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Gaza -

L'autoroute des armes Téhéran-Hamas

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Article publié en anglais sur Al-Akhbar le 9 décembre 2012 (traduction de l'édition arabe).

Pendant les festivités de son 25ème anniversaire à Gaza, le Hamas avait beaucoup de choses à célébrer. La plus importante est son récent triomphe militaire, mais aussi la reconnaissance qu'il a fini par gagner pour sa gouvernance sur Gaza après six ans d'isolement. Pourtant, ces derniers jours, le mouvement islamique a été empêtré dans des calculs régionaux, certains disant qu'il avait sauté d'un axe politique à un autre. Les récents développement indiquent toutefois que le Hamas continue de faire partie du front de la résistance et de ses alliances. Il a peut-être modifié certaines de ses positions et s'est retiré de la Syrie, mais sa relation avec l'Iran demeure intacte.

L'autoroute des armes Téhéran-Hamas

Tir d'une roquette M-75 de la résistance palestinienne sur l'entité sioniste, Gaza, novembre 2012
Le Secrétaire-général du Hezbollah Hassan Nasrallah a réuni les commandants de la résistance pour répéter l'ancienne directive : envoyer de grandes quantités d'armes spécialisées au Hamas, tout en "interdisant les discussions politiques" entre les deux bords.

Nasrallah a fait son annonce à la suite de la visite du responsable Hamas Imad al-Alami à Téhéran pour apaiser les tensions entre son mouvement et l'Iran. Le résultat de sa visite fut une requête de l'Iran "d'ouvrir des autoroutes pour l'argent et les armes" vers la Bande de Gaza. Mais la question est restée au sein de cercles fermés.

Au Liban, le Hezbollah a envoyé une directive à tous ses membres, qui interdisait toute critique du Hamas dans les médias, y compris dans les réseaux sociaux.

La rupture de ses relations avec le régime syrien n'a pas affecté sa relation avec l'Iran, le principal allié du président syrien Bashar al-Assad. L'Iran reste en contact avec le bureau politique du Hamas pour discuter de ses besoins financiers et militaires.

"La relation avec l'Iran est stratégique et indispensable," a dit un responsable du Hamas. Un autre a dit que "malgré ce qui s'est passé au niveau médiatique, le soutien financier et militaire de l'Iran à la Bande de Gaza reste le même."

La position du Hamas est basée sur son évaluation positive du rôle de l'Iran, qui est resté à ses côtés, d'un point de vue financier et logistique, lorsque le monde entier avait abandonné le mouvement.

Lorsque Ismail Haniyeh a formé son gouvernement, il a essuyé les rebuffades tant des pays arabes qu'occidentaux sous la pression des Etats-Unis. L'Iran a enfreint la règle et est resté aux cotés d'Haniyeh, et a fourni à son gouvernement l'argent dont il avait besoin pour gouverner près de deux millions d'individus.

Haniyeh a rendu à Téhéran la monnaie de sa pièce en s'y rendant, pour son premier voyage officiel en tant que Premier ministre. Il ne s'est rendu dans aucun pays arabe simplement parce qu'ils ont tous refusé de le recevoir.

Après cette visite officielle, Haniyeh est revenu dans la Bande de Gaza avec le soutien moral et matériel de l'Iran. Certains se souviennent peut-être de la célèbre photographie d'Haniyeh assis au terminal frontalier de Rafah avec, à côté de lui, un gros sac. On a dit que le sac - il y en avait en fait plusieurs - contenait de l'argent iranien, mais ils ont été confisqués par les autorités israéliennes.

A l'époque, le Hamas ne voulait pas sauter complètement dans le giron de l'Iran, mais après avoir été rejeté par les Arabes, c'était sa seule option.

"Ce qui a rendu la relation si particulière fut que l'Iran nous a donné son soutien et qu'il l'a annoncé publiquement. D'autres nous ont soutenu, mais n'ont pas osé le dire," dit ce responsable du Hamas.

Un autre a dit, "Les Arabes ne nous ont pas épaulés, alors nous nous sommes tournés vers l'Iran, qui nous donné tout ce dont nous avions besoin, sans rien demander en retour."

La visite à l'Iran n'est donc pas sortie du néant. La relation entre le Hamas et l'Iran n'était pas un coup de tête. Le Hezbollah a joué un rôle majeur dans la construction de cette relation depuis les années 1990, lorsqu'Israël a déporté plusieurs dirigeants palestiniens, principalement des cadres dirigeants du Hamas, à Marj al-Zohour, au Sud-Liban.

Ce fut l'occasion pour le Hezbollah de rencontrer ces dirigeants, et les deux côtés se sont rendu compte qu'ils pouvaient établir une relation à long terme autour de la résistance, malgré leurs différences idéologiques. Ceci fut suivi de visites clandestines des officiels du Hamas en Iran pour mieux comprendre la mentalité iranienne et apprendre de l'expérience de ses Gardiens de la Révolution.

Un responsable Hamas a affirmé que "la relation avec l'Iran est hiérarchique. Il y a un plafond qu'aucun des deux camps ne peut dépasser, quels que soient les désaccords politiques."

Il a mentionné qu'à plusieurs reprises, "le désaccord sur le dossier syrien avait atteint des niveaux avancés, mais la plus haute autorité en Iran a demandé aux deux côtés de faire preuve de retenue, et ils l'ont fait."

Bien sûr, les visites n'étaient pas limitées aux membres du Hamas. Des membres de la Garde révolutionnaire iranienne ont régulièrement rendu visite à Gaza pour apprendre sur la nature militaire de la Bande de Gaza et les capacités de stockages souterrains des munitions utilisées par les Palestiniens.

Suite aux visites des Gardiens de la Révolution et à l'inspection minutieuse des besoins des Brigades Qassam, une autre phase de la relation a débuté. Elle s'est centrée sur la manière de faire entrer des armes en contrebande dans la Bande de Gaza assiégée.

Les Gardiens de la Révolution ont transporté les armes en Syrie, qui a également ouvert ses usines au Hamas. L'arrêt suivant était le Soudan, puis le désert du Sinaï, où le Hezbollah s'est chargé de faire entrer les armes dans la Bande.

La seule manière d'envoyer les roquettes Fajr5 était par les tunnels ; elles ont donc été emmenées en pièces détachées et assemblées de l'autre côté. Les Iraniens étant pratiques, ils ont dit que ce mode accroissait le risque d'exposition, alors ils ont construit des ateliers locaux pour construire les roquettes à l'intérieur de Gaza au lieu de les faire entrer en contrebande.

Les roquettes M-75 lancées sur Tel-Aviv le mois dernier - et dévoilées au public pour la première fois lors de la récente opération "Stones of Sijjil" ("Pierres d'argile cuite") (1) - étaient la version locale de la Fajr 5.

"Lorsque nous avons commencé à développer des missiles à moyenne et longue portée, nous avons sans aucun doute bénéficié de la technologie Fajr 5. Nous avons demandé à nos amis qui avaient de l'expérience dans la production de ces roquettes," affirme un haut fonctionnaire du Hamas.

"L'Iran nous a envoyé des roquettes Fajr 5, et nous avons utilisé leur technologie et l'avons développée d'après nos expériences précédentes et la géographie de la Bande," a-t-il expliqué.

"Les Iraniens étaient surpris parce qu'ils ne s'attendaient pas à ce que les habitants d'une Bande de Gaza assiégée soient capables de les développer avec une telle efficacité," a dit un autre responsable du Hamas.

Les relations entre l'Iran et le Hamas ne se limitent pas à la coopération militaire. Il y a aussi une coordination dans les positions politiques, malgré les divergences sur la Syrie.

Le différence de position sur cette question ne remet pas en cause l'importance du Hamas pour les Iraniens, et l'inverse est aussi vrai. Ils sont sous la même bannière, celle de la résistance, qui est incontournable.

Ainsi, la dernière guerre contre la Bande de Gaza a révélé le désaccord qui couve au sein du Hamas. C'est un conflit entre deux branches du mouvement, l'une est alliée à l'Iran et l'autre se considère comme faisant partie du mouvement des Frères musulmans.

Certains dirigeants du Hamas, comme Mahmoud al-Zahhar, se rendent en Iran sans consultation préalable du bureau politique du mouvement. Des hauts responsables du mouvement, cependant, estiment que Zahhar doit consulter le bureau politique dans toutes ses décisions.


(1) Note ISM-France : Le nom "sijjil" vient d'un chapitre du Coran, quand des pierres d'argile cuite furent utilisées pour combattre des gens qui voulaient attaquer la Ka'ba montés sur des éléphants.

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