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Palestine - ISM France

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Grande Bretagne -

La campagne palestinienne pour le boycott universitaire d’Israël

Par

Londres, Conférence internationale sur la Palestine, SOAS le 5 décembre 2004 : "La résistance à l’apartheid israélien : stratégies et principes" - Intervention de Lisa Taraki, Palestine

La campagne s’adresse également aux Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza.
Elle implique le boycott de toute forme de collaboration universitaire ou artistique, à l’exception des activités et des relations qui servent la lutte nationale palestinienne et qui vise à combattre toutes les formes de l’oppression israélienne, dans la mesure où ce genre d’activités ne requiert ni ne favorise des relations de dépendance ou le renoncement aux droits nationaux palestiniens.
Je voudrais reprendre ici quelques points qui ne sont pas encore tout à fait clairs.

On a souvent prétendu que le soutien aux activités de recherche israéliennes (à travers des accords de coopération scientifique et technique entre des instituions européennes et leurs homologues israéliennes) pouvait être détourné de façon à servir de soutien à la capacité de recherche palestinienne, dans la mesure où grâce à ces accords, les chercheurs tant palestiniens qu’israéliens, peuvent mettre en œuvre des projets communs.

C’est une des justifications avancées au Parlement européen en janvier 2004, pour renforcer la coopération avec Israël : "cela contribuera à détendre les relations entre les deux communautés, israélienne et palestinienne".


L’Université de Birzeit adressa alors un rapport au Parlement européen qui rejetait catégoriquement cette hypothèse, en rappelant que la question se posait en termes de relation entre occupant et occupés, situation dans laquelle aucune coopération ne saurait être encouragée.

Ce dont les institutions palestiniennes ont besoin, ce n’est pas d’un soutien grâce à la médiation israélienne, mais d’un soutien direct et visant l’augmentation de leurs capacités en matière de recherche. Il va de soi aussi que les campagnes pour la suspension des accords de coopération scientifique existants donneront tout leur poids à cet enjeu, comme l’intervention de certains membres de BRICUP l’a montré, précisément à cette occasion.



On arrive à des résultats plus tangibles en observant la façon dont certaines fondations et autres organes de financement donnent accès aux demandes de fonds des chercheurs palestiniens. Peu de gens sont au courant que ces aides sont conditionnelles : invariablement, on exige des Palestiniens (comme des Israéliens, d’ailleurs) que leurs équipes de recherche soient mixtes. Il en est de même pour les projets de nature artistique et culturelle, où la collaboration entre Israéliens et Palestiniens est une condition sine qua non pour obtenir des financements.


Nos arguments contre cette condition de partenariat est la suivante : cela prouve de façon crue qu’il y a une politisation de la recherche, au-delà des intentions généreuses qui peuvent inspirer ces projets.

Faire miroiter de la sorte des aides aux universitaires palestiniens privés de tout moyen d’exercice est une sorte de chantage politique, encore une fois, quels que soient les sentiments des commanditaires.

Nous pensons que si ces financiers internationaux étaient sincères dans leur intention de développer la capacité de recherche scientifique des institutions palestiniennes, elles devraient offrir directement leur soutien, et non pas le subordonner à une option politique.

D’autre part, ces pratiques débouchent invariablement sur un renforcement de la légitimité des institutions israéliennes en tant que pôles d’excellence, sans réaliser concrètement grand chose en matière de consolidation et d’élargissement de la capacité de recherche palestinienne.

Dans le cadre de la politique de non-coopération avec les institutions israéliennes que pratiquent généralement les Palestiniens, parce qu’ils rejettent la coopération avec l’occupant, seuls des bénéfices individuels peuvent être attendus, de peu de conséquence au niveau institutionnel.

Ainsi, le seul résultat tangible de la collaboration est le renforcement de la présence israélienne, légitimée et comme naturalisée dans le paysage palestinien. Il en est de même, évidemment, que tous les projets qui font l’objet d’une promotion enthousiaste à l’échelle d’un "Moyen-Orient remodelé", ou de schémas "méditerranéens" dont l’effet principal est de faire apparaître comme une normalisation la présence israélienne à tous les niveaux, qui se trouve ainsi pourvue de garanties.



Modifier les règles en vigueur

Le soutien direct aux chercheurs palestiniens et à leurs institutions fait avancer la reconnaissance de l’autonomie palestinienne. C’est particulièrement important pour modifier les règles en vigueur selon lesquelles ce sont les « sympathisants » israéliens de notre cause qui définissent les modalités et les limites dans lesquelles le monde peut porter secours aux Palestiniens.

Vous êtes sans doute déjà familiarisés avec l’argument qui sert aux Israéliens "de gauche" pour s’opposer au boycott et pour encourager la collaboration israélo- palestinienne, jusque dans l’expression artistique.


Dans le cas de nombreuses rencontres universitaires, projets de recherche, et autres forums plus ou moins institutionnels, on peut se demander ce qu’ils rapportent à la cause palestinienne pour la justice. Les plus ardents partisans de ces activités ne sont pas les Palestiniens mais plutôt le "camp de la paix" et la gauche israélienne, c’est-à-dire ceux qui ne rejettent pas d’emblée le contact avec "l’ennemi" d’en face.

Effectivement, c’est ce qui leur permet de garder le contrôle de l’activité militante autour de la cause palestinienne, de déterminer la nature du conflit, et d’autoriser certaines actions à l’exclusion des autres.

Tant que cette règle pernicieuse dénie toute voix au chapitre pour les Palestiniens, cela rend aussi plus crédible l’idée que le « conflit » entre Palestiniens et Israéliens se trouve au niveau de la perception, là où des stéréotypes dominants au sujet de l’Autre font obstruction à une compréhension et à la possibilité de la réconciliation. Il y a toute une industrie qui a fleuri autour de cette image fausse de la nature du conflit et des moyens de « rendre justice » aux Palestiniens.

J’invite nos amis étrangers à écouter les discours qui soutiennent les recommandations de coopération, et à se poser la question : "Qui sont les principaux bénéficiaires de ce genre d’activité : les Israéliens qui ont besoin de reconnaissance en tant que porte-parole de la paix, ou les Palestiniens, qui réclament la justice ?"

Pour moi, je considère qu’il faut venir à bout de l’idée que la réconciliation puisse dépendre d’un exercice de modification ou de déconstruction des perceptions ; pour nous, la réconciliation aura lieu seulement quand les droits des Palestiniens auront été restaurés, sur la base de la justice.


Pour finir, je voudrais simplement montrer l’urgence qu’il y a à reconnaître que les arguments de « gauche » d’Israéliens et d’autres ne sont que le produit de décennies d’intoxication sur le thème de l’exceptionnalisme israélien, qui permet à Israël de fixer le cadre du débat, mais aussi, ce qui est le plus important, d’échapper à toute critique et condamnation.

Et malgré leurs bonnes intentions, ces gens-là collaborent activement à la reconduction de cette exceptionnalité, lorsqu’ils prétendent que le boycott isolera les forces de paix dans l’université israélienne, renforcera la droite, et même poussera les universitaires à s’identifier avec l’Etat, parce que leur dépendance financière croîtra, comme résultat du boycott.

Ils font d’ailleurs preuve d’un manque grave de perspective quand ils avancent que le boycott réduit la liberté les universitaires israéliens.

Je propose qu’on leur adresse les questions gênantes qui suivent :

Pourquoi donc faudrait-il que les intérêts d’une petite minorité d’israéliens soient protégés à tout prix et mis au-dessus de toute autre considération ?

Est-ce que par hasard la préservation de la "liberté de recherche" des professeurs israéliens de gauche est une cause valable en elle-même, sans considération du prix à nous faire payer pour qu’ils jouissent de cette liberté sacrée ?

En quoi consiste-t-elle, ici, la liberté de recherche ?

Est-ce la liberté d’accès sans limites aux fonds pour la recherche, pour les congés sabbatiques, et tous les autres colifichets attachés au statut d’universitaire ?

Est-ce que cette attitude n’est pas plutôt le reflet d’un narcissisme, de cette façon de tout centrer sur soi-même qui a permis aux Israéliens, de gauche autant que de droite, de confondre leurs intérêts avec ceux de la majorité, nous autres ?

Les arguments israéliens contre le boycott sonnent particulièrement creux aux universitaires palestiniens. Dépouillés de leurs libertés les plus essentielles, ils n’ont aucune raison d’être sensibles aux exigences des Israéliens en matière de protection de la liberté universitaire ou du danger imminent de l’effondrement de la gauche.

Nous pensons que les Israéliens, universitaires ou autres, ne peuvent pas prétendre à certains droits sous prétexte que l’atteinte à ces droits compromettra leur capacité de lutte contre l’occupation et l’oppression. En ce qui nous concerne, l’université israélienne ne saurait prétendre au moindre privilège, parmi les autres organes de l’Etat israélien, et sa collusion historique, directe et indirecte, avec l’appareil colonial a été largement prouvée.

Ce que nous les Palestiniens attendons de nos collègues du monde entier c’est la reconnaissance et la prise en compte de ces considérations, ainsi que du principe qu’il n’y a pas lieu de garantir à Israël un statut à part parmi les autres nations, malgré l’impunité dont il jouit dans les coulisses du pouvoir mondial.


Contributions des autres intervenants à cette conférence :
Ilan Pappe (Israël),
Victoria Brittain, (Grande Bretagne)
John Docker (Australie),
Mona Baker (Grande Bretagne),
Ben Young (Grande Bretagne),
Hilary Rose (Grande Bretagne),
Lawrence Davidson (USA),
Betty Hunter (Grande Bretagne),
Haim Bresheetsh (Grande Bretagne),
Omar Barghouti (Palestine)

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