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Israël -

Frères d'Armes : Le Pacte secret d'Israel avec Prétoria

Par

Lors de la Seconde Guerre Mondiale, le futur Premier ministre Sud Africain, John Vorster, était interné en tant que sympathisant nazi. Mais trois décennies plus tard, il était fêté à Jérusalem.
Dans la seconde partie de son remarquable reportage spécial, Chris McGreal, a enquêté sur l’alliance clandestine entre Israël et le régime de l’apartheid, cimenté par le dernier cadeau d'amitié : une bombe nucléaire.

Lire la première partie du reportage spécial de Chris McGreal

Il y a plusieurs années à Johannesbourg, j'ai rencontré une femme juive dont la mère et la sÅ“ur avaient été assassinées à Auschwitz.
Après leurs morts, elle a été forcée d’entrer dans une chambre à gaz, mais par miracle, cette session de meurtres a été annulée. Vera Reitzer a survécu au camp d'extermination, se maria peu après la guerre, et partit pour l'Afrique du Sud.

Reitzer rejoignit le Parti Nationaliste d'Apartheid (PN) au début des années 1950, à l'époque où le nouveau Premier Ministre, DF Malan, introduisait une législation qui rappelait les lois de Nüremberg d'Hitler contre les Juifs : la Loi sur le recensement de population classait les Sud-africains selon leur race, une législation qui interdisait le sexe et le mariage entre personnes de couleur différente, et des lois interdisaient aux Noirs l’accès à de nombreux emplois.

Vera Reitzer ne voyait aucune contradiction, en tant que survivante de l'Holocauste, d'adhérer à un système qui rappelait de manière troublante par sa philosophie sous-jacente, sans parler de l'ampleur de ses crimes, celui auquel elle avait survécu.

Elle défendait énergiquement l'Apartheid en tant que rempart nécessaire contre la domination des Noirs et le communisme qui engloutissait sa Yougoslavie d'origine.

Reitzer insinue qu’elle pensait que les Africains étaient inférieurs aux autres êtres humains, et ne devaient pas être traités en tant qu'égaux. Je lui ai demandé si Hitler n'avait pas dit la même chose à son sujet en tant que Juive. Elle a demandé à mettre fin à la conversation.

Reitzer n’était pas la seule parmi les Juifs Sud Africains à montrer ouvertement son enthousiasme pour l’Apartheid et leur appartenance au PN (Parti Nationaliste). Mais elle était un membre accepté de la communauté Juive à Johannesburg, travaillant pour l’Association des Survivants de l’Holocauste, alors que les Juifs qui combattaient le système d’apartheid étaient fréquemment exclus de leur propre communauté.

De nombreux Israéliens s'offusquent des suggestions que leur pays, né sur les cendres du génocide et construit sur des idéaux Juifs, puisse être comparé à un régime raciste.

Pourtant, pendant des années, la majorité des Juifs d'Afrique du Sud n'a pas combattu le système d’apartheid, mais en a bénéficié et a prospéré sous sa protection, même si une partie d'entre eux figurait à la tête des mouvements de libération.

A la même époque, les gouvernements israéliens se sont aussi abstenus des critiques envers un régime dont les dirigeants avaient été à l'époque des admirateurs d’Adolf Hitler.

Pendant les trois décennies après sa création, l'auto-proclamée "pureté des armes" d'Israël – qui décrit la supériorité morale de ses soldats- a été secrètement sacrifiée, alors que le destin de l’Etat Juif devenait si étroitement imbriqué avec l’Afrique du Sud que l'establishment de la sécurité israélienne finit par croire que cette relation sauverait l'Etat Juif.



L’antisémitisme Afrikaner

L’Apartheid recherchait à séparer tous les aspects de la vie, du travail à la chambre à coucher, bien que, dans la pratique, les Blancs dépendaient des Noirs en tant que main-d’œuvre et domestiques.

La ségrégation évolua en "développement séparé" et en "bantoustans", les cinq foyers nominalement indépendants, où des millions de Noirs étaient entassés sous l'autorité de despotes à la solde de Pretoria.

Lorsque le gouvernement du parti Nationaliste est arrivé pour la première fois au pouvoir à Pretoria en 1948, les Juifs d'Afrique-Sud - dont la majeure partie était des descendants des réfugiés des pogroms du 19ème siècle en Lituanie et en Lettonie - avaient raison d'être inquiets.

Une décennie avant que Malan devienne le premier Premier Ministre de l'ère de l'Apartheid, il dirigeait l’opposition aux réfugiés Juifs de l'Allemagne Nazie qui venaient en Afrique du Sud.

En lançant une législation destinée à bloquer l'immigration, Malan déclarait au parlement en 1937 : "On m'a reproché que je discriminais les Juifs en tant que juifs. Maintenant laissez-moi vous dire franchement que je l'admets."

L'antisémitisme Sud-Africain s’est développé avec l'ascension de l'influence des Juifs dans les années 1860, pendant la ruée vers les mines de diamant du Kimberly.

Au début du 20ème siècle, un correspondant du Manchester Guardian, JA Hobson, reflétait l'opinion que la guerre des Boers avait été menée dans l’intérêt "d’un petit groupe de financiers internationaux, principalement d’origine allemande et de race juive".

Cinquante ans après, le cabinet de Malan voyait toujours des conspirations semblables. Hendrik Verwoerd, rédacteur d’un journal violemment antisémite, Die Transvaler, et futur auteur du "Grand apartheid", accusait les Juifs de contrêler l’économie.

Avant la seconde guerre mondiale, une sociétée secrète Afrikaner, la Broederbond -dont Malan et Verwoerd étaient membres- entra en relation avec les Nazis.

Un autre membre de la Broederbond et futur Premier Ministre, John Vorster, fut interné dans un camp prison par le gouvernement de Jan Smuts lors de la guerre pour sympathies Nazies et ses liens la milice fasciste des "Chemises Grises".

Don Krausz, président de l’Association des Survivants de l’Holocauste de Johannesburg, est arrivé en Afrique du Sud un an après la guerre, ayant survécu aux camps d'Hitler de Ravensbrück et Sachsenhausen mais pas une grande partie de sa famille.

"Les Nationalistes avaient une plateforme fortement antisémite avant 1948. La presse Afrikaans était méchamment anti-juive, encore plus que l'était le Stürmer en Allemagne sous Hitler. Les Juifs étaient très menacés par les Afrikaners. Les Afrikaners soutenaient Hitler." dit-il. "Ma femme vient de Potchefstroom, (dans ce qui était alors le Transvaal).

Les Chemises Grises de la ville avaient fait sauter toutes les boutiques juives. Dans les communautés à prédominance Afrikaner, les Juifs étaient opprimés. Maintenant les mêmes types arrivent au pouvoir en 1948 ... Les Juifs avaient très peur. Il y avait des ministres du conseil qui avaient soutenu ouvertement les Nazis.".

Helen Suzman, une Juive laïque, fut pendant de nombreuses années la seule voix anti-apartheid au parlement. "Ils ne craignaient pas un nouvel Holocauste, mais ils redoutaient l’adoption de lois de type Nüremberg, le genre de lois qui empêcheraient les gens d'exercer leurs professions. Le nouveau gouvernement avait indiqué clairement que la différentiation de race allait être intensifiée, et les Juifs ne savaient pas où seraient leur place dans tout ça", raconte-t-elle.

De nombreux Juifs Sud-Africains furent rapidement rassurés parce que s'il y avait effectivement des lois du type Nuremberg, ils ne seraient pas les victimes. Le régime d’apartheid avait un problème démographique et il ne pouvait pas se payer le luxe d'isoler une partie de la population blanche, même si elle était juive.

En quelques années, beaucoup de Juifs Sud-Africains en vinrent non seulement à se sentir en sécurité dans le nouveau système mais à s'y sentir bien. Certains trouvaient des échos de la lutte d'Israël dans la renaissance du nationalisme Afrikaner

Beaucoup d’Afrikaners voyaient la victoire électorale du Parti Nationaliste comme une libération d’un ordre britannique âprement détesté. Les camps de concentration Britanniques en Afrique du Sud n'avaient ni l'ampleur ni l'intention de la guerre d'Hitler contre les Juifs, mais la mort de 25.000 femmes et enfants de faim et de maladies était profondémment enracinée dans le nationalisme Afrikaner, de la même façon que la mémoire de l'Holocauste est maintenant centrale à la perception d'Israël de lui-même.

Le régime Blanc disait que la leçon pour les Afrikaners étaient de défendre leurs intérêts, ou faire face à la destruction.

"Ce que les Natifs essayaient de faire, c'était de protéger les Afrikaners," dit Krausz.

"Particulièrement après ce qui leur a été fait pendant la guerre des Boers, où les Afrikaners avaient été réduits presque à l'état de mendiants à leur retour de la guerre, que ce soit du champ de bataille ou d'une certaine sorte de camp de concentration. Ils l'ont fait pour protéger l'Afrikaner, sa prédominance après 1948, sa culture."

Et puis il y avait Dieu. L’Eglise Réformée Hollandaise tira des justifications à l’apartheid dans l’Ancien Testament et dans l’histoire Afrikaner, et se saisit de la victoire sur les Zoulous lors de la bataille de Blood River comme une confirmation que le Tout-Puissant était du cêté de l’homme blanc.

"Les Israéliens prétendent qu’ils sont le peuple élu, les élus de Dieu, et ils trouvent une justification biblique à leur racisme et à leur exclusivisme sioniste", dit Ronnie Kasrils, ministre des Renseignements d'Afrique du Sud, et co-auteur juif d'une pétition qui a circulé parmi les Juifs d’Afrique du Sud pour protester contre l’occupation Israélienne des territoires Palestiniens.

"C'est exactement comme les Afrikaners de l’apartheid d'Afrique du Sud qui avaient également une notion biblique, que la terre était leur droit donné par Dieu.
Tout comme les sionistes qui affirmaient que la Palestine dans les années 1940 était une terre sans peuple pour un peuple sans terre, les colons Afrikaners répandaient le mythe qu’il n’y avait pas de peuple noir en Afrique du Sud quand ils l'ont colonisé pour la première fois au 17ème siècle. Ils ont conquis par la force des armes et la terreur et la provocation d'une série de guerres coloniales sanglantes de conquête."

L’antisémitisme a persisté, mais après quelques années des Nationalistes au pouvoir en 1948, de nombreux Juifs d’Afrique du Sud se sentaient des objectifs communs avec le reste de la communauté Blanche.

"Nous étions des Blancs, et même si les Afrikaners n’étaient pas nos amis, ils étaient Blancs eux aussi." reconnaît Krausz.
"Les Juifs d’Afrique du Sud se tenaient aux cêtés des Afrikaners, non pas par sympathie, mais par notre crainte commune des Noirs.
Je suis arrivé dans ce pays en 1946, tout ce que vous entendiez des Juifs, c'était : ‘les Noirs ceci, les Noirs cela’.
Moi, je leur disais ‘Vous savez, j’entendais exactement la même chose des Nazis à votre sujet'. Les Loirs étaient comparables aux Lois de Nuremberg. Des entrées séparées, 'Réservé aux Blancs' ici, 'Interdit aux Juifs' là-bas."

Pendant des décennies, la Fédération Sioniste et le Jewish Board of Deputies en Afrique du Sud encensaient des hommes tels que Percy Yutar, qui a poursuivi Nelson Mandela pour sabotage et conspiration contre l'Etat et qui l'a envoyé en prison à vie (en fait, il y a passé 27 Yutar est devenu Procureur Général de l’Etat Libre d’Orange, puis du Transvaal.
Il fut également élu président de la plus grande synagogue orthodoxe de Johannesbourg.

Certains leaders Juifs disait de lui qu'il était un "crédit à la communauté' et un symbole de la contribution des Juifs à l’Afrique du Sud.

"L’image des Juifs était celle de Helen Suzman", dit Alon Liel, un ancien ambassadeur israélien à Prétoria.

"Je pense que la majorité des Juifs n’aimaient pas ce que l’apartheid faisait aux Noirs, mais ils appréciaient les fruits du système et pensaient peut-être que c’était la seule manière de diriger un pays comme l'Afrique du Sud."

L’establishment Juif évita toute confrontation avec le gouvernement. La politique déclarée du Board of Deputies était la "neutralité", pour ne pas "mettre en danger" la population Juive. Les Juifs qui voyaient le silence comme une collaboration avec l’oppression raciale et qui faisaient quelque chose pour cela en dehors du système politique traditionnel, étaient évités.

"Ils ont été la plupart du temps très fortement désapprouvés parce qu'on pensait qu'ils mettaient la communauté en danger." Dit Suzman.
"Le Board of Deputies disait toujours que chaque Juif pouvait exercer sa liberté de choisir son parti politique, mais en ayant à l'esprit ce qu'il faisait pour la communauté. En général, les Juifs faisaient partie de la communauté Blanche privilégiée et qui menaient beaucoup de juifs à dire : "Ne coulons pas le bateau".



Des objectif communs

Israël critiquait ouvertement l’apartheid dans les années 1950 et 1960, alors qu'il construisait des alliances avec des gouvernements africains post-coloniaux.

Mais la plupart des Etats africains rompirent leurs liens après la guerre de Kippour de 1973, et le gouvernement à Jérusalem commença à avoir une opinion plus bienveillante pour le régime isolé de Prétoria.

La relation changea si profondémment que, en 1976, Israël invita le Premier ministre Sud-Africain, John Vorster – un ancien sympathisant Nazi et un commandant de la Ossewabrandwag fasciste qui se tenait aux cêtés d'Hitler – à faire une visite d'Etat.

Sans mentionner l'internement pendant la guerre de Vorster pour son soutien à l'Allemagne, le Premier Ministre, Yitzhak Rabin, loua le premier ministre sud-africain comme force pour la liberté et n'a fait aucune mention sur le passé de Vorster pendant la visite au mémorial de Jérusalem dédié aux six millions de Juifs assassinés par les Nazis.

Au banquet d’Etat, Rabin porta un toast "aux idées partagées par Israël et l’Afrique du Sud : l’espoir en la justice, et en une coexistence pacifique". Les deux pays, dit-il, "affrontent une irresponsabilité et une instabilité inspirées par l’étranger".

Vorster, dont l’armée envahissait à l'époque l’Angola, répondit à ses hêtes que l'Afrique du Sud et Israël étaient des victimes des ennemis de la civilisation occidentale.

Quelques mois plus tard, le rapport annuel du gouvernement Sud-Africain caractérisait les deux pays comme étant confrontés au même problème : "Israël et l’Afrique du Sud ont par dessus tout une chose en commun : ils sont tous les deux situés dans un monde à prédominance hostile habité par des gens à la peau sombre."

La visite de Vorster a posé les bases d’une collaboration qui a transformé l’axe Israël-Afrique du Sud en un axe principal de développement d'armes et une force dans le commerce international des armes.

Liel, qui a dirigé le bureau Sud Africain du Ministère israélien des Affaires Etrangères dans les années 1980, dit que l'establishment de la sécurité israélienne était arrivé à la conclusion que l’Etat Juif n’aurait pas survécu sans la relation avec les Afrikaners.

"Nous avons créé l’industrie militaire Sud-Africaine", déclare Liel.
"Ils nous ont aidé à développer toutes sortes de technologie parce qu’ils avaient beaucoup d’argent. Quand nous développions des choses ensemble, nous apportions habituellement le savoir-faire et ils appartaient l'argent. Après 1976, ce fut une véritable histoire d’amour entre les establishments de sécurité des deux pays et leurs armées."

"Nous étions impliqués en Angola, comme conseillers de l’armée sud-africaine. Des officiers Israéliens coopéraient avec l'armée. La relation était très intime."

À cêté des usines d'Etat qui transformaient le materiel pour l'Afrique du Sud, il y avait le Kibbutz Beit Alfa, qui développait une industrie rentable en vendant des véhicules anti-émeute utilisés contre les protestataires dans les bidonvilles des Noirs.



Vers le nucléaire

Le plus gros secret de tous était celui du nucléaire. Israël fournissait une expertise et la technologie qui furent cruciales au développement de la bombe nucléaire d'Afrique du Sud. Israël était suffisamment embarrassé concernant ses relations étroites avec un mouvement politique enraciné dans l'idéologie raciale pour cacher sa collaboration militaire.

"Tout ce que je vous dit aujourd’hui était totalement secret", déclare Liel. "Cette information n'était connue que d'un nombre de gens extrèmement limité en dehors de l'establishment de sécurité.

Mais il est aussi arrivé que beaucoup de nos Premiers ministres en faisaient partie, aussi, si vous prenez des gens comme (Shimon) Peres ou Rabin, ils étaient certainement au courant parce qu'ils faisaient partie de l'establishment de sécurité."

"Aux Nations-Unies, nous continuions à dire : ‘en tant que peuple juif qui a souffert de l'Holocauste, c’est intolérable. Mais notre establishment de sécurité continuait à collaborer."

Beaucoup de politiciens l'ont fait aussi. Les villes israéliennes ont trouvé des jumelages en Afrique du Sud, et Israël fut le seul parmi les nations occidentales à permettre au foyer Noir du Bophuthatswana à ouvrir une "ambassade".

Dans les années 1980, Israël et l’Afrique du Sud continuaient chacun à justifier leurs dominations sur d’autres peuples. Ils disaient tous les deux que leurs propres peuples étaient menacés d’anéantissement par des forces extérieures -en Afrique du Sud, par des gouvernements noirs Africains et le communisme ; en Israël, par les Etats arabes et l’Islam.

Mais ils ont tous les deux par la suite du faire face à des soulèvements populaires - Soweto en 1976, l'intifada palestinien en 1987 – qui étaient internes, spontanés et changeaient radicalement la nature des conflits.

"Il y a des choses que nous, Sud-Africains, reconnaissons dans la lutte des Palestiniens pour leur auto-détermination nationale et les droits humains ". dit Kastrils.
"Ceux qui sont réprimés sont démonisés en tant que terroristes pour justifier des violations de leurs droits encore plus grandes. Nous arrivons à l'absurdité que les victimes sont blâmées de la violence exercées contre eux. L'Apartheid et Israël sont des exemples typiques des états terroristes qui blâment les victimes."

Il y a des différences importantes. Israël a mené trois guerres de survie, et la lutte armée en Afrique du Sud n’a jamais évolué vers des stratégies meurtrières ou des tueries à grande échelle adoptées par des groupes palestiniens ces dernières années.

Mais, depuis les années 1980, la supériorité écrasante de la puissance militaire israélienne, la baisse de la menace de ses voisins, et le déplacement du conflit dans les rues palestiniennes ont érodé la sympathie dont Israël bénéficiait autrefois à l'étranger.

L’Afrique du Sud Blanche et Israël se définissaient eux-mêmes comme des enclaves de civilisation démocratique aux avant-postes pour défendre les valeurs occidentales. Les deux gouvernement ont également souvent demandé à être jugés sur les standards de leurs voisins tout en prétendant protéger le monde libre de ces derniers.

"Les Blancs (en Afrique du Sud) ont toujours vu leur destin d'une certaine façon liée au destin des Israéliens parce que les Israéliens étaient une minorité blanche entourée de 200 millions de Musulmans fanatiques aidés par le communisme." dit Liel.

"En outre, il y avait cette analyse qui disait qu'Israël est une île occidentale civilisée au milieu de ces 200 millions d'Arabes barbares et c'est pareil que les Afrikaners; cinq millions d'Afrikaners entourés par des centaines de millions de Noirs qui sont également aidés par le communisme."

Quand Israël a finalement commence à prendre des distances avec le regime d'Apartheid avec l'augmentation de la pression internationale sur le gouvernement Afrikaner, Liel dit que l'establishment de sécurité d'Israël a rechigné.

"Quand nous sommes arrivés à la croisée des chemins dans les années 1986-87, lorsque le ministère des Affaires étrangères a déclaré de soutenir les Noirs au lieu des Blancs, l’establishment de la sécurité a dit : ‘Vous êtes fous, c’est suicidaire’. Ils disaient que nous n'aurions jamais eu d’industries militaires ni aéronautiques si nous n'avions pas eu l’Afrique du Sud comme principal client depuis le milieu des années 1970 ; Ils ont sauvé Israël. D'une certaine façon, c’est probablement vrai." Dit-il Liel.



Oublier le passé

Shimon Peres était ministre israélien de la Défense à l'époque de la visite de Vorster à Jérusalem et deux fois Premier Ministre pendant les années 1980 quand Israël était le plus proche du gouvernement d'apartheid.

Il détourne les questions sur la moralité des liens avec le régime Blanc. "Je ne regarde jamais en arrière. Dès lors que je ne peux pas changer le passé, pourquoi m’en préoccuperais-je ?",dit-il.

En insistant pour savoir s’il n'avait jamais de doutes sur le fait de soutenir un gouvernement qui était à l’antithèse de ce qu'Israël disait représenter, Peres répondit que son pays luttait pour sa survie.

"Chaque décision n'est pas entre deux situations parfaites. Chaque choix que l’on fait est entre deux alternatives imparfaites. A cette époque, le mouvement Noir d’Afrique du Sud était avec Arafat, contre nous. En fait, nous n’avions pas beaucoup de choix. Mais nous n’avons jamais cessé de dénoncer l’apartheid. On n’a jamais été d’accord avec cela".

Et un homme comme Vorster ? "Je ne le mettrais pas sur une liste des plus grands hommes de notre époque".

Le directeur général adjoint du ministère israélien des Affaires étrangères, Gideon Meir, dit que bien qu'il n’avait pas de connaissance détaillée de la relation d'Israël avec le gouvernement d'Apartheid, elle était menée par une seule considération.
"Notre principal problème, c’est la sécurité. Il n’y a aucun autre pays dans le monde dont l’existence même est menacée. Cela existe depuis le premier jour de l’existence de notre Etat jusqu'à aujourd’hui. Tout cela est une conséquence de la géopolitique d’Israël."

Lorsque l’apartheid s’est effondré, l’establishment juif sud-africain, qui à l'époque encensait Percy Yutar -le procureur qui a emprisonné Mandela – s'empressèrent d'embrasser les Juifs qui étaient à l'avant-garde du combat contre l’apartheid, comme Joe Slovo, Ronnie Kastrils et Ruth First.

"J’ai reçu des félicitations de la part des organisations Sionistes internationales. Ils prétendaient que c’était mes racines juives qui m'avaient mené." Dit Suzman. Quand j'ai dit que je n’avais pas reçu d’éducation juive, et que j'étais allée dans un couvent qui ne m’avait pas influencée non plus, ils ont dit que j'avais agi instinctivement !"

Pour Kasrils, les embrassades furent de courte durée. "Ils ont passé des années à me dénoncer pour 'avoir mis en danger les juifs et alors soudainement ils prétendent qu'ils ont toujours été à mes cêtés dans la lutte. Cela n'a pas duré longtemps. Dès que j'ai commencé à critiquer ce qu'Israël fait en Palestine, ils m'ont encore laissé tomber." dit-il.

Aujourd’hui, le discours de la lutte anti-apartheid a trouvé dans l'établishement Juif un moyen pour défendre Israël.

Le grand rabbin d’Afrique du Sud, Warren Goldstein, a appelé le Sionisme : "un mouvement de libération nationale du peuple Juif" et a évoqué la terminologie de la politique de Prétoria pour améliorer le sort des Noirs "auparavant désavantagés". "Israël est un Etat créé pour protéger les Juifs d’un génocide. Nous étions auparavant désavantagés, et on ne peut pas compter sur la bonne volonté du monde.", dit-il.

Le Rabbin Goldstein a décliné nos différentes demandes d’interview.

En 2004, Ronnie Kasrils a visité les territoires palestiniens, pour évaluer l'impact de l’offensive israélienne en Cisjordanie deux ans plus têt en réponse à une vague d’attentats-suicide qui avait tué des centaines de personnes.
"C’est bien pire que l’apartheid" a-t'il dit. "Les mesures israéliennes, la brutalité, font ressembler l’apartheid à un picnic. Nous n'avons jamais eu de jets qui attaquaient les bidonvilles. Nous n’avons pas eu de bouclages qui duraient mois après mois. Nous n'avons pas eu de tanks qui détruisaient les maisons. Nous avions des véhicules blindés et la police utilisait des petites armes pour tirer sur les gens mais pas à cette échelle."



Pétition de conscience

Plus de 200 Juifs Sud-Africains ont signé une pétition que Kasrils et un autre vétéran Juif du combat anti-apartheid, Max Ozinsky, ont lancé pour dénoncer la façon dont Israël traite les Palestiniens, et font un parallèle avec l’apartheid.

Le document, intitulé Une Déclaration de Conscience, a provoqué un furieux débat parmi la communauté.

Arthur Goldreich, l'un des premiers compagnons d’armes de Nelson Mandela qui s'était également battu pour l'indépendance d'Israël – fait partie des signataires mais il y a joint un document reconnaissant l'impact des attentats-suicide sur la perception des Palestiniens par les Israéliens.

Kasrils reconnaît l'effet des kamikazes mais il dit que la "stratégie d’apartheid" d’Israël était en cours bien avant que les attaques-suicides ne commencent. Il remarque la ressemblance entre les territoires occupés et le patchwork de foyers en Afrique du Sud – des bantoustans – qui étaient destinés à débarasser du pays une grande partie de sa population noire tout en gardant la grosse partie de leur terre.

Aujourd’hui, près de 6 millions d’Israéliens vivent sur 85% de la surface qu'avait la Palestine sous le mandat Britannique. Près de 3,5 millions de Palestiniens sont confinés sur les 15% restants, alors que leurs villes et leurs cités sont parqués entre des blocs de colonies israéliennes en expansion constante, et derrière un réseau de routes séparées, de barrières de sécurité et d’installations militaires.

Vous pouvez dire qu’Israël et l'ancienne Afrique du Sud sont rattrapés par l'histoire.
Le monde de 1948, dans lequel l'Etat Juif est né et les Afrikaners sont arrivés au pouvoir ne se souciait guère de ces "peuples à peau sombre" qui se mettaient en travers de leurs grandes visions. Aucun gouvernement ne faisait beaucoup mieux que les autres – y compris les colonisateurs Britanniques – et que d'autres avaient fait avant eux.

Et si Israël se bat pour sa vie et expulse en même temps les Arabes de leurs maisons, qui en occident va juger les Juifs après ce qu'ils ont enduré ?

Mais le colonialisme s’est effondré en Afrique et Israël est devenu fort, et le reste du monde accepte de moins en moins les justifications de Pretoria et de Jérusalem. Les dirigeants sud-africains blancs ont accepté une autre voie. Israël se trouve maintenant à un moment critique de son histoire.

Avec Ariel Sharon dans le coma, il est douteux que nous sachions jamais jusqu’où il avait l'intention d'aller avec sa stratégie de "désengagement unilatéral" après le retrait de Gaza et d’une partie de la Cisjordanie .

Comme le dirigeant sud-africain blanc de Klerk, qui initia le démantèlement de l’apartheid, Sharon aurait pû s'apercevoir qu'il avait mis en marche des forces qu'il ne pourrait pas contenir - les forces qui auraient menées à un deal acceptable pour les Palestiniens.

Mais pour les Palestiniens, Sharon semblait avoir l'intention d'exécuter une version modifiée de son projet de longue date pour débarrasser Israël de la responsabilité d'autant d'Arabes que possible tout en conservant autant de leur terre que possible.

Quand Tony Blair faisait l'éloge du Premier ministre israélien pour son "courage" politique en quittant Gaza en août 2005, Sharon expropriait encore plus de terres en Cisjordanie qu'Israël en rendait à Gaza ; en construisant des milliers de nouveaux logements dans les colonies juives, et en accélérant la construction de cette barrière de béton et de fils de fer barbelé de 700 kilomètres que peu doutent que l'objectif est d'être une frontière.

Les Palestiniens disent que quelque soit "l’Etat" émasculé qui émergera – doté seulement "d'aspects de souveraineté" avec un contrêle limité sur ses frontières, ses finances et sa politique étrangère, rappellera de façon troublante les défunts bantoustans de l’Afrique du Sud.

Prenons les routes. Israël construit rapidement un réseau de routes parallèles en Cisjordanie pour les Palestiniens qui sont interdits d'utiliser de nombreuses routes existantes.
B’Tselem, le groups des droits de l’homme israélien décrit le système comme présentant "des ressemblances claires avec le régime raciste d’apartheid qui existait en Afrique du Sud".

L’armée qui décrit les routes interdites aux Palestiniens comme "stériles" dit que cette politique n'est menée seulement par des considérations sécuritaires. Mais il est évident que le système routier de la Cisjordanie est un outil, avec la barrière de 700 kilomètres, pour renforcer les blocs de colonies et découper le territoire.

"Le régime routier ne vient pas de la législation," déclare Goldreich, "c’est le résultat d'une décision politique et d'ordres militaires. Quand je regarde toutes ces cartes et que je regarde les routes, c'est comme Alice au Pays des Merveilles. Il y a des routes que les Israéliens peuvent emprunter et des routes que les Palestiniens peuvent emprunter et des routes pour les Israéliens et les Palestiniens. Les routes, les checkpoints, la barrière, tout par décret. Je regarde et je me demande : Quelle est l'idée derrière tout ça ?"

Il y a trois ans, le journal israélien Haaretz rapportait que l’ancien Premier Ministre italien, Massimo D’Alema, lors d'un diner dans un hotel de Jérusalem, avait déclaré que Sharon lui avait dit que le modèle des bantoustans était la solution la plus appropriée au conflit avec les Palestiniens.

Quand l'un des invités avait suggéré à D’Alema qu'il interprétait et non répétait les propos de Sharon, l'ancien Premier Ministre a répondu non : "Non, monsieur, ce n'est pas une interprétation. C'est une citation précise de votre Premier ministre." Rétorqua-t'il.

Avec Sharon hors-jeu de la politique, son successeur Ehud Olmert s'est juré de réaliser la vision de dessiner les frontières définitives d’Israël profondément à l’intérieur de la Cisjordanie et de conserver l'ensemble de Jérusalem pour l’Etat juif.



Donc, est-ce de l’apartheid ?

En venant dans l'Israël d'aujourd'hui, toute personne qui a connu l’ancienne Afrique du Sud verrait peu de comparaisons immédiatement évidentes. Il n'y a pas de pancartes isolant les Juifs des Non-Juifs.

Pourtant, tout comme dans l’Afrique du Sud Blanche d'alors et de maintenant, il y a un monde de discrimination et d’oppression que la majorité des Israéliens choisissent de ne pas voir.

Des soldats israéliens humilient et harcèlent régulièrement les Palestiniens aux checkpoints et des colons peignent des slogans remplis de haine sur les murs des maisons Arabes à Hébron.

La police arrête de façon routinière des citoyens qui semblent être des Arabes dans les rues de Jérusalem-Ouest pour demander leurs cartes d’identité.

Certaines communautés juives refusent d’accepter parmi eux des Arabes pour des raisons de différences culturelles. Le maire d’une colonie juive a même tenté d’exiger des Arabes qui entraient de porter un badge les identifiant en tant que Palestiniens.

Dans les années 1990, des Juifs d'Extrême-Droite ont menacé des commerçants pour qu'ils licencient leurs employés Arabes.

Et ceux qui acceptèrent reçurent des panneaux déclarant que leurs boutiques n'avaient pas d'Arabes.

arfois, la haine est expliquée en tant que discrimination religieuse mais les slogans entendus aux matchs de football sont : "Mort aux Arabes" et non "Mort aux Musulmans".

La presse israélienne ignore en grande partie la routine de l’occupation malgré les reportages courageux de quelques journalistes sur le nombre troublant d’enfants qui meurent par les armes israéliennes (plus de 650 depuis le début du deuxième intifada qui a éclaté en septembre 2000, dont un quart avaient moins de 12 ans) ; les abus sur les Palestiniens par les colons, et les humiliations imposées aux checkpoints.

Le mur de 8 mètres de haut construit à travers Jérusalem est presque invisible pour l'Ouest Juif de la ville.

En raison de la topographie, la plupart des Juifs de la ville ne voient pas le mammouth de béton qui divise les rues et les familles, et les démolitions de maisons – tout comme la plupart des Blancs d’Afrique du Sud restaient à l’écart des bidonvilles, et ne voyaient pas ce qui était fait en leur nom.

Peu après mon arrivée à Jérusalem, je fus invité à dîner dans une famille israélienne libérale. Parmi les invités, il y avait un éditeur d'un magazine américain, un historien connu et des activistes politiques. La conversation en est venue aux Palestiniens, et a dégénéré en une discussion sur pourquoi ils ne "méritaient" pas un Etat.

L’intifada et les attentats-suicide étaient perçus comme une justification aux 37 ans d'occupation et effaçaient les crimes qu’Israël avait pu commettre contre les Arabes sous son contrêle.

Cela me rappelait fortement les conversations en Afrique du Sud, et en effet l'opinion populaire israélienne des Palestiniens n’est pas très éloignée de celle de nombreux Blancs Sud-Africains à l'égard des Noirs.

Les sondages d'opinion montrent qu'un grand nombre d'Israéliens voient les Arabes comme : "sales", "primitifs", sans considération pour la vie humaine et violents.

Sharon a recruté dans son gouvernement des hommes qui ont appelé ouvertement à un nettoyage ethnique global qui dépasserait largement les déplacements forcés de l’apartheid.

Parmi ces hommes, il y avait le ministre du Tourisme, Rehavam Ze’evi, qui était l'avocat du "transfert" des Arabes hors d’Israël et des territoires occupés. Même la presse israélienne le traitait de raciste.
Ze’evi fut abattu en 2001 par des Palestiniens qui ont déclaré que sa politique avait fait de lui une cible légitime.

Mais les opinions de Ze’evi ne sont pas mortes avec lui.

Un député influent du Likoud, Uzi Cohen, a déclaré qu’Israël et ses alliés occidentaux devraient demander qu’une partie de la Jordanie soit séparée pour un Etat palestinien et que l'on devrait donner 20 ans aux Arabes des territoires occupés pour "partir volontairement".

Au cas où ils ne partiraient pas, des plans devraient être envisagés pour les expulser de force." a déclaré Cohen à Radio Israël. Cohen fait partie des 70 députés israéliens qui ont soutenu une proposition de loi pour instituer une journée nationale du souvenir pour Ze’evi, et un institut pour perpétuer ses idées.

En 2001, Sharon a nommé Uzi Landau comme ministre de la sécurité, une position d'où il a recommandé ouvertement que les Palestiniens devraient être forcés à partir en Jordanie parce qu’ils empêchaient l’expansion israélienne en Cisjordanie .
"Pour bon nombre d'entre nous, c'est comme s'ils (les Palestiniens) empiétaient sur notre droit à être là (dans les territoires occupés)," a-t'il dit.

Sharon s'est rarement opposé à l'expression de telles opinions et, quand il l'a fait, ce n’était pas parce qu'elle étaient racistes ou immorales. Le premier ministre a répondu aux membres de son parti le Likud qui le pressaient d'expulser les Palestiniens qu'il ne pouvait pas le faire parce que "la situation internationale n'était pas favorable".

"Nous avons toujours eu des fanatiques qui parlaient du Grand Israël", dit Krausz, le survivant de l'Holocauste à Johannesbourg.

"Il y a des types qui disent qu’il est écrit dans la Bible que cette terre est à nous, que Dieu nous l’a donnée. C’est du fascisme."



Dépossession coloniale

Yossi Sarid, un député israélien de Gauche, a déclaré au sujet d'un ministre du gouvernement qui s'agitait pour le départ forcé des Arabes : "Ses remarques me rappellent d'autres peuples et d’autres terres qui ont abouti à l’anéantissement de millions de Juifs."

Elles ressemblent aussi aux commentaires de PW Botha, qui deviendra plus tard président d’Afrique du Sud. Alors qu'il s'adressait au parlement en 1964 en tant que ministre aux Affaires des gens de couleur, il a déclaré : "Je suis de ceux qui pensent qu’il n’y a pas de plance pour une résidence permanente, même dans une partie seulement des Bantous, dans le secteur Blanc de l’Afrique du Sud et le destin de l’Afrique du Sud dépend de cette question essentielle. Si le principe de résidence permanente de l’homme noir dans le secteur des Blancs est accepté alors c’est le début de la fin de la civilisation que nous connaissons dans ce pays."

Il y a eu une époque où un grand nombre d'Israéliens était d'accord avec Ze’evi et Cohen, mais au cours de la dernière décénnie, ils en sont arrivés à soutenir la création d’un Etat palestinien en tant que moyen de s’affranchir de la responsabilité du gros des Arabes. Séparation. Apartheid.

Mais l’apartheid Sud-Africain était plus qu'une simple séparation. "L’Apartheid concernait surtout la terre", dit John Dugard, l'avocat Sud-Africain et observateur pour les droits de l’homme des Nations-Unies.

"L’apartheid avait pour but de garder les meilleures terres du pays pour les Blancs, et d’envoyer les Noirs dans les parties les moins habitables, les moins souhaitables du pays. Et on peut voir que tout le temps, ici (dans les territoires palestiniens occupés), en particulier maintenant avec le mur, ce qu'est vraiment un vol de terre. On voit les Palestiniens dépossédés de leurs maisons par des bulldozers. On peut tirer certains parallèles avec l'Afrique du Sud, à l'époque de l'âge d'or de l’apartheid, où les déplacements de la population aboutirent à la destruction des biens mais pas à la même échelle que la dévatation en particulier à Gaza, (ou en) Cisjordanie ."

Arthur Goldreich résiste à la tentation d'utiliser la comparaison. "C'est une analogie fondée, même attrayante. J’ai par le passé été très réticent, et je le suis encore, à faire l'analogie, parce que je pense que c’est trop pratique. Je pense qu'il y a des ressemblances frappantes dans toutes les formes de discrimination raciale." dit-il.

"Je pense que pour décrire, disons, le bantustanisme que nous voyons à travers une politique d'occupation et de séparation : ils ont tous leurs propres mots et leurs propres implications et il n'est pas nécessaire d'aller à l'extérieur pour les trouver."

Kasrils approuve. "Oui, il y a des parallèles énormes avec l’apartheid, mais le problème en faisant des comparaisons, c’est que cela nous éloigne du contexte palestinien." dit-il. "Nous devons chercher une autre définition. Ce qui m'a frappé, c'est la dépossession, la dépossession coloniale. La plupart des dépossessions colonialies ont eu lieu au fil des siècles avec des colons et des déplacements forcés. En Afrique du Sud, ce fut un processus sur 300 ans. Ici, il s'est déroulé en 50 ans : 1948, 1967, et aujourd’hui, en termes de la nature élevée du militarisme en Cisjordanie et à Gaza menant au mur, que je ne vois pas comme un mur de sécurité, mais un mur de dépossession."

Hirsh Goodman a émigré en Israël il y a trente ans, après avoir effectué son service militaire dans l’armée Sud-Africaine. Son fils est parti en Afrique du Sud après avoir fait son service dans l’armée israélienne.

"L’armée l’a envoyé dans les territoires occupés et il a dit qu’il ne pardonnerait jamais à son pays de ce qu'il l'a obligé à faire." dit Goodman, un analyste en sécurité à l’université de Tel-Aviv.
Il dit qu'Israël a beaucoup de comptes à rendre mais parler d’apartheid, c'est aller trop loin.

"Si Israël conserve les territoires (occupés), il cesse d’être une démocratie, et en ce sens c’est de l’apartheid parce que cela différencie deux catégories de personnes et sépare et créée deux types de lois ce qu’était l’apartheid."

Il créé deux standards d'éducation, de santé, ou de distribution de financements. Mais vous ne pouvez pas appeler Israël un Etat d’apartheid quand 76% de la population désire un accord avec les Palestiniens. Oui, il y a une discrimination envers les Arabes, les Ethiopiens et d’autres, mais ce n’est pas une société raciste. C'est le colonialisme mais il n'y a pas d'apartheid. Je sais vraiment ce qu'est l'apartheid. Je déteste que le terme soit utilisé avec abus."


Daniel Seidemann, l'avocat israélien qui se bat contre les lois sur le logement et de la planification urbaine de Jérusalem dit qu'il rejetait le parallèle avec l’apartheid mais il trouve qu'il est plus difficile de le faire aujourd’hui. "Ma réaction instinctive : "Ah non ! Nous ? Mon Dieu, non !’
Je pense qu'on peut en dire beaucoup sur cette réaction dans la mesure où l'apartheid est enraciné dans une idéologie raciste qui a clairement alimenté les réalités sociales, alimenté le système politique, alimenté le système de subjugation économique. En tant que juif, concéder la prédominance d'une vision raciste du monde pour dominer les Palestiniens est difficile à accepter" dit-il.

"Mais, malheureusement, l'absence d'une idéologie raciste n'est pas suffisante parce que les réalités qui ont émergé sont clairement réminiscentes par certains cêtés de certains des attributs les plus importants d'un régime d'apartheid."

Alors peut-être que la meilleure question est comment Israël en est arrivé au point que des comparaisons avec l’apartheid puissent être envisagées.

Est-il victime des circonstances, focés à l’oppression par son besoin de survivre ?

Ou est-ce la soif de terres si cruciale au projet Sioniste que la domination en était la conséquence inévitable ?

Krausz a travaillé en Israël pendant plusieurs années peu après la naissance de l’Etat. "J’ai compris le conflit en essayant de prendre la terre sur laquelle les Palestiniens vivaient depuis des siècles. J’ai réalisé que la guerre d’indépendance de 1948 n'était pas une situation correcte et incorrecte : beaucoup d’Arabes n'avaient pas seulement fui volontairement mais qu'ils avaient été encouragés à le faire. Qu'auraient-ils fait s’il n’y avait pas eu la guerre, je ne sais pas." dit-il.

"Je sais que là où je forais à la recherche de pétrole, c'était le site d'un village arabe. Etant Sud-Africain, j’avais l’habitude d'aller rendre visite à ma famille et des amis dans un kibboutz qui avait été créé par des Suds-Africains, dont mon cousin. J'avais l'habitude de vadrouiller dans la campagne et je trouvais des villages Arabes abandonnés et démolis."



Etats de peur

En Israël, au moins jusqu’à la fin des années 1970, la menace venant de ses voisins Arabes était bien réelle. Mais la peur jouait également un rêle parmi les Sud-Africains Blancs, qui regardaient avec une horreur croissante, puis avec terreur, le déclin de l'empire et la vague de gouvernements Noirs qui balayaient l'Afrique.

Les récits de femmes Blanches violées dans le Congo nouvellement indépendant et, quelques années plus tard, les scènes de Blancs fuyant l’Angola, le Mozambique et la Rhodésie étaient utilisés par l'Afrique du Sud pour terrifier ses citoyens blancs et leur faire accepter l'augmentation des mesures oppressives contre les Noirs.

Néanmoins la peur parmi les Blancs était réelle. Tout comme les Israéliens, ils pensaient qu'ils se battaient pour leur existence.

Les critiques d'Israël disent que comme les menaces envers l'Etat Juif on reculé, il ressemble de plus en plus au modèle d’apartheid - en particulier par son utilisation de la terre et des lois sur les droits de résidence - jusqu'à ce que les similitudes soient supérieures aux différences. Liel dit que ce ne fut jamais l’intention.

"Les problèmes existentiels d’Israël étaient réels." Dit-il. "Nous avons toujours honte de l'injustice que nous avons commise. Nous avons toujours essayé de nous conduire de manière démocratique. Bien sûr, au niveau individuel, il y avait beaucoup de discrimination, beaucoup, beaucoup. Au niveau gouvernemental, également. Mais ce n'était pas une philosophie construite sur le racisme. Une grande partie était guidée par la sécurité. dit-il.

Goldreich n’est pas d’accord. "C’est une distorsion grossière. Je suis surpris par Liel. En 1967, pendant la guerre des Six Jours, dans le climat d’euphorie - de manière intentionnelle et non par la grâce de Dieu ni par accident – le gouvernement israélien occupa la Cisjordanie et Gaza, avec une population palestinienne captive, dans le but évident d’étendre la surface d'Israël et d'éloigner les frontières de là où elles étaient." dit-il.

"Moi et d'autres comme moi, actifs après la guerre des six jours dans des plateformes publiques, avons tenté désespérement de convaincre le public dans tout le pays qu’un accord de paix entre Israël et les Palestiniens (offraient) bien plus de sécurité que l’occupation de territoires et les colonies. Mais le gouvernement voulait plus le territoire que la sécurité.

"Je suis certain que c'était dans l'esprit de nombreux dirigeants de ce pays que ce dont nous avions besoin de faire, c'était se débarrasser des Arabes. Mandela m'a dit une fois à Rivonia : 'Vous savez, ils veulent faire de nous un non-peuple, pas vu.'"

Mais, comme les Israéliens ordinaires l'ont découvert, un tel système ne peut pas survivre sans contestation.

L'Apartheid s'est effondré en partie parce que la société Sud-Africaine était épuisée par ses demandes et que le mythe de la victime parmi les Blancs s'était écroulé.
Israël n'en est pas encore arrivé là. De nombreux Israéliens pensent toujours qu'ils sont les principales victimes de l'occupation.

Pour Seidemann, la question cruciale n'est pas comment le système d'apartheid a fonctionné mais comment il a commencé à se désagréger.

"Cela s'est effiloché parce que cela ne pouvait pas marcher. L'apartheid drainait tellement d'énergie de la part de la société Sud-Africaine que c'était l'une des raisons irrésistibles, au delà des sanctions économiques et des pressions internationales qui ont convaincu De Klerk que ce n'était plus tenable. C'est ce qui arrive en Israël."

Ou peut-être que le conflit évoluera en quelque chose de pire; quelque chose qui produira des parallèles plus choquant que ceux avec l"apartheid.

Arnon Soffer a passé plusieurs années à conseiller le gouvernement sur la "menace démographique" posée par les Arabes. Le professeur de géographie de l’Université de Haifa peint un tableau lugubre de la Bande de Gaza, une génération après le retrait israélien.

"Quand 2,5 millions de personnes vivront dans un Gaza bouclé, ce sera une catastrophe humanitaire. Ces gens deviendront des animaux encore plus féroces qu’aujourd’hui, avec l'aide d'un Islam fondamentaliste insensé. La pression à la frontière sera horrible. Il y aura une guerre terrible. Alors, si nous voulons rester en vie, nous devrons tuer, tuer et tuer. Toute la journée, tous les jours" dit-il au Jerusalem Post.

"Si nous ne tuons pas, nous cesserons d'exister. La seule chose qui m'inquiète est comment s'assurer que les garçons et les hommes qui devront effectuer la tuerie seront capables de rentrer chez eux, dans leurs familles et rester des êtres humains normaux."

Source : The Guardian

Traduction : MG pour ISM

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