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Egypte -

L’État du Sinaï (2/3) : L'arrière-cour du banditisme en col blanc

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Un symptôme de l'abandon du Sinaï par l’État égyptien avant la révolution fut la manière dont il a été transformé en fiefs où les barons de la classe d'affaires se faisaient de la concurrence. C'est là que les deux magnats Hassan Rateb et Hussein Salem avaient le plus d'influence économique et politique. La population locale appelait Rateb "le président de la république du Sinaï". Il était membre de la puissante commission politique du Parti national démocratique (PND) au pouvoir, président de la Société des Investisseurs du nord-Sinaï, et propriétaire de la chaîne satellitaire pro-régime al-Mehwar, qui diffusait les conférences annuelles du PND.

L’État du Sinaï (2/3) : L'arrière-cour du banditisme en col blanc

Un jeune égyptien vide un sac de maïs après un raid de la sécurité égyptienne chez lui, dans le petit village de Sheikh Zuweid, dans le Sinaï, le 10 août 2012 (Photo: AFP - Mostafa Abulezz)
Rateb avait un monopole virtuel sur l'investissement au nord du Sinaï et sur l'exploitation de ses richesses. Il était, de fait, le président du gouvernorat. Aucun gouverneur ne prenait une décision économique ou souveraine sans son avis.

Certaines de ces pratiques ont été exposées dans les enquêtes sur la corruption qui ont suivi la révolution. En mars 2011, l'activiste politique du Sinaï Magdi Haddad a présenté au procureur général un dossier de documents sur les activités de Rateb et de l'ancien gouverneur du Sinaï du nord, le Général Munir Shas.

S'y trouvaient des documents montrant que Rateb a signé des contrats pour la fourniture de matériau à son usine de ciment du Sinaï, au centre de la péninsule, pour un coût annuel de seulement 5.000 livres égyptiennes ($820), qui fut ensuite vendu à une autre compagnie pour 42 millions de livres égyptiennes ($7 millions). Les locaux se souviennent que Rateb a également usé de son influence pour bloquer leurs tentatives d'établir leur propre commerce de ciment qui serait entré en concurrence avec le sien. Son usine a aussi fourni à Israël du ciment pour la construction de son mur de séparation en Cisjordanie .

Il y avait également des documents concernant le village-vacances de Sama al-Arish, appartenant à Rateb, sur la côte méditerranéenne. Le terrain sur lequel il est construit devait être réservé à la construction de logements sociaux pour les gens du secteur, mais après l'avoir acquis à des conditions avantageuses sur cette base, Rateb en a fait une station balnéaire qui lui a rapporté des millions.

L'université du Sinaï, la seule université de la péninsule, fut une affaire similaire. Un grand terrain a été fourni, à faible coût, pour la construction d'une université, pour offrir un enseignement secondaire abordable aux étudiants du Sinaï. Au lieu de cela, une institution élitiste très couteuse a été construite, ressemblant plus à une station balnéaire universitaire, où seuls 3% des étudiants venaient du Sinaï.

La population du Sinaï a chèrement payé cette corruption. Alors que Rateb proclamait publiquement son amour pour le Sinaï, il usait de son influence pour faire expulser des centaines gens dont les terres jouxtaient ses entreprises industrielles ou touristiques, ou il les forçait à les abandonner pour de maigres indemnisations. Ces entreprises n'ont contribué à pratiquement aucun développement du Sinaï ou à aucun emploi - les locaux ont rarement été embauchés, sauf comme gardiens. Il n'est pas surprenant que des protestations aient eu lieu devant les entreprises de Rateb au lendemain de la révolution par les gens du secteur qui exigeaient des indemnisations et des enquêtes sur la corruption.

L'autre grand magnat du Sinaï, Husseim Salem, un ami personnel du président déchu Hosni Moubarak et de sa famille, fait actuellement l'objet d'une enquête sur la corruption, et des pourparlers sont en cours sur son éventuelle extradition d'Espagne, où il s'est enfui après la révolution.

Salem est un ancien officier du renseignement, et contrairement à Rateb, il s'est largement tenu à l'écart des médias. Il était considéré comme le chef fondé de pouvoir de la famille au pouvoir et agent d'affaires dans le Sinaï. La spécialité de Salem était les innombrables et lucratifs complexes touristiques qui parsèment la côte sud du Sinaï, en particulier à Sharm al-Sheikh, Dahab, Nuweiba et Taba, dont la chaîne hôtelière Movenpick, qui a fourni une maison à Moubarak avant et après son éviction.

Salem est mieux connu comme l'architecte du contrat notoire de vente à prix cassé du gaz naturel égyptien à Israël, tout en remplissant les poches de bénéficiaires cachés. La mise en œuvre de l'accord de 20 ans pour la fourniture à Israël de 1,7 milliards de m3 de gaz par an a été confiée à Eastern Mediterranean Gas, un consortium créé en 2000 dont Salem était président.

Le cas de Salem donne un aperçu sur l’interconnexion du monde de la sécurité, du renseignement et des affaires dans le Sinaï. Dans la déclaration qu'il a faite en avril l'an dernier pour se défendre contre des accusations de corruption et de copinage, Salem a affirmé qu'il avait traité l'accord gazier avec Israël, "comme une question liée à la sécurité nationale égyptienne", et que les services de sécurité "supervisaient tous les détails" liés à l'accord.

Les documents de la sécurité d'Etat, qui ont été divulgués au lendemain de la révolution, ont révélé, entre autres, qu'une cellule politique travaillant pour Gamal Moubarak au sein du ministère de l'Intérieur de Habib al-Adly était impliquée dans les attentats du 23 juin 2005 dans le Sinaï, qui ont fait des dizaines de victimes. Des documents suggéraient que l'objectif premier était de viser les complexes touristiques Movenpick de Salem pour le punir d'avoir coupé la commission que percevait le fils du président dans le cadre de l'accord gazier israélien, mais le groupe extrémiste concerné a décidé de frapper ailleurs.

En termes économiques, cependant, la présence de l’État dans le Sinaï a semblé circonscrite à la promotion des intérêts commerciaux des petits copains du régime, dont les signes les plus visibles étaient des programmes de développement touristique qui refusaient globalement d'employer les populations locales.

Cela a renforcé le sentiment des habitants du Sinaï d'être des citoyens de seconde zone, traités avec suspicion et privés des opportunités d'améliorer leurs conditions de vie, de l'investissement qui leur fournirait un revenu ou un travail, et souvent même du droit d'être propriétaires de leur terre et d'en vivre.

L'absence de développement de l’État a été contrebalancée par l'inflation d'une présence sécuritaire multi-facettes. L’État égyptien a contrôlé le Sinaï depuis l'antiquité, excepté pendant la première invasion israélienne de 1956 et l'occupation israélienne de 1967-1982. Lorsque l’Égypte a récupéré la péninsule en 1982, l’État égyptien s'est transformé en État du laissez-faire économique avec une main-mise sécuritaire féroce. Avec la modernisation du pays déjà retardée par des années de guerre et une mauvaise gouvernance, personne n'attendait qu'un État qui abandonnait son rôle de développement dans les centres du pays les plus densément peuplés fasse grand chose pour développer le Sinaï périphérique.

Cet État est devenu de plus en plus l'obligé des élites capitalistes impitoyablement obsédées par les profits rapides et les investissements axés sur la consommation. Elles n'étaient ni intéressées ni capables de donner du pouvoir à la majorité des citoyens d'un point de vue économique. Dans le Sinaï, la négligence s'est transformée en exploitation rampante et en appauvrissement.

Said Aatiq, membre du Comité des jeunes révolutionnaires du Sinaï, remarque que depuis la fin de l'occupation israélienne, la seule chose qu'a vu la population du Sinaï, venant de l’État égyptien, sont le ministère de l'Intérieur et l'appareil sécuritaire national.

C'est dans ce contexte que le secteur oriental du Sinaï, la zone C, est devenue une arène pour les activités des services secrets étrangers - y compris la CIA, le Mossad et les gardiens de la révolution iraniens - et les rivalités qui ont entraîné des versements d'argent politique venant de l'étranger, qui en retour ont contribué à l'émergence de groupes extrémistes.

Pour nombre de personnes de la région confrontées à la pauvreté et à l'oppression, la criminalité est devenue le principal voire l'unique moyen de gagner sa vie - que ce soit par le trafic de drogue, le trafic d'êtres humains ou le commerce par les tunnels avec la Bande de Gaza assiégée.


L'article en arabe ici.

L'article en français dans son intégralité :

- L’État du Sinaï (1/3) : Survivre seul

- L’État du Sinaï (3/3) : Le refuge des radicaux et des hors-la-loi




Source : Al Akhbar

Traduction : MR pour ISM

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