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Palestine - ISM France

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USA -

La guerre incivile d’Elliott Abrams

Par

L’administration Bush serait-elle en train de violer la loi, dans le but de provoquer une guerre civile intra-palestinienne ?
Le vice-conseiller à la sécurité nationale, Elliott Abrams – que l’hebdomadaire Newsweek a qualifié, récemment, de "dernier néocon à tenir encore debout" – a laissé entendre, voici quelques mois de cela, que les Etats-Unis n’ont aucunement l’intention de traiter avec le Hamas, et qu’au contraire ils travaillent à sa perte.

La guerre incivile d’Elliott Abrams

Dans l’immédiat après-élection de ce mouvement, en janvier dernier, Abrams accueillit un groupe d’hommes d’affaires palestiniens dans son bureau de la Maison Blanche, pour discuter d’un "coup fourré" contre le gouvernement Hamas récemment élu – traquenard qui aurait comporté le renversement violent du leadership Hamas au moyen d’armes fournies par les Etats-Unis.

Les hommes d’affaires palestiniens furent choqués, mais Abrams n’en démordait pas : les Etats-Unis devaient absolument soutenir le Fatah par l’envoi d’armes et de munitions et par la fourniture d’un entraînement, afin que ses hommes puissent combattre le Hamas et conquérir la direction du gouvernement palestinien.

Même si ses proches concèdent aujourd’hui que ces propos d’Abrams avaient été proférés à un moment où il était en proie à une ‘importante frustration’ (ayant du mal à digérer la victoire électorale du Hamas… ndt), le "coup fourré" était loin d’être simples paroles en l’air.

Durant l’année écoulée, les Etats-Unis ont fourni des armes, des munitions et un entraînement aux activistes du Fatah palestinien en vue de sa prise de contrôle des rues de Gaza et de Cisjordanie sur les partisans du Hamas.

Un grand nombre d’activistes du Fatah ont ainsi été formés dans deux camps (un à Ramallah, l’autre à Jéricho), dont ils sont sortis "diplômés".

Les fournitures d’armes et de munitions, qui ont commencé par un simple goutte-à-goutte, s’assimilent plutôt aujourd’hui à un torrent (Haaretz écrit que les Etats-Unis ont budgété la somme astronomique de 86,4 millions de dollars pour la seule sécurité d’Abou Mazen (alias Mahmoud Abbâs, ndt).

Et si ce projet d’aide a été largement ignoré par la presse américaine, on en parle ouvertement et on le commente largement dans les médias arabes – ainsi qu’en Israël.

Des milliers de flingues et de balles se déversent, depuis des mois, dans la bande de Gaza et en Cisjordanie , depuis l’Egypte et la Jordanie, les alliés désignés de l’administration (américaine) dans ce programme (d’aide).

Au début, on pensa que ces efforts de réapprovisionnement (commencés sous le nom de code d’"assistance apportée à la présidence de l’Autorité palestinienne dans la réalisation par icelle de ses engagements en matière de feuille de route, consistant à démanteler l’infrastructure terroriste et à rétablir la loi et l’ordre en Cisjordanie et à Gaza", d’après un document du gouvernement américain) renforcerait les forces de sécurité placées sous le commandement du président palestinien Mahmoud Abbâs.

Des responsables officiels américains pensaient que ces armes supplémentaires permettraient d’amener les agents du Hamas à résipiscence, et qu’ils démissionneraient mièvrement de fonctions électives qu’ils venaient tout juste d’arracher au forceps.

Non seulement rien de tel ne s’est produit, mais le programme d’aide (à Abbâs) est soumis à des tirs à boulets rouges de l’ensemble du monde arabe – en particulier parmi les plus proches alliés de l’Amérique…

Si l’Egypte et la Jordanie ont expédié des armes à Abou Mazen, dans le cadre du programme Elliott (oups : pardon : du programme Abrams…) (ainsi, l’Egypte a envoyé, dernièrement, 1 900 fusils d’assaut à Gaza et en Cisjordanie , égalisant presque le score avec les 3 000 flingues offerts par la Jordanie), ni le roi de Jordanie Abdullah, ni le président égyptien Hosni Moubarak ne croient que cette opération ait une quelconque chance de réussir – et tous deux sont en train de manœuvrer pour tenter de s’en extirper.

"Qui pourrait les en blâmer ?", nous a confié récemment un officiel américain.
"Même si Moubarak n’a pas pour le Hamas les yeux de Chimène, ni lui ni Abdullah ne veulent être tenus pour responsables de l’écrasement de ce mouvement."

Un officiel du Pentagone s’est montré encore plus catégorique, faisant état d’un dédain quasi déclaré de l’administration Bush pour le plan concocté par Abrams : "ça ne marchera pas, et tout le monde sait que ça ne marchera pas ! Cela se veut trop intelligent. On n’est vraiment pas bons du tout, dans ce genre de trucs. C’est vraiment typique des tours pendables d’Abrams…"

Ce responsable a poursuivi, relevant qu’il est "invraisemblable que tant la Jordanie que l’Egypte remettent entièrement leur sort entre les mains de la Maison Blanche (excusez cette image hardie… ndt). Mais, bordel, qui – mis à part Washington – pourrait bien désirer assister à une guerre civile entre Palestiniens ?!?
Y a-t-il une seule personne ici, qui croie que le roi de Jordanie pense qu’il s’agit là d’une riche idée ? Dès que ce complot se mettra en branle, le roi Abdullah sera cuit ! M.rde (comment faut-il le leur dire ?) : son pays est au moins à cinquante pourcent palestinien ! "


Des officiers supérieurs de l’armée américaine et des hauts responsables du Pentagone sont parmi les critiques les plus en voix, au sein de l’administration américaine, contre ce programme qui leur était encore totalement inconnu à la mi-août, alors même que la guerre israélienne contre le Hezbollah touchait à sa fin.

Quand le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld en eut connaissance, il entra dans une rage folle, et programma un rendez-vous avec Bush afin de tenter de le convaincre que ce projet provoquerait un retour de manivelle.

Rumsfeld redoutait que ce projet anti-Hamas ne radicalisât des formations islamistes chez les alliés de l’Amérique, en mettant en fin de compte en danger les troupes américaines combattant les extrémistes sunnites en Irak.

D’après nos informations, Bush a dit à Rumsfeld qu’il ne devait pas être obnubilé par l’Irak, et que le "document concernant les Palestiniens" était entre les mains de la Secrétaire d’Etat (Condy Rice, ndt). Après cette rencontre houleuse, Rumsfeld prit conscience du fait qu’il ne pouvait plus faire grand-chose.

Le projet Abrams fut initialement conçu en février 2006 par un groupe de fonctionnaires de la Maison Blanche désireux de mettre sur pied une réplique cohérente et violente à la victoire électorale du Hamas un mois auparavant.

Ces fonctionnaires, nous a-t-on expliqué, étaient sous la houlette d’Abrams, mais il y avait parmi eux les éminents néocons David Wurmser et John Hannah. Cette politique reçut le nihil obstat de Condoleezza Rice.

Après quoi, le président donna son feu vert au programme, dans un « relevé de conclusion » de la CIA, et il stipula que la réalisation en soit supervisée par Langley (c’est le siège de la CIA, ndt). Mais le programme a rencontré des problèmes, dès le début.
"La CIA n’aime pas ça, et elle pense que ça ne marchera pas", nous a-t-on indiqué, en octobre dernier.

"Ce truc sortait par les yeux du Pentagone, l’ambassade américaine en Israël l’avait en horreur, et les Israéliens y étaient tout à fait opposés".

Un éminent responsable militaire américain en poste en Israël l’a qualifié de "stupide" et de "contreproductif".

Mais le programme s’est poursuivi, en dépit de ces critiques, même si la responsabilité de sa réalisation a été mise entre les mains de responsables de la lutte anti-terroriste travaillant étroitement avec le Département d’Etat.

La CIA "cherchait absolument à se débarrasser" de toute responsabilité dans la mise en œuvre du projet Abrams, nous a-t-on rapporté.

Depuis au minimum le mois d’août 2006, Rice, Abrams et l’émissaire spécial américain David Welch furent les premiers avocats du programme, lequel a été présenté comme "faisant partie de l’initiative du Département d’Etat concernant le Moyen-Orient".

Des officiels du gouvernement américain ont refusé de commenter une information indiquant que ce programme constitue désormais un élément constitutif de l’"Initiative de partenariat moyen-oriental" du Département d’Etat, une initiative visant à promouvoir la démocratie dans cette région du monde.

Si tel est bien le cas, le détournement de fonds alloués à ce programme en vue d’acheter des armes pourrait constituer une violation de l’intention du Congrès – et aussi de la loi américaine.

Les bénéficiaires des largesses américaines sont le président palestinien Abou Mazen et Mohammad Dahlan, un leader politique palestinien controversé et charismatique originaire de Gaza.
Les Etats-Unis se sont aussi fondés sur un avis émanant de Mohammad Rashid, un financier kurdo-palestinien fort connu ayant pignon sur rue au Caire.

Même en Israël, l’alliance conclue entre les Etats-Unis et ces deux truands suscite une dérision quasi affichée.

Si le Premier ministre israélien Ehud Olmert a soutenu, quoi qu’avec hésitation, ce projet, beaucoup de ses principaux conseillers ont fait savoir clairement qu’ils ne voulaient en aucun cas être associés, de près ou de loin, avec la responsabilité du déclenchement d’une guerre civile intra-palestinienne. Les mêmes sont par ailleurs dubitatifs quant à la possibilité d’affaiblir le Hamas.

Ces responsables font observer que depuis le début du programme, le Hamas s’est, de fait, renforcé, en partie parce que ses dirigeants sont considérés compétents, transparents, intègres et peu susceptibles de compromettre leurs idéaux – autant dire qu’il s’agit exactement du genre de gendres idéaux, en matière de dirigeants politiques démocratiquement élus, que l’administration Bush aimerait bien pouvoir soutenir où que ce soit ailleurs au Moyen-Orient !

Bien entendu, pour la galerie, la Secrétaire d’Etat Rice se montre contrite et préoccupée par "l’anarchie galopante" chez les Palestiniens, tout en omettant de préciser que cette anarchie est exactement ce que le plan Abrams cherchait à générer.

"Vous ne pouvez pas créer du jour au lendemain des forces de sécurité capables de faire face au type d’anarchie qui règne à Gaza, découlant dans une large mesure d’une incapacité à gouverner", a-t-elle déclaré au cours d’une visite récente en Israël.

"Leur incapacité à gouverner (il s’agit de celle de l’Autorité palestinienne à majorité Hamas), bien entendu, découle de leur total désintérêt pour les standards internationaux".

Même des experts des questions moyen-orientales et des fonctionnaires du Département d’Etat proches de Rice considèrent dangereux ses commentaires à propos de la violence palestinienne, et l’ont avertie qu’au cas où les détails du programme concocté par les Etats-Unis viendraient à être connus de l’opinion publique, sa réputation pourrait être entachée.

De fait, des responsables du Pentagone admettent que l’incapacité du Hamas à assurer la sécurité à son propre peuple et que les affrontements qui ont éclaté récemment ont été semés par le plan Abrams. Les responsables israéliens le savent, et ils ont d’ores et déjà commencé à se rebeller.

En Israël, sinon ailleurs, l’opinion de Rice selon laquelle le Hamas peut être écarté du pouvoir est désormais rejetée de manière régulière, parfois même publiquement.

D’après un article publié par le quotidien israélien Haaretz le 25 décembre dernier, de hauts responsables israéliens du renseignement ont dit au Premier ministre Olmert que non seulement le Hamas n’était pas susceptible d’être évincé et remplacé, mais que son rival le Fatah était dans un état de désintégration avancée. Tout espoir d’un plan américain visant à évincer le Hamas, argumentèrent-ils, est condamné à l’échec.

Ces responsables israéliens des services de renseignement ont également écarté le recours du président Abou Mazen à des élections anticipées en vue de supplanter le Hamas – précisant que de telles élections anticipées n’auraient d’autre effet que de détruire totalement le Fatah.

Comme l’a écrit Haaretz : "Le chef du Shin Ben, Yuval Diskin a indiqué au cabinet Olmert, le dimanche 24 décembre, qu’en cas d’élections au sein de l’Autorité palestinienne, les chances de victoire du Fatah seraient quasi nulles. Diskin a dit, lors du conseil des ministres (israélien) hebdomadaire du dimanche que la faction Fatah est très affaiblie et qu’en conséquence Israël devait se faire à l’idée d’un raz-de-marée électoral du Hamas."


Apparemment, le roi de Jordanie, Abdullah, est du même avis.
Le jour où cet article est paru dans Haaretz, le 25 décembre 2006, Abdullah a d’ailleurs fait poireauter Abbâs pas moins de six heures, avant de le recevoir à Amman.

Ayant enfin reçu Abbâs, il lui a dit qu’il devrait retourner chez lui – et ne revenir le voir qu’en compagnie du dirigeant Hamas et Premier ministre palestinien Ismaïl Haniyyéh !

Plus récemment, des officiels saoudiens ont accueilli Haniyyéh en Arabie pour des conversations, après avoir rendu publiques leurs propres appréciations du programme américain visant à supplanter le Hamas…

Ainsi, voici quel est le tableau : un an après l’élection du Hamas, et un an après qu’Elliott Abrams ait décidé que le fait de semer les graines mauvaises d’une guerre civile dans un peuple d’ores et déjà soumis à occupation militaire permettrait – on ne voit pas trop par quel miracle – de faire avancer le projet américain de démocratisation du Moyen-Orient, le respect pour les idéaux démocratiques de l’Amérique a pratiquement disparu – et pas seulement en Irak…

Source : http://www.conflictsforum.org/

Traduction : Marcel Charbonnier

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