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France -

La lutte contre le Front national comme défense de la diversité blanche

Par

Au lendemain de la guerre 1939-1945, Aimé Césaire affirmait que les Occidentaux ne reprochaient pas à Hitler « le crime en soi, le crime contre l’homme », « l’humiliation de l’homme en soi », mais « le crime contre l’homme blanc », c’est-à-dire « d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique (1)».

La lutte contre le Front national comme défense de la diversité blanche

Cette analyse de la relativité du jugement de l'Occident en fonction de la race est d'une actualité brûlante dans cette période de campagne électorale française. Nous pourrions ainsi reformuler l'analyse d'Aimé Césaire : est-ce que la majorité de la société politique française reproche au Front national son « racisme en soi » ?

La réponse est évidemment non. L'ancien Premier ministre, Manuel Valls, s'est à maintes reprises illustré par ses déclarations et ses pratiques racistes et islamophobes allant de la critique de la ville d’Évry défigurée par le manque de Blancs à un combat inlassable contre les femmes musulmanes portant le hijab. Dans une envolée à la fois islamophobe, négrophobe et négationniste, la ministre socialiste, Laurence Rossignol, n'a pas hésité à comparer les femmes musulmanes choisissant de porter le hijab aux « nègres qui étaient pour l’esclavage », transformant ainsi les victimes de l'esclavage en responsable de leur propre oppression.

Pour remporter la primaire puis pour tenter de faire oublier les sommes versées à son épouse ou à ses enfants durant des années, François Fillon a mené une campagne islamophobe axée sur la dénonciation de l'Islam et des musulmans (2). Au fil des mois et des semaines, François Fillon a répété qu'il y avait un « problème musulman » car l'Islam était un danger pour la culture et la civilisation occidentales. Perdant de la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy était sur la même longueur d’onde que son ancien Premier ministre en matière d'islamophobie lors de sa campagne d'investiture (3).

Malgré ces positions, tous ces personnages publics ont déclaré vouloir faire « barrage » au Front national en appelant à voter pour Emmanuel Macron au second tour de l'élection présidentielle française.

S'il n'a pas appelé à voter en faveur d'Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon a signifié dans une vidéo son opposition résolue au Front national. Pourtant lors d'un voyage à Alger en 2013, il n'avait pas hésité à déclarer que la reconnaissance des crimes commis par la France durant la colonisation n'était ni plus ni moins qu’« une belle perte de temps ». L’art consommé du négationnisme de Jean-Luc Mélenchon lui a permis de réduire à un simple « machin » sans importance la reconnaissance de la politique génocidaire française qui a provoqué la disparition de 30 à 58% de la population algérienne entre 1830 et 1872 (4).

Les quelques cas cités ici ne sont que des exemples car si nous devions recenser tous les responsables politiques français ayant fait des déclarations ou mené des politiques négrophobes, islamophobes ou négationnistes en matière d'histoire coloniale, la liste serait certainement interminable. Il nous serait d'ailleurs assurément plus aisé de recenser l'infime minorité qui n'a jamais défendu de telles positions.

Notons que tous les personnages publics cités n'ont jamais été sanctionnés politiquement, médiatiquement ou judiciairement en raison de leurs positions négationnistes, négrophobes ou islamophobes. Notons également qu'ils ont tous justifié leur position à la suite du premier tour de l'élection présidentielle par le fait que le FN ne serait pas un parti comme les autres et qu'il représenterait un danger pour la société française.

Mais alors, puisqu'ils ont tous défendu des positions négationnistes en matière d'histoire coloniale, négrophobes ou islamophobes, qu'est-ce qui fait du FN un parti politique à part dans la société politique français puisqu'il ne s'agit évidemment pas de son « racisme en soi » ?

En réalité ce qui fait du Front national un parti à part, non-républicain et « diabolisé », c'est son racisme contre l'homme blanc, ou plus exactement cette forme particulière de racisme contre une partie des Blancs qu'est l'antisémitisme. Car seules les positions négationnistes et antisémites d'une partie des cadres historiques du Front national posent réellement problème à une société politique française qui refuse uniquement la moindre forme de racisme contre le seul homme blanc dans toute sa diversité, chrétien, athée ou juif.

Vice-président du Front national, Louis Alliot a parfaitement compris la logique centripète de ce pseudo-antiracisme circonscrit au seul homme blanc : « La dédiabolisation ne porte que sur l’antisémitisme. En distribuant des tracts dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais, ce n’était pas l’immigration, ni l’islam… D’autres sont pires que nous sur ces sujets-là. (5)»

A la récente découverte des propos négationnistes de Jean-François Jalkh, la société politique française s'est indignée et le Front national l'a très rapidement démis de ses fonctions de président par intérim du FN. Les réactions de la société politique française et du FN montrent bien que seule cette forme de racisme contre l'homme blanc qu'est l'antisémitisme pose réellement problème en France. A partir du moment où le Front national abandonne cette forme spécifique de racisme, il rentre dans l'arc républicain en devenant un parti comme les autres, respectable, républicain et « dédiabolisé », c'est-à-dire un parti uniquement négrophobe, islamophobe ou négationniste en matière d'histoire coloniale.

Car quel responsable politique français a été démis de ses fonctions par son propre parti pour avoir tenu des propos négrophobes, islamophobes ou négationnistes en matière d'histoire coloniale ? Quel ministre a été limogé suite à des déclarations islamophobes ou négrophobes ? Évidemment, personne puisqu'ils ont même voté des lois islamophobes ou faisant l'apologie de la colonisation. Certains « respectables » républicains font même carrière en défendant ces positions depuis des décennies.

Le « front républicain » contre le Front national nous apparaît ainsi pour ce qu'il est réellement : un front de préservation de l'homme blanc dans toute sa diversité, qu'il soit chrétien, juif ou athée, alors que le Front national historique remettait en cause cette diversité blanche par les positions antisémites ou négationnistes de ses cadres.

Mettre systématiquement en avant la République comme référence opposée au Front national n'est d'ailleurs pas anodin. De l'Algérie au Congo, du Cameroun au Vietnam en passant par le Maroc ou Madagascar, la République a toujours fait peu de cas de l'humanité non-blanche qu'elle n'a jamais véritablement considérée comme appartenant pleinement à la race humaine. La République a massacré, torturé et violé dans ses colonies. Elle y a établi des hiérarchies raciales institutionnalisées au détriment des non-blancs. Elle a rabaissé, humilié et exploité des hommes et des cultures. Alors invoquer cette République pour lutter contre le Front national est encore une expression de la volonté de la société politique française de préserver l'homme blanc dans sa diversité, et lui seul.

Comme l’écrivait Malek Bennabi, pour l'Occident, les idéaux de la démocratie, de l'égalité, de la liberté ou du respect d'autrui « n’ont pas de rayonnement en dehors d’un certain domaine qui est expressément celui de la race blanche (6)». En dehors de ce domaine racialement circonscrit, l'Occident n'a plus véritablement affaire à des êtres humains mais à des untermenschen qui ne relèvent « ni de la morale, ni de la politique mais », dans le « meilleur » des cas, « de quelque chose d'assez proche de la "Société Grammont" qui est née en France pour la protection des animaux (7)».

Après plus de cinq siècles d'une sanglante épopée coloniale, il est certainement dans la logique des choses que les représentants de la « race des seigneurs » considèrent comme normale la déshumanisation et l'avilissement de tous les non-occidentaux. On ne colonise pas impunément. Cela laisse nécessairement des traces indélébiles sur les colonisateurs comme sur les colonisés. Ainsi, la vision du monde des Blancs est aujourd'hui structurée par un racisme quasi atavique. Finalement, la seule chose qu'ils sont réellement capables de dénoncer, c'est la remise en cause de la diversité blanche après ce terrible retour de flamme du colonialisme que fut la guerre 1939-1945.

Le pire dans cette implacable logique de la hiérarchisation des êtres humains par l'Occident c'est certainement que les victimes de ce système finissent par l'accepter en raison de son caractère massif et imposant, même si elles en souffrent. Combien de musulmans feront semblant d'oublier ou passeront sous-silence les positions de tel ou tel personnage public parce qu'il faut combattre un danger supérieur ou construire un projet commun ? Alors l'islamophobie ou le négationnisme en matière d'histoire coloniale passeront finalement par pertes et profits.

Mais pourquoi accepter cette logique alors que la société politique française n'oublie pas et ne se tait pas lorsqu'un propos antisémite ou négationniste porte atteinte à la diversité blanche ? Pourquoi accepter que des formes de racisme soient plus acceptables que d'autres ? Pourquoi accepter ce pseudo-antiracisme qui, en hiérarchisant les formes de racisme, est lui-même un racisme ? Pourquoi défendre la diversité blanche alors que la société politique française refuse les non-occidentaux ? Pourquoi accepter de nier sa propre histoire ? Pourquoi accepter finalement de faire le jeu de la société occidentale en la défendant contre elle-même ? Pourquoi absoudre les islamophobes, les négrophobes et les négationnistes en matière d'histoire coloniale au nom d'un danger plus grand ?

Comme une réponse à ces interrogations, Malcolm X affirmait qu'il n'est pas « nécessaire de transformer la mentalité de l'homme blanc. C'est la nôtre qu'il faut transformer (8)».

___________

(1) Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence Africaine, 2004, page 14
(2) Son livre de campagne était d'ailleurs intitulé Vaincre le totalitarisme islamique, Paris, Ed. Albin Michel, 2016
(3) Dans son livre Tout pour la France, Nicolas Sarkozy ciblait page après page l'Islam et les musulmans qu'ils sommaient de s'assimiler et auxquels il voulait interdire tout « signe » d'appartenance religieuse dans l'espace public.
(4) Cf. Youssef Girard, « Mélenchon ou le meilleur de la gauche coloniale française », 17/02/2013
(5) Entretien du 6 décembre 2013, in. Valérie Igounet, Le Front national de 1972 à nos jours, Paris, Seuil, page 420
(6) Malek Bennabi, L’Afro-asiatisme, Alger, SEC, 1992, page 44
(7) Ibid., page 10
(8) Malcolm X, « Le bulletin de vote ou le fusil », in. Le pouvoir noir, Paris, Ed. La découverte, 2002, page 74.



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