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Israël -

La liberté universitaire du Shin Bet

Par

> levy@haaretz.co.il

A première vue, nous évoquons un échange très vif entre le Recteur de l'Université Hébraïque de Jérusalem et le chef du service de sécurité Shin Bet, mais en fait, il est question de l'ordre des priorités dans la société israélienne. Le chef du Shin Bet, Yuval Diskin, se plaignait la semaine dernière de l'attitude "arrogante et désobligeante" affichée envers son organisation par le recteur de l'Université Hébraïque, Haim Rabinowitz, après que l'université ait décidé de ne pas organiser un programme d'étude spécial – attribuant un diplôme de lettres aux membres du Shin Bet en 16 mois – en vertu de leur "travail de mise en échec des attaques terroristes à l'université", comme l'a dit Diskin.

Le chef du Shin Bet estimait que ces "déjoueurs d'attaque" avaient droit à une réduction universitaire ; Rabinowitz a décidé que les agents du Shin Bet étaient soumis aux mêmes lois que n'importe quel autre étudiant. On doit le louer pour cette décision, qui confirme en effet la position unique de l'Université Hébraïque – elle ne propose plus de programmes spéciaux aux agents des forces de sécurité. C'est peut-être la raison pour laquelle elle est la seule université israélienne sur la liste des 100 meilleures universités au monde.

Le processus de pensée tordu selon lequel les membres des forces de sécurité ont droit à des conditions universitaires particulières est maintenant profondément ancré dans le monde universitaire israélien. Aujourd'hui, il n'y a pratiquement aucune université qui n'offre pas des cours spéciaux pour les officiers, les pilotes et les agents secrets.

Et c'est ainsi qu'il suffit aux étudiants du Collège de la Sécurité Nationale de deux cours par semaine pendant six mois pour obtenir une maîtrise en sciences politiques de l'Université d'Haifa. Les pilotes ont leur baccalauréat après un an d'études à l'Université Ben-Gurion, dans le Néguev, et les agents du Shin Bet ont une licence de lettres après 16 mois à l'Université Bar-Ilan.

Bar-Ilan mérite le titre de l'université la plus militariste de toutes – elle offre une pléthore de programmes réservés aux forces de sécurité : il y a le programme de Jéricho pour le Shin Bet et toute une série de cours pour les officiers des Forces Israéliennes de Défense (d'occupation, ndt), les officiers devant entrer dans l'armée et les officiers qui ont déjà atteint le rang de commandant de bataillon. La nation toute entière est une armée, et Bar-Ilan n'est que sécurité. La différence entre cette réalité et le milieu universitaire normal est immense, tandis que la différence entre une telle pratique et l'obtention d'un diplôme fictif de l'Université de Lettonie est infime.

Personne n'ose suggérer que le personnel de nettoyage qui balaie les salles de cours bénéficie de conditions universitaires spéciales – même si leur travail, lui aussi, est essentiel. Le chef du Shin Bet s'empresse de mentionner le fait de contrecarrer des attaques terroristes comme preuve justifiant l'obtention de diplômes universitaires. Quelle est la connexion ? Circule actuellement à la Knesset une proposition de loi qui offrirait des points universitaires en échange du devoir de réserve. Pourquoi l'université, a demandé Rabinowitz, proposant à la place qu'ils obtiennent des points chez El Al ou pour les supermarchés Co-op.

C'est un vieux fléau qui a largement affecté la société : l'idée que les membres des forces de sécurité ont droit à plus – pas seulement des salaires boursouflés et scandaleux, comme l'a récemment révélé le Marker, pas seulement des réductions pour les gens en uniformes dans les restaurants, mais aussi les tours d'ivoire. Ils ne méritent aucun traitement particulier, l'université d'Israël n'a pas besoin de telles distorsions.

C'est une bonne chose que ceux qui s'occupent de la sécurité nationale fassent des études. Il est vrai qu'ils les font parfois simplement pour améliorer leurs salaires ou leurs pensions, et parfois l'université sert simplement de refuge en attendant que les tempéraments se calment – comme c'est le cas pour le superintendant de police Uri Bar-Lev – ou comme changement d'atmosphère et un lieu où se reposer. Quelque soit le motif, nous devons nous réjouir de cette soif de connaissance.

Peut-être à l'université ces spécialistes de la sécurité vont-ils apprendre quelques leçons importantes sur les sciences politiques, l'éducation civique, l'histoire et les droits de l'homme, sur la répartition des pouvoirs et la primauté de la loi. Ils vont côtoyer un environnement qui leur est généralement très étranger : le milieu intellectuel. Ils liront et écriront et – qui sait – peut-être se mettront-ils à penser et poseront-ils des questions. L'expérience élargira certainement leur horizon, qui ressemble quelquefois aux casernes étroites dans lesquels ils servent.

Mais les universités ne doivent en aucun cas capituler. Leurs études doivent être exactement les mêmes que celles de chaque autre étudiant – pas de groupes séparés aux conditions spéciales et, par-dessus tout, aucun programme écourté. Les universités ne doivent pas accepter d'être circonscrites à la sauvegarde de la sécurité d'Israël. Elles ne doivent pas se prosterner devant cette idole. C'est en contradiction avec leur existence universitaire et intellectuelle. Les partisans du boycott universitaire d'Israël font souvent valoir que les universités, en Israël, servent l'occupation et son armée. Il y a de ça.

"La formation universitaire est une formation universitaire", dit Rabinowitz. Il admet qu'il est possible de réduire une formation de trois ans à une année, mais il croit que les études universitaires ne sont pas simplement une course au diplôme ou la réalisation d'un quota d'heures. "Dans le calendrier tortueux dicté par le Shin Bet, il est impossible d'apprendre de façon correcte", dit Rabinowitz. Diskin, qui est titulaire d'une licence de lettres de Bar-Ilan et d'une maîtrise de lettres de l'Université d'Haifa, qualifie cette attitude d' "arrogante et désobligeante". Ce dont nous parlons, c'est d'un malentendu fondamental sur le rôle de l'université.

Mais il est évident que le sujet est beaucoup plus large. Une société civile qui lutte pour sa croissance économique et intellectuelle doit être sevrée de son culte pour l'uniforme, dont le rôle bénéfique ou préjudiciable envers l'Etat reste controversé. Le temps est révolu où les photos des généraux de l'armée étaient accrochées aux murs des garages et des restaurants ; le temps est venu maintenant de dire à ceux qui portent l'uniforme : votre contribution n'est pas plus importante que celles des autres membres de la population. Bienvenue à l'université, comme n'importe qui d'autre.

Source : Haaretz

Traduction : MR pour ISM

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