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Palestine - ISM France

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Palestine -

L’imposture idéologique et politique de l’idée « binationale » en Palestine (Suite)
L’impasse de l’idée « binationale » dans le mouvement de soutien avec la Palestine en France (Partie 2)

Par

Comme nous l‘avons montré[1], la théorie de l’Etat binational ou « Commun » en Palestine n’est donc qu’une imposture, portée principalement par « l’aile gauche » d’un sionisme désireux de se renouveler face au péril de son autodestruction. Faire cohabiter le colon et le colonisé, le spoliateur et le spolié, la victime et l’agresseur n’est envisageable que pour un être ayant perdu la raison, ou l’envahisseur lui-même, dans un ultime effort de sauver coûte que coûte son modèle colonial, son infâme œuvre de dépossession.

L’imposture idéologique et politique de l’idée « binationale » en Palestine (Suite) 
L’impasse de l’idée « binationale » dans le mouvement de soutien avec la Palestine en France (Partie 2)

Parmi les promoteurs de cette idée, nous trouvons bien sûr des hommes et femmes politiques au sein du champ politique de l’entité coloniale[2]. Mais nous avons aussi des sionistes à la nationalité « israélienne », qui importent cette théorie en France. A titre d’exemple, on peut citer Eyal Sivan[3] ou encore Michel Warschawski[4].

Ainsi pour Eyal Sivan, cette idée de terre commune est toute naturelle puisque « dans les villes mixtes du pays (Haïfa, Saint-Jean d’Acre, Nazareth Ilit, Lod ou le grand Jérusalem) […] on peut trouver dans la vie quotidienne des relations de voisinage ménageant des intérêts communs »[5]. Nous devons par là comprendre que le binationalisme serait déjà une « réalité » sur le terrain. Nous avons cependant du mal à imaginer qu’un Palestinien spolié de sa terre, humilié, réduit à un rang de sous-humanité par les sionistes puisse trouver un quelconque « intérêt commun » avec son ennemi éternel. Eyal Sivan souligne cependant que l’Etat binational ne pourra se concrétiser que si  «  La garantie des droits collectifs des juifs [est] le point central des discussions menant à l’Etat commun »[6]. Bien évidemment quoi de plus naturel pour un colonisateur que de s’assurer que ses propres privilèges seront sauvegardés ? Peu importe pour lui, en définitive, que le peuple colonisé puisse jouir, lui, des droits les plus élémentaires. Pour ce « progressiste », « c’est la politique de séparation instaurée par les accords d’Oslo qui a transformé les Israéliens en colons et en soldats aux yeux d’une partie de la jeunesse palestinienne.»[7]  Auparavant ils étaient simplement venus faire du tourisme…

Le projet de ces partisans d’un « pays commun » est, à y voir de plus près, très ressemblant à une sorte « d’Égalité et Réconciliation », thèse que nous connaissons bien en France. Ainsi pour Eyal Sivan et Eric Hazan « un compromis historique égalitaire est indispensable pour une vraie réconciliation entre les groupes qui vivent aujourd’hui dans le pays »[8].

A la fois Eyal Sivan et Michel Warschawski ont une relative audience dans l’hexagone, car ils s’expriment en français.

Cette oreille attentive, nous la trouvons d’abord et bien sûr dans les médias français[9]. Il est en effet vital pour les soutiens français du sionisme de montrer le « pluralisme » de l’entité sioniste, son extrême « maturité » politique. Ainsi il y aurait au sein même de l’entité coloniale des voix discordantes, une « gauche radicale » qui serait capable de s’élever contre l’injustice faite aux Palestiniens et de proposer une autre « issue », bien évidemment, celle d’un Etat commun.

En réalité, là n’est pas le problème. Que la presse française vienne au secours de « l’image démocratique » de l’entité sioniste n’est pas nouveau, et si la sphère d’influence de ces sionistes dits « progressistes » s’arrêtait là, nous n’aurions pas pris notre plume.

Bien plus grave, nous constatons que cette idée d’Etat binational comme « solution » au conflit colonial en Palestine gangrène à présent le Mouvement de solidarité en France.

A l’origine de cela, une sorte de « versatilité » de ces sionistes et intellectuels de gauche cités, lesquels adaptent leur discours selon la situation d’interaction militante et politique dans laquelle ils s’engagent et se trouvent placés.

Ainsi, en « Israël », ils s’inscrivent le plus naturellement du monde dans la vie politique de leurs « pays », commentant à l’excès les récentes élections législatives prenant même parti pour l’une ou l’autre des listes[10]. Leur soi-disant « antisionisme » ne les empêche donc pas de reconnaître cet « Etat » et de s’encarter politiquement au sein d’un artefact colonial et usurpateur.

En France, et à l’adresse du Mouvement de solidarité avec la Palestine, ils revêtent leur costume « antisioniste ». En cela, ils sont aidés des  « militants français de la cause palestinienne », des alliés idéologiques blancs et gauchistes, à l’instar de certains comités de la Campagne Boycott Désinvestissement Sanctions, du NPA et autres mouvements.

Mais quel est exactement le programme de tout ce beau monde ? Déconstruire et désorganiser le Mouvement de solidarité avec la Palestine et en particulier dans sa composante Arabe, islamique et populaire des banlieues. Pour cela, ils veulent mettre à bas les fondations qui devraient être celles d’une solidarité effective avec les Palestiniens.

Ainsi, ils sont les premiers à rejeter la résistance islamique et armée. Par ailleurs, ils ne remettent à aucun moment en doute le « bien fondé » de la décision de partage votée en 1947 par l’Assemblée des Nations Unies. Au contraire, ils ne réclament que plus de droit international pour « solutionner » le conflit. Le droit international est pourtant et précisément celui qui l’a engendré.

Accompagnée de ses précepteurs Sivan et Warschawski, cette gauche blanche et progressiste « solidaire » du peuple palestinien nous propose par ailleurs une solution toute trouvée : celle de l’Etat binational bien évidemment avec sa composante laïque. Cette laïcité est un élément très important dans la théorisation du binationalisme chez Eyal Sivan, car elle seule serait à même d’assurer la viabilité des sionistes et de cet Etat : « Seule une vision républicaine, démocratique et laïque persuadera les peuples israélien et palestinien qu’ils peuvent vivre – et pas seulement mourir – sur le même territoire. »[11]

L’intégration de la théorie « binationale » au sein du mouvement de solidarité peut être datée de l’hiver 2009, en pleine guerre sioniste contre Gaza.

En France, s‘était alors érigé un élan de solidarité gigantesque, avec comme particularité, une entrée massive des musulmans et Arabes des banlieues au sein des mobilisations. Sur des bases radicales, ce soutien prônait la libération de toute la Palestine, et assumait clairement des slogans arabes et islamiques.

Nous avons alors vu les premiers commentaires, les premières revendications pour un « Etat commun » apparaître et prendre de l’ampleur au sein des milieux de gauche « soutenant » la Palestine. Bien sûr, les sionistes progressistes à la nationalité « israélienne » encourageaient le phénomène.

En réalité l’objectif politique de cette manipulation était clair : distiller cette ligne « binationale » pour désamorcer purement et simplement la force populaire extraordinaire qui s’était formée à partir principalement des musulmans qui se solidarisent sur des bases sans concessions.

Nous avons pu voir se renouveler les mêmes tentatives lors des mobilisations monstre de l’été 2014 contre l’agression sioniste à Gaza. Mais bien évidemment ces manœuvres ont échoué et échoueront encore, la rue qui parlait arabe et jeûnait[12] durant ce mois de Ramadan soutenait haut et fort la résistance palestinienne et s’en faisait l’écho le plus authentique, et ce, malgré toutes les interdictions de manifester.

Cette instrumentalisation du Mouvement de soutien ne vise en réalité qu’à faire nier l’identité arabe et islamique de la Palestine et de sa résistance. Cette gauche progressiste s’octroie de manière éhontée le droit de décider à la place des Palestiniens eux mêmes la nature et l’identité culturelle de l’Etat dans lequel ils doivent vivre.

Corrélativement ces manipulations visent aussi les Arabes et les musulmans en France, particulièrement de banlieue. En se reconnaissant une identité culturelle et religieuse  commune avec les Palestiniens, et même davantage, une communauté de destin, ils sont un obstacle à l’effort de « normalisation » de l’entité sioniste dans les esprits qu’entreprennent les promoteurs du binationalisme ou d’une « Palestine démocratique et laïque » dans les frontières de 1967. On souhaite les couper de la Palestine, n’en faire qu’une « cause gauchiste » et non un waqf islamique envers lequel chaque musulman de cette Terre est responsable.

Si les Arabes et les musulmans adhèrent à ces mots d’ordres et à ces « solutions », c’est tout le Mouvement de solidarité avec la Palestine qui basculera, car ce sont principalement eux que l’on retrouve dans la rue lors des manifestations, au plus fort des bombardements sionistes sur Gaza.[13]

Mais nous devons encore et toujours résister. Nous devons réaffirmer haut et fort les invariables de la solidarité avec la Palestine : une Palestine Arabe et islamique, de la Mer au Jourdain, avec pour capital Al-Quods, sans oublier le retour de tous les réfugiés dans leurs foyers. Pas de répit dans la lutte contre le sionisme, aussi « progressiste » soit-il, jusqu’au retour de toute la Palestine dans le concert des nations Arabes et Islamiques. Nous ne devons en aucun cas nous faire confisquer le Mouvement de soutien à la Palestine, pour atteindre ces objectifs.

« Ce mouvement n’appartient à personne » entendons-nous déjà nous reprocher.

Nous répondons qu’il appartient davantage à des musulmans et Arabes qui ont vécus dans leur chair les affres du colonialisme, tout comme le vivent actuellement nos frères en Palestine, qu’à des gauchistes sionistes qui n’ont d’autre souhait que de voir l’entité coloniale se perpétuer, en plus de redorer leur blason occidental humaniste.


[1] Voir « L’imposture idéologique et politique de l’idée « binationale » en Palestine : la substitution du  problème de l’existence « d’Israël » par celui de sa « judaïsation » première partie » publié le 17 mai dernier sur le site du Mouvement Islamique de Libération, liberation-islamique.com.
[2] Ibid.
[3] Coauteur avec Eric Hazan de : Un État commun : entre le Jourdain et la mer, Éditions La Fabrique, 2012.
[4] Auteur de « Israël-Palestine : Le défi binational », Textuel, 2001.
[5] Eyal Sivan et Eric Hazan, Un État commun : entre le Jourdain et la mer, Éditions La Fabrique, 2012, page 14.
[6] Ibid, page 39.
[7] Ibid, page 43.
[8] Ibid, page 62.
[9] Voir Warschawski : un juif dévoué à la cause palestinienne, article du Point publié le 16 décembre 2012 sur leur site, à l’occasion de l’obtention par Warschawski du prix des droits de l’homme de la République française.
[10] Voir par exemple une interview d’Eyal Sivan, « Israël est déjà confronté au binationalisme », article paru sur le site Politis le 12 mars 2015 juste avant les élections législatives du 17 mars au sein de l’entité sioniste.
[11] Eyal Sivan, La dangereuse confusion des juifs de France, article de la rubrique racisme, antisémitisme, site de la LDH Toulon, 20 mars 2009.
[12] Voir un article de Youssef Girard « Quand la rue parle arabe, jeûne, et soutient la résistance : retour sur les manifestations Gaza de l’été 2014 », publié sur le site de l’International Solidarity Movement, le 24 septembre 2014.
[13] Ibid..


Source : MIL

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