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Palestine - ISM France

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Gaza -

La bataille d'Huda Ghalia : Qui a réellement tué la famille de la fillette sur une plage de Gaza ?

Par

Les images déchirantes de Huda Ghalia, 10 ans, courrant comme une folle sur une plage de Gaza en hurlant : "Papa, papa, papa" et tombant ensuite à genoux en larmes près de son corps ont transformé la fillette éperdue en une icône de la lutte palestinienne avant même qu'elle ait complètement saisi qu'une grande partie de sa famille était morte.
Mais les images de la jeune fille qui a perdu son père, sa mère et cinq de ses frères et sÅ“urs alors que les familles qui pique-niquaient fuyaient le déluge de bombardements israéliens il y a une semaine sont devenues leur propre champ de bataille.

Qui et qu'est ce qui a tué la famille de Ghalia, et a mutilé une foule d'autres personnes, a été toute la semaine le sujet d'une lutte pour la vérité de plus en plus dure avec entre autres des accusations qu'une enquête militaire dédouanant l'armée était une macarade, que le Hamas était vraiment responsable et même que les images de la peine de Huda n'étaient que du cinéma.

Cependant, une enquête du Guardian sur le déroulement des évènements soulève de nouvelles questions jusqu'ici sans réponse au sujet de la preuve des militaires israéliens dédouanant l'armée de toute responsabilité.

Les enregistrements de l'hêpital, le témoignage des médecins et les rapports des témoins remettent en question l'affirmation centrale que le bombardement s'était arrêté avant que les sept membres de la famille de Ghalia aient été tués.

En outre, une nouvelle indication du groupe américain Human Rights Watch, qui a offert la première interrogation médico-légale du rapport de l'armée, met le doute sur une autre affirmation clé : les éclats d'obus retiré des blessés ne correspondaient pas au genre d'artillerie employé pour bombarder Gaza.


Icone Victime

Les images de la chasse traumatique de Huda pour son père ont recueilli une sympathie immédiate dans le monde entier et ont concentré une attention fâcheuse sur la stratégie d'Israël qui a tiré des milliers d'obus sur Gaza au cours des dernières semaines, tuant plus de 20 civils, afin de décourager les attaques de roquettes palestiniennes. (voir la vidéo d'Al Jazeera)

Au début, le premier ministre israélien, Ehud Olmert, a présenté des excuses pour les morts mais les militaires ont vite réalisé que cela entrainerait un autre désastre rivalisant avec la mort de Mohammed al-Dura, le garçon de 12 ans qui est mort dans des bras de son père sous un déluge de tirs il y a six ans et qui est devenu la première icêne victime de l'Intifada.

L'armée a rapidement convoqué un comité pour enquêter sur les décès de la plage et s'est presque aussi vite affranchi de toute responsabilité.

Le comité a reconnu que l'armée avait tiré six obus sur et autour de la plage de Beit Lahia par l'artillerie à l'intérieur d'Israël. Mais il a indiqué que, par coïncidence, une explosion séparée - une mine probablement plantée par le Hamas ou un vieil obus enterré – s'était produite dans le même secteur à peu près au même moment, tuant la famille.

L'armée a admis qu'un des six obus était inexpliqué mais elle a dit qu'il était "impossible", en se basant sur le lieu et l'heure, que le sixième obus soit responsable du massacre. L'enquête a également conclu que les éclats d'obus pris sur les blessés ne venaient pas de l'artillerie.

Les militaires ont déclaré que leur version des événements était définitive. D'autres sont allés plus loin et ont vu une conspiration palestinienne. Un groupe de pression américain pro-Israélien, Camera, qui cherche à influencer la couverture médiatique, est allé jusqu'à suggérer que le film du trauma de Huda Ghalia avait été truqué : "Les corps ont-ils été déplacés, a-t'on demandé à la fillette de reconstituer sa découverte pour la caméra, est-ce que la vidéo est un montage ?"

Mais le rapport de l'armée a rapidement fait l'objet de critique par un ancien analyste de champ de bataille du Pentagone, Marc Garlasco, enquêtant pour Human Rights Watch.
"Vous avez la taille du cratère, les éclats d'obus, les types de blessures, leurs emplacements sur les corps. Tout cela indique un obus tombant du ciel et non des explosifs sous le sable." Dit-il.
"J'ai été à l'hêpital et j'ai vu les blessures. Les médecins disent qu'elles se situent principalement à la tête et au torse. C'est conforme à un obus qui explose au-dessus du sol et non à une mine en dessous."

M. Garlasco a également produit l'éclat d'obus pris sur le site apparemment marqué comme étant un obus de 155mm utilisé par l'armée ce jour-là.



Chronologie

La principale partie de la défense des militaires s'est articulée sur la chronologie. Elle dit qu'elle avait tiré des obus en direction de la plage entre 16h30 et 16h48, et que le déluge d'artillerie s'est arrêté neuf minutes avant l'explosion qui a tué la famille de Ghalia.

L'armée a conclu que l'explosion mortelle s'est produite entre 16h57 et 17h10 en se basant sur la surveillance de la plage par un drone qui montre les gens détendus jusqu'à un peu avant 17h et l'arrivée d'une ambulance à 17h15.

Le Général Meir Kalifi, qui a dirigé le comité d'enquête de l'armée, a dit que l'intervalle de neuf minutes est trop long pour qu'Israël soit responsable des décès. "Je peux dire sans aucun doute qu'aucun moyens utilisés par les Forces de Défense israélienne pendant cette période de temps a causé l'incident."

Mais les enregistrements de l'hêpital, le témoignage des médecins et des ambulanciers et les rapports des témoins oculaires suggèrent que les militaires ont une mauvaise chronologie de l'explosion, et qu'elle s'est produite alors que l'armée bombardait toujours la plage.

Les responsables palestiniens remettent en cause également le timing de la vidéo montrant des gens se détendre sur la plage juste avant 17h si l'armée, qui l'admet elle-même, bombardait aussi près.

Plusieurs de ceux qui ont survécu à l'explosion indiquent qu'elle est survenue peu de temps après deux ou trois autres explosions similaires au genre d'obus tombés sur la plage.

Hani Asania fait partie des survivants. Quand le bombardement a commencé, il a pris ses filles - Nagham, 4 ans, et Dima, 7 ans - et les a emmenées dans sa voiture au bord de la plage. La famille de Ghalia était sur le sable juste à cêté et attendait un taxi.

"Il y a eu une explosion, peut-être à 500 mètres. Il y en a eu ensuite une seconde, beaucoup plus proche, environ deux minutes plus tard. Les gens quittaient la plage en courrant." dit M. Asania. "Peut-être deux minutes plus tard, il y a eu un troisième obus. J'ai pû sentir la pression du souffle sur mon visage. C'était tellement fort. J'ai vu des gens en morceaux."

Ce déroulement est appuyé par d'autres dont le frère de Huda, Eyham, 20 ans.
Annan Ghalia, l'oncle de Huda, a appelé une ambulance. "Nous étions assis sur le sable en attendant les taxis, les hommes d'un cêté et les femmes de l'autre. L'obus a atterri plus proche des filles." Dit-il. "Je criais pour que des gens nous aident. Personne ne venait. Après environ deux minutes, j'ai appelé l'ambulance."


La première ambulance a emmené des enfants à l'hêpital Kamal Odwan.
Son livre d'enregistrements indique que cinq enfants blessés dans l'explosion ont été admis à 17h05.

Le livre contient des entrées avant et après les accidents de la plage, tous sont cités, et il ne montre aucun signe de falsification. Les ordinateurs de l'hopital consignent une analyse de sang effectuée à une victime à 17h12.

Human Rights Watch dit que modifier les enregistrements nécéssiterait une modification de l'horloge de l'ordinateur.


La distance entre la plage et l'hêpital est de 6km. Même à toute vitesse, conduire à travers les rues bondées et les routes accidentées de Beit Lahia ne prendraient pas moins de cinq minutes et seraient plus lentes avec des patients blessés à bord.

Le dr Bassam al-Masri, qui a traité le premier blessé à Kamal Odwan, dit qu'en donnant au moins 10 minutes pour s'y rendre, les charger et revenir, l'ambulance serait parti de l'hêpital pas après 16h50 : soit juste deux minutes après que les Israéliens disent avoir cessé le bombardement.

En tenant compte dans le temps supplémentaire des appels d'urgence et de l'envoi des ambulances, la chronologie ébranle l'affirmation des militaires que l'explosion mortelle s'est produite l'arrêt du bombardement.

Le premier ambulancier à partir d'un autre hêpital de Beid Lahia, l'Alwada, et un docteur appelé pour travailler disent qu'ils se rappellent clairement de l'heure.

L'ambulancier, Khaled Abu Sada, dit qu'il a reçu un appel de la salle de contrêle de secours entre 16h45 et 16h50. "Je suis allé chercher une infirmière pour venir avec moi." Dit-il. "Je suis parti de l'hêpital à 16h50 et j'étais à la plage vers 17h."

L'anesthésiste d'Alwada, le Dr Ahmed Mouhana, a été réveillé par un appel d'un collègue médecin qui lui demandait de venir à l'hêpital. "J'ai regardé l'heure. C'est ce que vous faites quand quelqu'un vous réveille. Il était 16h55." Dit-il.

Le Dr Mouhana est parti pour l'hêpital immédiatement. "Cela prend seulement 10 minutes depuis ma maison, donc j'y étais vers 17h10 ou 17h15 au plus en retard. Je suis allé à la réception et ils avaient déjà fait le tri sur les enfants." Ajoute-t'il.

Si les enregistrements de l'hêpital et des professionnels médicaux sont exacts, alors l'appel d'urgence de la plage n'a pas pû se faire au-delà de 16h45, soit toujours pendant le bombardement israélien.


Obus tueur

D'après le nombre d'obus comptés à l'avance par les survivants, M. Garlasco croit que l'obus tueur était celui que l'armée a enregistré avoir tiré à 16h.34.

Un porte-parole de l'armée, le capitaine Jacob Dalal, a dit que l'armée s'en tenait à son interprétation. Les enquêteurs de l'armée ont déclaré que les éclats d'obus pris sur les Palestiniens soignés dans les hêpitaux israéliens n'était pas des obus de 155mm tirés ce jour-là. "Nous savons que ce n'est pas l'artillerie." a-t'il dit. "Cela pourrait être un obus d'une autre sorte ou d'un autre dispositif."

Les militaires ont suggéré que l'explosion a été installée par le Hamas pour contrer des débarquements possibles de l'armée mais les responsables palestiniens déclarent que ce serait une stratégie efficace seulement s'il y avait des séries de mines ou que le Hamas savait exactement où les Israéliens débarqueraient.

M. Garlasco dit que le métal pris sur les victimes est peut être des détritus soulevés par l'explosion ou des morceaux de voitures. Il a déclaré que les éclats d'obus récupérés sur le lieu de l'explosion par Human Rights Watch et la police palestinienne étaient neufs et provenaient des bombardements de l'artillerie.

L'ancien analyste du Pentagone a dit qu'après avoir examiné un morceau d'obus incrusté de sang qui lui a donné le père d'un homme de 19 ans blessé dans l'explosion de la plage, il l'a déterminée comme étant un morceau de détonateur d'un obus de l''artillerie.

"La probabilité que la famille de Ghalia ait été tuée par un explosif autre qu'un des obus tirés feu par l'armée israélienne est écartée." dit-il.

Le Capitaine Dalal a défendu l'enquête de l'armée. "Nous n'essayons pas de dissimuler quoi que ce soit. Nous n'avons pas fait l'enquête pour nous acquitter. Si c'était notre tir, nous le dirions." a-t'il ajouté.

Source : http://www.guardian.co.uk/

Traduction : MG pour ISM

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