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Palestine - ISM France

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Israël -

La naissance du problème des Réfugiés palestiniens

Par

Benny Morris est professeur d'Histoire à l'Université Ben Gourion en Israel. Spécialiste de l'histoire du Moyen Orient, il est considéré comme la figure emblématique des "nouveaux historiens" israéliens qui ont revisité l'histoire du conflit. Extrait de son livre "Righteous Victims. A History of the Zionist-Arab Conflict 1881-1999" paru en français soue le nom de "Victimes, Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste" en 2003. Pages 277- 284

Outre l'émergence de l'Etat d'Israel, la guerre de 1948 eut comme conséquence notable l'anéantissement de la société palestinienne et la naissance du problème des réfugiés.
Environ 700.000 Arabes – ce chiffre deviendrait une pomme de discorde car les Israéliens parleraient officiellement de quelque 520.000 Arabes, tandis que les Palestiniens avanceraient le chiffre de 900.000 et 1.000.000 – s'enfuirent ou furent expulsés des régions qui devinrent l'Etat Juif et s'établirent dans les territoires connus aujourd'hui sous le nom de "Cisjordanie" et de "Bande de Gaza" ainsi qu'en Transjordanie, en Syrie et au Liban; certaines petites communautés se fixèrent également en Egypte, en Irak et dans les Etats de la péninsule arabique.

A la fin de la guerre, moins de la moitié des Palestiniens habitaient encore chez eux : il en restait à peint 150.000 en Israël, quelque 400.000 en Cisjordanie et 60.000 dans la Bande de Gaza.

La raison de l'exode de 700.000 personnes suscita par la suite d'apres discussions entre Israël et ses défenseurs d'une part, et les Arabes et leurs partisans d'autre part.

Les porte-parole israéliens – parmi lesquels des historiens et auteurs de manuels "reconnus" – soutinrent que les Arabes avaient fui "volontairement" ou parce que les dirigeants palestiniens et ceux des pays arabes leur avaient vivement conseillé ou ordonné de le faire, afin d'évacuer le terrain en vue de l'invasion du 15 mai et pouvoir ainsi prétendre qu'ils avaient subi une expulsion systématique.

Les porte-parole des Arabes affirmèrent pour leur part qu'Israël avait planifié l'expulsion systématique de ces Palestiniens maintenant réfugiés.

Les très nombreux documents retrouvés dans les archives israéliennes et occidentales au cours des années quatre vingt ont prouvé qu'aucune des versions "officielles" n'est exacte ou suffisante.

L'apparition du problème était presque inévitable, étant donné l'enchevêtrement géographique des populations, l'histoire de l'antagosnisme judéo-arabe depuis 1917, le rejet par les deux parties d'une solution binationale, la profondeur de l'animosité arbe envers les Juifs et leur crainte d'être soumis à l'autorité sioniste.

Les faiblesses structurelles qui caractérisaient la société palestinienne à la veille de la guerre la prédisposaient particulièrement à la désintégration et à l'exode. Son organisation était en effet médiocre, sa cohésion sociale et politique très faible.

De profonds clivages divisaient la population rurale et urbaine, les musulmans et les chrétiens et les divers clans de l'élite; en outre, il n'existait aucun dirigeant représentatif et aucune institution nationale efficace.


Sous l'effet des processus économiques et sociaux qui avaient vu le jour au milieu du XIX siècle, une grande partie de la population rurale se retrouva sans terre dès les années 40.
Dès lors, le flux croissant de population se déversa régulièrement dans les bas quartiers et les bidonvilles des zones urbaines, ce phénomène mena, dans une certaine mesure, à un divorce d'avec la terre, tant physique que psychologique.

De plus quelque 70 à 80% de la population était analphabète, ce qui, d'une certaine manière, engendrait et reflétait un très faible degré de conscience et d'activisme politique.
La classe défavorisée des villes et la paysannerie partageaient très peu, voire pas du tout, le "nationalisme" de l'élite urbaine.

Enfin, contrairement au Yishouv, les Arabes de Palestine n'étaient pas parvenus à dépasser le stade d'une économie primitive basée sur l'agriculture et à atteindre une économie préindustrielle.

Il convient aussi de souligner que dans les villes, très peu de travailleurs arabes étaient syndiqués; hormis les quelques palestiniens au service du gouvernement britannique, aucun ne bénéficiait d'une assurance contre le chômage.

Véritablement refusés d'embauche dans les entreprises et les fermes juives lorsque les usines et les bureaux arabes fermèrent, ils perdirent dès lors leurs moyens de subsistance. Pour certains, l'exil apparut peut-être comme une solution séduisante, tout au moins jusqu'à ce que la situation en Palestine s'apaise.

Un autre facteur décisif fut la tendance parmi les dirigeants du Yishouv à considérer le transfert comme une solution légitime au "problème arabe".

Des documents sionistes récemment déclassifiés démontrent qu'un consensus presque parfait s'était formé parmi les dirigeants sionistes : dans le sillage des recommandations de la Commission Peel publiées en juillet 1937, ils s'étaient entendus sur le bien-fondé du transfert d'au moins quelques centaines de milliers d'Arabes palestiniens, voire tous les Arabes de Palestine, hors de la zone potentiellement réservée au futur Etat Juif.

Ben Gourion lui-même donna le ton en juin 1938 : "Je suis pour un transfert obligatoire; je n'y vois rien d'immoral." (1)

Il resta sur ses positions – bien qu'il eût conscience de la nécéssité de rester discret, pour des raisons tactiques.

En 1944, au cours d'une réunion de l'Exécutif de l'Agence Juive consacrée à la ligne de conduite qu'il convenait d'adopter face à la décision du Parti travailliste britannique de recommander le tranfert des Arabes de Palestine, Ben Gourion déclara : "Lorsque j'ai appris cette décision (…) il m'a fallu réfléchir longuement et sérieusement à la question. (…) mais j'en suis arrivé à la conclusion (qu'il vaudrait mieux) que cette idée reste (dans le programme du Parti Travailliste). (…) Si l'on me demandait ce que serait notre programme, il ne me viendrait pas à l'esprit de parler de transfert (…) parce qu'en parler pourrait (nous) faire du tort (…) dans l'opinion internationale; cela risquerait en effet de donner l'impression qu'il ne peut y avoir de place sur la Terre d'Israël sans en évincer les Arabes et (…) ceux-ci s'inquéteraient et se monteraient contre nous. (…)"

Il ajoute : "Tranférer les Arabes est plus facile qu'avec n'importe quel autre (peuple). Il y a d'autres Etats arabes tout autour (…) Et il est clair que si les Arabes (de Palestine) sont transférés, leur situation n'en sera que meilleure."


Aucun membre de l'exécutif ne s'opposa à ce point de vue ni ne douta de cette affirmation, la plupart se prononcèrent même en faveur de cette ligne de conduite.

Moshé Sharett, directeur du Département politique de l'Agence juive, déclara : "Le transfert pourrait constituer l'ultime réalisation, le stade final du déploiement de (notre) politique, mais certainement pas le point de départ. En (en parlant publiquement et prématurément) nous mobiliserions de vastes forces contre ce scénario et, d'emblée, le mènerions tout droit à l'échec."
Et de poursuivre : "Lorsque l'Etat Juif sera établi… le résultat pourrait fort bien en être le transfert des Arabes
." (2)


Le 7 février 1948, trois après le début de la guerre, Ben Gourion dit au Comité central du Mapai que dans les quartiers ouest de Jérusalem, d'où les Arabes avaient fui ou avaient été expulsés, il n'avait vu "aucun étrager (arabe), Jérusalem n'a plus été aussi juive depuis sa destruction au temps des Romains. (…) Je présume que cela ne changera pas. (…) Et ce qui s'est passé à Jérusalem (…) pourrait bien survenir ailleurs dans le pays (…) si nou tenons bon, il est tout à fait possible que dans les six, huit ou dix mois de guerre à venir, d'importants changements se produisent. (…) Il y aura certainement de grands bouleversements dans la composition de la population du pays." (3).


Ces "importants changements" se déroulèrent en quatre étapes.

• La première eut lieu entre décembre 1947 et mars 1948, lorsque le Yishouv était encore dans sa phase défensive et que les Arabes des classes moyennes et dirigeantes – jusqu'à 75.000 peut-être – s'enfuirent, principalement des villes à population mixte, ou envoyèrent leur famille en Cisjordanie , au Liban, en Egypte, en Syrie ou en Transjordanie.

Dans ce contexte, on ne soulignera jamais assez l'effet néfaste que produisit sur le moral des Arabes la série d'attentats à la bombe perpétrés par l'Irgoun et le Lehi dans les grandes villes.

Ces familles avaient les moyens de s'installer confortablement au Caire, à Naplouse, à Amman ou à Beyrouth, et la plupart considéraient en tout cas cet exil comme temporaire.

Comme lors de l'exode de 1936-1939, tous pensaient rentrer chez eux à la fin des hostilités.
Beaucoup de grandes familles craignaient également et supportaient mal l'idée d'une domination des Husseini et, de fait, appréhendaient peut-être autant l'avenir dans une Palestinie dirigée par les Husseini que sous la coupe des Juifs.

C'est à ce moment que la plupart des dirigeants politiques et/ou leur famille quittèrent le pays; ce fut notamment le cas de presque tous les membres du Haut Comité Arabe (HCA) et du comité national de Haifa.

Les hostilités entre Juifs et Arabes ne constituaient en réalité qu'un aspect de l'effondrement général de l'odre public depuis la résolution des Nations Unies adoptant le Plan de partage de la Palestine : en effet, les services publics s'écroulaient petit à petit et l'autorité britannique se faisait moins palpable; les irréguliers arabes affluaient, tant dans les régions urbaines que dans les campagnes, extorquaient de l'argent aux familles prospères et s'attaquaient occasionnellement aux passants.

Les Arabes abandonnèrent aussi un certain nombre de villages dans les régions à majorité juive destiées à l'Etat juif telles que la plaine côtière.

Dans les villages à la périphérie des centres urbains hébreux, ce fut la crainte des Juifs, combinée à une réelle intimidation (principalement l'œuvre de l'Irgoun et du Lehi) qui provoqua la fuite.

Dans un cas au moins, il y eut l'expulsion pure et simple par la Haganah : le 20 février à Césarée, à mi-chemin entre Tel-Aviv et Haifa.

La fuite des classes moyennes et dirigeantes entraina la fermeture des écoles, des cliniques et des hopitaux, celle des entreprises et des bureaux, qui à son tour engendra chômage et appauvrissement.

Telle fut la toile de fons de la deuxième phase, l'exode massif des quartiers urbains et des régions rurales envahis par les forces juives au printemps 1948. La fuite précoce de l'élite avait sapé le moral de la population et fait figure d'exemple.


Les attaques militaires juives ou la crainte de tels assauts constituèrent la cause première de l'exode massif d'avril à juin 1948.

Dans presque tous les cas – qu'il s'agisse de l'exode frappant d'Haifa du 21 avril au 1er main de celui de Jaffa fin avril et début mai, de Tibériade les 17 et 18 avril ou de Safed le 10 mai – l'exode fut la conséquence directe et immédiate d'attaques lancées contre des quartiers et villes arabes ainsi que de leur conquête.

Jamais la population palestinienne n'abandonna ses maisons avant qu'une attaque ait lieu; dans la très grande majorité des cas, elle le fit le jour même de l'attaque et au cours des quelques jours suivants. Et la fuite s'avéra contagieuse.

La chute des grandes villes telles que Haifa et Jaffa, et l'hémorragie humaine qui s'ensuivit contaminèrent les villages voisins, rapidement frappés du même pessimisme et du même désespoir.
Dans les campagnes,la fuite d'un clan mena à celle des clans voisins, la fuite d'un village, à celle des villages proches.

Les documents de la Haganah décrivent "une psychose de la fuite" s'emparant de la population palestinienne au cours de cette période.

Les échos du massacre des villageois de Deir Yassine, le 9 avril, amplifiés par la propagande arabe relatant avec emphase les atrocités commises en cet endroit, renforcèrent et symbolisèrent cette psychose. La crainte de subir le même sort poussa les villageois à fuir rapidement et d'autres massacres commis par les Juifs vinrent régulièrement renforcer ce "facteur d'atrocité" pendant les mois de guerre, particulièrement au mois d'octobre.

Les habitants de quelques villages (plus d'une douzaine) furent expulsés par des troupes juives avant le début de la première trève (le 11 juin), d'autres furent intimidés par la propagande des agents de la Haganah.
Dans la plupart des régions, l'expulsion directe ne n'avéra pas nécessaire : villageois et citadins abandonnèrent généralement les foyers dès les premiers coups de canon.


Dans certaines régions, les commandants arabes ordonnèrent l'évacuation des villageois pour laisser le champ libre à l'une ou l'autre intervention militaire ou pour éviter toute reddition.

Plus d'une demi-douzaine de villages – aux abords nord de Jérusalem et en Basse Galilée – furent abandonnés durant ces mois de guerre à la suite de tels ordres.

Ailleurs, à Jérusalem-Est et dans de nombreux villages du pays, il arriva aussi que les commandants décrètent la mise à l'écart des vieillards, des femmes et des enfants pour leur propre sécurité. (Sela,1996, P 134, 140, 167)

En effet, les Arabes avaient commencé dès 1945-1947 à se préparer psychologiquement à évacuer leurs familles des champs de bataille, puisque le HCA et la Ligue Arabe évoquaient parfois cette manoeuvre lorsqu'ils envisageaient la possibilité d'une guerre en Palestine.
En tout, quelque 200.000 à 300.000 Arabes fuirent leurs maisons au cours de la deuxième vague d'exode.


Durant la première phase, il n'y eut, chez les Sionistes, aucune politique d'expulsion ou d'intimidation dans le but de se débarrasser des Arabes, bien que beaucoup de Juifs, parmi lesquels Ben Gourion, se soient réjouis d'assister à une fuite qu'ils espéraient la plus massive possible.

Toutefois, les mesures de rétorsion exercées par les Juifs, qu'il s'agisse de la Haganah ou de l'Irgoun, ainsi que les attentats à la bombe perpétrés par L'Irgoun et/ou le Lehi précipitèrent inexorablement cet exode.

En outre, hormis quelques tentatives sporadiques du HCA, les dirigeants arabes ne prirent aucune mesure pour freiner l'émigration des classes moyennes et dirigeantes.


• Au cours de la seconde phase, en l'absence de toute politique globale d'expulsion, le plan D de la Haganah se solda sans conteste par un exode massif. Les commandants avaient reçu l'autorisation d'évacuer la population des villages ainsi que de certains districts urbains et de raser les localités s'ils le jugeaient nécessaire pour atteindre les objectifs militaires.

Nombre d'entre eux adhérèrent sans hésitation à l'idéal que représentait la création d'un Etat Juif pourvu d'une minorité arabe aussi réduite que possible. Certains généraux, tel Allon, agirent manifestement comme s'ils poursuivaient ce but.

Du côté arabe, une grande confusion régnait à ce moment quant à l'exode et à ses péripéties.
Les gouvernements semblaient simplement ne pas comprendre ce qui était en train de se produire et, au début, ne firent rien pour s'y opposer.
En effet, les représentants du HCA enjoignirent à la population de Haifa de continuer à fuir, après que le mouvement eut déjà commencé.

Mais cet exode, à en juger par les documents, ne fut pas amorcé par un ordre émanant du HCA, contrairement à ce que les porte-parole juifs affirmèrent par la suite. Il est tout à fait possible que les dirigeants palestiniens et ceux des Etats arabes aient été heureux d'assister à ce phénomène, car il leur fournissait un prétexte pour justifier une intervention dès le départ des Britanniques.

Toutefois, dès le début du mois de mai, le HCA et certains Etats arabes commencèrent à réagir. A plusieurs reprises, la Transjordanie, le HCA et l'Armée de Libération arabe avertirent les habitants de rester sur place et tentèrent de faire pression sur ceux qui avaient déjà quitté le pays afin qu'ils reviennent mais en vain.

Pendant ce temps, et certainement à partir de la mi-mai, la Haganah adopta une politique visant à empêcher les réfugiés à revenir dans leurs foyers, en tirant de vraies balles si nécessiare.

L'invasion panarabe du 15 mai affermit sans aucun doute la résolution israélienne quant au sort des populations civiles palestiniennes, pour des raisons militaires et politiques bien compréhensibles.

Sans passer par un vote formel, le Cabinet décida le 16 juin d'interdire le retour des réfugiés.

L'état-major général des FDI ordonna à ses unités d'écarter les réfugiés qui tenteraient de revenir par des tirs à balles réelles.

Parrallèlement, l'armée, les colonies et le Département de la terre du Fonds National Juif prirent une série de mesures destinées à prévenir le retour des réfugiés.

Les villages abandonnés furent rasés, minés ou repeuplés de nouveaux immigrants juifs, à l'instar des quartiers urbains abandonnés, des champs furent brûlés et les propriétaires encore présents furent poussés à vendre et à s'en aller ; de nouvelles implantations furent établies sur les terres des Arabes et leurs habitants commencèrent à cultiver les champs abandonnés.


• Lors de la troisème et quatrième vague de l'exode palestinien, en juillet et pendant les mois d'octobre et novembre 1948, environ 300.000 réfugiés vinrent s'ajouter à la liste, en ce compris les 60.000 habitants de Lydda et Ramleh, expulsés par les troupes des FDI.
Cependant, la plupart des Arabes de Nazareth furent autorisés à rester, vraisemblablement pour éviter toute réaction négative de la part des Etats chrétiens d'Occident.

L'empressement israélien à expulser les Arabes fut, dans une certaine mesure, contrebalancé par la volonté nouvellement affichée par ces derniers de rester en place.

Dès le mois d'octobre, les villageois de Galilée avaient eu vent de la misère et du manque de logements don’t souffraient ceux qui étaient déjà partis, et ils comprirent que leur retour était loin d'être imminent.
Ainsi, au cours de la seconde moitié de la guerre, les fuites "spontanées" se firent beaucoup plus rares.
Des causes claires et directes, telles que les expulsions brutales et le harcèlement délibéré, furent à l'origine de la plupart des départs enregistrés à cette période.


De toute évidence, Ben Gourion voulait que demeurent à l'intérieur de l'Etat Juif le moins d'Arabes possible.
Mais il n'y avait toujours pas de politique systématique d'expulsion, pour autant que nous sachions, jamais le Cabinet ni l'état-major général des FDI ne discutèrent ni ne nédidèrent d'une telle politique lors de leurs réunions.

En tout cas, au cours des "Dix Jours" de juillet et pendant les opérations "Yoav" et "Hiram" au mois d'octobre et de novembre 1948, les troupes israéliennes s'avérèrent bien plus enclines à expulser des Palestiniens qu'elles ne l'avaient été au cours de la première moitié de la guerre.

Pendant l'opération "Yoav", Yigal Allon prit soin de ne laisser quasiment aucune communauté arabe derrière lui.

Dans le nord, lors de l'opération "Hiram", alors que les forces israéliennes étaient commandées par Moshé Carmel, la situation apparut confuse et ambivalente.

Malgré la directive donnée par Carmel le 31 octobre "d'assister les Arabes dans leur exil" (4) , certaines unités expulsèrent les villageois, tandis que d'autres leur permettaient de rester.

Et alors qu'en règle générale, c'est envers les villages musulmans que l'attitude s'avérait la plus sévère, on assista à des expulsions et des massacres de chrétiens, tandis que de nombreux villageois musulmans étaient autorisés à rester, comme ce fut le cas à Majd al-Kouroum.

Au mois de novembre, lorsque les Forces de défense d'Israël dégagèrent une bande large de 5 à 10 kilomètres le long de la frontière libanaise pour des raisons de sécurité, chrétiens et musulmans furent transférés sans distinction.


Néanmoins, s'il est vrai que les attaques militaires et les expulsions constituèrent le principal catalyseur de la fuite des Palestiniens, l'exode fut plus généralement le résultat d'un processus cumulatif et d'une série de facteurs.

Les marchandes de Haifa ne partirent pas seulement en raison des mois passés sous les tirs des snipers et les bomes : ils ne partirent pas uniquement parce que leur commerce périclitait; ni simplement parce qu'ils voyaient leurs voisins fuir; et pas exclusivement non plus en raison des extorsions pratiquées par les irréguliers arabes ou de l'effondrement de l'ordre public, ou encore du retrait progressif des Britanniques, des attaques de la Haganah ou parce qu'ils appréhendaient la vie sous domination juive; ils partirent à cause de tous ces facteurs réunis.

Dans les campagnes aussi, de nombreux éléments se combinèrent souvent : l'isolement au milieu d'un agglomérat de colonies juives, l'impression d'être coupés des centres arabes, l'absence de gouvernant nationaux capables de les orienter, le sentiment d'avoir été abandonnés par les frères arabes, la crainte des assauts lancés par les Juifs, les rapports et les rumeurs concernant les massacres perpétrés par ceux-ci ainsi que leurs attaques et tueries effectives.


A partir d'avril 1948, le Yishouv subit des pressions afin de permettre le retour des réfugiés. Des dirigeants arabes et des porte-parole issus de divers groupes (les habitants de Jaffa, les maronites de Galilée, par exemple) exigèrent le rapatriement au même titre que certaines personnalités internationales, tel le comte Bernadotte, et que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.


Les pressions occidentales aboutirent à deux offres israéliennes qui auraient permis certaines mesures de rapatriement dans le cadre d'un accord de paix global.

En juillet 1949, Israël se déclara prêt à accepter le retour de "100.000" réfugiés (en réalité 65.000, en déduisant ceux qui étaient déjà rentrés chez eux ou étaient en train de le faire), si de leur côté, les pays arabes acceptaient d'intégrer le reste sur leur propre sol et de conclure un accord de paix.

L'Etat Juif proposa aussi, comme solution alternative, d'incorporer la Bande de Gaza à son territoire et d'en absorber la population, soit 60.000 habitants autochtones et 200.000 réfugiés.
De cette manière, l'Etat hébreu aurait rempli plus que sa part d'obligations dans la recherche d'une solution au problème – dont il n'était pas responsable, comme s'évertuaient à le répéter ses représentants. (Ou encore, comme Ben Gourion se plaisait à dire à ses interlocuteurs occidentaux : "Israël n'a pas expulsé un seul Arabe" (5))

Les Arabes estimèrent l'offre tout à fait insuffisante, et la plupart des pays arabes insistèrent sur le fait qu'Israël devait réintégrer la totalité des réfugiés.

L'Egypte n'avait pas l'intention de céder la bande de Gaza – son seul butin de guerre – même si une telle mesure aurait déchargé Le Caire du fardeau constitué par cette importante population, appauvrie et subversive.

Au cours des années suivantes, les réfugiés eux-mêmes ignorèrent tous les efforts accomplis pour tenter de les réinstaller dans les pays arabes.

Ils voulaient "rentrer chez eux" et, à l'exception de la Jordanie, qui leur octroya la nationalité, les Etats arabes ne s'efforcèrent guère de les intégrer, car ils voyaient en ces réfugiés et en leur misère une arme non négligeable contre Israël.

L'Etat hébreu refusa de les laisser rentrer, d'une part parce qu'il avait besoin des terres et des maisons abandonnées pour les nouveaux immigrants, et, d'autre part, parce qu'il craignait la force déstabilisatrice de ces réfugiés…

Ainsi le problème demeura le fléau du Moyen-Orient et la plaie du monde entier. (6)


NOTES :

1 - CZA S-100/24B, Prototcole de la réunion commune de l'Exécutif de l'Agence Juive et du Comité politique de l'Exécutif Sioniste, 12 juin 1938.

2 - CZA S100/42b, Prototcole de la réunion de l'Exécutif de l'Agence Juive, 7 mai 1944.

3 - Ben Gourion, 1952, p 68-69

4 - IDFA 715/49/3, Carmel à brigades, districts, 31 octobre 1948

5 - Shalom, p.266, n 101, p 127-129

6 - voir Morris 1988 et Morris 1994, Finkelstein 1991, p 66 à 89, Masalha 1991 p 90 à 97, et Teveth 1990 p 214 à 249

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