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Palestine - ISM France

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Palestine 48 -

Il y a soixante ans à Battir

Par

Hasan Abu Nimah est l'ancien représentant permanent de la Jordanie aux Nations Unies. Cet article est paru dans The Jordan Times.

Il y a soixante ans à Battir, mon petit village sur la pente d'une colline près de Jérusalem, j'ai été le témoin de l'effondrement chaotique de l'administration du Mandat Britannique en Palestine et du commencement de la Nakba.
Les mois précédents avaient été décisifs pour le sort de la Palestine, bien que nous ne le sachions pas à l'époque.

Il y a soixante ans à Battir


Les Juifs, qui en avaient assez de la tendance britannique à remettre au lendemain la réalisation de la promesse de Balfour de les laisser transformer notre patrie en "leur foyer national", ont lancé une campagne sanglante de terreur à la fois contre les Britanniques et les Arabes.

Les milices juives ont ciblé les Britanniques pour accélérer leur départ de Palestine, et ont frappé les Arabes pour étouffer la résistance montante contre la colonisation sioniste.

La violence a explosé au début de 1947, après que les Britanniques aient annoncé qu'ils quitteraient la Palestine le 15 mai 1948. Lorsque les Nations Unies ont voté la résolution de partage le 29 novembre 1947, la violence a commencé à se transformer en guerre à grande échelle.

Les 1.200 habitants de Battir étaient saisis par l'incertitude. Il y avait quelques espoirs que les choses se passent bien, mais la crainte dominait car l'atmosphère s'obscurcissait.

J'ai le vif souvenir des récits d'horreur qui hantaient les gens de Battir, comme l'attaque de la gare de Jérusalem le 21 octobre 1946. Le train était leur lien avec la ville, où ils vendaient leurs produits et achetaient leurs provisions. Les gens allaient aussi à Jérusalem à pied et souvent en voiture, sur la route de terre qui longeait la ligne de chemin de fer, bien que ce soit bien plus dur.

Quelques mois auparavant, une attaque juive à la bombe contre l'Hôtel King David à Jérusalem, qui servait de quartiers généraux aux Britanniques, avait tué 91 personnes et blessé des douzaines d'autres.

Un peu plus tard, après le vote de partage, lorsque les forces sionistes ont commencé leur campagne armée pour s'emparer de la Palestine, des combats ont éclaté entre les Arabes et les Juifs, sur la terre que les deux revendiquaient.

Les tirs de fusil et le chaos se sont même rapprochés de Battir, un village dont les racines remontent au deuxième siècle, et dont la paix et la tranquillité étaient maintenant menacées.

A part la maison juste en haut de la colline, le centre de ma vie était l'école élémentaire pour garçons que je fréquentais, et qui était située au pied de la vallée que Battir surplombe. Juste à côté de l'école, il y avait la gare, qui était le premier arrêt de la ligne de chemin de fer de Jérusalem à Jaffa.

La gare et l'école, avec son petit terrain de football, formaient une sorte de campus sur le côté du village, entouré de grands pins et d'arbres à agrumes qui produisaient une verdure ample et de l'ombre aux jours chauds de l'été. Pour nous, enfants, c'était l'endroit parfait pour jouer et traîner en dehors des heures de classe.

Je m'en souviens comme d'endroits vivants, très fréquentés, ce qu'ils étaient alors avec les écoliers, le personnel de la gare, et à un moment avec la garnison militaire britannique.

Des familles arrivaient en train de Jérusalem pour pique-niquer dans l'atmosphère romantique et rurale de notre village et ils étaient rejoints par les gens du coin, qui venaient pique-niquer eux aussi.

A l'école, nous pratiquions des expériences d'agriculture qui faisaient partie de notre programme, nous nous occupions de ruches pour le miel et de poulets.


Les villageois, les adultes comme les enfants, jamais lassés du spectacle des engins à vapeur qui s'arrêtaient pour remplir d'eau leurs énormes citernes et attirer toutes sortes de curieux.

Les villageois vendaient des fruits et des légumes aux passagers par les fenêtres des wagons – un revenu petit mais régulier, hautement nécessaire.

Le village le plus proche de Battir était al-Walajah, à moins de trois kilomètres au nord, et à l'ouest de l'autre côté de la ligne de chemin de fer. Les gens des villages voisins se mélangeaient et se mariaient librement.

Pendant les derniers jours du Mandat, tout a commencé à changer. Les trains de marchandises sont devenus la cible des voleurs qui les obligeaient à s'arrêter le long de la voie et les vidaient de tous leurs produits de valeur. Les soldats britanniques, qui étaient supposés être à bord des trains pour les garder, n'offraient que peu de résistance ; souvent ils déposaient les armes et quittaient tranquillement les lieux.
Bientôt les trains ont complètement cessé de venir, et lorsque les trains ne s'arrêtent plus, tout se désagrège.

Les bureaux de la gare et la maison du chef de gare ont été pillées, et notre école aussi. Il n'y avait plus ni loi ni autorité pour protéger les vies et les biens des gens. Nous devions nous occuper de nous-mêmes.

A cette époque, la campagne bien documentée et soigneusement organisée de nettoyage ethnique par la Haganah et les autres milices juives avait commencé, dans le but de conquérir autant de terre palestinienne que possible pour pouvoir établir l'Etat d'Israël.

Une vague après l'autre, des gens des villages du secteur de Jérusalem, fuyant les attaques juives, ont commencé à arriver à Battir, cherchant refuge et sécurité. Les gens leur ont offert l'hospitalité, pensant que ce n'était qu'une crise temporaire. Mais comme les villages tombaient les uns après les autres devant les forces juives, et que la ligne de front se rapprochait de nous, nous aussi nous avons dû partir, pour notre sécurité.

C'est peu après que les nouvelles du massacre dans le village de Deir Yassin, en avril 1948, nous sont parvenues.

Deir Yassin n'était pas très loin, et quelques-uns des survivants sont arrivés à Battir. Ils ont raconté l'horreur dont ils avaient été témoins et les tentatives vaines de résister au massacre. Comme les agresseurs juifs le prévoyaient, leurs actions ont instillé l'horreur dans les cœurs des Palestiniens.


Un après-midi de mai 1948, Battir est tombé sous les tirs nourris venant des pentes opposées, de l'autre côté de la ligne de chemin de fer à l'ouest, dont les combattants juifs s'étaient emparés.

Nous avons pris tout ce que nous pouvions porter et sommes partis à quelques kilomètres à l'est, où il y avait des vignes et une petite source. Je n'étais qu'avec ma mère et mes plus jeunes sœurs ; tous les autres membres de ma famille étaient partis séparément.

Nous aussi pensions que ce serait une échappée courte, mais nous avons campé dans ce vignoble avec beaucoup d'autres personnes du village pendant tout l'été ; nos espoirs s'amenuisant au fur et à mesure que la chaleur augmentait.

D'abord, nous avons dormi en plein air, sous les arbres. Ensuite nous avons construit des petits abris avec des branches, pour avoir un peu d'intimité. Nous cuisions le pain sur un feu, dehors.

La source nous fut d'un grand secours, une provision sûre d'eau fraîche, mais sinon, la vie était très difficile et terriblement incertaine.
Lorsque les gens ont commencé à craindre que notre départ ne soit pas provisoire, certains ont risqué leur vie pour revenir au village pour essayer de récupérer leurs affaires.


A la fin de l'été, la vie sous les arbres devenant insupportable, les gens ont commencé à se disperser dans toutes les directions. Beaucoup ont rejoint des camps de réfugiés dans la Vallée du Jourdain.

Ma mère, ma plus jeune sœur et moi sommes allés à Bethléem, où nous avons retrouvé mon frère aîné, qui avait eu un poste d'officier dans la police palestinienne et avait maintenant rejoint l'armée jordanienne.

Dans son minuscule appartement d'officier, en plus de nous, il a fini par abriter ma sœur aînée et sa famille, ainsi que la sienne propre. C'était dur, mais nous lui en étions reconnaissants. Nous sommes restés à Bethléem jusqu'à l'été 1949, lorsque l'accord d'armistice a mis fin à la guerre.

Battir est situé exactement sur la ligne de cessez le feu, et il était maintenant divisé par un grillage de barbelé. Contrairement à des centaines de milliers d'autres Palestiniens chassés de leurs villages, nous avons pu revenir chez nous. Mais là, nous avons été confrontés à une situation totalement nouvelle.

A suivre.

Source : http://electronicintifada.net/

Traduction : MR pour ISM

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