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Nation arabe -

La oumma face à trois perspectives historiques

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Au regard de l’histoire, notre oumma se trouve, actuellement, face à trois projets majeurs : soit un « retour en arrière » ; soit accepter de suivre une « logique réaliste » – logique de la coexistence et de l’acceptation des conditions de la dépendance de notre oumma vis-à-vis de l’étranger jusqu’à « notre fin » logique en tant que communauté ; soit le projet nationaliste arabe – projet de l’unité, de la libération et de la nahda arabe, promouvant le progrès.

La oumma face à trois perspectives historiques

Le projet du « retour en arrière » incarne la pensée de tous ceux qui ressentent durement ou souffrent de toutes les manifestations de démembrement, de dépendance et de retard de notre oumma sans comprendre ces problèmes de manière scientifique et méthodologique. Les partisans de ce projet ne possèdent pas une vision capable de s’opposer de manière effective à ces épreuves. Ils pensent que la solution résiderait dans le retour à un « âge d’or » quelconque, se référant à un passé lointain. Ce projet suggère d’escamoter la réalité et de lui faire subir des amputations chirurgicales et « cosmétiques » afin qu’elle soit davantage en accord avec les exigences de cette vision du passé. Ce projet implique également d’imposer violemment ces amputations à la réalité contemporaine afin de la « purifier », d’un coup de baguette magique, de toutes ses faiblesses et de tous ses vices. Cette idée s’apparente à l’histoire d’une personne ayant trouvé une paire de chaussures lui plaisant particulièrement. Toutefois, les chaussures étant trop petites, la personne décide de s’amputer les pieds afin de pouvoir les enfiler… Tel est le contenu du projet fondamentaliste pour le futur de notre oumma. Attention, nous ne disons nullement que l’ensemble des islamistes sont partisans d’un tel projet.

Le projet visant à suivre la « logique réaliste » est celui des personnes ayant perdu tout espoir dans les possibilités d’un changement réel. Elles se sont résignées à accepter la « réalité ». Il s’agit essentiellement du projet défendu par ceux qui profitent de cette « réalité » à l’instar des régimes arabes ou de l’Autorité palestinienne, et de tous ceux qui sont liés à eux. Leur horizon politique se résume à embellir les conditions de la dépendance de notre oumma et à se comporter de la meilleure des manières avec le parti américano-sioniste. Au nom de l’acceptation de la « réalité », ils remettent en cause uniquement certains détails. Concrètement, il s’agit du projet d’indépendance de minorités réelles et purement fabriquées, et du projet des partisans de l’occultation des grandes perspectives et visions révolutionnaires, qualifiées d’« idéalistes ». Cette occultation a pour principal objectif le fait de pouvoir s’intéresser uniquement à « l’action concrète » et aux droits mineurs permettant de réaliser un progrès « concret »… « Ici et maintenant », évidemment ! Parmi les partisans de ce projet, certains sont adeptes de « la guerre contre l’intégrisme » car il s’agirait, d’après leurs dires, d’un danger égal ou supérieur à celui que représente le parti américano-sioniste. Tous ceux-là prennent le train de l’occidentalisation et de l’acceptation de la domination étrangère. Ils laissent l’impérialisme sioniste et ses partisans saccager l’identité et le tissu social et politique de notre oumma.

Le projet nationaliste arabe appelle au grand redressement par lequel notre oumma doit obligatoirement passer. Ce projet est fondé sur l’unité, la libération et la nahda. Il s’agit d’un seul et même projet ne pouvant être séparé en trois programmes distincts. Ceux qui pensent que le projet du redressement arabe n’est qu’un projet culturel pacifique ou une mission économique pour les hommes d’affaires arabes se trompent lourdement. Ce projet a pour but de permettre à notre oumma de sortir de son attentisme. Il s’agit également d’un projet guerrier visant à réaliser l’unité et la libération de notre oumma contre la mainmise et les occupations étrangères. Par exemple, la croissance économique arabe ne peut se réaliser sans une intégration économique arabe. Cette dernière ne sera possible que par l’unité de notre oumma qui ne s’obtiendra pas de manière pacifique. Les puissances hostiles ayant imposé le morcellement de notre oumma et ceux qui en jouissent ne l’abandonneront pas sans combattre.

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Rifa‘a al-Tahtawi


Les grands changements culturels ne naîtront pas de choix lâches faits dans l’ombre de sociétés stagnantes. Ils se produiront obligatoirement en marge de grands mouvements sociaux, au cœur des dynamiques de changement à l’instar, par exemple : de la graine de la nahda arabe semée par Rifa‘a al-Tahtawi (1) en marge du projet de Muhammad Ali Pacha (1804-1849) ; ou de la poésie résistante palestinienne émanant du cœur de la Révolution palestinienne contemporaine ; ou encore du siècle des Lumières qui précéda, en Europe occidentale, la Révolution industrielle. La démocratie ne se réalise jamais dans des sociétés politiquement et psychologiquement subordonnées et décomposées. Avant l’instauration de la démocratie, il est important qu’il existe une citoyenneté et une conscience nationales. Sans ces éléments fondamentaux, vous jouirez longuement de la démocratie des clans, des classes sociales et des louanges sous la tutelle d’une mosaïque de petits États de « gouvernance locale ».

Le désespoir qui s’est infiltré dans le cœur des gens dans nos pays, est le résultat naturel de l’impasse dans laquelle se sont retrouvées les formes spécifiques qu’ont pris, dans les années 1950 et 1960, le projet nationaliste arabe et le projet de libération nationale. Ce désespoir est également le résultat de l’incapacité générale à surmonter les obstacles empêchant la oumma de progresser vers l’unité, la libération et la nahda. Ces revers ne diminuent en rien l’importance qu’il y a à surmonter ces obstacles afin que notre oumma vive et traverse les épreuves qui lui sont imposées. Ils nous rappellent inlassablement la nécessité de formuler un projet nationaliste arabe s’inspirant et tirant profit des expériences passées, des échecs comme des réussites des projets qui l’ont précédé. Nous ne devons jamais omettre l’existence des réussites.

Le véritable changement culturel requiert de faire revivre l’espoir existant dans le projet nationaliste arabe – et le projet de libération nationale. Le renouveau de cet espoir nécessite obligatoirement la constitution de grands mouvements politiques, de masse et véritablement révolutionnaires. À cet instant, le changement requiert avant tout la formation d’un mouvement nationaliste hégémonique. Cet objectif reste bien plus fondamental que les efforts culturels élitistes ne trouvant devant eux que la possibilité d’une alliance avec les autorités arabes – celles qui font face au « danger intégriste » à défaut de posséder un véritable projet de changement politique. En l’absence d’un authentique projet nationaliste, nous serions face à deux choix inopérants : le choix de l’occidentalisation lié au projet des autorités étrangères visant à démanteler notre oumma et le choix d’un « retour en arrière » n’ayant aucune véritable solution ou vision permettant de résoudre les problèmes de notre réalité contemporaine.

Le projet nationaliste arabe est un projet fondamentalement politique reposant sur la nahda, l’unité et la libération. Il ne rejette aucunement la possibilité de trouver des interprétations de l’islam, éclairées et révolutionnaires, ou du marxisme, également éclairées et révolutionnaires. Bien plus, il ne rejette pas davantage les autres interprétations représentant la diversité des classes sociales concernées par un véritable changement dans la société arabe. Toutes les interprétations sont les bienvenues tant que l’objectif fondamental demeure le redressement, l’unité et la libération de notre oumma.

Actuellement, le projet de l’unité, de la libération et de la nahda reste absent de la scène politique arabe. L’option « réaliste » ne choisirait pas le projet nationaliste arabe même s’il prenait une forme islamique, marxiste, baathiste, nassérienne ou une toute nouvelle forme inédite. La réalisation de la libération des occupations, de l’unité et de la nahda sont l’expression d’une nécessité objective imposée par la réalité de notre oumma. L’absence du projet nationaliste arabe – ou le fait de masquer ce projet – et notre incapacité à le reproduire sur notre terre en harmonie avec les données de la réalité, crée un vide que nous devons nécessairement combler. Comme toute nature, la nature politique a horreur du vide.

Si ce projet nationaliste arabe ne se concrétise pas, celui d’un retour vers un passé « doré » l’emportera avec un amoncellement de problèmes pour le système régional arabe, pouvant provoquer son implosion. Vaincra également le choix de la soumission à l’Occident sous l’effet des plans machiavéliques et de la pression exercée par les puissances hégémoniques. Notre oumma ingurgitera cette expérience amère pendant un siècle ou plus comme elle le fit auparavant. Cependant, la réalité resurgira de ces débris afin d’imposer à nouveau son programme : la nahda, l’unité et la libération. Notre oumma refusera de laisser mourir son âme. Elle demeurera vive sous les cendres chaudes et elle finira par produire un nouveau mouvement nationaliste arabe. Notre oumma limitera obligatoirement la durée de ses souffrances chaque fois qu’elle produira promptement des réponses aux défis qui lui sont lancés.


(1) Note de la traductrice : Rifa‘a al-Tahtawi (1801-1873) était un réformateur égyptien. Il reste célèbre pour avoir publié un ouvrage sur le devenir de la civilisation islamique – traduit en français sous le titre, L'Or de Paris – qui lance le débat qui sera repris par les réformateurs de la renaissance intellectuelle arabo-musulmane dans la seconde moitié du XIXème siècle.


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Ibrahim Alloush

Source : Free Arab Voice

Traduction : Souad Khaldi

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