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Jénine -

Jénine : Les habitants du camp de malheur

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Il y a au moins un endroit, dans les territoires occupés, où les habitants essaient de s’entraider.
Il y a au moins un camp de réfugiés où on cherche à soulager sa terrible détresse.
Après tous les débats autour de la corruption de l’Autorité Palestinienne et de l’inertie des habitants, ça valait le coup d’aller faire un tour dans le camp de réfugiés deJénine.

Jénine : Les habitants du camp de malheur

Mohammed Shilbi peint des paysages que lui, comme la plupart des habitant de Jénine, n’ont jamais vus - Photo : Miki Kratsman

A Jénine, parmi des dizaines de bâtiments d’habitation reconstruits sur les ruines avec un goût parfait, et où la plus grande partie des habitants, où la majorité des habitants n’ont toujours pas d’emploi et restent désespérément pauvres, on a créé une "Brigade du travail" palestinienne, là où tout ce qu’on avait connu, c’était les Brigades des Martyrs d’al Aqsa.

Une modeste donation provenant de l’étranger a généré une initiative sociale fascinante du comité du camp et de l’UNRWA, l’agence d’aide des Nations Unies, pour livrer bataille touchante contre le chômage.

Une petite somme, 187 000 NIS provenant de l’agence Belge pour le développement DGDC est devenue une incitation à trouver des opportunités d’emploi.

Plutôt que de dépenser l’argent pour un seul projet, on a décidé de l’utiliser pour faire en sorte que le maximum de gens puissent retravailler, ne serait-ce que quelques jours.

Des gens qui depuis plus de quatre ans n’ont pas goûté à un jour de travail, se mettent en route le matin pour creuser, paver et construire leur camp même pour un moment.

S’il s’agissait de Juifs, Benjamin Netanyahu apprécierait.


Le comité du camp a dressé la liste des chômeurs, qui constituent environ 70% de la force de travail locale. On leur offre la possibilité de construire des infrastructures pour le camp par cycles de douze jours, du dimanche au jeudi.

Pour chaque cycle il y a 30 travailleurs et ils sont paysé 60 à 70 NIS par jour.
Au bout de trois mois, ils peuvent retravailler pour une nouvelle période de 12 jours.

Environ 400 personnes bénéficieront de ce filon – qui reflète comment se manifeste la justice sociale à Jénine


Presque tous parlent hébreu : ils sont "diplômés" de travaux en Israël. S’il existe quelque chose comme prendre du "plaisir" au travail, c’est ici. Par un jour inondé de soleil, ils se tiennent sur le bord d’un canal et installent de nouvelles canalisation d’égout pour le camp.

Les voisins offrent du café aux nouveaux travailleurs. Près d’une pente raide – le camp de réfugiés est construit sur un coteau – ils construisent une structure de protection là où quelques enfants ont lancé des pierres dans l’abîme, là où l’opération "Remparts" (Defensive Shield) des Forces Israéliennes de Défense fait ressurgir le souvenir de la dévastation.

En 2000, Nidal Farhat, l’un des travailleurs, a été employé par le Cirque Medrano quand celui-ci était venu en Israël. C’est le même cirque qui donne actuellement des représentations à Hayarkon Park dans le nord de Tel Aviv pour l’amusement de nos enfants.

Dans son porte-feuille, Farhath garde encore la carte avec le numéro de téléphone du cirque – comme si c’était sa carte d’identité – et aussi les numéros d’Almog, qui a fourni la sciure de bois, de Tzemach qui a fourni les légumes, de Roman qui a apporté les générateurs, de Diav pour le foin et la paille, de Shahar, Gila et Shirli de la brigade de sécurité, d’Avrahmeleh de la production et du Dr. Klishak de la station de quarantaine pour animaux.



"Vous ne connaissez pas Avrahmeleh et Mimuk de Netanya" demande Farhat.

Il les appelle une fois de temps à autre, en mémoire des jours anciens.

Maintenant Faraht a 37 ans, il installe des conduits en plastique pour les eaux usées du camp, après quatre ans de chômage complet.


Tous ceux qui veulent travailler doivent faire comme ça, ici.
Quelqu’un du groupe a une leucémie et éprouve d’énormes difficultés sous la chaleur du soleil, mais il travaille quand même.

Les yeux de Jamal Zbeidi, le coordinateur du projet pour le comité du camp, brillent d’orgueil : "Personne ne lui donnait du travail" dit-il à propos du malade qui, un peu plus loin, creuse avec une pelleteuse.

Des pionniers du travail qui édifient leur terre. Les malades et les vieux aussi.

Les gens ne sont pas affamés de pain ici, mais ils sont à coup sûr affamés d’une journée de travail.

A la place d’un mur de "Prickly pear cacti" (une espèce de cactus), dans les niches ombreuses où des serpents étaient tapis, un mur de béton sera construit.

Ici, ils construisent une petite route pour les voitures et les tracteurs.
Il y a un autre projet d’escalier pour améliorer l’accessibilité des piétons à leurs maisons enhaut de la côte.
"Ce sera comme Hadar à Haïfa" dit Zbeidi. Toutes ces associations et ces rêves s’inspirent de la philosophie israélienne.



Un mur, déjà construit, est décoré de peintures spectaculaires en six couleurs. Le peintre du camp, Mahommed Shilbi, peint des ruisseaux murmurants et des sommets couverts de neiger pour 60 NIS par jour (N.T : 1 Nouveau Shékel israélien = 0.17757 Euro)

Lui aussi a été recruté pour travailler. Il fait des paysages que la majorité des habitants du camp n’ont jamais vus. Des cygnes au cou blanc glissent sur les eaux, des dauphins s’ébattent dans un océan imaginaire, des éléphants transportent des bûches sur leurs défenses d’ivoire en avançant lourdement à travers la jungle épaisse – un rapide voyage au delà des mers que personne ici ne fera jamais.

Où les habitants du camp verraient-ils un éléphant, une montagne encapuchonnée de neige, ou un dauphin ailleurs que dans les images du rêve de Shilbi.


Il y a aussi un dessin très réaliste : le dessin humoristique d’un homme sans travail qui court pieds-nus. Sur la jeep qui est parqué près du mur il y a une affiche tout aussi réaliste : une photographie des frères Amin et Tahar Abu Kamal des Brigades des Martyrs d’al Aqsa .
Maintenant ce sont des martyrs, alors que leur jeunes frères et soeurs endeuillés jouent dans la cour de l ‘autre côté du mur enneigé.



"N’est-ce pas une bonne idée que de décorer le camp comme ça ?" demande Zbeidi "Combien le paieriez-vous pour peindre votre maison ?"

- Combien prend-il ?

- Donne lui un permis de travailler en Israël et il ne demandera rien


Nous descendons la rue qui est en cours de construction en direction du cimetière des victimes de l’Intifada. Les écoliers passent par ici tous les jours et s’arrêtent devant la tombe de ceux qui leur sont chers. Il n’existe pas un enfant ici qui n’a pas quelqu’un sous terre.
Le drapeau noir et jaune du Jihad Islamique flotte, claquant au vent et rappelle un combat sans fin.

Le mur de l’école aussi est décoré, mais le travail est fait par un peintre différent. "Nous donnons une chance à tout le monde." explique Zbeidi.


Des dauphins bleus sur le mur accueillent aussi les visiteurs du centre de la réhabilitation du camp, au cœur de la principale rue commerciale.

Le centre a été créé en 1991, au cours de la première Intifada, et il a déménagé dans ce bâtiment quatre ans plus tard.

Amer Rahal est le directeur de ce modeste centre, dans lequel les murs des chambres sont décorés à grand coups de pinceaux de peinture à l’huile.
Le centre a été créé avec le financement de l’Agence d’Aide Américaine, du Fonds pour la Protection des Enfants et d’autres organisations internationales.


Rahal, qui a fait des études en électronique et en management est arrivé ici à l’origine comme volontaire et il en est ensuite devenu le directeur.


Dans un premier temps, le centre s’est spécialisé dans l’aide à domicile pour les handicapés et les a aidés à adapter leur domicile à leurs besoins, leur a construit des voies d’accès, des couloirs et des salles de bain suffisamment larges.

Il y avait alors 450 handicapés au camp, certains sont nés comme ça, d’autres ont été handicapés par les Forces Israéliennes de Défense.

Aujourd’hui, l’équipe travaille aussi avec 330 enfants de la ville et des villages environnants qui souffrent de paralysie centrale motrice.

Ils ont formé des centaines de mères qui se bagarrent avec les handicaps de leurs enfants.

Rahal dit que le très grand nombre d’enfants souffrant de paralysie centrale motrice est dû à l’insuffisance des conditions économiques et sociales, aux services de santé restreints, aux mariages consanguins et aux naissances opérées dans des conditions désastreuses, comme (celles qui ont lieu) aux checkpoints.


En raison de la création des checkpoints, des bouclages et des couvre-feux imposés, quatre petits centres ont été ouverts dans les villages aux alentours parce qu’il était impossible pour les handicapés de se rendre à Jénine.

L’équipe a expérimenté les visites à domicile dans environ 45 villages. Une carte sur le mur du bureau de Rahal indique les endroits où opère le centre.


Le projet actuel est une usine de fabrication de prothèses. S’étant montré incapable de répondre à la demande urgente de membres artificiels dans la foulée de l’actuelle Intifada, on a pris la décision de les fabriquer et de les adapter localement.
Six spécialsites ont déjà été formés à cet effet.
200 personnes du camp environ, ont été handicapées à la suite de cette seule Intifada.


Il y a aussi un programme spécial pour offrir des thérapies par le jeu à des centaines d’enfants qui ont été traumatisés de différentes façons au cours des incursions de l’armée ; 300 jeunes enfants viennent tous les jours après l’école pour essayer d’adoucir leurs cicatrices psychologiques.

Les orphelins reçoivent ici aussi des traitements spécialisés Les sœurs Salam et Anwar Fawez, âgées de 11 et 12 ans, dont le père a été tué au cours d’une opération de l ‘IDF en mai 2001, viennent ici tous les jours pour être traitées par le jeu.

Seule l’unité ordinateur n’est pas encore fonctionnelle. Il y a une petite dizaine d’ordinateurs dans l’une des pièces du centre. Tous sont vides. Les ordinateurs gris sont empilés derrière une cloison dans un coin.
Les soldats israéliens ont détruit les ordinateurs du centre de réhabilitation au cours de leurs attaques : maintenant leurs machines ramassent la poussière et les enfants n’ont pas d’ordinateurs ni pour jouer ni pour apprendre.


Selon une enquête conduite par le centre, 69% des familles du camp ont un revenu inférieur à 1000 NIS par mois ; ils ne sont que 2% à avoir un revenu plus important que 2000 Nouveaux Shekels Israéliens.

Dans cette situation socio-économique, la réinsertion devient un enjeu formidable, ce qui est presque impossible pour les familles. Ainsi tous les services ici sont gratuits.
Le budget du centre est de 150 000 dollars par an et provient de donations étrangères ; 17 spécialistes salariés travaillent ici et il y a aussi 60 volontaires, dont la plupart sont des étudiants du camp.

La salle de jeux est peinte en bleu. Le sol est couvert de tapis décorés de dessins d’animaux de la jungle faits par des enfants.

Il y a un petit bac rempli de balles en plastique et quelques espaces de jeu., comme des coins de docteur et d’infirmières et une cuisine à la taille des enfants . Ils peuvent y jouer au docteur et au blessé, au papa et à la maman.

Sur des rayonnages il y a beaucoup de jouets et un seul pistolet en plastique. Le directeur dit qu’ils cherchent à faire diminuer le phénomène largement répandu dans le camp des jeux avec des fusils-joujoux.

Des modèles en plastique d’hélicoptères et de bulldozers, comme ceux que les enfants ont vu démolir leurs maisons, restent pourtant à déballer.


Shibi était occupé cette semaine à faire une peinture sur une épicerie à l’autre bout du camp. Né et élevé dans le camp, cet homme de 39 ans peint depuis qu’il en a 15. Il a passé six ans dans une prison israélienne, mais maintenant il peint, pour 700 NIS, Mickey Mouse mangeant un cône de crème glacée sur le mur de l’épicerie d’Isham Salah, à côté d’une affiche de crème glacée Strauss.

Shibi a six enfants et n’a jamais vu dans la vie réelle aucun des sujets qu’il met dans sa peinture.
Ni un dauphin ni un éléphant, ni la neige et pas de jets d’eau – sauf à la télévision.
Le seul peintre dont il a entendu parler, c’est Picasso. Il dit qu’il à peint sur commande des murs de chambres à coucher à Hadar un quartier d’Haïfa. Outre sa peinture, il travaille aussi à la Sécurité de Prévention : sergent-chef

A-t-il dessiné des "shaheeds" – les martyrs de la cause - sur les murs ? Shibi répond évasivement. Il dit qu’il a peur de répondre.

Pourquoi ne peint-il pas de sujets sur les choses d’ici ?

"Je n’aime peindre que de jolies choses. Les dauphins sont beaux. La neige est belle. Qu’est-ce qui peut bien être beau ici ?"

Source : http://www.haaretz.com/

Traduction : CS pour ISM

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