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Grande Bretagne -

L'embarras des misérables

Par

Un récent appel pour un boycott culturel d'Israel lancé par John Berger et d'autres a obtenu l'une de ses plus misérables réponses dans le Guardian (22 déc.), signée par Anthony Julius et Simon Schama. J'admets ne jamais avoir entendu parler d'Anthony Julius avant – on m'a dit qu'il était avocat, et les avocats tordent parfois la vérité pour leurs clients.
Mais Simon Schama est un universitaire réputé, professeur d'histoire à Colombia, un homme de science. Il devrait être mieux au courant.

Qui désigne ?

Un thème récurrent dans la propagande anti-Palestinienne (habituellement nommée à tort "pro-Israélienne") est "Ne désignez pas". L'idée est que le mal devrait être abordé partout ; plus le mal est grand, plus la protestation devrait être est grande ; et puisqu'il y a des cas de maux pires qu'Israël, Israël ne devrait pas être critiqué.

Pas maintenant, au moins : peut-être après que tous les autres maux aient été éradiqués.

L'article de Julius et de Schama n'y fait pas exception : vous trouverez ce cliché dans l'argument numéro trois.

"Bien que l'appel (au boycott d'Israël) prétende affirmer des valeurs universelles, des droits de l'homme, il est incapable d'expliquer pourquoi il veut boycott d'Israël, seul parmi les nations du monde. Il ne dit rien sur les abus et les infractions aux droits de l'homme infligés aux citoyens israéliens. Il ne dit rien sur les autres abus des droits de l'homme commis ailleurs dans le monde (Darfour, Tchetchénie, et dans beaucoup d'autres endroits)."

Appliquons l'argument du "Ne désignez pas" aux auteurs eux-mêmes.

Si, comme ils le prétendent, les maux devraient être abordés dans leur ensemble, alors Schama et Julius doivent soit considérer le boycott proposé comme le plus grand mal sur terre, soit ils ont déjà fait tout leur possible pour aborder les plus grands maux.

Le boycott proposé est-il vraiment le plus grand mal sur terre ? Bien, je n'ai pas entendu parler d'un seul être humain blessé, tué, ou même souffrant à cause de lui.

Mais tandis que Julius et Schama étaient occupés à écrire leur article, Gaza faisait l'objet d'un siège israélien depuis des mois. Le nombre de morts atteignait un niveau historique ; un million et demi d'êtres humains étaient enfermés dans la bande minuscule, privés de soins médicaux et au bord de la famine. Schama et Julius ne mentionnent même pas ce mal.

Au même moment, le gouvernement américain utilisait l'argent des impôts de Julius et de Schama pour former et armer un camp de la guerre civile palestinienne redoutée - par coïncidence, le camp qui a perdu lors des dernières élections démocratiques. Schama et Julius ne mentionnent pas ce mal, non plus.

Mais ils ont trouvé le temps de désigner l'appel au boycott et d'écrire contre lui. Et ils ont l'audace de blâmer les initiateurs du boycott du "désignez", c.-à-d., l'hypocrisie.


Mais - vous pouvez arguer – que peut-être les auteurs ont déjà abordé tous les plus grands maux du globe, de sorte qu'ils puissent légitimement trouver le temps de s'en prendre au boycott ?
Bon, j'ai essayé de tracer l'activisme pacifiste de Schama.

En faisant une recherche sur Google : "Schama et Israël" donne seulement un résultat approprié : pendant la dernière guerre du Liban, quand Israël rasait des quartiers entiers de Beyrouth, tuant au moins 1.140 civils, dont 30% d'entre eux étaient des enfants de moins de 12 ans, le professeur Schama est sorti de chez lui pour exprimer cette critique dévastatrice des atrocités israéliennes : "Ce que fait Israël – bombarder des centres-villes – n'aidera finalement pas à se débarasser d'une mini-armée comme le Hezbollah" a-t'il déclaré à la BBC.
Bombarder des centres-villes, alors, c'est très bien - le seul problème, c'est que cela n'aide pas trop. Une brave critique, en effet. Et tellement morale, aussi.

Puis, j'ai fait une recherche sur Google : "Schama et le Darfour": rien de pertinent. "Schama et la Tchetchénie" : rien du tout. (D'ailleurs, qu'en est-il de l'Irak contrôlé par les États-Unis ? Ou l'Afghanistan ? Tout le reste par là-bas ?)

Mais maintenant je dois faire attention : peut-être que Simon Schama a été un activiste implacable et infatigable pour la paix et la justice en Palestine, au Darfour, en Tchetchénie, et dans "de nombreux autres endroits", comme il le dit.

Mais dans ce que je peux voir, son activisme implacable n'a laissé aucune trace sur la World Wide Web (où son nom donne plus de 450.000 résultats). Peut-être que l'activité publique de Schama – honoré "Commandant de l'Empire Britannique" - a été faite entièrement en privé.



Occupation blanchie

Pour écarter l'analogie tirée entre Israël et l'Apartheid Sud-africain, Julius et Schama prétendent que "les Palestiniens, les Druzes et d'autres minorités en Israël bénéficient d'une égalité des droits en vertu des lois fondamentales. … Il n'y a aucune restriction légale au déplacement, à l'emploi, ou aux relations matrimoniales."

Cette affirmation est correcte, au moins pour un profane : un historien informé et expert sérieux en matière de loi devrait savoir que les relations matrimoniales entre des partenaires de différentes religions/appartenances ethniques ne sont pas possibles selon la loi israélienne; mais n'en attendons pas trop.

Ce qui transforme leurs mots en démagogie pure, c'est que ni John Berger, ni l'initiative de boycott, ni même l'appel palestinien pour un boycott ne mentionne le statut des minorités en Israël comme motivation pour le boycott, ou pour comparer Israël à l'Apartheid Sud-Africain.

Julius et Schama savent très bien pourquoi Israël est comparé à l'Apartheid d'Afrique du Sud : pas en raison des minorités qui y vivent (discriminées elles aussi), mais en raison de l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza.
À cela, naturellement, ils ne peuvent pas faire face.

Donc, d'abord ils écartent une affirmation non revendiquée, et ils passent ensuite pour distraire de l'occupation avec une seule phrase fausse :
"Les relations entre Israël et les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ne sont pas gouvernées par la Loi israélienne, mais par le droit international."

C'est, en effet, l'une des plus grosses perles que j'ai jamais lu dans ce contexte. Je défie l'expert juridique et l'historien honorable de fournir un seul document de preuve sur un seul aspect "des relations entre Israël et les Palestiniens" - c.-à-d., de l'occupation (un terme que les auteurs évitent soigneusement) - qui "soit actuellement "régi" par le droit international.

Le droit international permet-il de créer des colonies et de déplacer la population de l'occupant sur la terre occupée ?

Le droit international permet-il d'expulser les populations occupées, individuellement ou en masse ?

Le droit international permet-il de construire le mur d'Apartheid ?

Le droit international permet-il d'installer des centaines de checkpoints et un système de permis qui rend la vie économique palestinienne et même la vie de famille tout à fait impossibles ?

Permet-il la confiscation de terres et de biens, comme le pratiquent constamment les Forces d'Occupation Israélienne ?

Le droit international n'autorise aucune de ces choses. Israël ne respecte pas un seul paragraphe du droit international, qui, selon Schama et Julius, "régit" ses relations avec les Palestiniens.

Si un étudiant en Histoire affirmait, par exemple, que dans la République hollandaise du 17ème siècle, certaines relations "étaient régies" par un certain principe légal, en ne prenant pas la peine de mentionner que ce principe légal n'était pas accepté par la partie intéressée, n'était pas sous-entendu, et qu'il n'avait aucun impact sur la réalité, je suis sûr que le prof. Schama l'achèverait, en déboutant sa déclaration, à juste titre, comme étant du pur charlatanisme.

Mais quand l'occupation d'Israël est en jeu, Schama lui-même recourt aisément à ce genre de démagogie.



Analogies historiques

On n'a pas besoin d'être professeur d'Histoire à Colombia pour savoir que les analogies historiques sont toujours controversées, simplement parce que l'histoire ne se répète jamais vraiment.

L'analogie de l'Apartheid a été sous le feu, trop : par exemple, parce qu'à la différence des Noirs d'Afrique du Sud, le mouvement palestinien de libération lutte pour un nation-état et pas pour un seul état multi-ethnique.

Je suis moi-même d'accord avec l'ancien Président américain Jimmy Carter, qui a récemment déclaré que ce que faisait Israël dans les Territoires Occupés était pire que l'Apartheid ; Maintenant, "l'Apartheid" s'est transformé en euphémisme.

Ecarter une analogie historique, comme le font Schama et Julius, est toujours facile.

Cependant, Julius et Schama insistent pour présenter leur propre analogie historique : dans un article critiquant le boycott comme "banal", ils utilisent eux-mêmes l'analogie la plus banale de toutes, à savoir celle de l'Allemagne d'Hitler.

Il n'y avait pas besoin d'utiliser cette analogie, et même s'il avait été intéressant de la mentionner, ce n'était pas pour la présenter de façon extrêmement manipulatrice comme l'ont fait Julius et Schama. Le lien entre l'initiative actuelle du boycott à celle de l'Allemagne d'Avril 1933" est inventé par une seule phrase, mise de façon suspecte seule en tant que paragraphe indépendant :

"Ce n'est pas le premier appel au boycott dirigé contre les Juifs."


Quelle manipulation !
L'appel de Berger n'est en effet pas le premier boycott dirigé contre les Juifs : ce n'est pas du tout un boycott dirigé contre les Juifs. Il est dirigé contre Israël, pas contre les Juifs.

Certains de ses partisans sont des Juifs, mais ceci n'importe pas vraiment.

Pour discréditer le boycott, Julius et Schama mentent au sujet de sa cible, en dépeignant un boycott politique comme un boycott raciste. Par cette manipulation, les auteurs réaffirment en fait la diffamation que "tous les Juifs" sont coupables et donc, responsables de l'occupation israélienne.

C'est précisément la logique criminelle derrière le terrorisme aveugle contre les civils israéliens et les juifs innocents du monde entier.


Lire : "L'appel au Boycott Culture d'Israël lancé par John Berger et 93 autres artistes"

Source : http://antiwar.com/hacohen/

Traduction : MG pour ISM

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