Fermer

S'inscrire à la mailing list ISM-France

Recevez par email les titres des derniers articles publiés sur ISM-France.

Votre adresse courriel

Fermer

Envoyer cet article

Votre adresse courriel
Envoyer l'article à
Votre message
Je profite de l'occasion pour m'abonner à la newsletter ISM France.
Palestine - ISM France

Imprimer cet article Envoyer cet article
Article lu 1338 fois

Palestine -

L’ogre des barrages : le tuerons-nous ou nous tuera-t-il ?

Par

Khaled Mansour est membre du bureau politique du Parti du Peuple

L’être humain est pris de vertiges, incapable de réfléchir correctement, il perd le nord, occupé entièrement à réfléchir à l’instant présent, ou à comment se débarrasser de l’ogre des barrages. Il espère que ne vont pas s’allonger les heures d’attente et prie n’importe quelle force occulte de l’aider, allant jusqu’à espérer que Dieu éclaire les soldats (à qui il porte toute la haine et l’exécration au plus profond de son coeur) et leur mette dans le coeur un peu de miséricorde envers nous.

Il est certain que l’arme la plus redoutable utilisée par les occupants israéliens contre notre Intifada palestinienne est une arme infernale, non moins dangereuse que l’arme des meurtres, liquidations, incursions et arrestations. C’est l’arme de l’étouffement, de l’encerclement et de l’installation de barrages à toutes les entrées des villes, villages et localités.

Ces barrages séparent le Palestinien de ses sources de subsistance et de son travail, ils l’exposent quotidiennement aux supplices, à l’humiliation et à l’avilissement, dans des formes dépassant l’imagination, cela pourrait être même pire (si l'on considère la durée dans les années et la banalisation, ndlt) que les pratiques des nazis allemands dans les pays occupés par eux et des racistes blancs en Afrique du Sud.

Les barrages dressés tels des potences aux portes de nos villes et villages répondent sans doute à des objectifs de sécurité tactiques pour l’armée d’occupation, comme empêcher les activistes palestiniens de se déplacer et de circuler d’un endroit à l’autre, bloquer le transport d’armes et imposer un encerclement sécuritaire. Mais l’objectif stratégique fondamental est resté, dans tous les cas, celui qu’avaient planifié les experts démoniaques de l’armée d’occupation, visant à la destruction du psychisme du citoyen palestinien, à l’annihilation de sa volonté, de sa détermination à persévérer dans le refus de l’occupation et de sa persistance à défier et à résister à leur présence et à leur expansion sur notre terre.


Il est vrai que les occupants ont réalisé des avancées importantes concernant la sécurité face à la résistance palestinienne, qu’ils ont réussi à frapper et à détruire une part importante des noyaux durs. Mais l’encerclement sécuritaire est resté relativement perméable, parfois possible à percer en profitant de certaines lacunes au niveau de la sécurité : s’il y a volonté et détermination -, ceci étant dû à la nature géographique et démographique de notre terre et de notre peuple, aux enchevêtrements et entrecroisements de la vie de part et d’autre de la ligne verte...

Toutefois la plus grande réalisation des occupants a été l’accentuation de la mise sous tension du citoyen palestinien, qui a amené ce dernier à concentrer la plus grande part de ses pensées sur ses moyens de survie personnels et sur les moyens d’éviter les obstacles posés par l’occupation, que l’occupant s’évertue à renouveler quotidiennement.


Au lieu de réfléchir aux moyens de lutte pour se délivrer de l’occupation, on voit le citoyen réfléchir aux problèmes de voyages et de transports :

A comment il va tenter de se protéger des agressions et sévices de l’armée s’il se fait arrêter lors de son voyage et lorsqu’il fait des détours, à travers les routes de montagne ou les rues secondaires, pour éviter les barrages permanents ou volants ;
A comment il va parvenir à son lieu de travail en ville s’il est employé, alors que son directeur responsable lui demande d’être à l’heure, comme s’il (soit le directeur) n’était pas Palestinien, ou comme s’il vivait sur une autre planète, ne connaissant pas ou n’ayant pas même entendu parler de l’existence des barrages, n’en souffrant pas, n’attendant pas dans les longues files à mourir d’ennui car il possède une carte ou des contacts israéliens qui lui facilitent le passage ;
A comment il va faire arriver son malade chez le médecin ou à l’hôpital ou encore, comment, en tant que VIP, il va pouvoir écouler ses laitages, ses fromages et ses fruits à la ville ; et s’il est ouvrier travaillant en Israël,
A comment il va y arriver et traverser le mur d’isolement redoutable - qui s’étend quotidiennement en kilomètres pour encercler l’ensemble de nos régions palestiniennes et les faire ressembler de plus en plus à des prisons et des cellules redoutables et désolantes - obligé qu’il est, pour atteindre son travail à Netanya à partir de chez lui dans la région de Tulkarem ou de Jénine, de traverser les montagnes de la région de Ramallah ou de Jérusalem et des bouts du mur que les occupants s’empressent de construire et d’achever.

Il fait ainsi des dizaines de kilomètres pour atteindre une région distante de son lieu d’habitation de seulement quelques kilomètres.


Des milliers de citoyens pénètrent tous les jours dans la ville de Naplouse, des employés des secteurs publics et privés, des étudiants à l’université, des malades, des usagers des administrations gouvernementales ainsi que des gens allant faire leurs courses, des enfants, des femmes et des personnes âgées, des jeunes gens et des jeunes filles, des handicapés et des gens valides.

Les accès à la ville sont délimités, il y a trois entrées et aucune autre, des points de passage qu’on croirait internationaux, avec une surveillance renforcée.

Le premier est le point de passage de Beit Eyba à l’entrée ouest de la ville de Naplouse réservé aux citoyens arrivant des villages de la province du nord et de l’ouest ainsi que des régions de Jénine, de Toubas, de Tulkarem et de Kalkilya.

Le second est le barrage Houara réservé aux arrivants des villages du sud de la région et des régions de Ramallah, Jérusalem, Jéricho et Salfir.

Le troisième est le barrage de Beit Fourik pour les personnes venant des villages de l’est de Naplouse, Beit Fourik, Beit Dajn, Salem et Al Aghwar. La pression s’accroît tôt le matin, entre 7h et 9h, lorsque les citoyens se dirigent vers la ville, puisqu’ils sont liés à leur horaires de bureau, elle s’accroît aussi l’après-midi entre 14h et 16h, soit à l’heure de fermeture des organismes publics et privés.
Le matin, la foule est très dense et de même l’après-midi.

Avec l’apparition des grosses chaleurs, en l’absence de tout ce qui pourrait protéger les citoyens du soleil brûlant et en présence d’une quantité phénoménale de poussière, qu’elle provienne des carrières comme c’est le cas au barrage de Beit Iba à l’ouest de Naplouse, de la circulation des voitures ou des manoeuvres délibérées et provocatrices des véhicules de l’armée et de ses chars, cela devient épouvantable.
La sueur se mêle à la poussière, à la fatigue de l’attente, aux comportements outrageants et aux affronts des soldats de l’armée dressés aux barrages ; à leur lenteur et à leur façons délibérées de faire traîner en longueur les opérations de fouilles, à leurs provocations fréquentes envers les femmes, surtout envers les très jeunes et jolies filles, à leurs menaces incessantes à l’encontre de tous les moins de 35 ans de leur interdire d’entrer et de sortir de la ville ; ainsi qu’au chaos total provoqué par les citoyens sans cesse soumis aux harcèlements causé par l’armée dans sa lenteur et l’arbitraire, non lié à la file, du choix des passages.

Alors la pression monte au cerveau des citoyens, des incidents éclatent avec les soldats, les insultes fusent, puis les soldats donnent l’assaut à coups de bâtons ou de gaz suffocant. Les barrages se ferment pour des heures, frustration et désespoir s’instillent dans les esprits d’un nombre croissants de citoyens qui finissent par considérer la moindre facilité offerte par l’armée, aussi minime soit-elle, comme un événement positif important, comme l’indication d’un changement dans les méthodes répressives israéliennes vers moins de rigueur.

L’être humain est pris de vertiges, incapable de réfléchir correctement, il perd le nord, occupé entièrement à réfléchir à l’instant présent, ou à comment se débarrasser de l’ogre des barrages. Il espère que ne vont pas s’allonger les heures d’attente et prie n’importe quelle force occulte de l’aider, allant jusqu’à espérer que Dieu éclaire les soldats (à qui il porte toute la haine et l’exécration au plus profond de son coeur) et leur mette dans le coeur un peu de miséricorde envers nous.


C’est ainsi que s’est développé le phénomène de l’officier Aoufar aux barrages de la ville de Naplouse. Cet officier dont dit qu’il travaillait auparavant dans l’administration civile israélienne, avant d’achever sa carrière militaire et de prendre sa retraite, qui a certainement travaillé pour les services du Shin Beth, ou a supervisé le meurtre et la torture de dizaines de citoyens palestiniens, a été rappelé par le commandement de l’armée à cause de son expérience des Arabes et de comment les traiter.

On l’a rappelé pour prendre la responsabilité des barrages qui étouffent la ville de Naplouse. Un officier à la peau rouge, au gros ventre et à la tête encore plus grosse, entre la cinquantaine et la soixantaine qui décide aux barrages et qui y détient grande autorité dans le traitement de tous les cas d’urgence.
Par suite de l’énorme tension exercée sur les nerfs des citoyens, et parce qu’il a parfois facilité le passage de certains et réduit leur temps d’attente, cet officier a fini par leur apparaître comme quelqu’un de bien.
C’est un bourreau parfois atteint de bouffées d’humanité. Certains finissent, par un raisonnement naïf, à expliquer et justifier, par exemple, le fait qu’un jour Aoufar ait renforcé les mesures aux barrages et que cela n’avait lieu que parce qu’un officier parachutiste israélien avait été tué lors d’une opération contre le camp de Balata.


Les gens ont commencé à implorer Dieu de tomber sur ce bourreau miséricordieux tous les jours, au barrage où ils passent, oubliant ou voulant oublier que la politique d’humiliation aux barrages est une politique officielle mise en oeuvre par des soldats qui obéissent aux ordres de leur commandement, dont cet officier Aoufar fait partie.

Et que l’allègement des mesures de sécurité est fonction de la situation sur le terrain, ou des quelques moments où sont présents les partisans de la paix israéliens, de Betslem ou des mouvements des femmes contre les barrages israéliens, ou encore en raison de la présence de certains médias internationaux.

Faire un don

Afin d'assurer sa mission d'information, ISM-France fait appel à votre soutien.

Oui ! Je soutiens ISM-France.


Contacter ISM France

contact@ism-france.org

Suivre ISM France

S'abonner à ISMFRANCE sur Twitter RSS

Avertissement

L'ISM a pour vocation la diffusion d'informations relatives aux événements du Proche Orient. Les auteurs du site travaillent à la plus grande objectivité et au respect des opinions de chacun, soucieux de corriger les erreurs qui leur seraient signalées.

Les opinions exprimées dans les articles n'engagent que la responsabilité de leur auteur et/ou de leur traducteur. En aucun cas l'ISM ne saurait être tenu responsable des propos tenus dans les analyses, témoignages et messages postés par des tierces personnes.

D'autre part, beaucoup d'informations émanant de sources externes, ou faisant lien vers des sites dont il n'a pas la gestion, l'ISM n'assume aucunement la responsabilité quant à l'information contenue dans ces sites.

A lire également...
Même lieu

Palestine

Même sujet

Checkpoints

Même date

8 juin 2004