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Palestine - ISM France

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Palestine -

L’Europe devrait parler au Hamas, maintenant

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Il ne fait aucun doute que le Hamas, le principal mouvement islamique palestinien, est de plus en plus rationnel, plus pragmatique et plus modéré, au moins par rapport à ses années de formation. C'est pourquoi il est impératif que les États membres de l'Union Européenne (UE), amorcent soit collectivement soit individuellement un dialogue avec le Hamas dans les plus brefs délais. Inutile de dire qu’un tel dialogue serait utile à toutes les parties concernées ainsi qu'à la cause de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient.

Israël, avec son gardien-allié, les États-Unis, et l'essentiel des États membres de l'UE, ont cherché à détruire le Hamas en imposant un blocus particulièrement dur à la Palestine occupée suite à la victoire électorale du Hamas en 2006.

Ce dur blocus a pris des proportions draconiennes quand la guérilla palestinienne a capturé un soldat israélien au cours d'une opération transfrontalière afin de l'utiliser comme une monnaie d'échange pour forcer Israël à libérer certains prisonniers (et otages) palestiniens qui croupissent dans les prisons et les centres de détention israéliens.

Israël détient plus de 10.000 prisonniers palestiniens, dont beaucoup d'entre eux sont des dirigeants politiques, dont plus de 40 députés, des anciens ministres et autres élus que l'armée d'occupation israélienne a ensuite enlevé pour forcer le Hamas à libérer le soldat captif.

En outre, l'armée israélienne a mené une attaque militaire prolongée contre la bande de Gaza, tuant et mutilant des milliers de personnes, dont de nombreux civils.

Israël espérait que le dur blocus, une catastrophe humanitaire même en faisant de gros efforts d’imagination, accompagné d’une "pression militaire" prolongée pousserait finalement les habitants de Gaza à se révolter contre le gouvernement du Hamas et le renverseraient.

Toutefois, les plans israéliens se sont avérés impossibles à réaliser puisque le Hamas s'est avéré plus résistant et plus tenace que ne le croyait auparavant.


Cessez-le-feu

À la mi-Juin 2008, Israël et le Hamas sont arrivés à un cessez-le-feu de fait dans la bande de Gaza. L’accord, négocié par les égyptiens a mis fin aux anciennes attaques et incursions quotidiennes des Israéliens contre la bande de Gaza, ainsi qu’aux tirs de roquettes artisanales depuis l'enclave côtière sur les colonies israéliennes de l’autre côté de la frontière.

Entre autres choses, l'accord stipulait la réouverture du poste frontière de Rafah ainsi que la levée progressive des deux ans de blocus économique imposé à Gaza, qui a mené une grande partie des 1,5 million d'habitants au bord de la famine.

Et tandis qu’Israël suspendait en grande partie ses incursions militaires et ses opérations d’assassinats dans la bande de Gaza mais pas en Cisjordanie , la Bande de Gaza est restée en réalité un territoire assiégé et sous blocus, puisque l'armée israélienne n’autorisait l’entrée que de petites quantités de produits de consommation et autres produits de base.

Toutefois, bien qu’Israël soit revenu sur ses engagements dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu négocié par les Egyptiens et que l’Egypte ait refusé de rouvrir le poste frontière de Rafah, la principale sortie de la bande de Gaza vers le monde extérieur, le Hamas a continué à respecter scrupuleusement le cessez-le-feu.

Ce qui est sûr, c’est que certains éléments non-conformistes, apparemment affiliés à l'organisation du Fatah et probablement au groupe du Jihad Islamique, ont continué à tirer, de temps en temps, des roquettes artisanales sur Israël.

Cependant, le Hamas a continué à faire des efforts apparemment sincères pour contrôler et même punir les contrevenants, avec des dirigeants du Hamas expliquant que la rupture du cessez-le-feu ébranlait les intérêts nationaux palestiniens. En effet, en Juillet 2008, Mahmoud al-Zahar, l'un des responsables de la ligne dure du Hamas dans la bande de Gaza, a qualifié les individus et les groupes qui cherchaient l'effondrement du cessez-le-feu d’"agents israéliens."

Néanmoins, le cessez-le-feu tient toujours et s’est même renforcé comme en témoigne le chef du Shin Bet, Yuval Diskin, qui était opposé au cessez-le-feu.

Sans aucun doute, le fait que le cessez-le-feu tienne en dépit de la persistance du siège imposé par les Israéliens et de la poursuite des "conditions de vie anormales dans la bande de Gaza" montre que le Hamas est un mouvement discipliné et qui respecte ses engagements.

Malheureusement, l'Occident, y compris l'Union Européenne, a négligé cette variable positive, ce qui n'a pas vraiment aidé la cause des modérés en Palestine.

Ce qui est sûr, c’est que le cessez-le-feu dans la bande de Gaza n'était pas un acte altruiste, ni de la part d’Israël ni de la part du Hamas. Les tirs presque quotidiens de roquettes artisanales et autres projectiles depuis la bande de Gaza sur les agglomérations israéliennes ont gravement perturbé la vie quotidienne des Israéliens dans les villes frontalières de la bande de Gaza.

Cela a finalement conduit à d'intenses pressions de l'opinion publique exercées sur l’armée et le gouvernement israélien afin qu’ils parviennent à un cessez-le-feu avec le Hamas. L’Egypte, avec qui le maintien de la paix est un intérêt stratégique primordial pour Israël, a également accusé Israël pour la poursuite de la violence, en invoquant le refus israélien de mettre fin à la violence meurtrière disproportionnée des Israéliens contre Gaza tout en exigeant un cessez-le-feu du côté palestinien.

Du côté palestinien, il existe une croyance largement répandue que le Fatah a été gravement déçu par l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas.

Certes, le président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, a soutenu le cessez-le-feu. Toutefois, des éléments influents du Fatah basés à Ramallah, dont certains dirigeants du Fatah qui ont fui Gaza suite aux évènements de la mi-Juin 2007 dans la bande de Gaza, n'aimaient pas cet accord, c’est le moins que l’on puisse dire.

Certains de ces dirigeants ont exprimé l'espoir qu’Israël envahisse la bande de Gaza, assassine ou à arrête les principaux dirigeants du Hamas et qu’il remette ensuite sur un plateau d’argent le territoire côtier au Fatah. D’où, la déception.



Hamas contre Al-Qaïda

Beaucoup de gens en Occident continuent à panser, de façon erronée, que le Hamas et Al-Qaida sont les deux faces d'une même médaille.

Toutefois, ce point de vue, en grande partie façonné par l’intensive propagande israélienne, est inexact. En fait, la vision du monde et l'idéologie du Hamas diffèrent sensiblement de la vision du monde et de l'idéologie d'al-Qaida.

Idéologiquement, le Hamas suit l'école relativement modérée des Frères Musulmans, qui préconise des moyens pacifiques et non la violence pour des changements dans les sociétés islamiques.

En revanche, Al-Qaida adopte une école de pensée appelée " Madrasat al-Fikr al-Salafi al-Jihadi " ou "l'école de l'idéologie de la lutte salafiste." (Un Salafiste est une personne qui suit le véritable et authentique chemin du Prophète Mahomet et de ses successeurs immédiats et de ses premiers adeptes.)

Le Hamas adopte le principe de progressivité, tant en ce qui concerne la création d'une société islamique et d’un Etat islamique. Par contre, Al-Qaida rejette fermement cette méthode et écarte la notion de trêve ou de coexistence avec l'ennemi comme étant incompatible avec la charia ou peu judicieux pour la cause de l'Islam.

Le Hamas croit dans le principe de la participation politique et le changement à travers l'implication directe dans le système politique, comme l’a montré la participation du Hamas dans les élections législatives palestiniennes de 2006. Le Hamas est également attaché aux principes démocratiques et les responsables du Hamas restent fidèles aux normes fixées par des groupes qui sont représentatifs d'une large base politique.

De son côté, Al-Qaida interdit explicitement toute participation dans un parlement ou dans d'autres élections au motif que l'ensemble du système est "kafir", c’est-à-dire, géré par des laïcs ou des non-islamistes.

Enfin, le Hamas rejette le principe d'utilisation de la violence contre les sociétés arabes et musulmanes. En effet, contrairement à Al-Qaida, le Hamas reconnaît et calcule le véritable équilibre des pouvoirs dans sa lutte et fait tout son possible pour conserver ses moyens de résistance et maintenir sa survie en tant que mouvement. Le Hamas a une tactique politique basée sur la neutralisation du plus possible d'ennemis potentiels et tente de construire des relations amicales avec le plus grand nombre possible d’amis potentiels.

Quant aux attaques contre des civils israéliens, le Hamas n’a jamais envisagé de faire de ces attaques une "politique générale". En effet, les dirigeants du Hamas ont toujours fait valoir que les attaques meurtrières israéliennes contre des civils palestiniens, qui ont tué des milliers de civils, n’ont pas laissé le choix au Hamas sauf par répondre de la même manière.

Le Hamas rejette vigoureusement l’affirmation israélienne que l'armée israélienne ne vise pas délibérément des civils palestiniens, en affirmant raisonnablement que tuer sciemment c’est tuer délibérément et que, lorsque le nombre de victimes civiles est aussi élevé, comme dans le cas de la Palestine, même l'intention elle-même devient hors de propos.


Non-reconnaissance d'Israël

Le refus catégorique du Hamas de reconnaître la légitimité de l'Etat israélien est sans aucun doute le principal facteur empêchant une reconnaissance occidentale et une normalisation avec le groupe islamique.

Toutefois, cette attitude européenne semble plus à voir avec un désir d'apaiser Israël que de véritables considérations d'ordre moral. Après tout, l'Europe a toujours eu et continue d'avoir plus ou moins des relations normales avec les États et les entités qui ne reconnaissent pas Israël.

En outre, il est tout à fait clair que l'insistance des Européens pour que le Hamas reconnaisse la légitimité du sionisme comme condition préalable à tout rapprochement avec le mouvement islamique palestinien est contre-productive et même futile.

Le Hamas a expliqué à maintes reprises qu'il ne peut pas reconnaître "la légitimité d'Israël" pour des raisons morales, religieuses et historiques.

En effet, le Hamas croit que la reconnaissance d'Israël équivaut à une «conversion au sionisme."

Certains dirigeants du Hamas que j’ai interviewés ont expliqué qu’une reconnaissance d'Israël impliquerait une acceptation du récit national sioniste, à savoir que la Palestine a toujours été une patrie juive et que les 14 siècles presque sans interruption d’une présence palestino-arabo-islamique en Palestine étaient une colonisation étrangère.

Cela, affirmait Aziz Dweik (le président du Conseil Législatif Palestinien qui est maintenant emprisonné en Israël pour son affiliation avec le Hamas), revient à exiger que les Palestiniens adoptent le sionisme et bénissent le nettoyage ethnique de la majorité du peuple palestinien perpétré par Israël.

"Nous n'allons pas devenir des Musulmans Sionistes, juste pour obtenir un certificat de bonne conduite d'Israël et de l'Occident», avait déclaré Dweik.

En outre, les dirigeants du Hamas sont arrivés à la conclusion que la question de la reconnaissance d'Israël est un «moyen de diversion», utilisé par la propagande israélienne pour justifier leur colonisation et construction de colonies continuelles en Palestine. La reconnaissance d’Israël par l'OLP, affirment-ils, n'a pas conduit Israël à mettre fin à son occupation militaire, alors pourquoi le Hamas devrait-il maintenant tomber dans le même piège que l'OLP?

Il y a un autre obstacle important qui rend encore plus improbable la reconnaissance d'Israël par le Hamas. Israël, en particulier dernièrement, a exigé que les Palestiniens et les Arabes le reconnaissent comme État juif, ou même comme État de tous les Juifs.

Par conséquent, les Palestiniens craignent, à juste titre, qu’une telle reconnaissance d'Israël puisse être utilisée pour justifier l'augmentation de la discrimination institutionnalisée contre les 1,4 million de Palestiniens en Israël qui sont des citoyens israéliens.

Plus précisément, Israël pourrait utiliser le concept d’État juif pour empêcher le retour de tout nombre important de réfugiés palestiniens qui ont fui ou ont été forcés de fuir leurs foyers lorsqu’Israël a été créé il y a plus de 60 ans.

Il est si important de se souvenir que le Hamas ne pense pas que l'alternative à la non-reconnaissance d'Israël doit être une perpétuelle confrontation avec l'État juif.

En effet, à plusieurs reprises, le fondateur du Hamas, le cheikh Ahmed Yassine, a proposé une hudna ou longue trêve avec Israël en échange d'un retrait israélien total des territoires occupés, de la libération de tous les prisonniers palestiniens et d’une gestion sérieuse du droit au retour des réfugiés palestiniens conformément à la résolution 194 des Nations-Unies. Récemment, certains dirigeants du Hamas, en particulier en Cisjordanie , ont cherché à améliorer le concept de sulh (une paix prolongée dans une certaine limite de temps) en une paix pratiquement sans limites, quelque chose qui ressemblera beaucoup à un traité de paix.

Enfin, en 2006, le Hamas a accepté l’"accord de réconciliation nationale", qui est basé sur le soi-disant «document des prisonniers" formulé par des dirigeants des prisonniers palestiniens détenus dans les prisons israéliennes.

Ce document offrait à Israël une reconnaissance tacite en échange d'un retrait total des territoires occupés par Israël en 1967, y compris de l’ensemble de Jérusalem-Est, et d’une solution équitable au problème des réfugiés basée sur la résolution 194 des Nations unies.


Conclusion

Le Hamas ne pose pas de menace stratégique pour Israël, une formidable puissance nucléaire qui possède l'une des plus fortes armées au monde et qui contrôle aussi dans une large mesure les politiciens et la politique des États-Unis.

Toutefois, il ne fait aucun doute que, sans intégrer le Hamas dans les efforts de paix véritable, basée sur les principes de la justice et du droit international, les perspectives d'une véritable avancée vers la paix au Moyen-Orient resteront incertaines si ce n'est précaire.

En outre, la poursuite de l'isolement et du harcèlement du Hamas pourrait éventuellement se révéler désastreuse pour la cause de la paix et pour les relations de l'Europe avec le monde musulman.

En effet, un affaiblissement du Hamas a peu de chances de se traduire par un "renforcement de Fatah" comme pourraient le penser de nombreux experts occidentaux qui font preuve d’un manque total de perspicacité. La véritable alternative au Hamas serait Al-Qaida et des groupes extrémistes du même avis

C'est pour ces raisons et d'autres que l'Europe doit entrer immédiatement dans un véritable dialogue avec le Hamas et lever toutes les sanctions contre la bande de Gaza. Une telle mesure, qui exigerait un certain degré d'émancipation européenne de l'asservissement aux États-Unis et d'Israël, pourrait finalement se révéler être un énorme pas en faveur de la paix au Moyen-Orient.

Source : http://www.xpis.ps/default.aspx

Traduction : MG pour ISM

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16 novembre 2008