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Egypte -

L’Egypte a-t-elle saboté l’accord sur Gaza, sur Shalit ?

Par

Amal Ghazal est assistant professeur de l'histoire moderne du Moyen-Orient à l'Université Dalhousie à Halifax, Canada.

La France servait de médiateur entre le Hamas et Israël pour un échange de prisonniers et aurait été proche de parvenir à un accord acceptable pour les deux parties.
Toutefois, la récente demande d'Israël d'inclure la libération de Shalit dans l'accord global et même de la relier à l'ouverture des passages est une nouvelle position.
Il semble que l'Egypte ait saboté l'initiative de la France après la visite de Hosni Mubarak en France la semaine dernière.

L’Egypte a-t-elle saboté l’accord sur Gaza, sur Shalit ?


Le président égyptien Hosni Mubarak est accueilli par son homologue français, Nicolas Sarkozy, à Paris pour une réunion où l'Egypte pourrait avoir saboté une initiative française d’échange de prisonniers entre le Hamas et Israël. (Eco Clement / UPI)

L’une des réussites majeures des historiens révisionnistes israéliens a été de briser les mythes israéliens qui entourent la création de l'État d'Israël. Un des principaux mythes était l'affirmation qu’Israël était entouré de régimes arabes hostiles.
Cette affirmation a été démystifiée et même tournée en dérision par de nombreux Arabes qui accusent les régimes non seulement de collaboration avec Israël, mais aussi de complicité dans la répression des mouvements de résistance palestinienne, et cette collaboration est maintenant documentée et dénoncée grâce à la découverte de documents officiels.

Cette histoire s’est réveillée au cours de la dernière guerre contre la bande de Gaza et la complicité du gouvernement égyptien (et d’autres gouvernements arabes) dans cette guerre a fournie une idée claire de la relation organique entre Israël et certains de ces régimes qui ne se privent pas ou n’hésitent pas à sacrifier la question palestinienne pour leurs propres fins politiques.

La complicité du régime égyptien concerne même les négociations du Caire dans lesquelles il sert de médiateur. En fait, ce régime n'est pas un médiateur entre deux parties ou un arbitre honnête ; ses intérêts rejoignent les intérêts israéliens à un tel point qu’il agit en tant que médiateur pour le compte d'Israël.

Pendant la guerre de Gaza, nous avions tous les yeux rivés sur les scènes de carnage dans la bande de Gaza et un autre sur le Caire, où l'équipe de négociateurs égyptiens tentaient de faire pression sur les Palestiniens (à travers le Hamas) pour qu’ils se rendent, ce qu'Israël n'avait pas été capable de faire par la force militaire. Le tollé international, la capacité du Hamas à absorber les attaques israéliennes et la détermination des Palestiniens de Gaza ont fourni à la délégation du Hamas au Caire un moyen de pression politique qui lui a permis de résister à la pression et aux intimidations égyptiennes.

Et comme cela l’a été révélé par certaines récentes fuites à la presse, les Égyptiens ont utilisé différentes techniques d'intimidation pour forcer le Hamas à accepter les termes proposés par Israël. Ce n’est qu’une question de temps avant que nous connaissions ces détails qui renforceront l'idée que l'équipe de négociateurs égyptiens voulait imposer les conditions des Israéliens au lieu de négocier un accord équitable.

Une indication de l’empressement de l'Egypte à pousser le Hamas à se rendre a été la première proposition égyptienne de discuter d'un cessez-le-feu de 10 à 15 ans entre le Hamas et Israël. Le refus du Hamas à négocier un tel accord à long terme a finalement conduit à une négociation d'un accord de 18 mois.

Comme l’ont révélé des sources confidentielles, voici ci-dessous ce que les Egyptiens ont proposé en termes d'accord en deux phases, suivi d'une contre-proposition du Hamas.

Phase 1 :

1. Le Hamas sera la partie qui annoncera le cessez-le-feu et les termes de l'accord ;

2. Le Hamas présentera des garanties pour empêcher le creusement des tunnels et le commerce de marchandises illicites (en référence aux armes) ;

3. Le Hamas doit mettre en place un mécanisme par lequel il punit ceux qui violent les termes de l'article 1 ;

4. Il y aura une levée du blocus partielle (80%), et non totale ;

5. Le blocus inclura tous les matériaux qui peuvent être éventuellement utilisés pour la fabrication de roquettes ;

6. Les passages israéliens seront ouverts si le Hamas est en mesure de répondre aux exigences énoncées dans les articles 1 et 2.

La première phase ne comprend aucune concession ou engagement de la part des Israéliens. Ils seront proposés au cours de la phase 2 de l'accord. En d'autres termes, la phase 2 sera une récompense au Hamas, s’il démontre sa volonté et sa capacité à honorer les termes de la phase 1.

Les Egyptiens ont tout fait pour écarter le point de passage de Rafah de l'ordre du jour et pour en discuter au cours de la phase 2 au lieu de la phase 1, là encore en tant que récompense au Hamas pour son exécution de la phase 1 de l'accord.


Ensuite, la phase 2 comprend les points suivants :

1. Israël est prêt à négocier de nouveaux arrangements concernant le passage de Rafah, y compris une proposition visant à déplacer les observateurs internationaux du côté israélien sur le côté égyptien (quand les observateurs internationaux sont du côté israélien, ils peuvent être facilement manipulés par Israël) ;

2. Il doit y avoir une libre circulation des denrées alimentaires et de l'aide vers la bande de Gaza.


Il est intéressant de noter aussi que les Égyptiens ont offert, en contrepartie, aux Palestiniens, de désactiver tous les missiles non explosés pour assurer la sécurité des Palestiniens.

Outre le fait que les engagements d'Israël dans l'accord soient repoussés à la phase 2, l'acceptation des termes de la phase 1 transformerait finalement le Hamas en une autre Autorité Palestinienne, dont la mission serait de préserver les intérêts israéliens et de punir les Palestiniens qui violeraient les termes de l'accord. Cela est particulièrement vrai pour ceux qui, sous n'importe quelle forme de siège, seraient impliqués dans le commerce des tunnels et la contrebande.

Conscient de ce piège et ne voulant pas accepter en l'état la proposition égyptienne, le Hamas a exigé le texte suivant :

1. L'Égypte sera la partie responsable de l'annonce du cessez-le-feu et des termes de l'accord ;

2. Le blocus devra être levé immédiatement et tous les passages devront être ouverts, notamment celui de Rafah, afin de permettre l'importation de nourriture et de l'aide. La surveillance du passage de Rafah sera sous la responsabilité du Hamas et de l'Autorité Palestinienne jusqu'à ce qu'un nouveau gouvernement palestinien soit formé ;

3. Il doit y avoir un accord sur un plan de reconstruction qui permettrait l'importation de tout le matériel nécessaire ;

4. Il doit y avoir une libre circulation immédiate de l'aide ;

5. Le Hamas ne s’engage pas à punir les contrevenants ;

6. Le Hamas garantit d’arrêter l'importation d'armes.


Un point de friction majeur, comme l’a indiqué Al-Jazeera, a été la partie qui devait annoncer le cessez-le-feu et ses détails. En demandant au Hamas de déclarer unilatéralement son cessez-le-feu, l'Egypte se déchargeait de toute responsabilité pour garantir les engagements israéliens envers le cessez-le-feu et les détails de l'accord.

En somme, les Egyptiens voulaient imposer leurs conditions de l'accord, demander au Hamas de déclarer un cessez-le-feu et les détails de l'accord et ensuite laisser les Israéliens accepter ou refuser ce qui était proposé. Mais le Hamas a voulu que l'Egypte annonce les termes de l'accord. Ce faisant, l'Égypte devrait s’assurer que certaines garanties israéliennes respectent l'accord.

Plus important encore, c’est alors l'Égypte, et non le Hamas, qui serait chargée de convaincre les autres parties palestiniennes des termes de l'accord. Cela permettrait au Hamas d'éviter de se retourner contre les Palestiniens qui pourraient considérer que l'accord est contraignant.

Ce qui va arriver dans un avenir proche donnera une image plus claire des points sur lesquels les Égyptiens et les Palestiniens ont pu se mettre d'accord. Il est clair que l'équipe de négociation égyptienne, dirigée par Omar Suleiman, était désireuse d'atteindre deux objectifs.

L'un était de rétablir un rôle égyptien dans la région, en particulier dans le contexte du conflit israélo-palestinien.
Le gouvernement égyptien a été pris au dépourvu par la prise de contrôle de Gaza par le Hamas en Juin 2007 et s’est retrouvé bredouille après avoir essayé de faire pression sur le Hamas pour le renouvellement du cessez-le-feu avec Israël en Décembre. En outre, l’incapacité du régime égyptien à trouver un accord avec le Hamas pour la libération du caporal israélien capturé, Gilad Shalit, a nui, en outre, à sa réputation d'acteur régional important.

La détermination de l'Égypte à avoir entre les mains le dossier Shalit, afin de tenter de rétablir une certaine crédibilité à son rôle régional, explique l'évolution récente de cette question. Israël avait accepté de négocier la libération de Shalit dans un accord séparé.

La France servait de médiateur entre le Hamas et Israël pour un échange de prisonniers et aurait été proche de parvenir à un accord acceptable pour les deux parties.
Toutefois, la récente demande d'Israël d'inclure la libération de Shalit dans l'accord global et même de le relier à l'ouverture des passages est une nouvelle position.

Il semble que l'Egypte ait saboté l'initiative de la France après la visite de Hosni Mubarak en France la semaine dernière. Ehud Olmert a peut-être espéré la libération de Shalit avant qu’un nouveau gouvernement israélien soit formé de manière à obtenir une victoire avant son départ.

L'Egypte n'est pas prête à lâcher le dossier Shalit et veut mener les négociations sur cette question elle-même. La nouvelle position d’Israël doit être interprétée comme un moyen de pression sur l'Egypte pour conclure un accord sur un échange de prisonniers très vite ou de laisser une autre partie le faire.

Le deuxième objectif est de parvenir à un accord qui serait acceptable pour Israël et, par extension, aux États-Unis. L’empressement de Suleiman à plaire à Israël et aux États-Unis a un objectif plus large : Suleiman veut prouver qu'il est celui qui contrôle, et derrière lui, l’armée et les services de renseignements.

Suleiman, et l'armée en général, ne sont pas très enthousiastes à l'idée que Gamal Moubarak succède à son père. Ils ne voient pas en lui "le fils de l'establishment militaire" et son arrivée à la tête de l'Egypte mettrait fin à une tendance qui est en place depuis 1952, où le président du pays est un militaire dont la loyauté et l'affiliation vont à cet establishment.

Bien qu’en pratique, la façon de gouverner de Gamal ne serait pas différente de celle de son père, le vieil establishment qu’est l’armée égyptienne est inquiète de voir brisée ou modifiée la chaîne de commandement allant au président. Ce à quoi nous assistons maintenant, en termes de dynamique de négociations, pourrait bien refléter une lutte interne de pouvoir en Egypte.

Encore une fois, les Palestiniens et la cause palestinienne sont les victimes d'un régime arabe qui poursuit ses propres intérêts et sacrifie les aspirations des Palestiniens pour sa propre survie.



Source : http://electronicintifada.net/

Traduction : MG pour ISM

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