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Palestine - ISM France

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Palestine -

Internationaliser la question des prisonniers palestiniens

Par

Ameer Makhoul est directeur général d’Ittijah (Union des asso­cia­tions civiles arabes à Haïfa) et pré­sident du comité de défense des libertés issu du Haut Comité de suivi des masses arabes (Palestine 1948). Il a été kidnappé à son domicile d'Haifa le 6 mai 2010 par les autorités sionistes qui l'ont condamné à 9 ans de prison pour "espionnage [pour le compte du Hezbollah] et de collusion avec l'ennemi en temps de guerre". D'abord incarcéré à Gilboa, il a été transféré à Megiddo près d'Haifa, après la grève de la faim des détenus de Gilboa en octobre 2011.

On peut jauger le succès de l'internationalisation à l'ampleur que prend le problème ou la question concernés au niveau mondial. Ce qui implique de créer une situation sur le terrain où il devient impossible que le système international continue d'esquiver ses responsabilités, ou d'être de connivence avec le parti dominant ou puissant pour usurper les droits d'une victime plus faible. Des mécanismes internationaux peuvent alors être mis en jeu pour soutenir la restauration des droits de la victime et obliger celui qui les viole à les respecter. Dans ces cas, la justice est l'arme la plus puissante de la victime pour contrebalancer la puissance et la force répressive du parti dominant - dans le cas présent le régime raciste colonial d'Israël.

Internationaliser la question des prisonniers palestiniens

Mais il y a une règle de base qui a été prouvée et réaffirmée par chaque révolution populaire et chaque mouvement de libération : il ne suffit pas qu'un groupe ou des personnes soient victimes d'injustice pour qu'ils gagnent la solidarité du monde. Pour que le monde les soutienne, ces victimes ne doivent pas seulement être conscientes et attachées à leurs droits mais, plus important, elles doivent résister à leur oppression et à leurs oppresseurs. La fermeté, le défi et la lutte des victimes sont essentiels pour transformer la sympathie internationale en solidarité, dans le sens d'une action politique efficace sous-tendue par une perspective stratégique.

L'internationalisation repose essentiellement et principalement sur la dynamisation et la persistance de la solidarité populaire mondiale, aussi bien que sur l'action visant à encourager les organes officiels internationaux à prendre leurs responsabilités.

Un mouvement de solidarité mobilisé, stimulé et élargi au monde entier peut faire beaucoup pour influencer des gouvernements, des parlements et des médias dans les pays et les sociétés à travers le monde. Il peut faire pression sur les organes internationaux officiels pour promouvoir des changements politiques sur deux fronts : soutenir et renforcer les victimes d'injustice et leurs espoirs d'obtenir leurs droits via la combinaison de leur lutte de libération et la légalité internationale, et affaiblir et isoler le colonisateur oppressif et raciste, le soumettre à des sanctions et nier sa légitimité, avec pour but ultime le démantèlement de ses structures de répression.

Définir des objectifs

Pourtant la position palestinienne officielle sur la libération des Palestiniens emprisonnés dans les geôles israéliennes fragilise leur cause, qui est une composante centrale de la lutte de libération de notre peuple.

La posture officielle est essentiellement qu'aucun accord de paix final avec Israël ne sera signé tant que tous les prisonniers palestiniens ne seront pas libérés des prisons israéliennes. Dans la pratique, c'est la recette pour retarder et différer indéfiniment la libération des détenus et marginaliser la question dans l'ordre du jour palestinien global. Libérer les prisonniers devraient signifier les libérer maintenant.

Israël s'est donné beaucoup de mal pour transformer le cas d'un de ses soldats d'occupation capturé par des Palestiniens en une préoccupation humanitaire internationale, tout en exigeant que le monde considère et traite ses 7.000 prisonniers palestiniens de la liberté comme des "terroristes".

Alors, pourquoi le discours palestinien officiel s'incline-t-il devant cette logique tordue ? Pourquoi la partie qui a la justice de son côté, la victime, a-t-elle besoin de s'excuser pour des Palestiniens qui défendent leurs droits ? Pourquoi employer un langage de justification ? Quand une voix officielle palestinienne s'est-elle levée aux Nations-Unis ou à l'Union Européenne - ou même à la Ligue arabe - pour défendre le droit des Palestiniens, et leur devoir, de résister par tous les moyens à l'occupation, à la colonisation et au déplacement ?

La même mentalité a récemment poussé un haut-fonctionnaire de l'Autorité palestinienne (AP) à soulever la question de "l'incitation mutuelle" et à demander qu'Israël réactive la commission mixte censée traiter de cette question. Comment un représentant supposé d'un peuple soumis dans sa totalité à la colonisation, au déplacement et au confinement peut-il accepter la moindre équidistance entre un occupant agressif et ses victimes ?

Ceci a un rapport direct avec la question des prisonniers. La position palestinienne officielle sur la scène internationale est de "condamner la violence" et de dénoncer ainsi les actes de la résistance contre l'occupation, tout en s'engageant dans une coopération étroite avec l'appareil sécuritaire israélien. Quel message une telle attitude envoie-t-elle aux prisonniers incarcérés dans les geôles israéliennes depuis des dizaines d'années, qui ont pris part à la lutte de libération et en paient le prix ? La position palestinienne officielle nie-t-elle leur statut de prisonniers de la liberté, de la libération nationale, de la conscience et de la justice ?

Pour qu'un message gagne une popularité internationale ou une adhésion officielle, il doit être clair et cohérent. C'est absolument crucial pour l'internationalisation. Les mots et les actes des officiels palestiniens doivent être en harmonie avec ceux du peuple, de la société civile, des mouvements populaires, et aussi avec le mouvement international de solidarité et de soutien.

C'est vital pour éviter que ne se répète la douloureuse expérience de la campagne britannique de boycott des universités israéliennes dans le cadre plus large du boycott académique et culturel d'Israël. Ce fut une accélération stratégique et sans précédent du rôle et de l'efficacité des mouvements de solidarité. Pourtant, quelques semaines après le lancement de la campagne, l'université Al-Quds de l'AP, à Abu Dis, a conclu un accord de coopération avec l'Université hébraïque israélienne de Jérusalem. Ce fut un coup de poignard éhonté dans le dos du mouvement mondial de solidarité avec le peuple palestinien.

Il faut aussi s'interroger sur l'importance que l'AP et l'OLP accordent réellement à la question des prisonniers - dans leur diplomatie internationale et aux Nations-Unies, dans leurs réunions avec les Israéliens, et en tant que priorité nationale palestinienne. Il est impossible de justifier qu'elles ne lui aient pas donnée une place centrale dans les discussions politiques au fil des ans, comme une question qui ne peut pas être ignorée et dont la résolution conditionne d'autres avancées.

Les accords d'échange de prisonniers ne peuvent pas en eux-mêmes traiter de la question comme un tout. Attendre une promesse d'accord de paix comme la solution magique est un exercice futile. De même qu'on ne peut pas traiter la libération des prisonniers en l'assujettissant au système juridique israélien. L'appareil juridique israélien est une partie intrinsèque du système qui soutient et légitime l'occupation et l'Etat raciste et blanchit ses crimes.

Pourtant, la question des prisonniers reste un élément central du conflit, et son issue est déterminée par des rapports de pouvoir. Il est sûr que les révolutions arabes ont un effet décisif tant sur l'équilibre du pouvoir régional et sur la gestion du conflit. Dans ce contexte, l'internationalisation constitue une façon de changer les règles du jeu qui ont prévalu jusqu'à maintenant, et de se libérer de leur contrôle.

Sinon, le repli de la direction officielle vis-à-vis de son rôle, et le déclin des luttes populaires qui l'a accompagné, laissent aux prisonniers peu d'options autres que la grève de la faim. Mais ceci ne permet pas d'obtenir des gains à court terme ou mineurs, pas plus que cela ne fait avancer la cause de leur libération. Il faut que, de l'intérieur des prisons, de nouvelles formes de lutte soient échafaudées et qu'elles soient reliées de façon plus efficace à la lutte plus large et à ses objectifs stratégiques.

La société civile

Un large éventail existe d'organisations palestiniennes, arabes et internationales pour les droits de l'homme et de la société civile crédibles, compétentes et qui ont un long et riche passé de défense des droits palestiniens, y compris bien sûr de la question des prisonniers. Des organisations palestiniennes peuvent collaborer avec leurs homologues dans le monde pour faire pression pour des changements de politique en faveur des droits palestiniens et établir des réseaux de relations.

Les bureaux officiels palestiniens représentatifs doivent aussi faire plus pour faciliter ce travail, encourager la participation et l'engagement populaires, et leur procurer un soutien officiel. La décentralisation et la complémentarité sont nécessaires. Il est regrettable de constater que la politique et le comportement officiels ont bien trop souvent fait obstruction et sont entrés en conflit avec le travail de campagne non officiel. Cela fut particulièrement évident dans le cas de la campagne palestinienne et internationale de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël. Les autorités palestiniennes s'y sont opposées, invoquant les négociations en cours avec le gouvernement israélien d'Ehud Olmert.

La tâche de l'internationalisation doit être confiée à un Comité national de Coordination, comprenant des représentants des organisations populaires et de la société civile ainsi que des officiels, tant en Palestine historique qu'en diaspora. Le rôle de chaque groupe doit être coordonné en gardant à l'esprit que la cause palestinienne est un tout indivisible, et que c'est la même chose pour Israël. En d'autres termes, l'occupation en Cisjordanie et à Gaza, le régime raciste à l'intérieur de la Ligne verte, et le déracinement et le nettoyage ethnique des réfugiés et des déplacés, tous sont des produits de la nature coloniale et raciste de l'Etat israélien.

Les pièges des priorités

Dans le processus de gestion du conflit, des questions essentielles ne doivent pas être mises en suspens ni différées. Aucun responsable ou négociateur palestinien n'est habilité à les mettre sur la touche au profit d'autres dossiers, même s'il n'est pas possible que tous avancent simultanément.

Il faut, au niveau palestinien et arabe, réévaluer la stratégie de négociation choisie à partir du succès de solutions intermédiaires, et l'impact qu'elle a eu sur les droits des Palestiniens et leur lutte pour les obtenir. L'effet calamiteux des accords d'Oslo à cet égard est devenu évident au cours des deux décennies passées. En subdivisant les droits palestiniens fondamentaux en éléments séparés, ils sont devenus otages les uns des autres et des monnaies d'échange - l'obtention d'un pack de droits subordonnée à la concession d'un autre.

Au niveau international, on peut quelquefois estimer qu'on peut obtenir des dividendes diplomatiques en donnant la priorité à un ensemble de droits fondamentaux - ou à une question, comme la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem - sur les autres. Mais le risque existe que ce faisant, on donne l'impression, en interne et à l'étranger, d'abandonner ces droits que, pour diverses raisons, l'actuelle direction palestinienne n'estime pas prioritaires. Par exemple, la campagne officielle palestinienne pour attirer l'attention du monde sur les colonies porte le message implicite, volontairement ou non, que libérer les prisonniers n'est pas une priorité aussi haute.

On n'a jamais entendu un négociateur palestinien officiel menacer de stopper les discussions avec Israël tant que les prisonniers ne seraient pas libérés, ni même qu'un calendrier de leur libération était discuté, ni porter la question au Conseil de Sécurité. C'est dû à une décision politique palestinienne, ou à la réticence à prendre une position étant donné le rapport de forces régional et international. C'est la réaffirmation de l'héritage désastreux des accords d'Oslo, en termes de substance et de mise en œuvre. Toutes les questions liées aux droits palestiniens qui ont été reportées sous Oslo le restent, et semblent le rester indéfiniment.

Ceci s'applique à la question des réfugiés et des déplacés et à Jérusalem. Sans parler de l'acceptation tacite de la direction palestinienne que les Palestiniens de 1948 sont une affaire israélienne interne - une idée qu'eux-mêmes, inutile de le préciser, refusent absolument et à laquelle ils résistent par tous les moyens disponibles.

Au sujet des prisonniers, l'expérience montre qu'Israël n'adhère pas à ses principes déclarés de refus de libérer des prisonniers impliqués dans des actions ayant provoqué la mort d'Israéliens. La même chose s'applique à son refus de négocier la libération des résidents de Jérusalem et des territoires 1948. C'est le rapport de forces qui compte, et il n'est pas immuable. Il peut changer, largement en fonction du niveau de la lutte palestinienne populaire, de la politique officielle palestinienne et de la volonté palestinienne comme un tout.

La cause de la libération des prisonniers exige que la lutte soit menée sur deux fronts complémentaires, à l'intérieur et à l'extérieur des murs des prisons.


Source : Al Akhbar

Traduction : MR pour ISM

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