Fermer

S'inscrire à la mailing list ISM-France

Recevez par email les titres des derniers articles publiés sur ISM-France.

Votre adresse courriel

Fermer

Envoyer cet article

Votre adresse courriel
Envoyer l'article à
Votre message
Je profite de l'occasion pour m'abonner à la newsletter ISM France.
Palestine - ISM France

Imprimer cet article Envoyer cet article
Article lu 698 fois

Cisjordanie occupée -

La déclaration d’Abbas selon laquelle il « suspend tous les accords » avec Israël impatiente les Palestiniens

Par

Yumna Patel est la correspondante en Palestine de Mondoweiss. Suivez-la sur Twitter à @yumna_patel

26.07.2019 - Le président palestinien Mahmoud Abbas a fait
une déclaration radicale jeudi, annonçant qu'il « suspendait tous les accords » avec Israël, à compter de vendredi.
« Nous annonçons la décision des dirigeants de cesser d'appliquer les accords signés avec la partie israélienne », a déclaré Abbas à l'issue d'une réunion d'urgence de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Ramallah en Cisjordanie occupée.

La déclaration d’Abbas selon laquelle il « suspend tous les accords » avec Israël impatiente les Palestiniens

La décision d’Abbas a été prise à la suite de la démolition par Israël de maisons palestiniennes dans des zones administrées par l’Autorité palestinienne à Sur Bahir, ville située à Jérusalem-Est. La nature sans précédent des démolitions a suscité polémique et tollé au niveau international.

« Nous ne céderons pas aux diktats et à l'imposition d'un fait accompli sur le terrain avec la force brutale, en particulier à Jérusalem », a-t-il déclaré, qualifiant les démolitions de crime de guerre et d'acte de purification ethnique.

Il a ensuite fait une série de déclarations, évoquant notamment le rejet des pourparlers de paix menés par les États-Unis et un appel à renouveler les tentatives infructueuses de réconciliation entre le Hamas et le Fatah.

En ce qui concerne la cessation des accords avec Israël, Abbas a déclaré que sa direction « commencerait à mettre en place des mécanismes » pour appliquer sa décision à compter de vendredi.

« A la lumière de l'insistance de l'autorité d'occupation à refuser tous les accords signés et de leurs obligations, nous annonçons la décision des dirigeants de cesser de travailler en fonction des accords signés avec la partie israélienne », a-t-il déclaré.

Abbas a dit que sa décision entrerait en vigueur vendredi, mais de nombreux Palestiniens et critiques de l'Autorité palestinienne ne retiennent pas leur souffle.

« Ses déclarations ont fait la une des journaux, mais c'est tout ce qu'elles sont, des gros titres », a déclaré à Mondoweiss, Dianna Buttu, avocate et analyste politique à Ramallah.

Ancienne conseillère d'Abbas en sa qualité de président de l'OLP, Buttu a qualifié les propos du président de « vide de sens ». Et elle n’est pas la seule.

Les Palestiniens ont exprimé, sur les réseaux sociaux, leur scepticisme face aux déclarations d'Abbas, dont ils disent qu’il les a faites un nombre incalculable de fois, mais qu’elles n'ont jamais abouti.

« Voilà venu le moment de l'année où Mahmoud Abbas dit plus aucun accord avec Israël. Le résultat est toujours le même, coordination sécuritaire, accords commerciaux, collaboration sur le siège de Gaza se poursuivent. Mais ça fait un joli titre », a commenté l'écrivaine et commentatrice politique américano-palestinienne Mariam Barghouti.

« Mariam a parfaitement raison », a déclaré Buttu à Mondoweiss. « Abbas ne fait que parler."

Des menaces vagues, usées et vides

Selon les commentaires qu’ont fait des analystes à Mondoweiss, l'une des principales raisons pour lesquelles les militants et les universitaires palestiniens lèvent les yeux aux cieux devant les grandes déclarations d'Abbas jeudi est le caractère vague et ambitieux de ses déclarations.

Abbas a déclaré qu'il « suspendrait tous les accords », mais la plupart des gens se sont demandé : qu'est-ce que cela signifie réellement ?

« Tout d’abord, annuler tous les accords avec Israël n’est pas possible », a déclaré à Mondoweiss, Yara Hawari, universitaire palestinienne à Al-Shabaka.

Deuxièmement, a-t-elle noté, Abbas n’a pas dit clairement de quels accords il parlait.

« Parlait-il d'Oslo ? De l'annulation de la coordination sécuritaire avec Israël, des protocoles de Paris ? Abbas n’a aucun intérêt à le faire », a dit Hawari, qualifiant ses déclarations de « ridicules ».

Hawari pense que « personne ne prenait ses déclarations trop au sérieux », soulignant l'ironie du fait que s'il décidait réellement de suspendre ou d'annuler tous les accords avec Israël, il plaiderait également en faveur de sa propre disparition.

« S'ils annulent tous les accords, qu'est-ce que cela signifie pour l'AP elle-même ? L’Autorité palestinienne a été créée par les accords d’Oslo. Donc, si nous devions aller jusqu’au bout du raisonnement, cela signifie le démantèlement de l'Autorité palestinienne. »

Hawari et Buttu sont d’accord qu'Abbas « devait réagir » à la suite des démolitions de Sur Bahir, car il s'agissait d'une violation flagrante de ‘l'autorité’ de l'Autorité palestinienne.

Mais sa façon de « réagir », disent-elles, n’est que la répétition de ses « mêmes vieilles » menaces vides.

« En disant qu'il va suspendre tous les accords, veut-il vraiment dire cela ? », a demandé Buttu, soulignant le fait que la plupart des accords entre les deux parties s'inscrivaient dans le cadre israélien « accordant » des avantages à l'Autorité palestinienne.

« Des choses comme l'allocation d'eau, des choses comme le contrôle de l'AP dans les zones A et B, des choses comme la délivrance de passeports. Tout ça sont des choses que l'occupant « accorde » actuellement à l'occupé. Est-il prêt à les sacrifier ? Je ne pense pas, a déclaré Buttu.

L’une des rares choses que l’Autorité palestinienne « accorde » à Israël et qu’elle peut exploiter, a dit Buttu, est sa coordination en matière de sécurité avec les autorités israéliennes.

« Si Abou Mazen dit qu'il va mettre fin à la collaboration en matière de sécurité, je lui pose la question : parlez-vous sérieusement ? », a demandé Buttu. « Chaque fois qu’il en a parlé auparavant, il n’y a jamais touché. »

En fin de compte, quel que soit le nombre de déclarations cinglantes ou de menaces sortant de la bouche d’Abbas, le même problème demeure.

« Il n'est jamais clair, » a déclaré Buttu. « Il dit toujours qu'il va suspendre les accords, mais il n'explique jamais les étapes suivantes. Ses déclarations devraient être suivies d'actions, et il ne le fait jamais. "

« Si vous voulez tuer une problématique, formez un comité »

Comme il l'a dit dans son discours de jeudi, Abbas a pour idée de créer un comité chargé de débattre des plans d'action envisageables.

« Nous annonçons la décision de la direction de cesser de fonctionner en fonction des accords signés avec la partie israélienne et commençons à mettre en place des mécanismes - à partir de demain - pour mettre en place un comité chargé de mettre ceci en œuvre conformément aux décisions du Conseil central palestinien », a-t-il déclaré pour conclure son discours.

Nidal al-Azza, militant palestinien et directeur du Centre de ressources pour les droits palestiniens à la résidence et les droits des réfugiés BADIL, a déclaré à Mondoweiss que l'idée d'Abbas de constituer un comité était l'un des principaux signaux d’alarme et le signe évident qu’il n’a pas l’intention d’agir réellement pour accompagner ses déclarations.

En plus de ne pas spécifier les accords qu'il a l'intention de suspendre, la mise en œuvre effective de la décision ambiguë d'Abbas, a déclaré al-Azza, est subordonnée à « ce comité inconnu ».

« [Le comité] n'a ni calendrier ni mandat spécifique », a noté al-Azza. « Nous ne savons pas si un tel comité a un pouvoir contraignant ou juste le pouvoir de recommandation auprès des dirigeants palestiniens. »

Le fait que le premier plan d’action d’Abbas est de former un comité fait rire Hawari et Buttu.

« Combien de temps ce comité de mise en œuvre est-il censé prendre ? », demande Hawari. « Abbas a formé un grand nombre de comités censés accomplir beaucoup de choses. Cela n'a pas de véritable sens. »

Se référant à un dicton arabe, Buttu a déclaré à Mondoweiss : « Si vous voulez tuer une problématique, formez un comité. »

« C'est ce qu'il fait. Il veut montrer son indignation sans prendre aucune mesure concrète », a-t-elle déclaré.

« Au lieu de dire 'Oslo est fini' et d'essayer de trouver un autre moyen de supprimer ce joug autour de notre cou, au lieu de signer le BDS, d'essayer de démêler l'économie palestinienne de celle d'Israël, poussant réellement à la responsabilité », a déclaré Buttu, « Abbas choisit de former un comité. »

« Ce ne sont que des manœuvres mesquines dans le même jeu. »


Source : Mondoweiss

Traduction : MR pour ISM

Faire un don

Afin d'assurer sa mission d'information, ISM-France fait appel à votre soutien.

Oui ! Je soutiens ISM-France.


Contacter ISM France

contact@ism-france.org

Suivre ISM France

S'abonner à ISMFRANCE sur Twitter RSS

Avertissement

L'ISM a pour vocation la diffusion d'informations relatives aux événements du Proche Orient. Les auteurs du site travaillent à la plus grande objectivité et au respect des opinions de chacun, soucieux de corriger les erreurs qui leur seraient signalées.

Les opinions exprimées dans les articles n'engagent que la responsabilité de leur auteur et/ou de leur traducteur. En aucun cas l'ISM ne saurait être tenu responsable des propos tenus dans les analyses, témoignages et messages postés par des tierces personnes.

D'autre part, beaucoup d'informations émanant de sources externes, ou faisant lien vers des sites dont il n'a pas la gestion, l'ISM n'assume aucunement la responsabilité quant à l'information contenue dans ces sites.

A lire également...
Même lieu

Cisjordanie occupée

Même sujet

Collabos