehors du monde arabe. Combien ? Pas facile de dire, alors qu’on en est à la quatrième génération, avec des cœurs palestiniens qui ont adhéré à l’âme chilienne. Pour le plus grand nombre, des Palestiniens chrétiens s’étant résolus à l’exil avant la Nakba.

Cela dit, on n’est pas en Palestine, mais au Chili, pour soutenir la candidature du communiste et pour avoir un coup de chaud au cœur, cliquez ici, vous accéderez à rien de moins que le site du Parti communiste du Chili, des sœurs et des frères.

Pour être candidat, Daniel Jadue a créé une micro association à son nom pouvant recevoir des dons, s’est entouré des technos de la com’, a écrit un livre de moins de 100 pages pour raconter son héroïsme à sauver le peuple, et a prévu un plan de passage sur les plateau-télé people. Il a un plan pour faire Hanouna avec un gros sujet polémique à deux balles, ce serait top…

Ouaip, sauf que pas vraiment… Daniel Jadue, c’est du sérieux. C’est le maire de Recoleta, une commune de la banlieue de Santiago, la capitale du Chili. Il s’est enraciné dans la ville, et se fait entendre dans tout le pays, par des actions remarquables de solidarité vraie, donc en restaurant les droits des plus démunis, et en arrachant du fric aux puissants : « Montrer aux gens qu’il est possible d’organiser un pays autrement. »


Voici deux très parlantes interviews.

Première interview à mes amis de solidaires.org

Quelles mesures avez-vous prises concrètement à Recoleta ?
Daniel Jadue.
Nous avons créé une pharmacie municipale communautaire, qui propose des médicaments jusqu’à 50 % moins chers que la concurrence privée. Entre temps, 144 communes ont adopté ce système. Nous avons également lancé un programme de production d’électricité à partir de panneaux solaires, afin de ne plus dépendre de fournisseurs privés. Il y a encore d’autres initiatives citoyennes : un opticien communal, une librairie, un magasin de disques, la location d’appartements, l’université pour tous, une structure de soins de santé communale. Tout cela fait partie du programme « La commune dans nos quartiers », qui est réalisé en collaboration avec les conseils de quartiers. Dans les « écoles pour tous », c’est la collectivité qui prend en charge les infrastructures. Ainsi, cela fait 8 ans que nous sortons de la logique du marché certains produits importants tels que les médicaments, les lunettes, les livres ou le logement.

Selon vous, d’où est parti le vaste mouvement social qui secoue le Chili depuis octobre 2019 ?
Daniel Jadue.
Tout a commencé par l’augmentation de 30 pesos du prix du ticket de métro à Santiago, en déconnexion totale avec la réalité des travailleurs chiliens. Beaucoup de gens passent des heures à se rendre au travail ou à l’école dans un réseau de métro parmi les plus chers du monde, proportionnellement au niveau de vie du pays. Le problème fondamental, ce ne sont pas ces 30 pesos, mais bien 30 ans de politiques qui ne tiennent pas compte des problèmes des gens. Le coût de la vie augmente chaque année, mais pas les salaires.

Ces vingt dernières années, le taux de chômage a augmenté de 3 %, passant de 6 à 9 %. Avec la pandémie, la situation s’aggrave et en juin, le taux de chômage explosait à 11 %.... De plus en plus de Chiliens n’arrivent plus à joindre les deux bouts. De plus, le système politique est corrompu et la justice inexistante. Une personne issue d’une famille riche commet un vol ? On lui donne une petite leçon d’éthique. Par contre, une personne pauvre qui se fait attraper volant un téléphone risque trois ans de prison. La résistance est partie des actions de protestation des étudiants, pour culminer en octobre 2019 avec des manifestations de grande ampleur dans tout le pays. Environ 10 % de la population chilienne (qui est de plus de 18 millions, NdlR) est descendue dans la rue.

Quel rôle joue la pandémie dans tout cela ?
Daniel Jadue.
Notre gouvernement a fait face à cette crise sanitaire comme le ferait un chef d’entreprise : en minimisant le danger, en faisant passer les intérêts économiques avant la santé et en n’aidant pas les familles dans le besoin. Les gens ont commencé à s’organiser. On a vu se mettre en place des cuisines populaires, des distributions de nourriture et des aides en porte à porte. Nous avons constaté une très grande participation des jeunes générations. C’est nouveau pour le Chili. Auparavant, les jeunes ne voyaient pas quel rôle ils auraient pu jouer dans ce changement. Mais aujourd’hui bien.

En octobre, à un référendum demandant au peuple chilien s’il estimait ou non nécessaire une refonte de la constitution, qui remonte à l’époque de la dictature de Pinochet, 78 % ont répondu « oui »...
Daniel Jadue.
Cette refonte de la constitution était l’une des revendications centrales du mouvement de résistance sociale. C’est la seule façon pour le pays de modifier radicalement sa législation néolibérale. C’est donc une victoire fantastique pour les mouvements sociaux. Il s’agit aussi d’un hommage à ceux qui se sont battus pour cela et qui ne sont plus là. Un hommage également aux centaines de Chiliens qui sont toujours en prison un an après le début des manifestations. Les jeunes d’aujourd’hui ont poursuivi le combat de 1988 (cette année-là, le dictateur Pinochet avait organisé un référendum pour tenter de prolonger de huit ans son mandat de « président ». La proposition avait été rejetée avec 55,99 % des votes, marquant la fin du régime militaire, NdlR).

Qui sont les gagnants et les perdants de ce vote ?
Daniel Jadue.
Le « non » ne l’a emporté que dans cinq communes du pays. Et dans trois de ces communes, on observe une concentration de gens riches. Les perdants, ce sont eux. Ce résultat reflète une opinion largement répandue : il faut en finir avec le système actuel. Cela va de pair avec une grande méfiance quant à la manière dont l’élite politique va gérer le reste du processus. La population est largement consciente que la mobilisation doit se poursuivre après le référendum. Par exemple, l’accord initial entre le gouvernement et le peuple ne prévoyait pas de parité hommes-femmes dans le cadre de l’élection de l’Assemblée constituante. Mais cette revendication a été approuvée sous la pression du mouvement de protestation.

Le processus constitutionnel va-t-il réellement changer les choses ?
Daniel Jadue.
Il s’agit d’un processus qui a ses limites. Par exemple, la convention constitutionnelle pour laquelle nous allons voter en avril 2021 ne peut pas modifier les traités internationaux ou de libre-échange qui « protègent les investissements étrangers ». Les multinationales étrangères, associées à des hommes d’affaires chiliens, sont intouchables. Leurs investissements dans les pensions, la santé, l’enseignement, les ressources naturelles et stratégiques ne peuvent être affectés par la convention constitutionnelle. Mais je suis optimiste, ce processus constitutionnel est une première étape dans la construction du pays dont nous rêvons. Une fois la nouvelle constitution en place, la lutte devra se poursuivre au Parlement et, bien sûr, dans la rue.

Vous êtes très bien positionné dans la liste des candidats à la course présidentielle de 2022. Qu’en pensez-vous ?
Daniel Jadue.
Je ne suis pas candidat officiel du Parti communiste du Chili à la présidence et je n’en ai pas l’ambition [Entre-temps, vu sa popularité et les résultats concrets de son travail sur le terrain, le Parti communiste a décidé de le choisir comme candidat. Et il vient d'être réélu à la mairie avec 64 % des voix, NdlR]. Et pourtant, dans les sondages, j’obtiens 24 % et je suis le candidat le plus populaire. Un communiste ! Vous savez pourquoi ? Parce que beaucoup de Chiliens voient ce qui se passe à Recoleta. Ils voudraient également que ce genre d’initiative se prenne au niveau national. Ce que le peuple chilien demande, ce sont des écoles, des médicaments et des soins de santé abordables et un gouvernement qui se soucie de lui et le laisse participer aux décisions. L’exemple de Recoleta prouve que ce n’est pas une utopie.


Deuxième interview à mes amis de L’Humanité

Les élections à la Convention constituante, initialement prévues les 10 et 11 avril, ont été reportées aux 15 et 16 mai. Motif invoqué : une nouvelle flambée épidémique, malgré la vaccination d’un tiers de la population. Comment avez-vous accueilli cette décision ?
Daniel Jadue.
Cette décision s’explique par la situation sanitaire que vit le Chili. Ce gouvernement n’a perdu aucune occasion de se tromper, alors même qu’il met en permanence en scène ses prétendus succès. Ses membres répètent que tout ce qu’ils ont fait face à cette pandémie est formidable, bien que l’évidence dise absolument le contraire. Depuis le mois de décembre, alors que le nombre de contaminations se maintenait à un niveau assez élevé, le gouvernement, en invoquant des raisons économiques, a commencé à ouvrir la voie à la reprise des activités. Ils ont parié sur l’arrivée du vaccin, certains de pouvoir contenir une deuxième vague. Les gens ont été autorisés à partir en vacances, à sortir du pays, ce qui a permis l’introduction des nouveaux variants qui ont accéléré l’expansion du virus. Les centres commerciaux, les cinémas, les casinos et bien d’autres lieux publics ont rouvert leurs portes, les enfants sont retournés à l’école. Voilà les décisions qui nous ont conduits au point actuel, où, pour sauver leurs consciences, ils ont opté, in extremis, à quatre jours de la date retenue, pour le report des élections. Le seul résultat, c’est un affaiblissement profond de la démocratie. Dans la rue, les gens circulent toujours, les travailleurs sont obligés de s’acquitter de leurs tâches, les familles sont privées des aides qui leur permettraient de rester vraiment à la maison, de se confiner, pour bloquer l’avancée des contagions. Nous sommes devant une politique inconsistante.

Avant même la crise sanitaire, avait commencé la crise économique. Ses conséquences sociales sont dramatiques. Comment affrontez-vous cette crise sociale comme maire d’un secteur populaire ?
Daniel Jadue
. Les conséquences économiques de cette crise sont liées au modèle économique qui s’est imposé ces trente dernières années. Nous essayons, au niveau local, d’affronter cette situation avec des mesures qui garantissent la vie des gens, qui contribuent à la rendre plus simple. Nous avons été précurseurs, à Recoleta, de plusieurs initiatives, avec la création de structures solidaires : des pharmacies populaires (pharmacies municipales qui vendent les médicaments à prix coûtant, soit en moyenne 30 % de moins que dans les pharmacies privées – NDLR), des opticiens, une librairie, une boutique de musique et d’autres services qui facilitent la vie et tissent, en même temps, une communauté ouvrant la possibilité d’une transition culturelle pour sortir des valeurs du néolibéralisme. Je crois que c’est la meilleure recette pour affronter cette crise.

Quelles sont les propositions immédiates, concrètes du Parti communiste chilien pour faire face à cette crise ?
Daniel Jadue
. Ce que nous proposons dans l’immédiat, c’est la création d’un revenu familial d’urgence, pour une durée minimale de six mois, afin de freiner ce cycle de crise, tout en créant des conditions favorables à la réduction de la mobilité, en décrétant des restrictions plus fortes. Dans un second temps, nous défendons un programme de création d’infrastructures publiques indispensables à la relance de l’économie. Nous sommes, enfin, attachés à deux propositions centrales : la reconnaissance constitutionnelle du travail domestique, pour aller vers l’élaboration de politiques publiques qui le régulent, le protègent et lui reconnaissent sa valeur productive, et la construction de logements sociaux en location à un prix équitable dans tout le Chili, de façon à réguler le marché de l’immobilier.





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