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Palestine occupée -

Hamas, pragmatisme politique et aide humanitaire

Par

Ramona Wadi est journaliste indépendante, critique littéraire et blogueuse. Son travail couvre une série de sujets en relation avec la Palestine, l'Amérique latine (en particulier le Chili), la lutte anticoloniale, les droits des indigènes et la mémoire collective. Ramona écrit pour Middle East Monitor, The New Arab, The Wry Ronin, Strategic Culture Foundation, Eureka Street, The Muslim Vibe, et Bella Caledonia. Elle écrit également pour Mint Press News, Middle East Eye, TRT World, Telesur English, The Seattle Globalist, The Palestine Chronicle, The Arab Weekly, Toward Freedom, The Region, Waging Nonviolence, et plusieurs autres.

07.08.2020 - La nouvelle du refus par le Hamas d'une aide de 15 milliards de dollars américains qui était conditionnée à la démilitarisation dans le cadre de l'"accord du siècle" américain, a fait la une des médias israéliens en juillet. Le leader du Hamas, Ismail Haniyeh, a expliqué les raisons de son refus de l'aide étrangère de manière suivante : "Nous voulons briser le siège et nous désirons des projets dans la bande de Gaza. Nous voulons un port à Gaza – mais comme un droit et non en échange de nos principes politiques ou du désarmement".

Hamas, pragmatisme politique et aide humanitaire

14 août à Gaza, des centaines de Palestiniens, tous partis confondus, protestent contre l’accord de normalisation entre les Emirats Arabes Unis et le régime colonial israélien
(Source : Quds News Network)

Au lendemain de l'"Opération Bordure protectrice" en 2014, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait appelé à un cadre international qui superviserait la démilitarisation de Gaza. Selon les informations, l'objectif était d'empêcher le Hamas de toucher les fonds destinés à la reconstruction de l'enclave après que l'assaut aérien d'Israël ait laissé 18.000 maisons détruites et 108.000 Palestiniens sans abri, en plus des 12.000 Palestiniens qui sont restés déplacés depuis 2009, date à laquelle Israël a mis fin à son attaque baptisée "Opération Plomb durci".

La démilitarisation de Gaza n'est pas seulement une affaire américano-israélienne. En réponse à l'"Opération Bordure Protectrice", la communauté internationale a exprimé un consensus sur cette démarche. Ces décisions conviennent également à l'Autorité palestinienne (AP) et à ses manœuvres politiques visant à arracher le contrôle de Gaza au Hamas. L'AP a, en fait, proposé un État palestinien démilitarisé pour contrer le "deal du siècle" du président américain Donald Trump.

Alors que les premiers rapports des médias ont souligné la prétendue unité entre l'AP et le Hamas contre le plan de Trump, les détails indiquent le contraire. Les États-Unis, Israël, la communauté internationale et l'AP soutenant la démilitarisation de Gaza et acquiesçant effectivement aux plans de Trump, le Hamas reste politiquement ostracisé.

Alors que le discours sur la sécurité d'Israël, qui fait désormais partie du discours mondial, influence la perception du refus du Hamas de l’aide étrangère en échange du dépôt de ses armes, l’"accord du siècle" joue un rôle capital en brouillant les lignes entre la résistance anticoloniale, qui est légitime en vertu du droit international, et le terrorisme.

En certaines occasions, depuis que le printemps arabe a laissé un vide de pouvoir dans lequel l'État islamique (EI) a prospéré, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a cherché à assimiler le Hamas à l'EI. Ce faisant, Netanyahu a non seulement dépeint le Hamas comme une organisation terroriste – une désignation qui est approuvée par plusieurs pays, dont les États-Unis (1) –, mais il a également influencé la communauté internationale en ignorant l'évolution du Hamas de la résistance à la diplomatie.

À la lumière de la décision du Hamas, l’"accord du siècle" se rapproche des aspirations de la communauté internationale, malgré la propagande qui a opposé les États-Unis au reste du monde au nom des droits des Palestiniens et du paradigme des deux États. Alors que les États-Unis, Israël, la communauté internationale et l'AP prétendent être en désaccord sur les détails, simplifiant l'avenir précaire de la Palestine en une hypothétique bataille entre l'accord de Trump et le modèle de deux États, un chapitre important de l'histoire palestinienne est négligé – un chapitre qui fait la lumière sur le Hamas et son approche de l'aide internationale.

Depuis sa percée dans la politique représentative en 2006, lorsqu'il a remporté les élections législatives palestiniennes, le Hamas est passé de la résistance à la diplomatie, sans toutefois abandonner complètement la première. Plusieurs études universitaires détaillées – dont l'une des plus importantes est celle de l'économiste politique et universitaire américaine Sara Roy – ont montré comment le Hamas fonctionne en structures séparées et comment la société civile constitue le bastion de son soutien. Dans son livre, "Hamas and Civil Society in Gaza : Engaging the Islamist Social Sector" (2011), Sara Roy note que l'aile idéologique du Hamas a attiré moins de soutien que son activisme communautaire.

C'est principalement par son engagement social que le Hamas a promu le bien-être et l'éducation et a évolué vers un pragmatisme exprimant une volonté de travailler avec les organismes internationaux tout en recherchant des financements auprès de plusieurs organisations, dont l'UE et l'USAID.

La démarche de financement auprès des organisations internationales est significative au regard de ce que le Hamas cherchait à réaliser à Gaza. Ce paradigme est révélateur de deux grands courants politiques traversant le mouvement. D'une part, le Hamas conserve le concept de droits politiques d'un point de vue historique et collectif, impliquant ainsi la société civile. D'autre part, et au cœur du refus actuel de l'aide étrangère, se trouve la réceptivité du Hamas à l'aide financière étrangère, tant qu'il n'y a pas de contradiction avec ses principes fondamentaux.

De la charte du Hamas à son plus récent document de principes publié en 2017, la mutation vers la diplomatie est évidente. Le point 20 déclare : "Sans compromettre son rejet de l'entité sioniste et sans renoncer à aucun droit des Palestiniens, le Hamas considère que la création d'un État palestinien pleinement souverain et indépendant, avec Jérusalem pour capitale, conformément aux dispositions du 4 juin 1967, avec le retour des réfugiés et des personnes déplacées dans leurs foyers d'où ils ont été expulsés, est une formule de consensus national". Si le Hamas rejette le sionisme, la mention des frontières de 1967 rapproche le Hamas des constructions internationales de la Palestine.

Le prérequis des frontières de 1967 est au cœur du paradigme des deux États. Cette acceptation indique que le Hamas est ouvert au dialogue avec la communauté internationale, mais cette dernière se retourne contre ces déclarations en refusant de s'engager diplomatiquement tout en investissant dans l'AP qui, après tout, est une hiérarchie élitiste et corrompue de création internationale.

Après avoir retenu tous les financements destinés à la Palestine, sauf ceux de la coordination sécuritaire, ce qui a également signifié l'annulation des projets de l'USAID à Gaza, les États-Unis, par leur "deal du siècle", manipulent le récit de l'aide financière. L'interprétation visible, et simpliste, est que le Hamas refuse une offre qui peut améliorer la vie des Palestiniens dans l'enclave, et que ses armes sont plus importantes que le bien-être social de la population.

Cependant, les Palestiniens de Gaza sont privés des produits de première nécessité en raison de la colonisation israélienne, du blocus illégal imposé à Gaza, des sanctions de l'AP qui tentent d'écarter le Hamas de la vie politique, du compromis des deux États qui a facilité "l'accord du siècle" de Trump, et de l'échec de l'ONU à prendre une position anticoloniale contre Israël.

Des milliards d'aide ont été accordés à l'Autorité palestinienne pour la construction d’un État qui n'arrive jamais. Ce gaspillage de l'aide financière ne fait pas polémique puisqu'il sert l'agenda international qui vise à empêcher les Palestiniens de construire un État. Pourtant, le Hamas a fait les gros titres des médias israéliens pour avoir refusé l'aide financière en échange de sa démilitarisation. Aucun État n'accepterait une aide financière en compensation de l'abandon de ses capacités de défense.

Est-il anormal qu'une population colonisée confrontée à l'armée israélienne soutenue par les États-Unis refuse d’aggraver sa vulnérabilité ?

Le Hamas n’est pas réfractaire au dialogue politique, au point même de créer une dissonance entre la lutte anticoloniale et le pragmatisme diplomatique. Au contraire, l'offre conforme à l'accord de Trump ne concerne pas la prospérité économique à Gaza ou l'engagement diplomatique avec le Hamas. Il s'agit d'un exercice qui biaise davantage les perceptions de l'aide financière dans un contexte colonial, dans le but de politiser l'aide humanitaire en fonction des intentions et des objectifs d'Israël.

L'aide humanitaire est un puissant facteur de changement du jeu politique qui crée une illusion d'impasse. Pour les Palestiniens de Gaza, l'aide humanitaire a temporairement pallié les pénuries mais n'a pas créé de possibilités d'autonomie. Comme la communauté internationale n'a aucune intention de permettre à Gaza de prospérer, les civils palestiniens de l'enclave continueront à en payer le prix. Blâmer le Hamas est l'option la plus facile. Avec un tel scénario, la communauté internationale s'absout de ne pas donner une chance à Gaza.


(1) NDT : L’Union européenne place la Hamas sur sa liste des « organisations terroristes ».

Source : Inside Arabia

Traduction : MR pour ISM, et la relecture attentive de Youssef Girard

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