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Palestine 48 -

L’Ethnocratie d’Israël et la menace démographique: le Dr. As'ad Ghanem parle des citoyens palestiniens d'Israël

Par

Le Palestine Center a interviewé le Dr As'ad Ghanem de l'Université d’Haïfa sur l'état des citoyens palestiniens d'Israël et publie l'interview dans son intégralité. Le Dr. As'ad Ghanem est actuellement chercheur à l'Université de Maryland, College Park.

Avant tout, le régime «ethnocratique" en Israël n'est pas un régime démocratique. Il s'agit d'un régime qui sert d'instrument à la majorité ethnique, même à nuire systématiquement à la minorité et à leurs droits fondamentaux. Un tel régime équivaut au régime d'apartheid en Afrique du Sud avant 1990. Même s’il est loin d’être un Etat démocratique normal, les préférences systématiques d’Israël pour la majorité juive sont largement soutenues par la population juive israélienne et les milieux universitaires, qui s'efforcent de se vendre à l’Occident comme une démocratie.

L’Ethnocratie d’Israël et la menace démographique: le Dr. As'ad Ghanem parle des citoyens palestiniens d'Israël


Palestine Center : Votre travail universitaire est axé sur les citoyens palestiniens d'Israël. Ici, dans la nomenclature israélienne, ils sont souvent mentionnés en tant qu’«Arabes israéliens». Comment sont-ils liés aux Palestiniens en tant que groupe national?

As'ad Ghanem : Les Palestiniens en Israël sont devenus une minorité dans leur patrie après la Nakba palestinienne («catastrophe», en faisant référence à la fin de la patrie palestinienne, lorsque Israël a été créé) de 1948. Ils font partie du peuple palestinien et, par conséquent, de leur nation en termes de leur affiliation patriotique, nationale et culturelle. Depuis longtemps, Israël ne reconnait pas leur identité nationale palestinienne (préférant les appeler des "Arabes israéliens"). Il les traite comme des minorités ethniques et confessionnelles et, des sujets de seconde zone, ce qui signifie des citoyens pas égaux en droits.


PC: Les événements récents à Akka (Acre) ont mis en évidence les tensions entre les juifs d’Israël et les citoyens palestiniens puisque des civils juifs ont déchainé leur colère et leur violence contre leurs voisins palestiniens après avoir accusés un Palestinien d’avoir circulé dangereusement dans un quartier juif le jour du Yom Kippour. Cela fût le début de plusieurs jours de combats de rue et d’actes de vandalisme. Quelles sont les causes de ces troubles?

AG: Alors que les Palestiniens en Israël sont des citoyens de seconde zone qui vivent en marge de la politique israélienne, sociale, culturelle et économique, les Palestiniens de ce que l'on appelle "les villes mixtes" sont en marge de la marge, soit au bord de la communauté palestinienne en Israël, à bien des égards.

En comparaison avec la vie dans la plupart des pays développés, même dans les autres parties de la Palestine, et de la vie avant la Nakba, en 1948, les conditions de vie de ceux qui vivent dans les "villes mixtes" sont, à bien des égards pire. Ils ont tendance à recevoir un très faible niveau d'éducation et à souffrir d'un fort niveau de chômage.

L'usage de drogues, le divorce, la discrimination et la négligence des autorités municipales de leurs villes rendent la vie dans les "villes mixtes" particulièrement difficiles pour les citoyens palestiniens. Cela aggrave la politique discriminatoire de l’Etat qui est menée envers l'ensemble de la société palestinienne en Israël.

Beaucoup d'Israéliens juifs ont, ce qui pourrait être appelé, des opinions racistes à l'égard des citoyens Palestiniens. Les reportages d’Acre de ces derniers jours montrent clairement que la plupart des vandales et émeutiers juifs sont ceux qui ont une position très extrême contre les Palestiniens en général et ceux qui possèdent la nationalité israélienne en particulier. Une grande partie d'entre eux étaient des colons qui se sont déplacés à Acre, suite au retrait israélien de la Bande de Gaza. Ils sont venus à Acre, dans le cadre des efforts de judaïsation destinés à accroître la population juive à Acre. Cela a été effectué parallèlement à l'objectif de transférer le reste des Palestiniens d’Acre dans d'autres parties du pays.

Le contexte de ce phénomène est ancré dans le cadre général de la politique de l’"État juif" envers de la minorité palestinienne, le débat croissant en Israël concernant le danger de l'évolution de la démographie et la position déclarée contre la minorité palestinienne d'Israël au sein de l'establishment, y compris parmi les ministres du gouvernement et les membres de la Knesset.


PC: Que se passe-t’il en général au niveau national?

AG: En termes de relations entre les Juifs et les Palestiniens en Israël, les événements d’Acre sont le résultat direct d’années de négligence et de polarisation profonde entre la majorité juive et la minorité palestinienne en Israël. Les événements d’Acre font suite à d’importantes évolutions qui ont contribué à l'intensification de l'hostilité entre les deux groupes.

Tout d'abord, la campagne politique contre les dirigeants politiques israélo-palestiniens a atteint son point culminant par la détention de dirigeants, dont le dirigeant du Mouvement Islamique, le président d’Abnaa Al-Balad, le chef de l'Alliance Démocratique Nationale (NDA), Azmi Bishara , et les enquêtes du gouvernement sur la plupart des membres palestiniens de la Knesset : tous pour leurs positions et activités politiques.

Deuxièmement, l'augmentation du discours du transfert dans la culture politique et publique israélienne s’est manifestée dans la politique actuelle, comme l'annulation de la citoyenneté de certains citoyens palestiniens. L'Etat juif a pour objectif de préserver une majorité juive. Dans la discussion populaire des négociations, il est question de céder des terres dans la zone du "Triangle" à l'Autorité Palestinienne. Les Palestiniens en Israël craignent que leur citoyenneté fasse l’objet d’un échange par les hommes politiques israéliens. Le parti Yisrael Beiteinu, dirigé par Avigdor Lieberman, a inclus cette demande dans sa plate-forme politique.

Troisièmement, les recommandations de la Commission Or en Septembre 2003 a déçu les citoyens palestiniens. La Commission n'a pas impliqué les véritables acteurs dans les évènements de l'Intifada en octobre 2000 quand la police israélienne a tué 13 israélo-Palestiniens.
Bien que les recommandations de la Commission incluent l'élimination de la discrimination contre la minorité palestinienne, elles ont établi des responsabilités partagées pour les événements entre la police et les victimes. Après la publication des recommandations de la commission, la section qui enquête sur les policiers, "Mahash," a publié un rapport en Septembre 2005. Le rapport ne recommande pas de présenter un acte d’inculpation contre un policier pour la mort de treize citoyens palestiniens. Cela a démontré le manque d’attention envers les Palestiniens en Israël. En outre, cela a augmenté l’aliénation des citoyens palestiniens envers les institutions de l'État. Leur méfiance à l'égard des différentes institutions de l'État augmente chaque année.


Quatrièmement, bien que la minorité palestinienne augmente chaque année, ils sont de plus en plus marginaux dans la vie de la nation. De nombreux rapports et études indiquent que les Palestiniens en Israël ont le sentiment qu’ils ont peu d'influence sur le plan national, encore moins qu’il y a une décennie.

Il y a clairement une crise dans les relations entre les Palestiniens en Israël et l'État, y compris avec la majorité juive qu'il représente. La crise est enracinée dans le caractère fondamental et les politiques de l’Etat envers la minorité palestinienne.


PC: Beaucoup de groupes pro-israéliens présentent les citoyens palestiniens comme un exemple d'intégrité de la démocratie israélienne ...

AG: La citoyenneté des Palestiniens en Israël n'a pas de signification réelle. La notion de «citoyenneté» telle qu'elle est appliquée aux Palestiniens en Israël découle du paradigme de contrôle d'Israël. Ces points de vue ont été repris par les hommes politiques israéliens, les milieux universitaires et les médias.

L'objectif était de renforcer le contrôle sur les Palestiniens en Israël et d'intensifier la séparation entre eux et les Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza. Ce concept s’est répandu après la conquête israélienne de la Cisjordanie et de Gaza en Juin 1967. En dehors d'une participation aux élections, une forme de participation extrêmement limitée pour une minorité, les Palestiniens en Israël ne bénéficient pas de protections de base ou de droits fondamentaux qui devraient leur être assurés par leur citoyenneté.

Avant tout, le régime «ethnocratique" en Israël n'est pas un régime démocratique. Il s'agit d'un régime qui sert d'instrument à la majorité ethnique, même à nuire systématiquement à la minorité et à leurs droits fondamentaux. Un tel régime équivaut au régime d'apartheid en Afrique du Sud avant 1990. Même s’il est loin d’être un Etat démocratique normal, les préférences systématiques d’Israël pour la majorité juive sont largement soutenues par la population juive israélienne et les milieux universitaires, qui s'efforcent de se vendre à l’Occident comme une démocratie.


PC: Qu'entendez-vous par "ethnocratie"? Et est-ce que ce terme est devenu plus ou moins applicable au cours des dernières années?

AG: De plus en plus, la littérature scientifique publiée par les chercheurs palestiniens et juifs ont critiqué le système israélien et son traitement de la minorité palestinienne. Ils ont démontré les contradictions internes de la démocratie juive en Israël. Parmi ces théories, il y a la notion d’"ethnocratie» que j'ai formulée avec le professeur Oren Yiftachel de Beer Sheva à l'Université Al-Naqab. Elle fait référence à la domination du groupe ethnique juif dans l'Etat d'Israël et à la façon dont la minorité palestinienne est structurellement reléguée à une position d'infériorité.

Certains soutiennent que la relation entre la nature coloniale d'Israël et sa proto-démocratie est une contradiction fondamentale. La relation entre la nation, la nationalité, la religion et la citoyenneté est la deuxième contradiction structurelle de la démocratie juive. L'Etat d'Israël est non seulement juif en raison de sa majorité juive, mais aussi parce qu'il prétend être l'Etat de tous les Juifs du monde entier. Cela signifie qu’Israël, selon sa propre vision et identification, n'est pas un Etat pour tous ses citoyens, mais est un Etat de citoyens potentiels à qui, par conséquent, il accorde une priorité sur ses véritables citoyens en se basant uniquement sur l'identité religieuse. Ainsi, il y a des problèmes profonds sur la façon dont la démocratie juive est formulée en Israël. Le premier problème est l’incapacité de l’Etat à parvenir à l'égalité. Le deuxième problème est celui de la citoyenneté idéologique, la citoyenneté Sioniste.

Les objectifs politiques israéliens et l’application sélective de la loi au cours des dernières années appuient ces critiques: le traitement par l’Etat de ses citoyens palestiniens; la tendance dominante de propositions visant à expulser de nombreux citoyens vers l'Autorité Palestinienne dans le cadre d'un accord de paix, l’absence d'application de la loi contre la police suite à la mort de manifestants palestiniens, et la nette préférence gouvernementale à maintenir une majorité juive absolue au détriment des droits des citoyens palestiniens. Il est devenu évident qu’Israël ne les considère pas comme des citoyens égaux aux citoyens juifs, mais pire, comme des ennemis de l'État.

Afin de comprendre les principaux changements apportés au cours de la dernière décennie, il est donc important d’étudier certains points concernant la formation de la culture politique de la société juive en Israël et ses effets sur les institutions israéliennes, les décideurs, les politiciens et autres citoyens juifs.

La caractéristique la plus évidente a été la formation d'une idéologie dominante, un nouveau consensus sioniste sur des questions fondamentales dans les domaines politique, économique et social. Parmi ceux-ci, il y a le statut de la minorité palestinienne en Israël, ou ce que l'on appelle «le péril démographique"; soit avoir un trop grand nombre de non-Juifs. Il existe un large accord parmi l’establishment israélien sur la nécessité de maintenir une majorité juive absolue dans l'État d'Israël comme condition fondamentale et nécessaire à sa sécurité.

Ce consensus sioniste a servi à définir la culture politique israélienne et a été traduit en un politique concrète et des actions de fait:

• les citoyens palestiniens sont plus communément considérés sous la rubrique «sécurité». Le Conseil de Sécurité Nationale Israélien et diverses agences de sécurité ont commencé activement à analyser et à examiner les questions relatives aux minorités. Un retour non-officiel à la "loi militaire" dans les secteurs où vit la minorité palestinienne ressemblant aux 18 premières années de la création de l’Etat (la loi militaire a été en vigueur entre 1948-1966).

• La codification juridique de la supériorité juive et de l’infériorité des Palestiniens. Une série de nouvelles lois renforce le caractère juif de l'État. Un exemple est la loi qui interdit le regroupement familial lorsque les citoyens israéliens ont épousé des Palestiniens sans citoyenneté; elle refuse à l’époux non-citoyen le droit à la citoyenneté (bien que cet ordre soit temporaire, il a été renouvelé plusieurs fois).

• L'impulsion politique pour créer une constitution formelle qui concrétise le caractère juif de l'État.

• Des lois symboliques comme la loi pour commémorer Rehavam "Gandhi" Zeevi, un ancien ministre israélien qui demandait le transfert des Palestiniens (il a été assassiné par des Palestiniens au début de Intifada d'Al-Aqsa).

• Une utilisation croissante du terme «menace démographique» pour décrire les citoyens palestiniens. Ce terme n'est pas seulement limité aux politiciens et aux décideurs, mais il est communément utilisé par les universitaires israéliens. Il y a eu une conférence à l'université d’Haïfa, intitulée «Le problème démographique et la politique démographique d'Israël" abordant les formes de croissance de population de la minorité palestinienne en Israël et des Palestiniens dans les territoires occupés. Les participants ont examiné les propositions pour faire face à ces dangers.

Israël a continué à contrôler la terre et à empêcher de prévenir l'expansion géographique naturelle des citoyens palestiniens. Il interdit la construction de maisons palestiniennes sur ce que l'on appelle «les Terres d’Etat", bien qu’elles aient été confisquées à l’origine à des Palestiniens.

Parallèlement à ces lois racistes contre les citoyens palestiniens, ces dernières années ont été entachées par la réduction au silence des partis politiques palestiniens. Plus de restrictions à l'encontre de la représentation à la Knesset et une augmentation des votes sionistes appelant à la levée des formes d'immunité politique pour les membres palestiniens de la Knesset ont diminué l’émancipation politique palestinienne.


PC: Qu'en est-il de la politique israélienne envers les Bédouins?

AG: Certains des exemples les plus flagrants de discrimination visent les citoyens palestiniens Bédouins du Néguev. Les citoyens bédouins ont été transférés et installés de force dans de nouvelles zones concentrées et ont souffert de la confiscation d’importantes quantités de terres aussi bien dans leurs anciens secteurs que dans leurs nouveaux (la région sud d'Israël est considérée comme important pour l'avenir car la densité de la population est très faible actuellement).
L'État, principalement et officiellement, nie cette relation entre les Bédouins et leurs terres. Les Bédouins ont également du mal à recevoir les services sociaux que l'État fournit au reste de ses habitants. En outre, le gouvernement israélien exclut les Bédouins des plans de développement positif et les place de force en marge de l'économie et de la société israéliennes.

Le Conseil de Sécurité Nationale Israélien a été autorisé à étudier la question des Bédouins dans le Néguev et à établir une politique gouvernementale pour s’occuper d’eux.

Le rapport annuel de 2004 du Conseil National de Sécurité décrit les Bédouins comme une "bombe à retardement prête à exploser» et dit qu'ils ont le potentiel d’une future confrontation violente. En outre, le Conseil a mis en garde contre "le danger du contrôle par les Bédouins de vastes zones de terres d’Etat" et de l'impact de personnalités islamiques «extrémistes» sur la population. Le rapport les classe dans le «problème démographique», en citant expressément, "leur taux élevé de croissance naturelle».


PC: Dans les premiers jours de l'existence d'Israël, il a encouragé les colons juifs à s’installer en Galilée, pour y réduire la présence palestinienne, ce qui a permis l’apparition de villes comme le Haut Nazareth. Existe-t-il des versions actuelles de cela?

AG: En 2005, le gouvernement a approuvé un plan de judaïsation de la Galilée et du Néguev. Le plan prévoit d'investir environ 17 milliards de shekels dans le Néguev et en Galilée, sur dix ans sous la supervision du Président Shimon Peres (il a été Ministre pour le Développement du Néguev et de la Galilée).

En outre, l'État offre des réductions d’impôts et des subventions pour encourager les Juifs à s’installer là-bas et en Galilée. Après la décision du retrait de la bande de Gaza, le gouvernement a encouragé les colons juifs à s’installer dans ces régions afin de diminuer la concentration de Palestiniens.

Le Premier Ministre israélien de l'époque, Ariel Sharon, a annoncé : "Le retrait de la bande de Gaza est censé promouvoir le Néguev et la Galilée ... l'autre face du retrait est de renforcer la colonisation dans le Néguev et la Galilée."


PC: Comment les citoyens palestiniens se retrouvent-ils dans cette question de paix/solution? Comment comparer leurs intérêts à ceux du reste des Palestiniens?

AG: La lutte des Palestiniens en Israël a commencé immédiatement après la Nakba, en 1948. La différence significative et immédiate entre eux et les autres Palestiniens réside dans le fait qu'ils étaient restés sur leurs terres et sont devenus citoyens de l'État juif d'Israël. Toutefois, dans la pratique, ce fait, ce qui est important en soi, ne les aide pas beaucoup. Aux yeux des autorités israéliennes et des diverses agences de sécurité, ils sont généralement considérés comme faisant partie de l’"ennemi" palestinien et Israël a adopté une politique de contrôle sévère dans le cadre des mesures pour les contrôle et les dissuader.

Les Palestiniens qui sont restés en Israël ont été choqués par l'ampleur de la défaite palestinienne face à l'armée sioniste et par la mise en place d'un nouvel État qui leur est étranger. Ils ont été faibles, divisés et ne disposaient pas d'un leadership politique national pour les guider. La plupart d'entre eux étaient pauvres, analphabètes et non syndiqués.

Leur principale préoccupation était à l'époque de gagner un peu d’argent pour faire vivre leurs familles et rester sur leurs terres afin de ne pas devenir des réfugiés à l'instar de leurs frères et sœurs palestiniens.

Les autorités israéliennes ont employé diverses techniques pour dissuader de nombreux Palestiniens de participer à la vie politique ou même aux débats politiques qui n’étaient pas du goût des autorités, ce qui a entravé le renforcement d'une direction nationale et les a encouragé à "s’accommoder" des dirigeants du côté palestinien. Un régime militaire a contrôlé les Palestiniens et limité leur mobilité.

Jusqu'en 1967, la plupart des Palestiniens n'avaient pas de temps de loisir ou de confort matériel pour une activité politique en raison de la dureté de leurs conditions de vie en Israël. Beaucoup travaillaient pour survivre. Cette dépendance économique a permis aux autorités de menacer ceux qui étaient enclins à avoir une activité politique par la perte de leur emploi. Après 1967, le gouvernement militaire a reculé, donnant aux citoyens palestiniens plus de liberté pour une activité politique et une pensée critique.

Pour les Palestiniens Israéliens, leurs principaux efforts politiques étaient consacrées à la recherche d'une solution au problème palestinien sous la forme de la création d'un Etat palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Parallèlement à cela, ils se sont efforcés d'améliorer leur propre niveau de vie et de modifier la politique des autorités israéliennes à leur égard. Leurs dirigeants se sont concentrés sur la mise en avant des demandes d'égalité civique et ont investi leurs efforts dans le travail pour des changements dans les aspects sociaux et politiques de la société palestinienne en Israël.


PC: Quel a été l'impact d'Oslo sur la minorité palestinienne?

AG: Les Accords d'Oslo de Septembre 1993 ont marqué une nouvelle étape dans la vie politique des Palestiniens en Israël et dans leurs aspirations. Les contacts directs entre Israël et l'OLP [OLP], et l'intention déclarée de trouver une solution globale au conflit a supprimé l'une des deux principales questions de l'agenda des Palestiniens en Israël.

Dans la pratique, il restait la question de l'égalité civique dans l'État comme principal élément de leur lutte.
Cela a donné un élan important à l'idée, qui avait émergé au fil des ans, que la solution au problème de l'occupation israélienne en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza favoriserait l'égalité des Palestiniens en Israël et les aiderait à obtenir leurs demandes.

Immédiatement après la signature de la Déclaration de Principes par le gouvernement d'Israël et l'OLP, le statut souhaité par les citoyens palestiniens d'Israël a reçu beaucoup plus d'attention. Le statut préféré ou possible des Palestiniens en Israël, puisqu’il contrevenait à la nature judéo-sioniste de l'État, a été examiné avec une plus grande fréquence que par le passé.

Des idées anciennes et nouvelles d’une autonomie large ou limitée ont été soulevées, ainsi que les idées d'annexion d'une partie du «Triangle» à la future entité palestinienne en Cisjordanie . Il était question d'une intégration beaucoup plus importante qu'à l'heure actuelle, tant au niveau des individus qu’en tant que groupe.


PC: Quel est le rôle jouent les citoyens palestiniens d'Israël et leurs représentants sur la scène politique israélienne actuelle? Sont-ils être consultés dans les efforts visant à former une nouvelle coalition?

AG: Historiquement, les partis palestiniens ou à dominance palestinienne à la Knesset - le FDPE [Front Démocratique pour la Paix et l'Egalité] et son prédécesseur, le Parti Communiste d'Israël, le PLP [Liste Progressiste pour la Paix], le DAP [Parti Démocratique Arabe], et la NDA [Assemblée Nationale Démocratique], ont été exclus des coalitions. Ils n'ont jamais fait partie des négociations sur la mise en place de nouveaux gouvernements en Israël.

Au fil des ans, il est devenu évident que les partis palestiniennes constituaient une "opposition", sans aucune chance pratique ou même théorique de participer à un gouvernement de coalition. Cette situation découle de plusieurs facteurs dont le principal est le fait qu'ils étaient des "non-juifs" (donc des représentants d'une minorité non digne de confiance et "hostile"), ou antisionistes et opposés à des degrés divers, à de nombreuses politiques du gouvernement aussi bien internes qu’internationales. En d'autres termes, c'est précisément en raison de la nature de la relation entre l'État et sa majorité juive, d'une part, et la minorité palestinienne, d'autre part, que ces partis ont été relégués au statut d'opposition permanente.

Au fil des ans, les partis dominés par les Palestiniens ont toujours adopté une position antisioniste qui s'oppose à la définition d'Israël en tant qu’Etat des Juifs, estimant que cela est injuste envers les citoyens palestiniens de l’Etat. Ils ont souligné qu'Israël devrait être un «État de ses citoyens." La majorité des citoyens palestiniens d'Israël, rejettent la nature judéo-sioniste de l'État.

En plus de la controverse sur le caractère et le but du pays, les partis palestiniens et leurs représentants à la Knesset sont fermement opposés à la politique du gouvernement sur des questions essentielles comme la répartition des ressources au sein de l'État, la solution du conflit israélo-palestinien en général et son refus de régler la question des réfugiés en particulier.

Cette opposition exacerbe les craintes au sujet des Palestiniens du public et des décideurs juifs et renforce l'idée qu'ils constituent une "minorité hostile" et une cinquième colonne potentielle. Cette anxiété de la communauté juive joue un facteur important dans la dissuasion des hommes politiques juifs à accepter les Palestiniens en tant que partenaires dans une coalition, de peur que le soutien à leur propre parti baisse parmi le secteur juif.

En excluant les partis palestiniens et les citoyens palestiniens de toute participation dans la branche exécutive, l'État les empêche effectivement d’avoir une influence active et égale sur les décisions relatives à des questions capitales pour l'Etat et même pour eux-mêmes.

Cet ensemble de facteurs, émanant tous des relations difficiles entre Israël et sa communauté palestinienne, a transformé les factions palestiniennes à la Knesset en une opposition permanente au sein du système israélien de gouvernement. Les parlementaires palestiniens n'ont pas réussi à enregistrer un succès important pour la société palestinienne et n'ont pas été en mesure d'obliger le gouvernement à remédier à l'une des nombreuses plaintes des Palestiniens, même dans les cas considérés par la majorité juive comme légitimes et justifiés. Cet échec est inhérent à l'inégalité structurelle de la citoyenneté dans du système ethnocratique de l’Etat.


PC: Il s’est passé plus d'un an depuis la sortie de "Vision d'avenir des Palestiniens en Israël» et d'autres documents liés sur lesquels vous avez travaillé avec près de 40 autres intellectuels et hommes politiques. Que proposait’il ?

AG: En Décembre 2006, un groupe de politiciens et d'intellectuels dirigé par Shawki Khatib, le chef du Haut Comité de suivi des Palestiniens en Israël - leur autorité la plus importante et la plus représentative – a publié la "Vision d'avenir des Palestiniens en Israël." Ce document a attiré un intérêt national et international et a suscité une grande variété de réponses parmi toutes les tendances politiques juives, palestiniennes et autres.

Le document est un événement historique dans les annales des Palestiniens en Israël et dans leur relation avec la majorité et l’establishment juif. C'est la première fois qu’une institution nationale représentative des Palestiniens en Israël élaborait et publiait un document de base qui décrit à la fois la situation existante et les changements qui sont nécessaires dans un large éventail de la vie des Palestiniens: les relations avec la majorité juive, la situation juridique, la terre, les questions économiques et sociales, le statut des institutions civiles et politiques, etc.

Le document a été rédigé par des militants de toutes tendances politiques parmi les Palestiniens en Israël et décrit les accomplissements nécessaires à une définition des futures relations entre la majorité et la minorité dans l’État d'Israël.

Le document est basé sur trois principes théoriques qui constituent les fondements du développement social, politique et culturel, au moins pour les deux derniers siècles.

Le premier est le principe des droits de l'homme: le document aborde les droits fondamentaux des Palestiniens en Israël en tant qu'êtres humains au développement économique et social, les droits des femmes et des enfants à vivre sans violence, etc, et demande leur mise en place.

Le second principe invoque l'égalité civique: le droit démocratique fondamental à l'égalité devant la loi et une reconfiguration des structures et des symboles qui aliènent les citoyens palestiniens d'Israël et garantissent une supériorité juive.

Et le troisième principe est celui du droit des communautés à l'autodétermination, y compris le droit autonome à gérer des secteurs spécifiques de la vie tels que leur propre éducation, leurs affaires culturelles et religieuses.

Afin de réaliser ces bases, les auteurs du document demandent la mise en œuvre en Israël d'un système consociational/Etat binational. Cela permettrait de remplacer l'actuel "système libéral" qui est exploité automatiquement par la majorité juive et qui, de fait, constitue une "tyrannie de la majorité» dans laquelle, au nom de la démocratie libérale, cette majorité prend des mesures draconiennes contre la minorité palestinienne et ses droits fondamentaux.


PC: Comment ces principes ont été reçues par les Israéliens et en particulier par les autres Palestiniens?

Les documents ont réussi à provoquer des réactions de tous les côtés, y compris parmi les différents courants des Palestiniens en Israël, kes Juifs israéliens, les juifs à l’étranger et les Palestiniens à l’extérieur d'Israël. La plupart des réponses de la majorité juive ont accusé les Palestiniens en Israël de saper les fondations d'Israël en tant qu’Etat "juif et démocratique".

La réaction juive représentant le consensus sioniste a été exprimée dans une large mesure par le journaliste et ancien ministre de la Justice, Tommy Lapid, le professeur Amnon Rubinstein et l'historien et professeur Alex Jacobson.

Par exemple, le professeur de droit Amnon Rubinstein, un ancien membre de la Knesset du parti de Gauche, le Meretz , a écrit dans le quotidien Ma'ariv, en qualifiant le document de "honteux" et a affirmé, d’une façon quelque peu hystérique, que "cette demande de droits pour la minorité palestinienne n’avait aucun fondement dans le droit international - et qu’elle exigeait de terme à Israël en tant qu’État juif"


De façon similaire, dans une lettre ouverte adressée aux auteurs de ce document pour l'hebdomadaire palestinien Al-Sinara, le professeur Shimon Shamir, membre de la Commission Or qui avait examiné les causes de l'Intifada d’Octobre 2000 (et qui donne un large éventail de recommandations au Gouvernement israélien pour l'amélioration du statut de ses citoyens palestiniens), notait : «Non seulement, votre document ne parvient pas à créer une base pour le dialogue, mais il évoque un sentiment de menace pour les lecteurs juifs, même à ceux qui sont sympathiques à votre cause."

A travers ces réactions, les intellectuels juifs ont montré une volonté nationaliste à reconnaître le droit à l'autodétermination d’un seul groupe dans une réalité pluraliste. Ce modèle ne tient pas compte du compromis atteint dans l’Espagne d'après Franco, en Belgique, au Canada depuis la Révolution tranquille et dans plusieurs autres cas où une réalité pluraliste a facilité des solutions basées sur une reconnaissance mutuelle, le droit à l'autodétermination et l'autogestion pour plus d’un groupe national ou ethnique au sein d'un même cadre politique.

À l'autre extrémité de l'éventail politique, parmi les Palestiniens d'Israël eux-mêmes, il y a un groupe qui propose une plate-forme pour un accord entre les Palestiniens sans accepter la nécessité d'un compromis qui pourrait être accepté par une majorité de citoyens palestiniens, comme le dit le document Vision.

Le mouvement islamique dirigé par Cheikh Raad Salah, qui fait partie du mouvement Les Fils du Village, a critiqué le document et a demandé son annulation et l’a jugé «non représentatif».

Un récent sondage représentatif que j'ai dirigé en Juillet-août dernier (2008) parmi les Palestiniens en Israël a montré que la grande majorité, supérieure à 94 pour cent, soutenait les principaux guides de la "Vision de l'avenir."


PC: Quelle est la prochaine étape pour le mouvement "Vision de l’Avenir"?

AG: Après la publication du document, le groupe d'activistes qui l’a lancé est occupé à la création d'un program politique découlant des principes de "Vision de l'avenir". En Décembre, nous allons tenir une conférence pour présenter le programme et demander instamment aux dirigeants palestiniens de l’envisager officiellement comme agenda politique collectif.

Source : http://www.thejerusalemfund.org/

Traduction : MG pour ISM

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