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Palestine - ISM France

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La guerre contre la vérité : comment les trolls des médias sociaux israéliens ont conquis Facebook

Par

Romana Rubeo, écrivain et rédactrice italienne, a contribué à cet article.

21.10.2019 – Le 9 octobre, la plate-forme de médias sociaux Facebook a supprimé la page du populaire site Web d'information palestinien, le Palestinian Information Center (PIC). Cette action, qui a été effectuée sans même contacter les administrateurs de la page, confirme que la guerre de Facebook contre les voix pro-palestiniennes se poursuit sans répit.

La guerre contre la vérité : comment les trolls des médias sociaux israéliens ont conquis Facebook

Le PIC avait près de cinq millions d'adeptes sur Facebook, ce qui témoigne de sa popularité et de sa crédibilité auprès d'un large échantillon représentatif de Palestiniens et de leurs partisans dans le monde. Pour les trolls d'Israël sur les médias sociaux, le PIC était tout simplement trop efficace pour être autorisé à diffuser son message. Comme d'habitude, Facebook a accepté.

Ce scénario souvent répété - où des trolls pro-israéliens des médias sociaux zooment sur une plateforme médiatique palestinienne tout en travaillant étroitement avec la direction de Facebook pour censurer le contenu, barrer des individus ou supprimer des pages entières - est maintenant la norme. Les opinions palestiniennes sur Facebook sont tout simplement indésirables, et la marge de ce qui est permis se rétrécie rapidement.

‘Sue’, une utilisatrice de Facebook, m'a dit qu'elle avait été mise en garde par la plateforme pour de prétendus "discours haineux/intimidation" pour avoir prétendu que "la psychologie des Israéliens est militarisée", et que "la menace perçue et la haine réelle des Palestiniens [sont] maintenues vivantes par le gouvernement [israélien]".

L’analyse de ‘Sue’ est, bien sûr, correcte ; elle a été exprimée à de nombreuses reprises et même par Reuven Rivlin, président israélien lui-même. Le 14 octobre 2014, il a déclaré que "le temps est venu d'admettre qu'Israël est une société malade, avec une maladie qui exige un traitement". De plus, le fait que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, ait alimenté le feu de la peur, de la haine et du racisme pour gagner quelques voix aux élections israéliennes a fait les gros titres dans le monde entier.

On ne voit pas bien où exactement ‘Sue’ s’est trompée, et quelle partie de son commentaire constitue un "discours de haine" et de l'"intimidation".

J'ai demandé à d'autres de partager leurs expériences avec Facebook à la suite de leur discours pro-palestinien. Les réponses que j'ai reçues indiquaient que le modèle indubitable que Facebook vise effectivement n’est pas un discours de haine, mais une critique de la guerre, du siège, du racisme et de l'apartheid israéliens.

Par exemple, ‘José’ a été censuré pour avoir écrit, en espagnol, qu'"il n'y a rien de plus lâche que d'attaquer ou de tuer un enfant". "Putain d’armée de lâches, assassins d'enfants palestiniens, ce n'est pas une guerre, c'est un génocide", a-t-il commenté.

Entretemps, 'Derek' a été suspendu de l'utilisation de Facebook pendant 30 jours, "plusieurs fois" dans le passé pour "diverses accusations". Il m'a dit qu'"il suffit que des trolls, qui ont des groupes secrets, envoient des rapports sur une personne ciblée."

Le même modèle s’est répété avec 'Anissa', 'Debbie', 'Erika', 'Layla', 'Olivia', 'Rich', 'Eddy' et combien d'autres.

Mais qui sont ces "trolls" et quelles sont les racines des attaques incessantes de Facebook contre les Palestiniens et leurs partisans ?

Les Trolls

Selon un document que s’est procuré The Electronic Intifada, le gouvernement israélien a financé une "campagne mondiale d'influence" avec un budget massif dans le seul but d'influencer les publics étrangers et de combattre le mouvement palestinien de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

Asa Winstanley, journaliste de l'EI, a parlé d'une "armée de milliers trolls" "partiellement financée par le ministère israélien des Affaires stratégiques".

"Pour dissimuler son implication, le ministère a admis avoir travaillé avec des groupes de façade qui "ne veulent pas révéler leur lien avec l'État", a écrit Winstanley.

L'un de ces groupes de trolls, dont on estime qu'il compte 15.000 membres actifs, est Act.IL.

Michael Bueckert décrit la fonction principale des utilisateurs de l'application Act.IL dans le site web Magazine Jacobin :
"Avec l'application mobile et la plateforme en ligne Act.IL, Israël cherche à recruter une foule de slacktivistes (1) et de trolls pour se joindre à leur guerre contre les formes les plus insidieuses de violence : tweets pro-palestiniens et messages Facebook."

Act.IL n'est que la partie visible de l'iceberg d'un effort massif et centralisé mené par le gouvernement israélien et impliquant des légions de partisans dans le monde entier. Cependant, Israël n'aurait jamais atteint ses objectifs si Facebook n'avait pas officiellement rejoint le gouvernement israélien dans sa "guerre" contre les Palestiniens sur les réseaux sociaux.

En 2014, Sohaib Zahda aurait été le premier Palestinien à être arrêté par l'armée israélienne pour un commentaire dans les médias sociaux, dans le cadre d'une nouvelle stratégie de répression de ce qu'Israël considère comme une "incitation". Depuis lors, la campagne d'arrestations s'est étendue à des centaines de Palestiniens, pour la plupart de jeunes artistes, poètes et étudiants activistes.

Mais ce n'est qu'en 2015 qu'Israël a sérieusement commencé à surveiller Facebook, selon The Intercept.

"Les arrestations de Palestiniens pour des messages sur Facebook ont ouvert une fenêtre sur les pratiques de surveillance d’Etat d’Israël et ont révélé le côté obscur des médias sociaux", a écrit Alex Kane. "Ce qui était autrefois considéré comme une arme des faibles est devenu l'endroit idéal pour déceler les résistances potentielles."

Israël a rapidement fabriqué une base légale pour les arrestations (155 cas ont été ouverts en 2015 seulement), fournissant ainsi une couverture légale qui a été utilisée dans son accord ultérieur avec Facebook. L’art. 144 D.2 du Code pénal israélien de 1977 a été invoqué à plusieurs reprises pour contrer un phénomène des médias sociaux beaucoup plus récent, tout cela au nom de la répression de "l'incitation à la violence et au terrorisme".

La stratégie israélienne a commencé par une campagne massive de hasbara (propagande) visant à créer une pression publique et médiatique sur Facebook. Le gouvernement israélien a activé son armée de trolls alors naissante pour construire un récit global centré sur la prétendue notion que Facebook est devenu une plateforme d'idées violentes, que les Palestiniens utilisent sur le terrain.

L'équipe Facebook-Israël

Quand, en septembre 2016, le gouvernement israélien a annoncé sa volonté de travailler avec Facebook pour "lutter contre l'incitation", le géant des médias sociaux était prêt à trouver un accord, même si cela signifiait violer la liberté d'expression fondamentale qu'il s'est engagé à maintes reprises à respecter.

Au cours de cette période, le gouvernement israélien et Facebook ont convenu de "déterminer comment lutter contre l'incitation sur le réseau des médias sociaux", selon l'Associated Press qui cite de hauts responsables israéliens.

Cet accord fut le résultat de deux jours de discussions entre le ministre israélien de l'Intérieur, Gilad Erdan, et le ministre de la Justice, Ayelet Shaked, entre autres.

Le bureau d'Erdan a déclaré dans un communiqué qu'"ils étaient d'accord avec les représentants de Facebook pour créer des équipes qui trouveraient le meilleur moyen de surveiller et de supprimer les contenus provocants."

Essentiellement, cela signifie que tout contenu lié à la Palestine et à Israël est maintenant filtré, non seulement par les éditeurs de Facebook, mais aussi par les responsables israéliens.

Pour les Palestiniens, le résultat a été dévastateur puisque de nombreuses pages, comme celle du PIC, ont été supprimées et d'innombrables utilisateurs ont été bannis, temporairement ou définitivement.

Bien souvent, le processus de ciblage des Palestiniens et de leurs partisans suit la même logique :

* Des trolls pro-israéliens se déploient, surveillent et commentent les postes palestiniens.
* Les trolls rapportent des individus et du contenu prétendument offensants à l'équipe Facebook/Israël.
* Facebook fait des recommandations concernant les comptes qui ont été signalés à la censure.
* Les comptes des pages et des individus palestiniens et pro-palestiniens sont supprimés ou interdits.

Bien que PIC n'ait reçu aucun avertissement avant la suppression de son compte populaire, il est probable que la décision ait suivi le même schéma que ci-dessus.

Lorsque les médias sociaux ont été introduits pour la première fois, beaucoup y ont vu une occasion de présenter des idées et de défendre des causes que les médias grand public, pour une raison ou une autre, taisaient.

La Palestine a soudain trouvé une nouvelle plateforme médiatique accueillante, qui n'est pas influencée par de riches propriétaires et des annonceurs payés, mais par des individus ordinaires - des millions d'entre eux.

Israël, cependant, a peut-être trouvé un moyen de contourner l'influence de Facebook sur les discussions relatives aux droits des Palestiniens et à l'occupation israélienne.

Lorsqu'on dénonce l'apartheid, qu'on condamne les tueurs d'enfants et qu'on discute de la mentalité de peur qui prévaut en Israël et qu'on parle de "discours de haine" et d'"intimidation", il faut alors se demander ce qu'est devenue la promesse des médias sociaux de liberté et de démocratie populaire.

Bien que Facebook ait fait beaucoup plus pour se discréditer ces dernières années, aucune autre action n'est aussi inquiétant que la censure des voix de ceux qui osent contester la violence, le racisme et l'apartheid parrainés par l'État, où que ce soit, et dont la Palestine demeure le meilleur exemple.

(1) Slacktivisme : Le slacktivisme (littéralement « activisme paresseux »), mot-valise formé par la fusion du terme anglais "en" (« fainéant ») et du mot « activisme », est une forme de militantisme sur Internet qui s'est développé dans les années 2000 avec l'avènement des réseaux sociaux et qui consiste à cliquer pour participer à un mouvement collectif virtuel sans s'engager plus activement et concrètement. (Wikipédia)

Source : Days of Palestine

Traduction : MR pour ISM

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