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Monde Arabe -

Jamal ad-din al-Afghani, réformateur malgré la controverse

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La renaissance des nations et des états du monde arabo-islamique est le fruit des efforts des réformateurs dévoués. Ils œuvrèrent à unir les fils de la nation, à les encourager dans le sens de l’islâh (la réforme) et du renouveau, à les mobiliser contre les convoitises des colonisateurs avides et à éveiller leur conscience.
Au milieu du XIXème siècle, les réformateurs de l’Orient islamique ont activé la sonnette d’alarme. Ils avertirent les rois et les dirigeants du danger imminent qui guettait la nation islamique. Leurs voix s’élevèrent en appelant à mettre en œuvre la réforme avant l’arrivée du danger. Il y avait parmi ces réformateurs Moustafa Rashid Pasha en Turquie, Milkem Khan en Iran, Amir Ali en Inde, Khayr ad-din Pasha en Tunisie et Jamal ad-din al-Afghani. Ils consacrèrent toute leur vie à appeler à l’unification du monde musulman et à la libération des peuples musulmans du colonialisme et de l’exploitation.

Jamal ad-din al-Afghani, réformateur malgré la controverse

L’appel de chacun de ces réformateurs et son impact étaient limités à leur pays respectif. Leurs voix réformatrices n’atteignaient que leurs compatriotes. Seul l’écho de l’appel de Jamal ad-din al-Afghani dépassa les frontières de toutes les nations et de toutes les nationalités particulières. Il s’étendit jusqu’à englober la totalité du monde islamique.

Sa naissance et son éducation

Jamal ad-din al-Afghani est né en octobre 1838 dans une vieille famille afghane dont les origines remonteraient à al-Houssayn, le fils d’Ali, qu’Allah soit satisfait de lui. Il grandit à Kaboul, la capitale afghane. Il commença par apprendre l’arabe et le perse. Il étudia le Coran et quelques fondements des sciences islamiques. Il acheva ses études religieuses à dix-huit ans. Il voyagea en Inde pour étudier quelques sciences « modernes ». En 1857, il avait alors dix-neuf ans, il se rendit au Hijaz, pour accomplir le pèlerinage. Il rentra ensuite en Afghanistan où il travailla comme fonctionnaire. Toute sa vie durant, il s’efforça d’acquérir de nouveaux savoirs. Âgé, il commença à apprendre la langue française pour laquelle il déploya beaucoup d’efforts et de persévérance.

Jamal ad-din al-Afghani prit le parti de Mohammad Azam Khan, qui avait été Ministre d'État, lorsqu’éclata un différend entre les princes afghans. Cette prise de position créa des frictions entre lui et les Anglais. En raison de ces frictions, il quitta l’Afghanistan en 1868. Il passa par l’Inde puis se rendit en Égypte. Là, il demeura un certain temps durant lequel il fréquenta assidûment l’université al-Azhar. De nombreux étudiants, des Syriens notamment, lui rendaient visite à son domicile. Il voyagea ensuite à Istanbul, à l’époque de Sadr Aal Pasha. Son influence se propagea dans différents pays. Son appel à l’urgence de l’accélération des réformes eut un grand écho chez les Ottomans à tel point que l’Anglais M. Blunt dit à ce sujet : « La démarche des Ottomans pour la transformation de leur pays en un État constitutionnel revient, en premier lieu, à l’influence de Jamal ad-din al-Afghani. Il a résidé dans leur capital, dialoguant avec eux et leur faisant des sermons ».

En Égypte

A Istanbul, Jamal ad-din al-Afghani fut nommé membre du Conseil Suprême des Sciences. Il fut confronté à une forte opposition. Les attaques venaient principalement des oulama d’Istanbul et des prédicateurs des mosquées qui n’appréciaient pas ses opinions et ses dires. Il quitta Istanbul pour l'Égypte où il fut accueilli avec tous les honneurs par ses habitants. Il marqua ceux qui l’entouraient, par son audace et sa franchise. Al-Afghani commença à avoir de nombreux partisans ce qui lui attira la jalousie des chouyoukh (1) égyptiens.

Il s’engagea dans la politique égyptienne. Il appela les Égyptiens à la nécessité d’organiser les questions liées au mode de gouvernement. Cela entraîna le mécontentement, l’antipathie et l’appréhension des gouvernants notamment lorsqu’il déclara son aversion pour les Anglais et qu’il afficha, en toute occasion, son hostilité envers eux.

Avec Mohammad Abduh à Paris

Ses articles provoquaient l’hostilité grandissante des Anglais et des gouverneurs égyptiens. Le Khédive (2) Tawfiq (3) qui gouvernait le pays, le chassa d'Égypte. Al-Afghani partit en Inde en 1879 après avoir passé environ huit années en Égypte.

Il se rendit ensuite à Londres puis à Paris d’où il invita le cheikh Mohammad Abduh à le rejoindre. Ensemble, ils publièrent la revue al-ourwa al-wouthqa (Le lien indissoluble). Sa publication cessa rapidement après que toutes les portes de l'Égypte, du Soudan et de l’Inde se soient refermées devant elle. Toutefois, Jamal ad-din al-Afghani ne cessa pas d’écrire sur l’actualité politique. La presse parisienne était une tribune pour ses articles politiques enflammés.

En Iran

Le Shah d’Iran, Nasir ad-din (4), l’invita à Téhéran et lui réserva un accueil chaleureux. Il reçut la considération et l’amour des Iraniens qui suivirent ses enseignements et ses idées. Le Shah modifia son comportement à l’égard d’al-Afghani car il sentit le danger que représentaient ses idées pour son pouvoir. Face à ce changement d’attitude, al-Afghani demanda au Shah l’autorisation de quitter l’Iran. Il partit à Moscou puis à Saint-Pétersbourg. Il fut reçu avec considérations à chaque endroit où il se rendait. Al-Afghani attira de nombreux partisans et disciples.

Lorsqu’il visita l’Exposition Universelle de Paris en 1889 il rencontra le Shah Nasir ad-din qui lui manifesta son affection et son désir de le voir revenir en Iran. De nouveau, le Shah ne tarda pas à changer d’attitude notamment lorsqu’al-Afghani donna son opinion sur la réforme du gouvernement et qu’il critiqua la situation politique existante dans le pays. Le Shah ne put le supporter. À nouveau, il perçut la présence d’al-Afghani comme un danger pour son pouvoir et pour la monarchie iranienne. Contre al-Afghani, il envoya des forces militaires qui le conduisirent, malgré qu’il fût malade et alité, à la frontière turque.

Jamal ad-din al-Afghani se rendit à Bassora puis à Londres où il se servit du journal Diya al-Khafiqin pour attaquer le Shah et révéler la situation dans laquelle vivait l’Iran. L’influence d’al-Afghani sur les Iraniens était tellement forte qu’il parvint à ce que l’Ayatollah Mirza Mohammad Hasan al-Shirazi (5) délivrât une fatwa (6) interdisant aux Iraniens de fumer la cigarette. Les Iraniens suivirent cette interdiction et se soulevèrent contre le Shah. Ils encerclèrent son palais en exigeant de lui qu’il annulât le contrat le liant avec une société arabe qui devait créer une régie iranienne du tabac du nom de Riji. Le Shah fut contraint de résilier le contrat et d’indemniser la compagnie à hauteur d’un demi-million de livres anglaises.

Les complots des calomniateurs contre al-Afghani

La fatwa interdisant de fumer fut l’une des raisons pour lesquelles le Shah demanda l’aide du Sultan Abd al-Hamid (7) pour faire cesser les attaques d’al-Afghani à son encontre. Le Sultan réussit à l’attirer à Istanbul en 1892. Il voulait le nommer au grade de juge militaire mais al-Afghani refusa. Il expliqua à l’envoyé du Sultan : « Dis à mon Seigneur le Sultan que Jamal ad-din estime que le grade de la science est le plus élevé de tous les grades ».

Lorsque Jamal ad-din al-Afghani était à Istanbul, il reçut la visite du Khédive Abbas Hilmi (8). Bien qu’il n’ait rencontré al-Afghani que furtivement, les calomniateurs et les envieux parmi les proches du Sultan et les ennemis d’al-Afghani trouvèrent dans cette rencontre une bonne occasion pour agrandir le fossé existant entre al-Afghani et le Sultan ottoman. Les calomniateurs exagérèrent dans la description de la rencontre et firent planer doutes et confusions. Ils rapportèrent au Sultan qu’al-Afghani et le Khédive avaient longuement parlé du califat. Ils le mirent en garde contre le danger qui se cachait derrière cette rencontre. Le Sultan ottoman convia Jamal ad-din al-Afghani et lui répéta tout ce qui avait été dit. Al-Afghani clarifia la réalité de la situation avec confiance et critiqua les calomniateurs avec un courage que l’on n’avait jamais vu auparavant.

La méthode d’al-Afghani pour la réforme religieuse

L’appel au Saint Coran et sa prédication étaient la plus grande ambition d’al-Afghani. Il estimait que la base fondamentale de la réforme était de s’appuyer sur le Saint Coran. Il dit à ce sujet : « Le Coran est le plus grand moyen pour attirer l’attention des occidentaux vers la beauté de l’Islam. Cependant, ils voient la mauvaise situation des musulmans à travers le Coran et refusent de le suivre et d’avoir foi en lui ». Le Coran seul est la cause de l’orientation et il est la base de la réforme. Il est le chemin qui mène vers la renaissance de la nation.

Jamal ad-din al-Afghani expliquait : « Un des avantages du Coran est qu’avant sa Révélation, les Arabes étaient dans un état de sauvagerie indescriptible. Après un siècle et demi, ils ont gouverné le monde, ont dépassé les autres nations dans les domaines de la politique, de la science, de la philosophie, de l’industrie et du commerce ». La réforme religieuse ne doit s’appuyer en premier lieu que sur le Coran seul, puis sur sa bonne compréhension. Cela doit se faire par l’adaptation des sciences qui y mènent, par le défrichage du chemin qui y conduit et par l’approche des esprits accessibles.

Jamal ad-din al-Afghani entre sunnisme et chiisme

Certains chercheurs estiment que Jamal ad-din était Iranien de la région d’Asadabad près de Hamadan et qu’il était chiite d’obédience Jafarite (9). Cela malgré le fait qu’il soit connu sous le nom d’al-Afghani - il se surnomma lui-même ainsi - qu’il soit sunnite et qu’il se soit toujours introduit auprès de savants sunnites dans l’ensemble des pays islamiques qu’il visita et dans lesquels il vécut.

Ces chercheurs tentent de trouver des preuves et de mettre en avant celles qui appuient leur position. Parmi ces preuves :
- La présence de la famille de Jamal ad-din en Iran et l’absence de trace la concernant en Afghanistan.
- Le prénom de son père était Safdar. C’est un prénom iranien qui signifie « le héros qui brise les rangs adverses ».
- Il s’intéressait à l’Iran et à ses problèmes plus qu’il ne le fut pour tout autre pays islamique.
- Jamal ad-din parlait couramment le persan.
- Il faisait l’apologie des Iraniens et applaudissait leur intelligence.
Ces indices ne constituent pas des preuves catégoriques qui pourraient réfuter les écrits de Jamal ad-din al-Afghani ou sa biographie qui montrent clairement qu’il était Afghan sunnite et non pas Iranien chiite.

Dans son ouvrage Tatimmat al-bayân fi-tarîkh al-Afghân (Exposé complet de l’histoire des Afghans), il critiqua l’éloignement des chiites de certains piliers de la religion en faveur de phénomènes étrangers appartenant aux coutumes innovées. Il dit à ce sujet : « L’ensemble des Afghans sont d’obédience hanafite. Hommes, femmes, citadins ou bédouins sont intransigeants avec le jeûne et la prière, à l’exception de la secte de Nouri. Ceux-ci sont allés plus loin dans le chiisme. Ils se préoccupent plus de la commémoration du meurtre d’al-Houssayn, qu’Allah soit satisfait de lui, les dix premiers jours du mois de Mouharram. Ils se flagellent le dos et les épaules dénudés avec des chaînes ».

De nombreux chercheurs et penseurs, à leur tête le Docteur Mohammad Imara (10), se sont attaqués à cette question. Mohammad Imara estime que le fait d’être Iranien ou Afghan, sunnite ou chiite, ne diminue en rien l’œuvre d’al-Afghani car c’est un musulman que toutes les régions islamiques et toutes les écoles de pensée honorent.

Ceux qui ont mis en avant la question des origines iraniennes de Jamal ad-din al-Afghani et de son obédience au chiisme voulaient, derrière cette affirmation, critiquer al-Afghani. Lui affirmait qu’il était Afghan, ses écrits et ses pensées prouvent qu’il était sunnite. Ses contradicteurs voulaient attaquer l’homme, le symbole, que tous affectionnaient.

Al-Afghani et la franc-maçonnerie

Jamal ad-din al-Afghani s’affilia à la franc-maçonnerie afin de se consacrer à des activités politiques. En 1878, il fut élu président de « l’Ordre de l'Étoile Orientale » (Kawkab al-sharq). Il démissionna lorsqu’il découvrit la lâcheté de ce cercle face au colonialisme et au despotisme. Il consigna son expérience dans un discours dans lequel il dénonça la franc-maçonnerie qui cachait ses nombreux objectifs sous de beaux slogans. En réalité, les francs-maçons ne faisaient que parler et ne passaient jamais à l’acte. Cela servait à accomplir les objectifs des colonisateurs et à affermir leurs ambitions loin de réaliser les principes d’égalité des droits, de liberté et d’égalité que mettaient en œuvre concrètement ceux qui n’affichaient pas de tels slogans.

A-t-il été empoisonné ?

Jamal ad-din al-Afghani mourut à l’âge de soixante ans à Istanbul après une vie rude pleine de troubles et de difficultés. Tout comme sa vie qui fut abondante en controverses et en provocations, sa mort entraîna aussi de nombreuses polémiques. Certains doutaient de la cause de sa mort et d’autres pensaient qu’il avait été empoisonné.

Le cheikh Abderrashid Ibrahim, le célèbre explorateur russe qui lui avait rendu visite deux heures avant sa mort, affirma que Jamal ad-din al-Afghani était malade et qu’il mourut de sa maladie. Malgré cela, son neveu, Mirza Loutfoullah Khan, affirmait qu’il était mort empoisonné et accusait le gouvernement iranien de sa mort. Il rappela que le gouvernement iranien avait envoyé Nasir al-Malik pour tuer Jamal ad-din al-Afghani après que l’Empire ottoman ait refusé de l’extrader. Jamal ad-din al-Afghani mourut le 10 mars 1897.


Notes de lecture

(1) Pluriel de cheikh (ndt).
(2) Titre porté par les princes égyptiens au XIXème siècle (ndt).
(3) Le Khédive Tawfiq (1852-1892) fut Khédive du Soudan et d’Égypte de 1879 à 1892 (ndt).
(4) Nasir ad-din Shah naquit le 16 juillet 1831 à Tabriz et mourut le 1er mai 1896 à Téhéran. Il fut Shah d’Iran du 13 septembre 1848 jusqu’à sa mort (ndt).
(5) Marzi Mohammad Hassan ash-Shizari (1814-1896) était un grand Ayatollah iranien. Il est surtout connu pour sa fatwa interdisant de fumer (ndt).
(6) Avis juridique (ndt).
(7) Abd al-Hamid II (Constantinople, 21 septembre 1842 – Constantinople, 10 février 1918) fut Sultan de l’Empire Ottoman et Calife des musulmans de 1876 à sa destitution par les Jeunes-Turcs le 27 avril 1909 (ndt).
(8) Khédive Abbas II Hilmi (Alexandrie, 14 janvier 1874 – Genève, 19 décembre 1944) fut le dernier Khédive d’Égypte de 1892 à 1914. Il fut destitué par les autorités britanniques pour son implication dans le mouvement nationaliste (ndt).
(9) L’école juridique jafarite est d’inspiration chiite. Elle aurait été créée par le sixième imam duodécimain Jafar al-Sadiq (702-765) qui fut le professeur des imams Malik et Abou Hanifa (ndt).
(10) Mohammad Imara, auteur et chercheur, est membre de l’Académie de recherches islamiques de l’Université d’al-Azhar au Caire (ndt).

Source : Al Wihdah

Traduction : Souad Khaldi

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