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France -

Georges Ibrahim Abdallah, le héros arabe

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Je n'étais pas né quand le combattant libanais Georges Ibrahim Abdallah, résistant à l’oppression sioniste et occidentale, fut capturé par les autorités françaises en 1984.Je venais à peine de naitre quand, quelques jours avant d'être condamné à perpétuité par un tribunal « anti-terroriste », il proclamait devant la cour de justice de Paris le 26 février 1987 :
« Avec quelle sérénité et quelle indépendance prétendez-vous juger des actes de guerre en les isolant du processus général de l'agression impérialiste perpétrée contre notre peuple ? Dans quelle mesure, vous, représentants de l'impérialisme français, n'êtes-vous pas impliqués dans cette guerre ? De quel cynisme doit être doté le représentant du criminel Reagan pour se présenter en victime et partie civile à Paris au moment où l'US Navy prépare l'assaut de Beyrouth et autres cités arabes ? Il faut avoir une certaine parenté avec Goebbels pour pouvoir faire avaler cette scène et qui d'autre que les instances impérialistes occidentales a droit à cette ordure de l'histoire et son infâme parenté ! ».

Georges Ibrahim Abdallah, le héros arabe

Près de 400 manifestants rassemblés devant le Centre pénitentiaire de Lannemezan le 26 octobre 2013, pour protester contre la séquestration du résistant Georges Ibrahim Abdallah par le pays "des droits de l'homme" et "des Lumières"
Alors que se prolongeait la deuxième Intifada, et que se renforçait l'islamophobie en France, je grandissais, et avec moi ma conscience politique. Comme d'autres jeunes de quartier, je m'enrichissais de Malcom X et de Cheikh Yassin. Puis de l'Emir Abdelkader. Je commençais à côtoyer le milieu militant. Je m'intéressais à Mumia Abu-Jamal. Je m'investissais de plus en plus dans le mouvement pro-palestinien. Je découvrais Georges Habache et Leïla Khaled. Puis d'autres encore. Et d'autres.

Mais jamais je n'avais entendu parler de ce Georges Ibrahim Abdallah.

Après plusieurs attaques islamophobes de la part des partis politiques de gauche dans notre ville, à Bagnolet, l'urgence était à une organisation politique autonome, sur la base de nos références islamiques et des luttes de libération anti-coloniales. C'est à cette occasion que j'ai rencontré de vieux militants arabes issus du MTA (Mouvement des Travailleurs Arabes), et ce sont eux qui, enfin, m'ont sensibilisé au sort de ce militant arabe emprisonné en France.

A l'époque, la lecture de Georges Ibrahim Abdallah m'avait littéralement regonflé de fierté, et a largement contribué à me réconcilier avec mon arabité. Il s'était battu et continuait de se battre pour la Palestine, pour notre dignité d'Arabes et pour notre civilisation islamique.

Georges Ibrahim Abdallah est le héros arabe. Il en a le charisme, la force et le courage. Les partis politiques institutionnels et les médias dominants n'aimant pas trop les héros arabes, ils l'ont évidemment invisibilisé : pas de héros chez les arabes, c'est trop dangereux, ça pourrait leur donner des idées, mettons plutôt en avant les vendus.

Georges Ibrahim Abdallah est donc devenu le héros arabe que les arabes des quartiers ne connaissent pas. La quasi-absence de mobilisation en sa faveur dans les milieux musulmans n'a pas aidé. Tout comme le fait que ce sont surtout les milieux de la gauche arabe et blanche qui se sont mobilisés pour lui, certes sans relâche pendant 30 ans, il faut le souligner, mais ce sont des milieux peu présents dans les quartiers.

C'est donc relativement tard dans ma vie militante que je fis la connaissance de ce grand militant qui disait aux juges français, toujours dans sa déclaration de 1987 :

« Je suis ici, Messieurs, pour vous demander simplement de bien vouloir laver vos mains maculées de notre sang et du sang de nos mômes, avant de prétendre nous juger, car celui qui accepte de fouler aux pieds le sang de vingt-cinq mille morts tombés au Liban lors de l'invasion impérialo-sioniste de 1982 ne peut qu'être le complice direct de Reagan et de Begin dans leur guerre d'extermination contre notre peuple. Vingt-cinq mille morts en trois mois à l'honneur de votre paix, quarante-cinq mille blessés à l'honneur de votre justice. »

C'est la tête haute, sans jamais rien renier de ses convictions, qu'il est emprisonné depuis maintenant 30 ans. Il n'implore aucune pitié, aucune grâce. Même enfermé, il continue son combat. Et c'est justement parce qu'il n'a rien renié que nos ennemis ne veulent pas le relâcher.

Et nous, militants arabes, musulmans et pro-palestiniens, nous le connaissons à peine. A l'injustice de son emprisonnement, nous ajoutons l'injustice de ne pas lui apporter notre soutien. Nous cherchons sans cesse des références politiques à l'autre bout du monde, alors que notre frère est emprisonné dans la prison au coin de la rue.

Georges Ibrahim Abdallah doit faire consensus dans notre communauté et dans nos quartiers, chez ceux qui sont issus de la gauche arabe, comme chez ceux qui se revendiquent de l'islam politique. Car qu'on le veuille ou non, nous sommes intrinsèquement liés à lui. Ce n'est pas lui seul qui est emprisonné, c'est nous tous. C'est la figure de l'Arabe que les impérialistes veulent enfermer à tout jamais. Pour nous comme pour lui, le droit ne s'applique pas. Nous subissons comme lui des lois d'exception. Georges Ibrahim Abdallah est aussi la victime, en tant qu'Arabe, de l'Etat qui opprime les jeunes des quartiers et qui fait la chasse aux femmes voilées. Notre situation politique en tant que musulmans des quartiers est liée à la sienne : c'est parce que nous sommes écrasés par un Etat raciste qu'un militant arabe peut être tranquillement emprisonné durant 30 ans alors qu'il est juridiquement libérable. Tout est question de rapport de force politique. C'est donc de notre responsabilité aussi si Georges Ibrahim Abdallah est toujours en prison.

C'est pourquoi c'est aux militants des quartiers que revient l'obligation de le faire connaître. Les prochaines élections municipales correspondent à sa 30 ème année de détention. A cette occasion, il faut chercher à faire parler de lui, par tous les moyens. Dans nos villes, nous devons demander aux maires à ce qu'il soit fait citoyen d'honneur. Pas un événement, pas une manifestation sans parler de lui et de son combat. Une mobilisation dans les réseaux sociaux. Des interpellations publiques. Des affiches. Sa photo partout. Gageons que lorsque les quartiers et les musulmans le connaitront, ils se mobiliseront massivement pour sa libération.

C'est par ces mots que Georges Ibrahim Abdallah concluait sa déclaration de 87 face aux juges français :

« M'adressant à vous ainsi qu'à mon père, de qui je n'ai plus de nouvelles, je vous répète la parole d'un combattant africain : « wotta sitta », ce qui veut dire en français : « le temps est juste » ou plutôt « c'est juste le temps de... », et je me retire de cette Cour, vous laissant le plaisir d'écouter le représentant du bourreau et sa défense vomir leur haine contre les déshérités de la terre. A bas l'impérialisme et ses laquais ! La Victoire et la Gloire pour tous les peuples en lutte ! ».

Georges Ibrahim Abdallah est un héros. Il n'a pas besoin de nous. C'est nous qui avons besoin de lui. Mobilisons-nous pour sa libération !

Youcef Brakni
Membre du GAB (Groupe d'Associations de Bagnolet)

Source : artdelapaix.over-blog.com/

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