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Palestine - ISM France

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Palestine -

Kathleen and Bill Christison : Rencontrer l'autre en Israel, Palestine

Par

Kathleen Christison est un ancien analyste politique de la CIA et a travaillé sur les questions du Moyen-Orient pendant 30 ans. Elle est l'auteur de Perceptions of Palestine (Perceptions de la Palestine) et The Wound of Dispossession (Blessure de la Dépossession). Elle peut être contactée à l'adresse suivante : kathy.bill.christison@comcast.net. Bill Christison est un ancien haut responsable de la CIA. Il a servi en tant qu'officier des renseignements nationaux et directeur du bureau de l'analyse régionale et politique de la CIA Il peut être contacté à l'adresse suivante : kathy.bill.christison@comcast.net

On hésite à critiquer ces entreprises. Elles sont si bien intentionnées que cela vous fait passer pour un grincheux.
Mais les innombrables efforts déployés dans le monde pour organiser des rencontres entre les enfants des conflits politiques, notamment ceux du conflit israélo-palestinien, dans une sorte de relations forcées - des écoles ou des camps ou des endroits similaires - afin qu'ils puissent apprendre à se connaître et découvrir qu'ils sont tous humains, peuvent et font souvent perpétuer le conflit.

Kathleen and Bill Christison : Rencontrer l'autre en Israel, Palestine


Photo Mouid Ashqar, Maan Images : Des étudiants palestiniens assistent aux funérailles de Zeina Hamad, 8 ans, dans la ville de Ramin, à l'est de Tulkarem.


Ces bonnes intentions ne font que détourner l'attention des véritables problèmes, des réels griefs et induisent les gens dans l'erreur que toutes ces douceurs et lumières sont une sorte de progrès vers un règlement du conflit

L'un de ces camps pour filles israéliennes et palestiniennes se réunit plusieurs fois chaque été, lors d'une retraite en montagne près de l'endroit où nous vivons au Nouveau Mexique.

Ces dernières années, ce camp a regroupé des adolescentes des deux côtés pendant deux semaines de vie commune : partage des chambres, repas collectifs, artisanat et activités musicales ensemble, et discussions interminables sur eux-mêmes, leurs sociétés et sur leurs peurs respectives.

Elles partent avec de nouvelles perspectives, elles sont en mesure de voir l'autre comme des personnes ayant les mêmes préoccupations au sujet des garçons, les mêmes angoisses d'adolescentes, les mêmes difficultés avec leurs parents.

Cependant, elles peuvent être à un même niveau d'égalité dans les montagnes du Nouveau Mexique, mais elles ne le sont plus quand elles rentrent et elles retournent à de nouvelles circonstances différentes dans leur vie quotidienne.


Il existe d'autres efforts analogues dans de nombreux endroits. Seeds of Peace (ndt : Graines de la Paix) mettent en contact des enfants des conflits, en particulier des Arabes et des Israéliens, dans la forêt du Maine depuis des décennies. Une école internationale, dépendant de l'United World College créé il y a plusieurs décennies par Lord Mountbatten, dans l'espoir de mettre en contact les futurs dirigeants mondiaux pour apprendre d'autres cultures et promouvoir la courtoisie dès le jeune âge, existe dans un autre endroit à proximité de notre ville.

Il y a des écoles en Israël et en Palestine pour les enfants des deux camps, censées enseigner l'histoire des uns et des autres.

Nous avons rencontré à Jérusalem, il y a quelques nuits, l'un des principaux promoteurs de la toute dernière tentative visant à créer des écoles pour les jeunes en Palestine-Israël.

Cet homme, un Américain ayant un nouvel intérêt dans le conflit, rassemble des enseignants israéliens et palestiniens pour mettre au point un programme qui enseignera aux enfants des deux camps qu'ils sont capables d'accomplir davantage de choses par l'ouverture et l'amitié que par la colère.

Ce n'est évidemment jamais une mauvaise idée pour les ennemis que de se connaître les uns les autres, et c'est une bonne idée que de former les jeunes de sociétés opposées à regarder au-delà des divisions et à voir l'autre comme un être humain convenable plutôt que comme un monstre.
Mais, à moins qu'il y ait un espoir raisonnable de voir les circonstances de ces enfants changer de façon spectaculaire à leur retour, l'expérience est plus une diversion et un inconvénient qu'un pas en avant.

Les filles du camp d'été peuvent acquérir de nouvelles perspectives, mais si elles reviennent à la vraie vie en tant que filles d'une population vivant sous la domination des filles d'une puissance occupante, rien n'aura changé.

L'idée que ces jeunes seront éduquées pour devenir les dirigeants de leur pays et, qu'avoir eu cette expérience réconfortante d'apprendre à connaître "l'autre" favorisera un sérieux changement quand elles grandiront, n'est pas suffisante.

D'une part, dans un conflit comme celui de Palestine-Israël, de trop nombreuses personnes vont mourir dans les 20 ou 30 ans avant que ces jeunes filles soient en mesure d'assumer le pouvoir dans leurs sociétés.

D'autre part, quelles que soient les perspectives de changement et penser que ce qu'elles ont tiré de leur découverte des uns et des autres à l'âge de 15 ou 16 ans ont peu de chances de perdurer à moins que les circonstances dans lesquelles elles vivent changent, elles aussi, radicalement.

Personne n'aurait attendu d'un camp d'été qui aurait rassemblé les filles d'esclaves et les filles des propriétaires d'esclaves qu'il ait un impact durable si, au bout des deux semaines idylliques, elles avaient été renvoyées à une situation dans laquelle l'esclavage aurait perduré et que les filles d'esclaves auraient continué à vivre dans la soumission des filles des propriétaires d'esclaves.

Exactement de la même manière, on ne peut pas s'attendre à des changements réels lorsque les filles des opprimés palestiniens continuent à vivre sous la domination des filles de leurs oppresseurs israéliens.

À la fin de ces camps d'été, à la fin de chaque trimestre dans les écoles fréquentées par les jeunes palestiniens et israéliens, les jeunes israéliens retourneront inévitablement à leur vie quotidienne en tant qu'Israéliens : en effectuant leur service militaire obligatoire, en dominant et en humiliant les Palestiniens aux checkpoints dans l'ensemble de la Cisjordanie , en habitant souvent dans des colonies sur des terres palestiniennes confisquées, en emprisonnant les Palestiniens dans la Bande de Gaza, en vivant d'une manière générale en tant que population favorisée dans un Etat à majorité juive qui accorde peu de droits aux non-Juifs, en particulier aux Palestiniens.

Les leçons de réconciliation et du respect de l'humanité de l'autre qui sont enseignées dans ces camps et ces écoles ne sont d'aucune aide et n'ont aucune valeur sur la durée.

Ce sont presque toujours les Israéliens et les partisans des Israéliens qui sont à l'origine de ces écoles et de ces camps de coopération : des Sionistes modérés dont le désir d'aider à mettre fin au conflit par la fin de l'occupation est bien réel, mais dont la préoccupation est avant tout de préserver Israël en tant qu'État juif et qui donc, très probablement de façon inconsciente mais néanmoins visible agissent entièrement d'un point de vue d'Israël.

Il faut beaucoup moins d'efforts pour enseigner aux enfants israéliens l'histoire des Palestiniens que de tenter de faire comprendre et accepter aux enfants palestiniens le point de vue israélien.


Un bulletin d'information publié par les organisateurs du camp d'été des filles au Nouveau Mexique a récemment remarqué de façon triomphale qu'à la fin des sessions, les filles palestiniennes étaient arrivées à comprendre pourquoi les filles israéliennes devaient rentrer pour effectuer leur service militaire dans leur pays.

Il n'est pas venu à l'esprit de ces organisateurs de provoquer des sérieux changements dans la situation sur le terrain en Palestine-Israël, et de modifier la hiérarchie des Juifs sur les Arabes qui définit Israël et les territoires occupés


Contrairement à la plupart des autres, le responsable de l'école que nous avons rencontré à Jérusalem, est un Palestino-américain, mais il agit également dans un système de référence axé sur Israël.

Il ne parle que de faire surmonter aux enfants palestiniens, y compris à certains de ses propres parents en Cisjordanie , leur colère envers Israël et d'arrêter les tirs de roquettes depuis Gaza. Il est tellement investi du point de vue israélien, et il est tellement emballé dans sa conviction optimisme que parler et apprendre ensemble peuvent résoudre tous les problèmes, que lors d'une visite à Gaza, il n'a vu que la lumière du soleil.

Tout le monde est heureux dans la Bande de Gaza, a-t'il déclaré d'une façon ridicule, parce qu'ils sont des hommes libres, ravis de leur "Etat indépendant".
Il n'a rien vu des horreurs de la vie sous domination israélienne dans la Bande de Gaza, rien des incessants assassinats israéliens, rien de l'horrible pauvreté ou de l'économie dévastée, rien de l'emprisonnement de 1,4 millions de personnes, rien de la réalité sur le fait que toute la détresse de Gaza est causée politiquement par la domination oppressive d'Israël.

Il a pris soin de faire des excuses pour le comportement de tous les Israéliens. C'est un Américain, de son propre aveu séparé depuis longtemps de la Palestine, et c'est là le point de vue américain, qui est le point de vue israélien.

Il a parlé uniquement de l'avenir ; le passé, a-t-il dit, ne nous intéresse pas. Il ne veut également pas s'attaquer au déséquilibre entre les Israéliens et les Palestiniens. Cela aussi est sans importance, estime-t'il.

Ces réalités sont évidemment trop gênantes pour quelqu'un qui croit seulement dans la justesse de son approche, qui ne peut pas changer la réalité d'aujourd'hui, ni celle de demain, et par conséquent vise à détourner l'attention, la sienne et celle des autres, de ce qui doit être réellement fait.

Une véritable coexistence est différente d'une simple bonne entente. Apprendre aux enfants à vivre ensemble, que les ennemis de leurs parents sont des êtres humains qui ne devraient pas être déshumanisés ou diabolisés, c'est bien, mais c'est cruellement insuffisant, voire mortellement déclencheur de complaisance.

À moins que leurs parents apprennent eux-mêmes à coexister, et coexistent en toute égalité, justice et respect mutuel - à moins que leurs parents se livrent à un sérieux effort pour changer la triste réalité sur le terrain et la perpétuelle domination juive sur les Palestiniens - les quelques leçons de civilité entre enfants seront inutiles.

Source : http://www.palestinechronicle.com/

Traduction : MG pour ISM

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11 novembre 2007